A SES ENFANTS
Paris. 9 Septembre 1843.
Je VOUS aime ! C'est bien plutôt mon cœur qui vous écrit que ma main, mes chers enfants adorés ! Vous savez si, nuit et jour, je suis absorbée dans les soins qui peuvent vous le prouver. Soj-ez heureux et calmes, c'est me donner du calme et du bonheur au milieu de toutes les tourmentes. L,e bien-être est immense eu moi, quand je vous sens dans le bien-être. Dieu sait bien que je ne lui en demande pas d'autre. Ton père et moi nous avons bien des courses, des écritures et des sollicitudes de toute sorte.
Iv'Odéon est comme un grand vaisseau dont l'équipage est révolté. On croit le capitaine sans boussole. Tu sauras tous ces détails que j'épargne à ta salutaire vacance. Tu sais que tous mes jugements passent à travers mon cœur, et s'y rectifient.
Embrasse ta bonne cousine Camille, elle qui me remplace si doucement près de ce que j'aime le plus au m.onde; mais les mères ont des yeux qui percent les campagnes, et c'est bien ennuyeux de ne pouvoir fuir nulle part tant de rayons d'amour, n'est-ce pas?...
J'ai bien encore temps et place pour embrasser dix fois Henry, les amours de filles et ma soeur ! ma sœur ! ma sœur ! Dis-lui que je suis tout à elle.
Les crins de M. Stephenson (i) couvrent à tout prendre mi cœur loyal, il faut nous y prendre. Je crois, de plus, qu'il a des peines; notre seule manière de l'en consoler, c'est de supporter ces aspérités. Le malheur n'adoucit pas les hommes. Les femmes seules devraient eu devenir plus tendres les unes pour les autres.
(i) Pomet Stephenson, homme de couleur, plein de mérite, mais âore et caustique. I^oyal, brave et désintéressé (II. V.).