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Vous avez lu mon rapport sur rexpédition de TEst. Les nouvelles que j'en reçois chaque jour sont des plus satisfaisantes. Le combat du 13 a produit un effet magique.
Si le temps le permet, je ne larderai pas à aller chercher Abd-el-Kader et ses lieutenants dans les montagnes de rOuarensènis entre le Chélif et la Mina.
Adieu, mille amitiés, mille hommages à Madame.
BuGEAUD.
Lynard est un peu soutirant; il vous fait ses amitiés.
Alger, le 15 novevibre 1S42.
Mon cher d'Esclaibes,
Je ne reçois qu'aujourd'hui votre lettre du 6 septembre et j'y réponds sur-le-champ : non que jaie le temps, mais parce que sa date est ancienne et que je ne veux pas que vous puissiez croire que je vous néglige.
Vous vous étonnez de ce que je ne suis pas encore maréchal. Mon ami, vous vous étonnerez encore, car, si je suis bien instruit, vous en verrez faire un avant moi qui ne l'ait rien depuis longtemps, qui n'a jamais fait de grandes choses, si ce n'est d'avoir puissamment contribué à faire perdre la bataille de Waterloo en formant son corps d'armée de i4 bataillons en trois colonnes serrées dqnt la fraction était un bataillon déployé, ce qui formait la figure suivante :
ce que j appelle la paralysie.
Les temps ne sont plus où l'on faisait un maréchal de France pour vingt-quatre heures de commandement au
siège de Gonstantine, ou pour une expédition à Médéa et un ordre du jour qui apprend aux soldats bivouaques sur l'Atlas que les étoiles se confondaient avec les feux du camp. A présent, qu'après vingt et un mois de travaux ardus et ardents, j'ai soumis, quoi qu'en disent certains journaux, les 5/6 des Étals d'Abd-el-Kader, on semble me dire : « Quand vous aurez pris ce chef devenu partisan vagabond. » Après, on me dirait peut-être : « Quand vous aurez soumis le désert ».
Pourriez- vous me dire, mon ami, ce qu'il y a dans ma personne qui fait qu'en aucun temps on n'a mesuré mes actions et mon avancement à l'aune des autres, et qu'il m'a toujours fallu arracher mes grades comme de force, pendant que beaucoup de mes contemporains, qui ne faisaient presque rien, obtenaient tout facilement?
Il y a sans doute dans ma physionomie quelque chose d'extraordinaire qui conduit à cela.
Enfin n'importe, je n'en ferai pas moins bien, tant que j'y serai, et si un jour on croit devoir me récompenser, mon élévation sera plus généralement sanctionnée.
Mon plus grand mobile nest pas l'avancement, c'est l'estime publique, et celle de mes amis surtout.
Il est facile de vous trouver un cheval, moins facile, mais très possible, de vous le faire conduire par un congédié. Maintenant, je dois vous dire que ce serait folie de faire venir d'Afrique un cheval de peu de valeur, car les faux frais couvriraient son prix, tout en le faisant entrer sans payer de droits. Si vous tenez à cela, je vous conseille : i° de mettre 6 ou 700 francs pour avoir un cheval jeune, bon et joli, ce qui seul vaut les embarras et la dépense; 2° de trouver un voisin qui en veuille un, parce que le même homme conduira les deux et la dépense sera moindre, étant partagée. Cela posé, je me chargerai de trouver les deux chevaux et de vous les adresser sans frais de passage ni d'entrée.
Je pars le 19 pour attaquer les montagnes de l'Ouaren-
DU MAUÉCHAL BUGEAUD (1842) 257
sènis entre le Chélif et la Mina, où Abd-el-Kader et ses kalifes semblent avoir pris leurs quartiers d'hiver avec les tristes débris de leurs forces régulières, mais appuyés sur 20.000 Kabyles qui habitent cette chaîne. Le cerf est très fatigué, il ne faut pas le laisser se refaire.
Mille amitiés, cher et vieil ami. Bugeaud.
P. -S. — J'ai ici mes deux filles bonnes à marier et à qui je promettrai 200.000 francs et donnerai 6.000 francs de pension. Cherchez-moi de votre main deux bons marieurs, qui soient bien, dune honnête famille et passablement riches. Il faut bien faire connaître sa marchandise.
Alger, le il décembre 1842 *.
Mon cher Genty,
Vous vous réjouissez de me revoir, et moi je suis comme ces jeunes filles qui sont contentes et fâchées de certaines choses ; je voudrais être à Paris et j'ai grand regret de quitter dans un moment où les résultats se déroulent. Les nouvelles de l'Ouest sont excellentes, j'entends à Oran et Mostaganem, car je n'en ai pas de Lamoricière.
Je vous dirai en passant que j'ai été content de sa manière d'être avec moi dans la dernière campagne. J'ai confiance qu'il fera très bien à Mascara. Il prépare bien les opérations, il est soigneux pour les détails, il est intelligent, il ne lui manque qu'un peu d'expérience et de se meubler la tète d'une petite série de principes de guerre qu'il ignorait. Au reste, il a beaucoup gagné.
Ici nous avons fait six razzias et la ligne « obstacle de l'Ouest » est presque achevée: trois villages sont commencés. Les demandes de concessions pour s'établir affluent.
J'ai garni Gherchell, nous augmentons Dely-Ibrahim et Kaddous et Douera ; le Phaz se peuple par la confiance qu'a donnée la guerre énergique. Enfin j'ai fondé une colonie arabe sur la rive droite de l'Harrache avec les réfugiés appartenant aux anciennes tribus de la Mitidja. Je lui ai