Archives du ministère de la Guerre
DU MARÉCHAL BUGKAUD !l848j 317
La Duranlie, le 8 «ori/ 1848.
J'ai reçu, mon cher Genly ', vos lettres des 2 et 5 août; je vous en remercie; je vous ai un peu négligé, c'est vrai, mais j'ai eu beaucoup d'affaires et j'ai été malade pendant une semaine. Maintenant je vais vous suivre dans vos deux petites épitres.
Je ne sais absolument rien de ma candidature à Lyon, je ne m'en suis pas occupé, et je n'ai d'ailleurs aucun moyen pour cela, car je n'y connais personne. Je n'ai rien appris à cet égard depuis deux lettres qui me furent écrites de Lyon, il y a plus d'un mois, par deux personnes que je ne connais pas.
Vous passez des soirées chez le duc Decazes avec les généraux Cavaignac, oncle et neveu; je suis bien aise de voir le neveu dans cette atmosphère, où il ne peut puiser que des idées d'ordre et de conservation; mais je m'étonne qu'il ait le loisir d'y rester jusqu'à minuit. II me semble qu'il a mieux à faire que cela. Il doit avoir terriblement de choses à lire, à écrire, à étudier; peut-être trouve-t-il du temps pour tout, je l'en félicite, je ne me sentirais pas cette force dans sa position. Vous avez raison, il serait fort heureux qu'il pût se débarrasser de la coterie du National et surtout qu'il n'en fût pas issu. Celle origine a et aura de grands inconvénients, quoique le National soit aujourd'hui la république modérée ; mais ces gens-là ont tant prêché les idées fausses qu'il leur en restera toujours une teinte. C'est une funeste école que celle d'un journal conspirateur. Je reconnais cependant que M. Marrast est un homme d'esprit et de sens, je le
ivais depuis longtemps.
Cavaignac nous est bien utile, c'est une bonne fortune que de l'avoir trouvé là tout exprès aux événements de Juin. Il faut donc l'aider à sauver la France des socialistes et des anarchistes de toute couleur.