‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 94 sur 125 · Archives Féray-Bugeaud d'Isly · texte numérisé non relu

Archives Féray-Bugeaud d'Isly

DU MARÉCHAL BLi^;..^.. 1848) . -

là mon nom. Le Constitutionnel ne peut plus rien dire pour moi. Il a baisé la griffe du pouvoir.

La communication qui vous a été faite par un légitimiste ne m'étonne pas. Je sais que quelques-uns de ceux (lu département de la Dordogne et même d'ailleurs ont écrit dans ce sens à leurs amis de Paris. Mais ces messieurs ne sont pas très nombreux, et voudront-ils quitter leurs làteaux pour moi? Si, il y a quinze jours, ceux du Rhône aient pris la détermination dont on vous a parlé, mon :ccès eût été à peu près certain à Lyon. Tous les autres ^rtis de l'ordre étaient pour moi. Mais, ne pouvant lutter ntre les communistes sans le secours des légitimistes, li sont très puissants dans la campagne, ils ont, je crois, renoncé à ma candidature, pour se porter sur M. Rivet', notre ancien collègue, qui aura une bonne partie <les légitimistes.

Je suis vraiment indigné de la conduite de M. de L... à )tre égard, mais je n'en suis pas étonné. Il est bien connu pour n'apprécier les hommes que comme des instruments qu'on prend ou qu'on laisse selon l'utilité du moment. Le .sentiment n'est rien pour lui. Il n'en a qu'un, c'est celui de 7noi.

Il est probable que je ne vous écrirai plus d'ici à iévénement. Une fièvre intermittente que j'ai chassée deux ou trois fois m'est revenue depuis trois jours. Cela me contrarierait, surtout si vos efforts étaient couronnés de succès. Je vais tâcher de m'en débarrasser.

Adieu, mille amitiés bien vraies.

Maréchal B. d'IsLv.

P. -S. — Le journal la Patrie a envoyé à ses lecteurs mon article de la Revue des Deux Mondes du 15 juillet. Par qui est rédigé ce journal .' et dans quel esprit est-il ? Je ne le lis pas, je ne sais ce que je vous dis que par lettres.

1. Rivet (Jean-Charles), né à B rive en 1800. mort à Cannes. Préfet du Rhône en 1839, député à diverses reprises. Il futbattu dans le Rhône, en septembre 1848. parRaspaii.

334 CORRESPONDANCE INKDITE

La Durantie, 23 septembre 1848.

Mon cher Genty,

Je ' n'ai été ni surpris ni affligé par votre lettre du 20. Tout ce qui m'entoure pourrait vous dire que je n'ai jamais compté sur le succès. Je connaissais la coupable indiflerence, le laissez faire, le laissez passer d'une partie de la bourgeoisie et, d'un autre côté, l'ardeur, l'audace de ses ennemis. Odiot n'a point changé mes idées en m'écrivant qu'il se croyait sûr du succès.

Je crois comme vous qu'il eût été obtenu malgré cela sans le Siècle, le Constitutionnel el les Débats. Les deux premiers ont été de fort mauvais politiques, le troisième y a ajouté sa lâcheté habituelle et ses vues sordides.

Quand on voit Tégoïsme absurde ou la lâcheté d'une partie de la bourgoisie, on est tenté de se faire démagogue à son tour, tant il est douloureux de combattre toujours avec une armée dont la moitié se cache dès que l'action est engagée.

N'est-il pas honteux qu'à Paris, où les amis de l'ordre sont trois contre un, on laisse la victoire à la république rouge ? C'est bien le cas de dire : Pauvre France, où vas-tu et qui te sauvera, puisque tu n'as pas la force de t'aider un peu toi-même ?

Ne craignez rien toutefois, mon dévouement au bien ne changera pas. Je pourrai exhaler de l'amertume contre les indignes déserteurs de leur propre cause, mais je resterai toujours fidèle au drapeau.

Je ne puis assez vous dire combien je suis reconnaissant au zèle ardent que mes amis, et vous en particulier, ont déployé dans cette circonstance. J'ai toujours gagné les nouvelles preuves de leur estime el de leur allection : cela me console de l'échec à la candidature.

Dès que j'irai mieux, car je suis encore au lit, j'aviserai aux moyens devons faire tenir, ainsi qu'à Gardère, les deux

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