A LOUISE BABEUF
7 Avril 1841 (2).
Je ferai lire votre lettre à M^i^ Mars. Cette lettre-là vaut bien une couronne. Nous tâcherons de lui en jeter ime, ou une fleur; moi je n'y peux aller, mais vous prendrez mon cœur dans votre poche, et je verrai par vos yeux.
18 Mai 1843.
Bonne et chère Louise, Paris est mi univers. Le triste fil de ce labyrinthe, c'est le malheur. On se retrouve toujours, à l'aide de ce peloton inépuisable.
Je vous remercie de vos deux billets auxquels je n'ai pu répondre mais où je vous ai bien reconnue. M. Boitel (3)
(i) Tendre aniie de M'"^ Desbordes- Valmore, femme instruite et intelligente qui, sans être ni bas-bleu ni écrivain de profession, a publié un joli recueil de contes pour les enfants. EUe était la petite- fille du fameux socialiste Babaïf, le chef de la secte des babouvistcs, qui, on le sait, mourut sur l'échafaud, en 1797, après avoir vainement tenté de se suicider pour échapper au supplice. (Arthur Pougin, op. cit., p. 343.) — Les lettres de INIarceline Desbordes à Ironise Babeuf comprennent, au tome I des manuscrits d'Hippolyte Valmore, les pages 16-59.
(2) Jour où M"^ Mars prit congé du public (II. V).
(3) Imprimeur de la Revue du Lyonnais, auteur d'im vol. de poésies, Feuilles mortes.
350 MARCELINE DESHORDES-VALMORE
est léger. Je n'y perds que cinq cents francs. Il assure qu'il perd, de son côté, à son édition, et pourtant il l'a toute vendue sans m'en donner un centime. Ce doit être vrai, puisqu'il le dit, voilà ! J'attendrai im ou deux ans que ces petits livres soient épuisés, et peut-être un éditeur nouveau se trouvera. Merci de vos charmants efforts et de ceux de M. Evrat... Je suis au milieu de telles douleurs et de si graves misères que je ne sais ce que je vous écris, sinon que je vous aime bien. La mort m'a pris plusieurs amis; j'ai l'âme aveuglée de larmes et de deuil.
Saint-Denis-d'Anjou, 27 Octobre 1852.
Ma chère et bonne lyouise, je suis bien sûre que souvent notre souvenir traverse votre cœur d'amie. Il en est de même de cet autre côté de l'absence, et nous croyons que vous commencez à ressentir une grande soif de nos nouvelles.
Mais, chère amie, quand on ne peut en envo3'er que d'indécises, de vagues, de tristes, les plumes font peur. On gagne du temps, on remet de jour en jour, pour attirer et pour envoyer de l'espérance. Ce peu de lignes vous donne le précis de bien des heures de souffrance et des nuits d'angoisses. Qui sait mieux que vous, comme c'est long à subir et triste à décrire ! lyaissez-moi donc retourner vers vous avec ma bien-aimée Ondine, pour vous raconter de la voix et des yeux ce que vos yeux et votre voix vous aideront à redire. On a souffert; on a mal dormi. Apprenez-nous autre chose de vous, lyOuise, et de Marie que j'ai tant besoin de croire radieuse et hors de régime, comme nous l'a écrit miss Twem- ^ow. Cette aimable personne doit avoir quitté Paris, à mon