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est évident (jiie celle colonisation incapable de se défendre des Arabes, qui! faut spolier pour la placer, devra être gardée perpétuellement par une armée croissant en proportion de Textensionde la colonie européenne. C'est à ces conditions-là que vous maintiendrez les libertés civiles, municipales, individuelles. Si ces libertés cessaient un instant d'être sous la protection des baïonnettes, elles disparaîtraient avec la tôle et les biens des hommes libres.
Garder toujours la colonisation avec une armée toujours plus nombreuse, voilà la voie dans laquelle est entrée la commission par son fameux vote.
Oui, certainement, mon cher Genty, il est dans le droit de chaque député de parler sur la question d'Afrique, qui exige de la Chambre de si grands votes, cl de la France de si grands sacrifices. JNIaisil est aussi dans le droit de chaque citoyen, et du gouverneur général, d'examiner les opinions émises par les mandataires du pays. Quoique vous en disiez, il ne peut cire indillerenl que les députés aient des idées justes ou fausses sur la plus grosse affaire de la France, car ils doivent nécessairement influencer beaucoup le gouvernement. Vous le voyez pour le ministère spécial. C'est la Chambre qui le pousse à une mesure qu'il désire probablement dans un intérêt bien plus ministériel qu'africain.
La brochure la France en Afrique me paraît avoir été commandée pour cela. Voilà que la spirituelle Extoque loue cette brochure, stupide sur tant de points. La question y est prise de haut, dit-elle. Oui, dans les nuages, et sur tout le continent africain, qui vous sert de point d'appui, ainsi que ses lies, Qu'avez-vous besoin de conserver en Algérie vos 100.000 hommes, très mauvais du reste, puisqu'ils ne doivent plus voir dans la profession des armes ni prestige, ni passion, ni art, ni utilité ? Renvoyez-les bien vite. N'avezvous pas tous les appuis qu'énumère la France en Afrique au chapitre m?
Et voilà pourtant l'œuvre que chante un journal écrit par des hommes de talent! Faites-en, je vous prie, mon com-
DU MARÉCHAL BLGtALD 1847) SOo
iliment à Granier deCassagnac, dès que vous le venez à la t ihambre.
Vous avez beau dire. Je soutiens qu'on peut et qu'on doit garder un bon sous-secrétaire d'État de l'Algérie et qu'on ne peut pas garder un ministre quand le cabinet s'en va.
Ne sont pas plus dans le vrai les gens qui ont dit dans les bureaux « que je devrais rester davantage à Alger, dirigeant de là mes colonnes, une main sur la carte, une autre sur l'administration du pays ». Il y a là une montagne d'erreurs: Quoi! c'est d'Alger, une carie sous les yeux, que l'on peut diriger une guerre de détails, si féconde en péripéties que souvent j'ai été obligé, trois fois dans un jour, de changer toutes mes dispositions pour une foule de colonnes! C'était déjà bien difficileiet quelquefois à contretemps] en étant sur les lieux, au centre de l'action, qu'aurait-ce donc été si je m'étais tenu à 50 lieues, avec des communications lentes et peu sûres? Le remède serait toujours arrivé après les plus grands progrès du mal. Ce reproche qui n'est pas nouveau caractérise notre époque, à aucune autre on n'avait exigé qu'un général en chef se tînt loin de son armée pour la diriger.
Mais, indépendamment des lenteurs dangereuses qu'apporterait nécessairement ce système, que deviendrait l'influence morale du chef, laquelle doit jouer un si grand iôle? Croyez- vous que j'aurais obtenu qu'on tînt sans murmurer la campagne pendant tout l'hiver, si j'avais eu les pieds chauds à Alger? Cependant il fallait agir sans discontinuer, sous peine de tout perdre, car Abd-el-Kader, lui, agissait et l'insurrection gagnait de tous côtés. Il fallait donc que le chef fût là, partageant les fatigues, les intempéries, et donnant sur-le-champ tous les ordres conformes à des circonstances variant à l'infini.
Savez-vous d'où proviennent ces faux jugements sur la conduile du général en chef gouverneur ? de ce qu'on croit générale-mont que l'administration des 90.000 Européens
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de toutes les nations est la chose principale, tandis qu'elle n'est que très secondaire. Je place en première ligne notre domination sur les Arabes, sans laquelle il n'y a ni sécurité pour la population européenne, ni progrès en colonisation ; en deuxième ligne et pour les mêmes motifs, le gouvernement et l'administration des Arabes; en troisième ligne, la colonisation et radministration des Européens.
Mais, pour mieux dire, ce nest qu'en vue des Européens que je classe ainsi les choses par degré ^urgence, ce mot convient mieux que celui à' importance .
Pouvais-je faire quelque chose de plus utile à la colonisation et à l'administration des Européens que d'éloigner la guerre et de ramener les Arabes à la soumission ? que de donner la sécurité qui est la base de tout ?
Aurait-il mieux valu que je restasse à Alger pour discuter avec le conseil d'administration toutes les petites affaires, que Ton transforme à Paris en affaires graves et majeures? Fallait-il s'occuper de laver et repeindre le vaisseau quand il était sur des écu; ils ? Je l'ai sauvé, on n'en tient compte et l'on me demande pourquoi je ne suis pas bien plutôt occupé du métier de frotteur que de celui de pilote.
Oh! Français, que vous méritez bien ce que les Anglais disent de vous !
Croyez-vous qu'on ne puisse administrer qu'à Alger? Mais les Arabes, 25 ou 30 fois plus nombreux que les Européens, ne s'administrent qu'en se promenant beaucoup sur leur territoire, qui est 3 ou 400 fois plus grand que celui qu'occupent les Européens. 'Voyez donc sur la carte le terrain appartenant à ce que vous appelez pompeusement l'administration de l'Algérie ! Vous en aurez pitié. Et c'est sur ce petit morceau de teri-e, occupé en très grande partie par les gueux d'Espagne, d'Italie, de Malte, que vous voudriez confiner l'action du gouverneur général, du chef de 100.000 hommes répandus sur toute la surface du pays et faisant la guerre ! Allons donc, c'est insensé!
Et n'y a-t-il donc pas à Alger un assez grand luxe d'açlmi-
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iiistratiou pour que le gouverneur puisse s'absenter quand sa présence est plus utile ailleurs? Un lieutenant général, un directeur général des services civils, deux directeurs de l'intérieur et des finances, une multitude dagents de toute sorte : en voilà assez pour administrer 90.000 Européens, qui n'occupent pas 100 lieues carrés, car ils sont presque tous agglomérés dans quelques villes.
Vous me dites qu'un homme ne peut être propre à tout. Je n'ai pas la prétention d'être universel; mais j'ai celle d'entendre les grandes questions administratives aussi bien que qui que ce soit dans le conseil supérieur et mieux que dans les bureaux de la Guerre. Les membres du conseil me rendent, je crois, cette justice; si donc je m'éloigne de l'administration, ce n'est pas par impuissance, mais bien parce qu'il y a urgence, pour l'administration elle-même, que je sois ailleurs.
Lisez cela, je vous prie, à quelques-uns de ceux qui m'accusent de ne pas assez rester à Alger et finissons-en, s'il se peut, avec cette étrange accusation sur une conduite qui devrait au contraire me mériter des éloges.
Malheur à vous, si vous trouvez des gouverneurs qui préféreront restera Alger pour faire de la broutille administrative que d'aller à l'armée quand il y aura guerre à faire. Un tel gouverneur laisserait bientôt tomber en quenouille notre autorité sur les Arabes, et l'on verrait alors si le meilleur moyen de faire marcher l'administration est de rester à Alger.
Je vous l'ai dit, je suis profondément décidé à me retirer au mois de juillet. Les faux jugements, les fausses idées sur l'Algérie ne contribuent pas peu à cette décision. Eussé-je le génie de César, je ne pourrais satisfaire les esprits de ces temps-ci.
Au revoir donc, à la Durentie.
Mille amitiés pour vous, mille hommages à Madame.
Maréchal duc d'Isly.
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Alger, le 27 avril 1847.
Mon cher Genty,
Si je n'ai pas répondu lout de suite à vos trois dernières lettres, c'est par deux causes : premièrement, parce que j'ai fait une seconde maladie plus cruelle que la première, et de laquelle j'entre à peine en convalescence; secondement, parce que j'étais piqué contre vous. Je ne veux pas, ainsi que vous paraissez le croire, vous imposer mes opinions; mais j'ai trouvé étrange qu'après m'avoir dit dans une lettre antérieure que vous ne partagiez pas toutes mes opinions sur la colonisation militaire, vous les ayez toutes combattues avec vivacité et en vous appuyant sur des faits entièrement faux, en disant que les essais de colonisation militaire n'avaient pas réussi.
Vous me dites que vous avez voulu me parler des essais faits de votre temps, je vous réponds, d'abord, qu'il fallait vous expliquer et ne pas confondre tout; puis je vous dis que votre mémoire a été infidèle, et qu'avant moi il n"a été fait aucun essai de colonisation militaire ; de votre temps on a fait quelques misérables essais de colonisation civile qui ont complètement échoué; quelques centaines de familles allemandes qu'on avait imprudemment fait venir sans savoir comment on les établirait et sans avoir aucun secours à leur donner, ont péri ou se sont en allées. J'ai trouvé les restes infortunés de cette colonisation à Dely- Ibrahim sous des baraques de bois. C'est aujourd'hui un beau village en pierres.
Ce qui m'a beaucoup affligé, c'est de vous entendre dire, après nos conversations et nos correspondances, que les institutions de la France données à l'Algérie feraient la colonisation et aplaniraient tous les obstables. Je ne puis concevoir qu'un homme versé comme vous dans les affaires, un peu trop de cabinet, il est vrai, puisse ^professer de pareilles chimères, qui n'appartiennent qu'aux poètes et aux journalistes. Ce que vous demandez pour l'Algérie est