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DU MARÉCHAL BUGEAUI) (1848) 321
situation. Il ne faut pas se le dissimuler, c'est une guerre à mort entre la société et ces nouveaux Vandales. Les concessions, les atermoiements ne les changeront pas, ils n'en seront que plus audacieux. Si le gouvernement et la majo- :lé de l'Assemblée le voyaient comme je le vois, ils ne craindraient pas de les exaspérer, comme on dit, par de grandes mesures de salut public. Quimporte d'exaspérer, quand on doit combattre? A-t-on jamais ménagé son ennemi à la veille d'une bataille? Ne lui enlève-t-on pas ses avant-postes, si on peut, sans s'inquiétt-r si cela le mettra en colère?
Le personnage que vous accusez de n'avoir pas la mémoire du cœur est connu depuis longtemps à ce point de vue. Sa barque avant tout, les hommes ne sont pour lui que des instruments.
Je regrette qu'un autre personnage plus élevé perde,
selon vous et d'autres, de cette opinion, qui lui donnait une
force bien utile au pays. La société est tellement menacée
qu'elle doit soutenir tout homme qui démontre quelque
'lonté de la servir.
S il est vrai que nous ayons encore une journée, je compte beaucoup sur l'armée et aussi sur la garde nationale, parce que j'ai la confiance qu'elle sera bien, commandée. J'ignore si on la prépare ainsi que la troupe de ligne à faire la guerre des rues, avec l'intelligence qui atteint le même but sans faire des sacrifices d'hommes aussi considérables que ceux qui ont été faits dans les jouriiées de Juin. Celte instruction préparatoire à donner aux officiers, sous-officiers, et même aux soldats de toute la force publique, serait une chose bien essentielle. Mais saura-t-on et voudra-t-on le faire? Saura-t-on même dérober au tourbillon des affaires le temps nécessaire? C'est cependant l'affaire capitale, toutes les autres devraient lui céder le pas. La bureaucratie, ce qu'on appelle les affaires courantes, et même les préparations de discours à l'Assemblée, sont minimes, comparées à celle-là. En tout temps,
mais surtout en celui où nous sommes, il vaut mieux bien agir que bien parler et bien écrire.
D'après ce que vous m'avez écrit, d'après ce que je vois dans les journaux, j'attends chaque courrier avec impatience; le temps si court, nous voudrions l'abréger encore. C'est ainsi que s'écoule notre vie, nous ne jouissons pas du présent, nous redoutons l'avenir.
Adieu, mon cher Genty, continuez-moi vos petits billets, allongez-les, s'il y a lieu, car je suis bien curieux de tout savoir. Mille amitiés. Maréchal B. d'Isly.
La Dwantie, 31 août 1848.
Mon cher Gentv,
Je * réponds immédiatement à votre lettre du 28. Oui, certainement, j'accepterais la députation de Paris, c'est celle qui me flatterait le plus; vous pouvez le dire hardiment et affirmer qu'on aurait en moi un défenseur énergique et persévérant de Tordre social.
Je pense que MM. Thiers et Changarnier pourraient ininfluer beaucoup sur mon élection; peut-être y pensent-ils, mais je ne veux pas le leur demander. Voyez si vous pouvez aboutir à eux par quelque voie. Vous pourriez voir aussi les généraux de Bar et Rapatel ^, mon ami Odiot et le colonel Dorât, rue de l'Arcade, en face la rue Castellane. Le colonel Lheureux ^ doit avoir aussi quelque influence à Paris et je suis bien sûr qu'il s'en servirait pour moi.