‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 91 sur 125 · Archives Féray-Bugeaud d'Isly · texte numérisé non relu

Archives Féray-Bugeaud d'Isly

2. Rapatel (Augustin-François-Marie), né en 1775 à Rennes, mort en 1849. il débuta dans l'armée en 1791 comme aide-chirurgien àihôpital militaire de Rennes. En 1796, il devint lieutenant-adjoint aux adjudants-généraux. En 1806, il passa aux chevau-légers de la garde royale de Naples. et suivit le roi Joseph en Espagne. Il fut nommé maréchal de camp en 1823.

3. Lheureux (Eugène), né à Nantes le 13 janvierllO", décédé en 1868. Élève de l'Ecole spéciale de la Marne en 1811, il était en 1816 aspirant de 2' classe lorsqu'il fut nommé garde du corps de Monsieur, avec rang de sous-lieutenant, à la date du 1" septembre 1812. Il passa en 1818 dans l'état-major. Capitaine en 1826, chef d'escadrons en 1898, lieutenant-colonel en 1845, colonel en 1848, général de brigade en 18ol.

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Je suis bien sensible à ce que vous me dites d'Eynard; dites-lui bien que, malgré notre séparation, je n'ai jamais cessé de lui porter un vif intérêt; il n'y a eu autre chose entre nous qu'incompatibilité d'humeur : j'ai toujours reconnu ses bonnes qualités, et nul ne peut dire que j'aie jamais dit du mal de lui.

Je pense comme vous qu'on a eu grand tort de ne pas aller jusqu'au bout en atteignant tous les grands coupables; les factions ne tiennent jamais compte de tous ces ménagements, elles s'en servent au contraire pour vous attaquer avec plus d'avantages. On a laissé des généraux à la république rouge : on aura lieu de s'en repentir.

Au reste, voilà les vaisseaux de Cavaignac brûlés ; la nécessité le poussera à se jeter lout à fait dans les bras des républicains modérés ; en attendant, je le blâme comme vous d'avoir deux poids et deux mesures envers les journaux et de faire de la bascule. Mais que voulez- vous? les caractères bien tranchés, bien résolus, sont rares; je l'ai constaté bien souvent en Afrique chez les hommes les plus en évidence. Cela ne doit pas vous empêcher de savoir gré au général Cavaignac de ce qu'il fait pour repousser l'anarchie des démagogues rouges. Il a fait beaucoup plus que je ne l'osais espérer d'après ses liaisons et ses opinions antérieures.

Adieu, mille amitiés, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage, le courrier part.

Maréchal B. d'Isly.

A Monsieur le général Charon.

La Durantie, le 4 septembre 1848.

Mon cher général.

Votre long silence ne m'a pas fait douter un seul instant de la persistance de vos bons sentiments pour moi. Je connais trop l'excellence de votre cœur et la droiture de votre espritpour que de pareilles pensées me soient venues.

Je savais bien, du reste, que vous étiez occupé, absorbé par l'immense tâche qui vous a été donnée. Je connais la manière dont vous remplissez vos devoirs; vous ne donnez rien aux plaisirs, ni même au repos, tant qu'il vous reste quelque chose à faire, et il y a toujours à travailler quand il s'agit de l'Algérie. C'est un pays qui a usé bien des hommes, matériellement et moralement. Il en usera encore beaucoup ainsi que des écus. Dieu veuille que ce ne soit pas improductif, comme par le passé! Cette stérilité des résultats autres que ceux de la conquête tient à Tabsence d'idées vraies chez l'immense majorité des esprits dirigeants. Ils ne voulaient pas même qu'on fît la guerre; elle s'est faite, malgré eux, dans le fond et dans la forme. Ils voulaient faire de la colonisation et de la civilisation dans des pots de fleurs, sur les terrasses d'Alger. Quand le pays a été dompté, conquis contre leur avis et leurs pronostics, leurs exigences se sont tellement gonflées qu'ils nous ont demandé de faire, en un ou deux ans, ce qui est l'œuvre des siècles. Nous devions improviser une vaste colonisationi avec très peu d'écus et avec la lie de tous les peuples qu bornent la Méditerranée. Il est vrai que quelques écrivains nous donnaient des moyens très simples d'opérer ces prodiges. Il ne fallait qu'une toute petite loi en trois articles : l*" l'Algérie est réunie à la France ; 2° l'Algérie se divise en départements et arrondissements ; 3° chaque arrondissement envoie un député à la Chambre.

Avec cela les flots d'or et de population se précipiteraient en Algérie, on irait avec enthousiasme dans une contrée où l'on serait assuré de trouver les lois de son pays. Il ne serait plus nécessaire ni de gros budget, ni d'armée.

Eh bien ! on a donné à l'Algérie tout cela, sauf l'assimilation. Voyez-vous que le miracle soit encore fait? Les écus ont fui et la population, au lieu de venir à flots, s'en va tous les jours, malgré ces précieuses libertés. C'est une bonne chose que les libertés, quand on a de quoi bien dîner, qu'on est bien logé, bien vêtu et qu'on a l'assurance que

cela durera. Mais la liberté ne donne pas tout ça; il faut lobtenir par un travail très dur. très persévérant, et il faut aussi avoir un capital suffisant pour mettre en valeur la terre, ce grand instrument de travail. Il faut construire une maison et des hangars; il faut acheter des bestiaux, des outils aratoires, des semences, le mobilier de la maison, et enfin il faut assurer sa subsistance jusqu'à ce que la terre puisse la produire. Ces misérables détails ne préoccupaient pas le moins du monde nos grands écrivains du journalisme. 11 était plus simple de se reposer de tout sur les libertés.

Je vois avec plaisir quenfin l'opinion se rallie à une idée ; ne j'ai émise depuis quelque fempsy celle d'envoyer en Llgérie le trop-plein de nos villes, et même les transportés. Ce sera dun seul coup atteindre plusieurs grands buts : l"' débarrasser la France d'un élément de troubles incessants; 2* remplir envers un grand nombre de prolétaires une partie des promesses insensées que leur a faites la révolution de Février ; 3° peupler la colonie.

Cette population sera loin de valoir mes colons militaires; mais, dans l'état actuel de la France, il faut renoncer à cet excellent élément; il y a urgence absolue à se résigner et, coûte que coûte, il faut établir en Afrique ces prolétaires souverains dont on a farci la tête des idées- les plus funestes pour eux et pour nous.

Vous dites que vous me demanderez mes conseils quand il s'agira de les établir; je ne demande pas mieux que de répondre à vos questions, mais la marche est toute tracée déjà : il faut opérer comme nous l'avons fait pour les Prussiens à Stidia, en améliorant les détails d'exécution et peut-être aussi la forme des villages. Je voudrais que les maisons, les hangars, les écuries, les magasins, les établissements publics formassent l'enceinte d'un grand espace suffisant pour contenir les meules de foin et de paille, les provisions de bois et les troupeaux. On éviterait par là une enceinio spéciale, fort coiV""-'' m (Hablir el à entre

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tenir. Toutes les murailles auraient une double utilité.

La forme carrée ou quadrilatère exige des flanquements ; peut-être pourrait-on les éviter par la forme ronde ou ovale ; mais les flanquements ont bien de la puissance, et je crois qu'il ne faut pas reculer devant cette dépense de sûreté.

Le régime des transportés doit être différent de celui des prolétaires non coupables; les premiers doivent être placés loin de la côte et pas trop près de nos centres d'occupation; ils doivent avoir un uniforme et la tête rasée, afin qu'ils soient facilement reconnus des tribus environnantes, à qui ils seraient consignés pour être arrêtés par elles, dès qu'ils dépasseraient certaines limites bien tracées. Il serait accordé aux Arabes une prime de 30 francs pour chaque déserteur qu'ils ramèneraient.

Un petit camp serait placé à côté de chaque localité, pour protéger les condamnés politiques et les aider à travailler,

La discipline intérieure serait sévère sans être tracassière, car il faut que ces gens-là aient la facilité de travailler. Les règles à établir seraient donc peu nombreuses, mais essentielles; il y aurait peu d'appels, mais ils seraient rigoureux; on prendrait au moins une heure par jour pour l'éducation morale et religieuse; l'église et le curé sont indispensables pour l'amélioration de ces esprits pervertis. Le travail ferait le reste ; quand il absorbe les forces du corps, les passions ont peu d'aliments. La chose la plus difficile sera de procurer des compagnes à ceux qui ne seront pas déjà mariés; il ne faut pas espérer les trouver d'une meilleure espèce qu'eux. Il faudra leur en faire des cargaisons en Fi-ance, en Italie, en Espagne, aux îles Baléares, etc. Il arrive souvent que ces femmes tournent bien quand elles sont liées par le mariage. N'a-t-on pas vu souvent des gens du monde épouser des courtisanes, des actrices qui deviennent d'excellentes femmes ?

Je ne vous parle pas de l'oiganisation administrative et

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de la comptabilité à établir pour les travaux et lentretien de ces gens-là ; c'est une grosse affaire, elle doit être dirigée par un sous-intendant capable et probe ; mais vous entendez ces choses-là aussi bien ou mieux que moi.

Vous voyez, mon cher général, que je me suis laissé entraîner à devancer vos questions, j'espère que vous ne vous en plaindrez pas. Je n'ai fait du reste qu'esquisser la chose, vous saurez bien dessiner et ombrer.

J'allais vous écrire, mon cher général, quand votre lettre m'est arrivée. Il s'agit d'une sollicitation à laquelle je tiens beaucoup, parce qu'elle m'est adressée par un de mes meilleurs amis de Périgueux, M. Magne, ancien député, qui a été pendant quelques instants titulaire de l'emploi que vous occupez.

Pour m'éviter de vous expliquer la chose, je vais copier -M. Magne :

« Notre sous-intendant militaire, M. Delbauve', vient de recevoir de la manière la plus inattendue l'ordre d'aller à Marseille se tenir à la disposition de M. Appert. M. Delbauve est tout prêt à obéir à cet ordre ; comme militaire, il n'a aucune objection à présenter. Mais sa famille et ses amis sont dans la désolation. Sa pauvre mère surtout, qui est âgée de quatre-vingt-deux ans, et qui s'était flattée de lespoir de finir ses jours à Périgueux avec son fils, a été à moitié tuée par ce terrible coup, etc. »

Je vous fais grâce de ce qui suit, vous êtes suffisamment informé.

Je sais que l'administration de la Guerre en Algérie n'est pas sous vos attributions, mais je vous prie de voir immédiatement le général Randon et de lui demander instam-

1. Elbauve (Louis-Charles-Antoine-Joseph d ,. né à Mannheim çrandduché de Bade) en 1796, décédé en 1860. Il débuta dans la marine comme apprenti marin, en 1811. Il était novice aux appointements de 16 fr. .50 par mois lorsqu'il fut nommé garde du rorp? de Monsieur. Lieutenant-colonel au 30' de ligne en 1840, il entra dans lintendance comme sous-intendant de 1" classe, intendant en 1853, il passa à la section de réserve en 1858.

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ment de ma part de révoquer, sans aucun délai, Tordre donné à M. Delbauve. Il pourra, j'espère, le remplacer facilement par un sous-intendant non marié, ou n'étant pas dans des circonstances aussi pénibles que celui de Périgueux. Voilà le service que je s'ous demande de toutes mes forces, et surtout à Randon.

Je connaissais le remaniement opéré dans les commandements de l'Algérie. Ils ont porté sur de très bons officiers. Quant aux avancements, il en est qui me paraissent un peu forcés, malgré le mérite des élus.

Adieu, mon cher général, croyez que mes sentiments de haute estime et d'attachement pour vous sont inaltérables.

Maréchal B. d'Isly.

Faites, je vous prie, mes amitiés à Randon et à Marlimprey.

La Durantie, le 7 septembre 1848.

Mon^cher Genty, je réponds à votre lettre du 4 septembre, qui, quoique très petite, renferme beaucoup de choses.

Je suis bien aise d'apprendre que Charles Dupin est disposé à me seconder, je vous prie de lui en témoigner ma reconnaissance ; il pourra beaucoup, je n'en doute pas. Quelqu'un m'écrit aussi que le général Petit- est aussi très disposé à diriger vers moi ses invalides, il ne serait pas mal que vous pussiez le voir. Quelqu'un m'écrit également que ma non-élection au conseil général de la Dordogne

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