‹ Lettres inédites, 1812-1857Chapitre 13 sur 17 · A F.-V. RASPAIL · texte numérisé non relu

A F.-V. RASPAIL

ne résulte du nouveau traitement. Cette chère impatiente souffre les mêmes étouffements, les mêmes faiblesses, et déjà la même désespérance. — Moi, je vous regarde, et je vous remercie de rester le même pour celle qui est éternellement attachée à vous et aux vôtres.

6 Janvier 1854.

Après la chère et dernière entrevue avec votre fils, je suis devenue malade, je le suis encore. lytmdi, 2 janvier, j'ai bravé le temps et la fièvre pour le revoir, parce que c'est toujours vous voir, mon cher et généreux ami ! Il n'y était pas plus que vous, cette fois, et j'ai laissé aux mains d'un enfant qui m'a paru intelhgent ce que j'avais souhaité que votre Camille reçût de mon pauvre et triste cœur, un rien, puisque je n'ai rien; ce qu'une hirondelle laisserait à la fenêtre hospitaHère où on l'a laissée doucement entrer, une de ses plumes tirées sous son sein de mère. J'y re\àens toujours ! et j'y reviendrai toujours, morte ou vive. Il y a des sillons en terre ou aux cieux, que l'âme ne doit jamais oubHer...

Bordeaux, le 30 Décembre 1826.

Madame,

Au milieu des hommages dont vous êtes entourée, ne dédaignez pas le plus humble. I^e souvenir du bien que l'on a fait tient une douce place au milieu du bruit de ce monde. Je vous offre mes vœux par un élan de cœur qui doit parler au vôtre. Une amie à moi, plus heureuse que je ne le serai peut-être, puisqu'elle vous a parlé souvent, m'assure que vous êtes aussi simple que belle et que vous surtout, ^Madame, vous faites de la reconnaissance le plus doux des sentiments. Je vous offre celle qui vivra en moi, autant que le désir de vous le témoigner. Je l'em-

(i) Sa carrière politique, — ■ car il n'avait pas d'autre titre, — venait d'ouvrir au duc Mathieu de Montmorency les portes de l'Académie française. Il acceptait le fauteuU, mais non le léger traitement qui y était attaché, désirant reporter celui-ci sur une des infortunes littéraires de tout temps si nombreuses. M™" Récamier lui avait indiqué M™" Desbordes- Valmore; il avait ratifié ce choix, et yi""^ Récamier s'était chargée d'annoncer elle-même la nouvelle à sa protégée, qui ne crut pas devoir accepter le bienfait trop personnel dont elle se voyait l'objet. (Arthur Pougin, op. cit., p. 145.) — I,es lettres de Marceline Desbordes à M""^ Récamier commencent à la date de cette donation, le i" mars 1826, pour finir à celle du 30 novembre 1848 qu'on lira plus loin. Au tome IV des manuscrits d'Hippolyte Valmore, ces lettres vont de la page T50 à la page 165

porterai partout où je dois errer et, partout où je serai, Madame, vous aurez quelqu'un qui souhaitera votre bonheur comme mie partie du sien.

lyyon, le 27 Décembre 1827.

Madame,

Qu'un bonheur de tous les instants vous paie le bien que vous avez fait. Partout où j'ai lu votre nom, j'ai lu votre éloge, et pous pouvez croire qu'il est gravé aussi bien profondément dans mon cœur.

J'ai perdu la douceur de vous voir à Paris. J'ignore si elle me sera jamais accordée, mais c'est un besoin pour moi. Madame, de vous rappeler quelquefois que j'en nourris l'espoir, au moins le désir. J'envie tous ceux qui vous approchent. Mon oncle dit que vous avez les traits d'un ange. Je sais bien que vous en avez la bonté et que vous recevez sans dédain les vœux de ma profonde reconnaissance.

Votre humble servante M. V.

I<yon, le 25 Juin 1828.

J'étais loin. Madame, de vous croire dans un si grand chagrin quand j'ai osé vous parler du mien.

Pardonnez- le- moi, maintenant, jNIadame, en réfléchissant que c'était un devoir. Vous aviez secouru mon oncle; des journaux me l'ont appris, et je ne pouvais renfermer ma reconnaissance. Il faut excuser le reste. L^a douleur récente a encore cela de triste, qu'elle fait oublier les convenances. Je me souviens, en effet, avec étonnement de ce

dont VOUS me reprenez avec encore trop d'indulgence. Une belle âme est encore meilleure, quand elle est affligée. IvC trouble de la mienne prouve son imperfection et sa faiblesse. J'en suis honteuse.

Pourtant je ne me plaignais pas de mes amis, mais d'en avoir perdu, mais d'avoir reçu par une main étrangère cette nouvelle imprévue et affreuse. Je sens bien à présent. Madame, qu'il m'était interdit de m'en plaindre à vous. J'ai eu beaucoup à regretter mon injustice. Si jamais quelqu'une de vos pensées se tourne vers moi, que ce soit toujours avec quelque indulgence pour mon ingratitude, vous, Madame, à qui la mort peut enlever des amis, mais qui ne pouvez jamais les perdre que par la mort.

I<yon, le 27 Décembre 1834.

Après tant de jours difficiles. Madame, après des voyages qui brisent, et après la guerre civile qui m'a laissé une longue stupeur, votre belle et douce image revient toujours dans ma vie. Elle m'a consolée autrefois et je la salue encore de ma reconnaissance et de mes vœux. Qu'ils vous rappellent une des mille bonnes actions que vous avez semées autour de vous. Je suis bien sûre que mon oncle serait heureux de revenir quelques heures dans ce triste monde, pour vous dire comme moi : Madame, soyez heureuse !

[ - 30 Septembre 1846.

! Madame,

Quelle affection humaine n'aura pas été adoucie, honorée de pitiés si hautes et si tendres ! Ne pouvant d'abord y

répondre, perdue comme je le suis dans une contemplation déchirante (i), je les ai recueillies dans mon cœur pour en augmenter la foi et la soumission.

Les détails de mon malheur, Madame, vous attristeraient davantage. Ils doivent rester entre Dieu et moi, et votre belle âme en devine déjà trop. J'essaie de me rendre digne d'rme si longue épreuve.

Les chaleurs meurtrières de l'été ont fait de grands ravages sur ma chère petite malade. Les accidents les plus graves ont redoublé le danger de ses longues souffrances.

Il me semble que les vœux d'une âme si triste que la mienne peuvent être entendus : j'en forme de bien profonds pour vous, Madame, et pour ceux que vous aimez.

(Sans date.)

Madame,

J'envoie à votre bonté l'exphcation que je n'ai pu vous donner moi-même. Dans le tumulte actuel des affaires et la transition violente de toutes les existences déplacées, on ne sait en quels termes demander à vivre. Que votre grâce toujours lumineuse supplée à mon ignorance. Je n'ai aucun savoir. Madame, mais personne ne m'apprendra mieux que mon propre cœur la reconnaissance que je vous dois,

Il serait d'un intérêt immense pour sa famille et pour lui

(i) Inte se mourait de phtisie. Elle a cessé de souffrir, le 4 décembre suivant (H. V.).

que mon mari ne quittât point Paris, sinon accidentellement.

Hélas ! Madame, je suis bien osée de faire des conditions au sort. Mais quitter mon fils, ce serait ma dernière tristesse.

30 Novembre 1848.

Madame,

Vous êtes toujours l'espérance, et il est bien vrai que vous ne vous êtes pas éloignée de moi. Hier, j'avais la fièvre; aujourd'hui, j'ai un peu de courage et je vous en remercie, car je vous le dois.

J'en remets deux témoignages à votre patiente bonté. Ma lettre à M™^ de Valence (i) en passant par vos mains, Madame, prendra mieux sa route vers son cœur. Dans quel cœur ne serez-vous pas entrée, quand vous aurez daigné y frapper? On dit qu'un mot de madame de Valence peut décider ]\I. le maréchal Gérard en faveur de mon cher fils (2).

Puisque vous me permettez toujours d'abuser. Madame, il me reste à vous parler de la note qui concerne mon mari dont le sort est défait, depuis neuf mois... Mon vœu bien ardent comme femme est que ce parti ne l'éloigné point de moi et de ses enfants. Il est si au-dessus de moi par son caractère, que c'est presque hardiment que je le signale à la protection de qui peut relever son malheur. Vous comprenez. Madame, vous pardonnez en moi cette fière humilité.

(i) I^ Duchesse de Valence?

(2) Pour entrer aux bureaux d- la I.égion d'honneur (H. V.).

Nous sommes tellement au fond de la foule que j'ose vous redire que lui seul, de nous deux, mérite de vous intéresser (i) . Moi, je ne suis et ne serai jamais que votre plus humble servante

(i) C'était pousser un peu loin l'ignorance de sa propre valeur, mais je l'ai toujours trouvée ainsi (H. V ).

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