A F.-V. RASPAIL
notre courage à la hauteur du vôtre, ni me faire comprendre ce qui est devenu pour vous une chose toute simple : la résignation...
Passy, 8 Janvier 1853.
J'ai souvent prié Dieu qu'il vous rendît Ubre pour vous-même, bon et subhme prisonnier. C'est, aujourd'hui, pour moi que je le demande à genoux. Je remets ce coeur affligé dans les mains de votre jeune fils. Ecoutez, je vous en conjure, tout ce qu'il vous dira de ma fille malade (i), bien malade, je crois! Son esprit charmant surtout est livré au trouble le plus sombre, malgré les premiers bons résultats des soins de monsieur votre fils.
Hélas ! monsieur et cher absent, que votre puissance n'est-elle Hbre de nous sauver en soumettant toutes les résistances de cette fille adorée? Je lui donne inutilement ma vie et mes soins. Elle souffre infiniment et ne fait pourtant qu'effleurer les remèdes qui l'avaient d'abord calmée et forcée à croire. Après avoir écrit rapidement cette consultation jointe à ma lettre, elle a, ce soir, la fièvre d'imagination et une prostration absolue. Ah ! si le ciel vous amenait à la voir, vous l'aimeriez tant que vous la sauveriez.
Votre captivité pouvait donc me devenir plus horrible? Je ne le croyais pas. Ma fille a été bouleversée que monsieur votre fils ne l'ait pas jugée assez forte pour entreprendre au printemps le voyage de Palma. « Vois-tu bien, m'a-t-elle dit après sou départ, il me juge perdue. »
(i) Ondine ^anglais était dans une petite maison de ki rue de la Pompe, 117, je crois, presque au coin de la rue (H.V.).
Jugez de l'état de mon âme, puisque je ne vous parle pas de reconnaissance en vous demandant toujours de nouvelles consolations.
Passj-, 6 Février 1853 (i).
Le désordre le plus complet s'est mis dans mes espérances. Il faudrait vous envoyer mon cœur tout entier, pour vous en faire apprécier les douleurs. A peine votre bonne et généreuse lettre avait-elle ranimé ma force, que les terreurs de ma chère malade ont pris un caractère à me désespérer. Son mari, saisi d'un trouble affreux, a couru et fait courir après trois médecins. Une enflure presque soudaine avait envahi les pieds, les jambes, les cuisses et le ventre. ]\Ia consternation est trop grande pour que je rappelle de si tristes jours et de telles nuits. De plus, comment écrire au milieu de fatigues pareilles? J'agis comme je peux, sous la volonté de Dieu qui nous éprouve tous. Je vous écris sur mes genoux, cher et subUme prisonnier.
Je vous ai demandé de la lumière, à vous qui possédez la vraie lumière. J'en suis la preuve, puisque j'existe par vous. Vous me l'envoyez généreusement et le sort l'éteint dans mes mains, quand j'avais la conviction qu'elle pouvait sauver ma fille, c'est-à-dire plus que moi-même !
Je n'ai pas pu dire à monsieur votre fils le bouleversement de mon esprit, mais il l'a vu et m'a promis de vous écrire. Quelle convenance, quelle bonté, quelle dignité simple, dans un si jeune homme ! Les médecins n'ont, du reste, rien désapprouvé de ce qu'il avait ordonné. C'est une bien triste satisfaction pour lui, d'avouer qu'aucun mieux
(i) Six jours avant la [mort d'Oadine'lH. V.). ■.''. ^ -