Archives Féray-Bugeaud d'Isly
triomphante. Toutes les tribus rebelles se rangent autour de nos camps et acquittent sans diftîcullé des contributions de guerre énormes en raison des pertes qu'elles ont faites dans la lutte.
Abd-el-Kader, réfugié à l'extrémité ouest du désert, est dans un état dont j'aurais pitié, s'il. n'avait ordonné, dans son désespoir, d'égorger nos malheureux prisonniers.
Le directeur des finances me disait hier que les revenus du premier semestre 46 dépasseraient de 80 0/0 ceux du premier semestre 45.
La confiance et la joie régnent dans la population civile. Dans larmée, c'est constant.
Il serait fâcheux que la discussion des crédits d'Afrique ne fût pas sérieuse, il serait temps que la nation apprît à raisonner pertinemment de sa plus grosse affaire. Je crains qu'avant de voir cela, il ne s'écoule encore beaucoup de temps. Cette opinion se fonde sur la discussion des bureaux et sur les rapports Dufaure et Bignon '. Selon le premier, notre colonisation faite est factice; suivant le second, les résultats obtenus en tout genre sont négatifs.
Je viens de visiter Miliana, Orléansville et Ténès. Ces villes ne sont ni factices, ni négatives. Ténès, dont j'ai posé la première pierre il y a trois ans, compte 2.400 habitants civils, qui n'ont pas craint de se placer sous le régime du sabre. Us ont bâti d'assez jolies maisons et les édifices militaires sont superbes. L'armée, cet instrument qui n'est propre qu'à la destruction, a fait des routes et une conduite d'eau digne des Romains. Dans quelques jours la ville aura de bonnes fontaines, des bassins, des jets d'eau et 150 hectares arrosés pour faire ses jardins.
Partout où l'armée a mis des postes sédentaires, elle a créé des choses factices et négatives comme celles dont je
1. Hignoa (François), né à Orléans le 18 janvier 1789, mort à Paris le 25 juillet 1863, député de Nantes de 1834 a 1S48. Il vota presque toujours avec la majorité conservatrice, sauf dans les questions de finances.
viens de vous parler. Ce n'est pas la meilleure colonisation, mais c'est une partie essentielle du tout. II faut des villes, des industriels, des commerçants.
Adieu, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage, mais je vous prie de remarquer qu'une de mes lettres en vaut trois des vôtres, en abondance s'entend.
Mille amitiés, à bientôt.
Maréchal duc d'Isly
Alrjer, le 21 Juin 1846.
Mon cher Genty^,
J'ai reçu votre billet du 14 et la note pour le sous-lieutenant au 4'' dÊ chasseurs d'Afrique. J'appelle sur cet officier l'attention bienveillante de son colonel '.
J'ai remarqué comme tout le monde que la discussion des crédits d'Afrique a été très creuse. Il ne peut en être autrement. On ne sait pas et l'on déclame dans le vide. M. de Lamartine a excellé dans ce genre. J'espérais combler un petit coin du creux par le mémoire que j'ai envoyé à M. Guizot et qu'il a distribué aux Chambres {trois questions fondamentales). On me mande que ce petit écrit a été goûté.
Le langage de M. Guizot me laisserait peu à désirer, s'il eût parlé de l'énorme changement qui s'est opéré depuis six semaines dans nos affaires d'Afrique. Comment ne s'est-il pas appuyé sur mon rapport du 22 mai? Il me semble qu'il pouvait s'en honorer, puisqu'il annonçait et expliquait la fin de la grande crise, la consolidation de l'extension de notre conquête. Ce grand fait est passé comme inaperçu dans la presse et à la tribune. C'est vraiment plus qu'étrange.
"Vous vous réjouirez avec nous, j'en suis sûr, du mariage
1. Dupuch (Théodore-Élie), né à Mauzac (Dordogne), en 1798, décédé à Paris en 1881. Garde du corps de Monsieur en 1815. Il va en Afrique en 1844 comme lieutenant-colonel du 2" chasseurs dWfrique. 11 est colonel au 4* chasseurs d'Afrique de 1846 à 1851 où il est nommé général de brigade. Général de divitiion en ISo'i, retraité en 187S.