Archives Féraj'-Bugeaud d'Isly
Je suis peu satisfait de raccueil fait à mes propositions de récompenses. On les a trouvées exagérées. Vous voyez qu'on ne gagne rien à être réservé et à vouloir réformer les abus. Autrefois on demandait pour chaque action et même pour de simples marches pacifiques, et on obtenait, bien qu'on n'eût à constater aucun bon résultat général. Je n'ai demandé q>i'après une campagne incessante d'hiver, de printemps et d'été, qu'après de grands résultats obtenus et l'on accorde beaucoup moins de croix qu'il n'en fut accordé pour le seul combat du Teniah, qu'on aurait dû éviter.
En revanche, pour prouver l'exagération de mes demandes, on me dit que l'opinion publique ne les sanctionnerait pas, surtout lorsque, comme dans ces derniers temps, tout s'est passe' en simples marches.
Travaillez donc, ayez de grands résultats pour qu'on apprécie de cette manière !
J'ai répondu que si j'avais voulu des combats et des bulletins ronflants, il n'y avait rien d'aussi facile, que la marche était tracée depuis dix ans. Je n'avais qu'à me traîner lourdement avec des canons de campagne et des chariots pour faire 3 ou 4 lieues par jour entier, la pioche à la main, et revenir par la même route, me borner à repousser les attaques avec force coups de canon, ne prendre jamais une olTensive décidée et prolongée, attaquer les Teniahs de front au lieu de les manœuvrer pour forcer 1 ennemi à combattre sur un autre terrain ou à ne pas combattre du tout.
J'ai ajouté que si, dans ces derniers temps, il y avait eu moins de combats, c'est que dans le principe nous avions démoralisé l'ennemi par la vigueur incessante de nos attaques, en passant partout, en allant partout, en ne aissanl* aucun repos aux Arabes. Doit-on tourner contre nous notre habileté, notre activité?
Tout cela m'a fait voir, mon cher Genty, qu'on juge très mal ce que nous avons fait et qu'il y a plus de profit à faire moins bien et à faire mousser.
252 CORRESPONDANCE INEDITE
Je vous avoue que cela m'attriste et me dégoûte. J'ai voulu être simple, modeste et vrai, j'en suis puni dans mon armée. Plusieurs régiments n'ont reçu qu'une croix.
Alger, le 29 septembre 1842.
Mon CHER Genty,
Les saints sont plus difficiles que le bon Dieu. Les hauts agents du ministère ont vu dans ma brochure un danger ou tout au moins un embarras pour le gouvernement; mais la preuve que le patron n'y voyait pas tout cela, c'est que je lui ai parlé au moins cinq fois dans ma correspondance, que je lui ai demandé son approbation et qu'il ne m'a rien répondu. J'ai appliqué l'adage, qui ne dit rien consent, parce que je voyais l'opinion marcher en sens inverse des besoins de l'Afrique, parce que, dans toutes les lettres ministérielles, on me parlait de la réduction de l'armée. Depuis et en même temps que la brochure s'imprimait, le ministre a reconnu que les forces de l'Afrique ne pouvaient pas être amoindries. La brochure est donc dans son sens et ne peut lui causer d'embarras. Il doit même la faire sienne en l'approuvant, puisqu'elle est dans son système.
Quand il a décidé que l'armée ne serait pas amoindrie, il me demandait des arguments pour appuyer la mesure devant les Chambres. La brochure lui en fournit. Je lui en fournirai d'autres.
Mais fallait-il les lui donner seulement dans la correspondance intime ? Je ne le pense pas encore, malgré l'avis des sages des bureaux. L'opinion marchait, il fallait l'empêcher de s'égarer, car, après, il est difficile de la ramener dans la bonne voie.
D'après ce qu'on me mande, l'effet produit par mon opuscule servira le ministère au lieu de lui nuire.
Et comment a-t-on pu supposer que je voulais embarrasser le ministère? N'est-il pas composé d'hommes selon mon cœur, selon mes opinions ?