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DU MARtCHAL ULGEAUD (1842) 253
N'ai-je pas besoin de sa bienveillante sollicitude pour accomplir l'œuvre ardue dont je suis chargé'? Pourquo donc me prêter une pensée contraire à mes sentiments et à mes intérêts ?
Le maréchal n'y aurait pas pensé, j'en suis sûr, si l'on n'avait réveillé ses susceptibilités, s'il n'eût reçu avant une lettre toute faite qu'il a signée et à laquelle je réponds de manière à le satisfaire, je crois. Je lui cite cinq dépêches où je lui parle de cette publication et je lui demande si depuis vingt mois je n'ai pas apporté la plus scrupuleuse attention à répondre à tout, à prendre son avis sur tout, à l'éclairer sur tout, à le faire assister autant qu'il était possible à la guerre et aux affaires d'Afrique. Je crois qu'aucun gouvernement dans le monde n'a été mieux éclairé sur ses affaires lointaines. Je sais ce qu'il en a coûté à mon sommeil.
Demandez à messieurs de la Guerre si on répondait autrefois et immédiatement à toutes leurs questions et demandes. Je réponds à tout et cependant je n'ai pas à me louer du style bureaucratique, il est sec et peu poli. Si, au milieu des tracas de la guerre la plus active, j'oublie le plus petit détail, on me le rappelle avec admonestation. On me traite en bureaucrate assis dans un fauteuil et n'ayant autre chose à faire que la chouette * à tous les bureaux. J'ai à faire la chouette avec Abd-el-Kader et tous les kalifats : j'ai à correspondre, diriger, instruire, réprimer, pousser ou contenir sur tous les points de l'Afrique.
Et vous trouvez étrange que je me plaigne de ne pas recevoir après tant de travaux plus de récompenses que les camps de paix? J'ai trois régiments qui ont reçu une décoration et qui sont en campagne depuis l'automne dernier. Vous me dites que l'armée de France est deux fois aussi forte. C'est vrai, mais elle ne fait pas la guerre. Elle n'a
1. Cette expression signifie tenir tête à plusieurs personnes à la fois. .M"' du Detfand dit : « Ma correspondance avec la duchesse de Choiseul et sa compagnie est très active. Je fais la chouette à trois personnes.»
pas 22.000 malades ou convalescents et 5 ou 6.000 morts. Ses officiers supérieurs et autres ne meurent pas comme les miens de la fièvre et de la dysenterie. Ils ont une vie douce et nous une vie dure et mortelle d'ennuis dans des camps, des bivouacs et des masures de l'intérieur.
Je pars pour l'Est. Je quitte cet infernal guêpier d'Alger au moment où j'allais avoir quelques compensations aux ennuis de la bureaucratie. Ma femme arrive et je lui tourne le dos.
Mille choses aimables. Bugeaud.
Alger, le 4 novembre 1842 '.
Je vous remercie, mon cher Genty, de votre billet confidentiel. Je l'ai déchire sur-le-champ, et je le regrette, car, ne l'ayant pas bien compris du premier coup, j'ai senti le besoin de le rehre.
En effet, je ne comprends pas comment la chose dépend de la présentation du budget de 1844. Faudra-t-il attendre jusque-là y Et puis il faut donc un passeport à celui qui passe partout?
Mon intelligence se perd dans ces biais, dans ces atermoiements. Que les temps sont changés ! Une action bien minime a emporté d"emblée ce qu'on n'ose pas faire pour cent actions et des résultats qu'on espérait si peu que l'on n'y croyait pas. C'était peut-être, m'écrivait-on, une ruse d'Abd-el-Kader, de faire soumettre les tribus pour mieux ressaisir la victoire.
Il faut qu'il y ait quelque part autour du pouvoir bien de l'opposition contre moi, bien de la jalousie, bien du dénigrement. Peu importe, les faits triompheront de'tout cela. J'accomplirai patriotiquement ma tâche ; vienne la justice quand elle pourra. Au reste, je la reçois déjà d'un nombreux public et de l'armée. Avec cela on peut attendre.
Je comprends peut-être très mal votre billet ; pouvez-vous y joindre des explications?