‹ Lettres inédites, 1812-1857Chapitre 9 sur 17 · A SES ENFANTS · texte numérisé non relu

A SES ENFANTS

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I^yon, le 9 Octobre 1839, au matin.

... Ivine (2), ne sors pas seule, d'un pas ! Que ce soit toujours avec Inès, Sophie, Hippolyte, enfin jamais seule. Agis enfin comme si tu tenais mon âme en garde et que tu la défendisses, par tout l'amour que tu as pour moi et que j'ai pour toi.

Viens donc, ma petite Inès, que je te dise une surprise que tu dois avoir à mon retour : un petit parapluie à toi toute seule, et bien gentil, une poupée moyenne, et de quoi faire des robes. Oublie cela jusqu'à mon arrivée. Je t'embrasse, et je t'aime.

I<yon, le 12 Octobre 1839.

Nous voici le 12, mes chers bien- aimés, et je ne peux encore vous annoncer mon départ. Il y a pourtant un mieux sensible à la main de votre bon père, depuis l'ouverture du dépôt (3) ; mais il est encore impossible qu'il s'habille seul,

(i) Les lettres de Marceline à ses trois enfants fout partie du tome IV des manuscrits d'IIippolyte Valmore, de la page 509 à la page 550.

(2) Marceline, un djs p:é:ioms d'Oadiue V'almore.

(3) I/ouverture d; l'abcès.

et, comme il n'a ni sen-ante, ni domestique, c'est moi qui remplis près de lui ces chers devoirs. Que serait-il devenu pendant cette maladie douloureuse et incommode, si l'un de ceux qu'il aime n'avait été près de lui? Triste et seul dans sa chambre, ou aidé par quelque étranger, c'est si froid ! Cette idée me force à bénir mon éloignement de vous, qui m'est pourtant bien pénible. Troublée d'inquiétude comme je le suis, et n'osant me fier à votre prudence si jemie, je dirai même si innocente, où la mienne ne suffirait peut-être pas contre tout ce qui peut vous arriver de malveillant, mes bons anges, je prie Dieu, nuit et jour, car je ne dors pas pour que vos jours et vos nuits soient calmes et gais. Votre bonheur est ma soif; il apaise toujours la fièvre lente que je porte. Chers enfants, je vous aime comme le ciel visible qui m'est accordé en ce monde où je voudrais vous voir si heureux ! Tout ce que je vous écris, votre père aussi le pense et ne peut vous l'écrire. Mais, quoiqu'il soit dans son Ht encore, ce n'est plus que pour se reposer des souffrances passées; son corps est mieux, son âme est triste. La mienne a besoin de vous, mes enfants, et du charme de votre présence pour dilater mon cœur sous tant de tristesses. Ne les partagez pas, mes purs amours. Mêlez-y de la joie par votre amitié, et celle que j'aime tant à voir régner entre vous trois.

Que Dieu bénisse tous ceux qui m'ont rendu votre absence supportable, et pardonne à ceux qui m'en ont fait une maladie ! Si j'avais des ailes, ce serait pour aller chercher secours et pitié, mais jamais vengeance, à Dieu. J'ai fait un rêve, comme cela.

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