SOURCES DE LA VIE DE THOYNARD
Dict. de Moreri, t. X, p. 168, art. Thoyn. Bibliothèque critique de M. de Sainjoire, R. Simon, Bâle, 1709, in-12, t. II, p. 447, 455.
Chaufepié : Dict. art. Locke, remarque 6.
Michaud: Biographie universelle, art. Thoyn.
Brunet : Manuel du libraire, art. Thoyn.
Intermédiaire des chercheurs et des curieux, XXI, p. 31 et 455.
Gatineau: Les hommes illustres de P Orléanais, 1852.
Floquet: Bossuet précepteur du Dauphin, etc., 1670-1682. Paris, 1864, P- 425, 437-9-
E. Charavay: Notice sur Nicolas Thoy?iard, rédigée d'après les notes de Ch. Brunet. Paris, 1868.
Em. de Broglie: Mabillon et la société de V Abbaye de Saint- Germain-des- Prés, 1664-1 707. Paris, 1888.
Jovy: Lettres de Prousteau à Thoynard. Paris, 1888. Cf. Bulletin du bibliophile, 1888.
Cuissard : Lettres de Thoynard à Guillaume Prousteau. Bulletin du bibliophile, 1891.
E. du Boys : Lettres inédites de Bernard de la Monnoye à N. Thoynard, 1679-97. Paris, 1890.
NICOLAS THOYNARD. 13
Cuissard: Mémoires de la société historique de l'Orléanais, t. XXVIII, 1902, p. 33-47. Thoynard et son testament, 1629-1706. Cette excellente notice est suivie de l'indication des sources de la vie de M. Thoynard (nous renvoyons le lecteur curieux de plus de renseignements bibliographiques à cette page) ; on trouve ensuite la généalogie des Thoynard (d'après Hubert, Généalogies mss., t. VIII, p. 260), — la liste des ouvrages de Nicolas Thoynard, — un éloge de M. Thoynard, par le Chanoine Chaligny de Plaine, en neuf vers latins, mense fructidor, an II. Ms. d'Orléans 954, pièce 9, — enfin le Testament de M. Nicolas Thoynard dit le savant, né le dernier de mars en 1629 et mort le 5 janvier 1 706. Autographe de la bibliothèque d'Orléans.
LETTRES A THOYNARD.
[i] Paris, 9 Jul. [1678].
[Adr.] Pour M. Toynard.
Monsieur,
En ouvrant cet papier, je trouve la herbe dont je vous a parlé. Je suis bien aise que j'ay le moyen de ne pas manquer à ma parole devant que de partir de Paris parce que je suis Monsieur,
Votre très humble et très obligé serviteur.
Ce billet ne peut être que de 1678 : en effet, à son arrivée en France, Lk. traversa Paris pendant l'hiver 1675-6, et, -à son départ, en 1679, il quitta cette ville au commencement de mai au plus tard. Il y a toute apparence que Lk. suivait en France le calendrier grégorien. Ce billet nous permet donc de préciser qu'il quitta Paris pour Orléans après le 1-9 juillet.
Quant à „la herbe" probablement médicinale, il est impossible, le Mss. n'en portant pas le nom, de savoir quelle elle était.
[2]. [Adr.] a la Teste-noire *).
Orléans, 14 Jul. 78.
En vérité, Monsieur, vous êtes à craindre mais vous êtes aussi beaucoup davantage à aimer. Quand on est hors de la portée de vos fusils 2), pour excellents qu'ils soient, on n'est pas hors de la portée
1) Lk. se contente souvent de cette indication.
L'adresse complète est: „chez M. Desnoyers, maître de danse, à la Tête Noire, vis-à-vis de l'Epée Royale, rue Mazarine" (rue Dauphine).
2) Les lettres de Th. seraient indispensables pour comprendre ces allusions. Il semble que „vos fusils" se rapporte aux inventions de Th. qui s'occupait d'arquebuzerie. On lit dans son testament (publié par Cuissard, p. 55) : „Veut qu'il soit mis ès mains de Monseigneur le procureur général toutes les armes à feu en machine que le dit sieur testateur a, le priant de
LETTRES A THOYNARD. 1678.
de vos obligations et à trent lieues (je parle seulement de cela que j'ai éprouvé) de vous, vous savez bien atteindre ceux sur lesquels vous avez dessiné. Après tant des obligations que vous m'avez faites à Paris, je me trouve icy à Orléans de nouveau accablé des bienfaits par les mains de vos amis auxquels vous m'avez fait l'honeur de m'adresser. Mr de Rebours *) à qui j'ay rendu votre livre m'a reçu avec grand civilité. Mr Perot 2) me montre l'exécution de votre belle invention des vers à soie et toutes les autres curiosités de son métier, dont on trouve quantités chez lui en leur perfection. Et je crois qu'il ne lui manque rien que un peu de votre aide pour porter cet art à sa plus grande hauteur. M1* Godefroy 3) me fit tout l'accueil possible, même il me fit l'honeur de m'inviter à souper, mais mon compagnion4) m'attendoit à souper au logis ce qui m'obligea de m'en excuser. Mr l'abbé Gendron 5), quoique à ce que je crois un des premiers hommes de son siècle estoit le dernier que j'avois l'honeur de voir ; et ayant été deux ou trois fois à sa porte sans réussir, j'avois peur que comme ce pauvre, attendant à Bethesda 6), je demeurerois inconsolable faute de quelque un pour me faire entrer en ce lieu de santé. Je scavois bien que son garçon qui venoit à la porte, n'étoit pas un bon ange, parce qu'il ne nous connaissoit pas, ce qui lui fit me dire toujours que son maître étoit à la campagne. Mais à la fin, votre lettre ouvrit le porte et j'y suis entré avec bien de la joy.
les faire rompre et couper de bonne foy, le dit sieur Testateur se repentant bien de s'être appliqué à de pareilles choses en aiant par un effet de la Providence divine, supprimé de plus fatales au genre humain." Lk. écrit le 7 mai 1679 à Th. : „ Vous êtes de terribles gens qui vous connaissez aux armes défendues."
1) François de Paule de Rebours.
2) Bernard Perrot. Sur ce personnage, nous devons à l'obligeance de M. le Chanoine Cochard, d'Orléans, les renseignements suivants: Bernardino Perotto était né à Alture (Duché de Montferrat). Vers 1647 il s'associa avec son oncle Giovani Castellano, verrier, établi à Névers. En 1668, il fonda à Orléans une manufacture, près l'église de la Recouvrance pour y exercer l'art de verrier émailleur. En 1674, il se fit naturaliser français; il avait épousé une française de Pontoise, Marie Clouet. Il présenta àl l'Académie des sciences, en 1687, un spécimen de Y invention du coulage du verre (en tables). Le duc d'Orléans lui accorda un privilège pour exploiter cette invention (1688). Privilège et invention étant contestés, un arrêt du Parlement donna gain de cause à ses concurrents. Perrot fut condamné à cesser le coulage du verre, mais dispensé de l'amende. M. le Chanoine Cochard pense qu'il y aurait lieu de rendre à Perrot l'honneur de son invention. Quoi qu'il en soit, ruiné, disqualifié, Bernard Perrot mourut à Orléans en 1709. Sa femme était morte sept ans auparavant. Il n'a pas laissé d'enfants. Il fut inhumé dans l'église de Notre-Dame de Recouvrance.
3) Médecin d'Orléans. Vid. Let. du 15 août 1679 et du 13 juin 168 1.
4) Probablement le fils de Sir John Bank. Cf. Fx. B. I. 297.
5) Vid. p. 3.
6) La piscine de Bethesda en Bethsaïda. Allusion à saint Jean, v. 2. La plaisanterie repose sur le fait que l'Abbé Gendron s'occupait de médecine.
Mais au lieu d'être gari du désir que j'avois de connoître cet excellent homme je le trouve par sa conversation beaucoup augmenté. Il me montre votre petit moulin de grand effect *), où je trouvois les marques de votre grand génie dans cette admirable simplicité. Il me donna un de ses livres et un de ses excellents remèdes et m'en expliqua aussi la composition. C'est à vous, Monsieur, que je dois les obligations de tant d'honêtes gens et c'est à vous aussi à les en remercier ; il surpasse tout ce que je peu. Et pourtant je vous avoue qu'avec tout cela, vous ne gainez rien sur moy, parce que je ne peu pas être plus que je ne suis
Monsieur,
Vostre très humble et très acquis serviteur
John Locke.
P. S. — Je crois partir aujourd'hui pour Blois 2), où je serai infiniment ravi de recevoir de vos nouvelles et de la progresse de l'harmonie 3). Si je ne pars pas aujourd hui, j'aurai l'honeur de voir Monsieur l'abbé Gendron encore une fois.
Je baise les mains très humblement à M1' l'Abbé Fromentin et M. Bernier 4) à qui je suis fâché de n'avoir pas peu dire adieu avant ma sorti de Paris, comme je tâchai en vous quittant.
1) Les Anglais avaient fait en ce genre les inventions les plus curieuses. On trouvait dans un livre récent de Robert Plot : Nattiral history of Oxford, in fol. avec 16 planches, 1677, la description d'un moulin qui pouvait moudre du blé, tailler des pierres et forer un canon tout à la fois, et celle d'un autre moulin, qui faisait du cidre, de la moutarde, de la farine qu'il passait par quatre bluteaux différents, et n'exigeait que le travail d'un homme et d'un cheval. D'autre part on lit dans le testament de Th. :„ Donne à M. Daguesseau de Valjouant sa grande carte d'Amérique manuscrite où sont les armes de M. Vauban avec un petit moulin qui est dedans une cassette dont le nommé Bourgeois arquebuzier demeurant rue du Four, sait l'usage".
Serait-ce ce petit moulin „de grand effet", et s'agirait-il d'une sorte de mitrailleuse ?
2) Lk. était à Blois le 27 juillet, puisqu'il écrit de là à Boyle. Bl's Wks. v. p. 569.
3) \J Harmonie de Th., commencée au moins depuis 1669; quelques feuilles en avaient été imprimées chez Cramoisy, Vid. Brunet Maun. du Libraire, art. Th.
4) L'auteur de X Abrégé de la philosophie de Gassendi, Bernier, était d'Angers ; il fut reçu docteur en médecine à la Faculté de Montpellier. En 1654, à l'âge de vingt-cinq ans environ, il entreprit son voyage en Orient (Syrie, Egypte, Inde). Il séjourna douze ans dans les états du grand Mogol Aureng-Zebe, dont il fut le médecin. De retour en France en 1668, il avait publié : Histoire de la dernière révolution de l'empire du Grand Mogol, et Mémoires sur P Empire du Grand Mogol, puis Suite des mémoires, etc., in-12. La Haye, 1671. Etudiant à Paris, B. s'était épris de la philosophie de Gassendi. Dans ses Doutes parus en 1682, il déclare (ad. fin.) qu'il y a plus de trente ans qu'il étudie cette philosophie. Ses Voyages livrés au public, B. fit V Abrégé qui parut à Paris, in-40, 1675, puis à Lyon, in-i2, 1676, et en sept vol. in-12, 1684. B. publia encore: Doutes sur quelques-uns des principaux chapitres de V abrégé de la philosophie de Gassendi. Paris, in-12, 1682. Traité du Libre et du Volontaire, in-12. Amster-
LETTRES A THOYNARD. 1678.
Si vous me faites l'honeur de m'écrire, vous me pourriez adresser vos lettres chez Madame Vefue [veuve] de Mr Simon Fesneau, àBlois, où je resteray trois ou quatre jours au moins.
[3] Angers, 20 Août 78 *)
Monsieur,
Quoique vous m'avez préparé partout des amis les plus honnêtes et les plus savants, ce qui pourroit bien contenter un homme qui aurait l'esprit un peu réglé, je ne peu pas pourtant m'empêcher de vous avouer que parmi les beautés du meilleur pays de France et le bon accueil de vos amis auquelles vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, je n'ay pas un contentement parfait, puisque je n'ai point de vos nouvelles, je confesse que cela est bien importun, mais pour le guerrir, il faut que vous ayez moins d'amitié, moins de mérit. Quand cela arrivera, on sortira peut-être de Paris, sans avoir plus de regret de quitter un monsieur Toynard que toutes les belles choses qui y attire tout le monde, et on goûtera mieux les plaisirs qu'on cherche dans les provinces ; mais comme votre manière d'agir ne donne point d'espérance de cette sorte, trouvez bon, je vous prie que je vous demande le soulagement qui me reste de recevoir quelque fois de vos lettres. [J'arrivay 2) ici hier au soir, et aujourd'hui j'ay eu l'honneur de voir M. l'abbé Froger. En vérité, Monsieur, vos abbés sont extraordinaires. Et si toutes les Abbés en France seroient comme ceux dont vous m'avez donné connaissance à Orléans et à Angers et à Paris 3) il n'y aurait rien de si excellent que cette sorte de gens. Je n'ay pas eu le temps encore d'aller voyre Mr de Juignie-Locé 4) et
dam 1685. Cette année-là il visita l'Anglettere (Lk. était en Hollande). Il mourut le 22 septembre 1688.
1) L'original de cette lettre faisait partie de la collection Benjamin Fillon, à Fontenayle-Comte. Avant la mort du propriétaire, ses collections ont été vendues pour la plus grande partie à Paris, en 1677-78, par Charavay, qui en fait VInventaire en trois volumes in-40. Le Brit. Mus. ne possède qu'une copie récente. L'orthographe de Lk. a été partiellement corrigée par le copiste. N
2) Cité par Charavay: Inventaire de la Col. Fillon. Paris, 1879. vol. I, p. 12.
3) A Orléans, l'abbé Gendron ; à Angers, l'abbé Froger (et non Troger comme on écrit souvent d'après Fx. B. I., 400), à Paris, les abbés Fromentin, Renaudot, Picard (Let. du 15 juillet 1679): l'abbé de Gyvré n'est nommé qu'une fois. (Let. du 22 août 1678).
4) Il s'agit sans doute d'un membre de l'illustre famille Le Clerc de Juigné. En effet, antérieurement aux Brosseaux de Juigné et en même temps que les Le Clerc de Juigné, il y avait une famille de Juigné, mais bretonne et peu répandue en Anjou. Le chef de
18 LETTRES A THOYNARD. 1678.
d'ailleurs on croit qu'il n'est pas présentement en ville. Je crois partir d'ici en moins de huit jours pour la Rochelle]. On parle en ces quartiersde Rochefort comme d'une place qui mérite le mieux d'être vue de toutes les places en France, et comme vous avez beaucoup de connaissance avec les gens de marine (aussi bien qu'avec notre bon capitaine Fromentin dont je suis le très humble serviteur) vous me ferez grand plaisir de m'adresser à quelqu'un à Rochefort qui me pourroit faire voir quelque partie de ces belles choses-là. Vos lettres me trouveront à la Rochelle chez M. Jean Raulté.
Mais si vous avez des amis ou non, je vous supplie de ne manquer pas de m'y donner de vos nouvelles, votre santé, votre Harmonie, sont des choses aux-quelles j'ai trop d'intérêt (et puisque vous me permettez cest honneur, votre amitié aussi) pour ne pas en attendre des nouvelles avec impatience. Pardonnez-moi cette liberté, s'il vous plait, parce que je suis avec toute sorte de recognoissance, Monsieur, votre très-humble et très acquis serviteur.
J. Locke.
Je baise les mains très-humblement à Mr l'Abbé Fromentin, M. Bernier et Mr Auzot *).
On parle icy de la paix comme faite, j'en suis bien aise.
Dans ma dernière d'Orléans je vous priay de me mander votre adresse à Paris en votre absance parce qu'il y a un de mes amis qui viendra de Londres à Paris cette automne qui veut vous apporter le livre de duplicate proportion dont je vous ay parlé et toute autre chose que vous souhaitez d'Angleterre. Ayant point reçu de vos lettres depuis, je répète ici la même prière.
Je serois bien aise d'entendre que le dessein du mouvement perpétuel a bien réussi.
la famille Le Clerc de Juigné était, en 1678, Jacques Le Clerc, seigneur et baron de Champagne, de Juigné, de Lande, etc., qui épousa : i° en 1659, Henriette de Machecoul, descendante des anciens barons de Bretagne ; z° Madeleine de Montmorency ; 3e Catherine Martel. C'est par le premier lit que s'est continuée la descendance. Dict. de la Noblesse. Paris, 1722, tome IV.
1) Adrien Auzout, le physicien. Lk. écrit encore Auzaut (Let. du 7 mai 1679) et aussi Auzout (Let. du 29 nov. 1680). Auzout était des amis de Th. (Cf. Let. du 10 juin 1680) et de Renaudot {Vid. Lettres de celui-ci, Nouvelles Acquis. Franc., n" 562, qui contient trente-cinq lettres Renaudot).
LETTRES A THOYNARD. 1 678— 1 679.
[4] [Sans adresse, la lettre ayant été envoyée sous enveloppe
à M. de Juignié-Losé]
Angers, 22 Août 1678.
A Mr de Juigné-Losé.
Monsieur,
[Un ami x) de M. l'abbé Froger m'a engagé de passer par Thouars, Fontenay, Marsans 2), me rendant à la Rochelle. Cest route est suivant lui à préférer à l'autre que j'avois résolu de suivre et ce qu'il m'a conté des richesses de Mr le duc de la Trémouil a commencé à me faire faire reflection en sa faveur]. Il ne tien qu'à vous, Monsieur, de me diriger par un chemin ou par l'autre ayant résolu de me remettre à vous sur ce point 3) [pourveu que le pais soit plaisant sans fâcheuse rencontre. Je veux bien employer mon voyage à conaistre les provinces où je seroy passé et ne pas négliger ce qu'elles ont de curieux et de rare comme il arrive aux étrangers mal conseillés ou du tout par des tuteurs généreux]. Si Mr l'Abbé Froger n'eust quitté Angers pour une journée ou deux il vous auroit épargné la peine de cest itinéraire. Mais à son défaut, les recommandations de M. Thoynard et de M. l'abbé de Gyvé 4) m'ont fait le devoir de m'adresser à vous dont j'ay déjà reçu bon acueil et la réponse que j'attends augmentera encore ma recognoissance. En attendant, croyez sans plus que je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
[Archives de la famille de Juigné]
[5] Calais, 7 May 79 s)
Monsieur,
Vous êtes assurément le meilleur des amis et le pire des consola-
1) Les passages entre [ ] sont cités par Charavay, Inventaire, etc., vol. II, p. 139, n° 1437. Le Brit. Mus. ne possède de cette lettre qu'une copie récente.
2) Pour Marans, Charente-Inférieure, entre Fontenay-le-Comte et la Rochelle.
3) Avant ces mots Charavay écrit: „Une route cahoteuse ne me fait pas peur..." Ces mots manquent dans la copie du Brit. Mus.
4) La famille de Gyvré est du Poitou; nous ne pouvons déterminer duquel de ses membres il s'agit. Charavay écrit Gyvé, de même, la copie du Brit. C'est une faute de Lk.
5) Cette lettre a été signalée par Charavay, op. cit., I, 12. Elle nous permet de dater le départ de Lk. de Paris. Cf. Fx. B. L, 403. Il se préparait sans doute depuis longtemps à partir; Renaudot écrit le 9 avril à Th.: „ Avertissez-moi du temps auquel M. Lock se dispose à partir afin que j'écrive et me mandez s'il connaît M. Pocock à qui je voudrais écrire". Nouvelles Acq. franc.. 562. On sait que le célèbre orientaliste Pocock avait été le professeur de Lk. à Oxford.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
teurs. Depuis Paris jusques ici j'ai eu tout le chagrin du monde de ce que je sentis de la pert que j'ay fait en vous quittant. J'avois le cœur si pesant que mes montures tremblèrent sous moy et je n'ay presque trouvé un cheval de post qui pouvoit gallopper sous ce grand poids quoique tout le monde dirent qu'ils étaient très-bons chevaux et accoutumés de courir avec des hommes beaucoup plus grand que moy. Voilà un des moindres misères d'un homme qui n'a point l'envie ny le pouvoir de se dégager de vos apas, parcequ'aussitôt que j'avais mis pied à terre icy et les baux coureurs de post J) m'avoient laissé en repos, je commençois à faire reflection sur les belles choses que vous étiez accoustumé à me dire et celles davantage quej'aurois entendues, si j'avais eu le bonheur d'estre toujours auprès de vous, et je vous assure, Monsieur, que cette reflection est beaucoup plus fâcheuse qu'un cheval qui va fort mal et qui pense tomber à chaque pas. Quand j'estois en ce mauvais état, mal content du voiage de la ville de Calais, de moy-même et de toute chose vostre lettre m'est rendue. Je la reçu avec bien de la joy, mais quand je Pavois ouvert la voilà tout remplie d'une histoire des divertissements et des régals qu'on trouve à Paris, cela estoit une belle consolation à un homme qui mouroit de regret de l'avoir quitté et que le vieu (vue) de son pays ne pouvoit pas remettre. Mon suisse avoit une autre sorte de considération 2) pour moy, parceque si j'eusse été capable de rire en m'éloignant de vous la figure qu'il fît à cheval par tout le chemin auroit fait le voiage fort plaisant. Mais comme un Suisse est fait à peu près comme une grosse valise bien garni si il tombe chaque demi-lieue, vous ne trouvez jamais rien de cassé ny brisé. Si bien que si vous estes jamais obligé à courir la poste, je vous conseille en ami de prendre avec vous un Suisse 3) parce qu'il tombe pour toute la compagnie. Cela est un secret que Mr Bauty et moy avons trouvé. Et comme je suis présentement sur le chapitre de Suisse, on verra icy aujourd'hui un revieu de 1600 Suisse qui vaudra bien vostre revieu dans la plaine d'Ouille. On bat au champ pendant que j'écris cela et ce n'est pas un spectacle ordinaire de voir 1 .600 philosophes bien roges 4), toutes grosses et grases. J'aime bien votre embarque-
1) C'est-à-dire les chevaux de poste.
2) Importance, intérêt.
3) Les Suisses étaient un sujet habituel de plaisanteries, notamment à cause de leur entêtement et de leur placidité, ainsi qu'en témoignent certaines locutions proverbiales : n'entendre pas plus raison qu'un Suisse ; autant vaudrait parler à un Suisse et se cogner la tête contre un mur; rêver à la Suisse, c'est-à-dire de ne penser à rien.
4) Rouges.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
ment *) sur terre, mais si le beau temps continue comme il est à présent nous aurons moins de secours sur merre que vous n'avez eu sur terre, parce que l'eau est si unie que le niveau 2) de Mr Romer n'y peut rien corriger, si bien qu'il croit qu'il a trouvé le temps le plus commode pour aller voir Amphitrite et ses nymphes dans leur plus belle humeur et vous savez que je suis obligé de ne le pas quitter dans l'endroit le plus dangereus 3) de tout son voyage. Cela m'empêche de m'en retourner sur mes pas à Paris pour voir les belles choses qui me sont échappées à Paris et je vous prie d'en faire mes excuses à Mr Brisban 4) et ces autres messieurs, et, pour les convaincre que je n'ay pas si mal employé mon temps à Paris comme ils se peuvent imaginer, je vous prie de leur dire que pourtant que je n'ai pas vieu les tableaux du Roy ny sa pépinière, néanmoins qu'en récompense j'ay fréquenté un nommé Monsieur Toinard qui fait de meilleurs portraits que messieurs les peintres et qui a une autre sorte de pépinière s) plus belle et mieux fournie que celle au Roule, d'où j'ay pris de garniteur pour mon petit jardin. Je vous prie de faire mes très-humble baise-mains à Mr Brisban, messieurs Auzaut 6) et Turet [?] qui avoient la bonté de boire à ma santé. Je fais icy tout ce que je puis pour leur rendre la pareille. Mais c'est un peu difficile de boir à la santé de ses amis avec plaisir où il y a tant d'eau mauvaise et point de bon boisson. J'en ay icy tout la reconnaissance, mais de l'autre côté du fossé je trou veray de quoi mieux boir. La proposition de Mr Brisban de retourner en poste à Paris est un peu difficile à un homme qui cour vite comme un Portugais mais qui aime aussi se bien reposer. Je ferez, s'il vous plait un proposition un peu plus égale à vous autres admirateurs de tableaux et pépi-
1) Th. avait sans doute employé ce mot dans le sens familier et incorrect de départ en voiture ou à cheval ; on conçoit qu'un étranger soit sensible à cette plaisanterie pour nous usée.
2) Le niveau de M. Rômer est probablement l'instrument décrit dans Horrebow: Basis astronomiae, sect. 227-81. De Amphioptra sive de tiibo reciproco, que Rômer avait imaginé dès 1675, pour faire des observations au moment de l'équinoxe d'automne. Vid. Ibid., p. 101-102. Cet instrument pouvait servir à déterminer le niveau.
3) Il s'agit du danger du mal de mer. La lettre du 8 mai fait plus expressément allusion au mal de mer que Rômer aura.
4) John Brisbane, alors secrétaire de lord Ralph Montagu, ambassadeur d'Angleterre à Paris, plus tard secrétaire de l'amirauté, Vid. Let. du 4 septembre 1680. Cf. Fx. B.
5) Une grande variété d'inventions que Lk. a curieusement étudiées comme le montrent ses lettres à Th. en particulier celles de 1678-81.
6) Adrien Auzout.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
nières. Les bisquits à Abbeville *) méritent plus le fatigue de coureur que tout cela, je m'y trouveray de Londres quand vous m'y donnerez rendez-vous ; vous n'avez qu'à les goûter pour être persuadé que l'Académie ny Francoyse ni Angloise ne trouveront encore d'un an rien de si agréable ni de si utile que ces bisquits-là, desquelles j'espère encore manger avant que vous aurez trouvé un ressort pour les peser parce que je ne crois pas que l'art ou la nature vous fournira d'un ressort en France qui soit égal à un autre que j'ay fait ou trouvé en Perse, de laquelle égalité on peut [pût] être assuré 2). Si vous trouvez quelque chose à m'envoyer ou M. Justel, Monsieur Faliseau que je rencontrai icy hier comme il sortit du Paquet-boat m'a promis de me l'apporter. Il s'en ira chez Monsieur Justel, et reviendra en Angleterre en [dans] quinze jours. Je vous prie de faire mes trèshumble baise-mains à touts ceux de cette illustre assemblée qui se fait chez Mr Justel, qui me font l'honneur de se souvenir de moi.
Le grand changement qui est arrivé nouvellement en Angleterre 3), vous entendrez avant que cette lettre put tomber entre vos mains. C'est pourquoi je vous épargne la pain de le lire en méchant françois dans ma lettre. Quoique j'aime beaucoup la paix, je passerois pourtant fort bien mon temps avec vostre capitaine de mer, vostre homme de bufle 4) que vous ne vistes pas à la revieue (revue) et un homme comme vous, quoiqu'il ait des armes fort extraordi-
1) Si l'on pouvait conclure de ce passage que Lk. vint à Calais par Abbeville, — la route la plus directe, 272 kilomètres contre 280 par Amiens, — comme il mit une semaine pour venir de Calais à Paris par cette route en 1675. Cf. Fx. B. L, 338 — et que ce devait être la durée normale du trajet, on pourrait dater son départ de Paris du 30 avril ou du 1er mai. Colson, Transforts et Tarifs. Paris 1898, p. 88, dit qu'un parcours de 8 à 9 lieues par jour en diligence était considéré comme satisfaisant. Mais à cheval on devait en faire aisément une douzaine.
2) Th. a peut-être eu bien avant Edme Régnier (1751-1825) l'idée d'un dynamomètre ou du moins d'un peson à ressort. Lk. est frappé de la difficulté de construire des ressorts dynamométriques dont les indications soient comparables. Il faut évidemment que les deux instruments soient gradués par référence à une mesure objective, par exemple un poids que l'on enverrait d'un pays dans l'autre et dont on pourrait partout définir la pesanteur.
3) La Chambre des communes venait d'être renouvelée après une législature de dixhuit ans pour avoir voté à l'unanimité une proposition de JohnHampden: „queleduc d'York étant papiste, l'espoir de le voir arriver au trône avait donné le plus grand encouragement aux conspirations et aux intrigues des papistes contre le roi et contre la religion protestante." Lord Russel avait prononcé cette parole qui se réalisa pour lui : „Si nous faisons quelque chose quant au successeur du roi, nous devons nous résoudre au cas où nous aurions un prince papiste, à devenir papistes nous-mêmes ou à être brûlés." Cf. Fx. B. L, 413. C'est sans doute à cette importante séance que Lk. fait allusion.
4) Vêtu de peau de buffle.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
naires. Maintenez le bon intelligence qui est entre vous, je vous supplie très instamment, pareeque cela m'importe beaucoup et d'ailleurs vous estes des teribles gens puisque vous vous conoissez en des armes défendus I). J'attend avec impatience la nouvelle de la santé de Mr. Sainte-Colombe. Je vous prie de lui faire mes très humble baise-mains et à M. l'abbé Gendron 2).
8 Mai 79.
Vous avez de l'autre côté 3) un long péché de hier qui estoit le dimanche ; à cet heur je vous donneray les nouvelles de M. Romer, que je ne vis pas hier jusqu'au soir. Il s'estoit promené à cheval pour voir le pais et prier Dieu [manque 3 mots] et aujourd'hui je crois il sacrifiera au Neptune du fond de son cœur ou estomack. Nous espérons nous embarquer à ce matin et au soir de boire à vostre santé au Dover. Il vous fait ses baise-mains. Mais à la fin, il faut vous laisser en repos. Voila trois pages qui sont pires que trois longues postes de mauvais chemins que je vous ai fait parcourir. Vous ne me pardonnerez jamais cette fatigue si vous ne considérez pas que c'est d'un homme qui a de la paine à vous dire adieu. M. Beauty vous baise très humblement les mains [Adr. à la Teste noire]
[6] Bexwel 4), à 10 mil de Londres.
6 Jun. 79.
Monsieur,
Je me suis retiré à la campagne pour avoir la commodité de vous entretenir plus à loisir et de vous dire bien des choses que l'embarras dans lequel je me trouvois à Londres me fit omettre quand Monsieur Romer s'en alla, dont la séparation même me mit aussi en désordre et premièrement je voy bien relisant à votre du 24me du May que
1) Allusion aux inventions de Thoynard, M. Cuissard écrit, op. cit., p. 44 : „Avec un nommé Robert Drouin, dit Dubuisson il s'occupe de fusils et de canons perfectionnés de foudres de guerre, dont une seule pièce peut faire plus d'effet que quarante bombes, d'un feu inextinguible pour faire fondre les chaînes des ports et d'un autre feu liquide pour brûler les navires à distance et en pleine mer."
2) Gendron était sans doute à Paris, puisque Th. y était ; la lettre y est en effet adressée.
3) De l'autre côté de la feuille.
4) Bexwells, Sussex. Lk. y demeura une quinzaine de jours, probablement avec son ami Stringer qui y avait une maison de campagne. Cf. Fx. B. I., 425-6, 429.
Les passages entre [ ] sont cités par Charavay, op. cit., II, p. 140.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
j'ay fait une grande faute que je n'y pas prie l) Mr Romer de vous envoier les cartes (que je lui rendis pour vous), par le messager de Calais aussitôt qu'il arriverait dans cette ville-là, et j'ay bien de la confusion d'avoir manqué en la moindre circonstance de votre commission, mais vous ne devez pas vous estonné si j'ay la mémoire aussi bien que les autres facultés de mon âme fort en désordre puisque je suis si éloigné de celui qui estoit accoustumé de nettoyer mon esprit et d'y mettre toute chose en ordre. Il y a une autre chose dont la sympathie et la conformité naturelle avec mon cervel me devoit avoir fait soubvenir c'est-à-dire le plomb. J'ay cherché à Londres par toute de ce plomb corné 2) dont vous m'avez parlé ; mais je n'en puis rien trouver. Les gens de cet métier me disent qu'il y a du plomb de différente dureté et qu'ils connoissent le plus mol par la couleur et d'autres marques, mais du plomb corné je ne puis pas rien apprendre, si vous souhaitez de le plus mol qui est chez nous je vous prie de me mander afin que je vous en envoie et je ne doubte pas que je ne vous en trouverai à votre gré. J'oubliais aussi à vous marqué qu'on m'avoit dit qu'on imprime pas le Talmud à Cambridge et celui qui le devoit traduire à Cambridg s'est brouillé avec l'université de Cambridg et parti de là à Oxford. Quand j'aurais appris le détail sur cet affaire je vous le manderay tout au long ; en attendant je devois vous avoir marqué qu'en parlant de cette traduction du Talmud avec Mr Boyle il me dit que le Zoar était nouvellement traduit en latin en Allemagne par un très habile homme avec des notes qui expliquent l'ancien Cabala des Juifs 3). Il avoit oublié le nom de l'Auteur, mais qu'il est présentement chancellier à quelqu'un des princes d'Alemagne. On lui avoit envoyé un des exemplaires de ce livre qu'il appréhendoit fort être perdu à la douane de Londres ou le maistre du vaisseau qui l'aporta l'avoit mis, d'où il ne le pouvoit pas encore retirer ny même le trouver. Si par bonheur M. Boyle trouve son livre, je vous en envoierai le titre etc., et si ce livre ne se vende pas comme Mr Boile croit, je vous envoierai le livre même, que Mr Boyle m'a promis de me prêter pour le vous envoier, si vous le trouvez à propos. Mr Southwell 4) vous baise les mains très
1) Th. se plaignait que Lk. n'eût pas prié Rômer de confier les cartes au messager de Calais.
2) Phosgenite, chlorocarbonate naturel de plomb.
3) Vid. le titre de ce livre: Let. du 15 juillet 1679.
4) Southwell, Sir Robert (1665-1702), diplomate, fils de Robert Southwell dit de Kinsale (Irlande). Il avait pu rencontrer Lk. à Oxford où il fut immatriculé le 24 juin 1653 et gradué B. A. le 28 juin 1655, ou même à Lincoln's Inn, s'il est vrai que Locke y fut
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humblement et il vous prie de m'envoyer l'histoire de piscatoria balenarum dont il me dit que vous avez fait des excellents mémoires que vous lui avez montré ; il fallut vous avoir dit cela dans ma lettre envoiée par M> Romer et aussi la mesure de cet armoire, des trous à ma façon pour les papiers dont je vous donnai le dessin et dont je montray l'archetyp à M. Romer. C'est un quarré dont la longueur du dedans en dedans est 3.400 et la profondeur 800 gry s *). Voici bien des faut que j'ai faites tout à la fois, et ce qui les augmente beaucoup c'est qu'elles sont commises contre une bonté qui les pardonnera. [Je n'ai pas eu le temps encor pour aller à la Société Royale si bien que je ne puis pas rien dire de ce qui se fait parmi nos virtuoses. En peu de temps, j'espère je me reconsilierai avec les Muses ou si la méchanceté de nos Européens ne permet pas qu'on mène une vie si humain et si honeste en repos, me voici tout prêt à vous accompagner à l'Isle de Bourbon. Mais si vous pouvois vous contenter d'estre éloigné de ces méchantes gens par le grand océan qui estoit le borne à l'ambition et l'avarice de leurs aïeuls sans passer la ligne et vous établir aux antipodes, où tout le corps de la terre soit comme un boulvard entre deux, nous irons à la Caroline, à une fort bonne isle là qu'on m'a fait l'honneur d'apeler de mon nom 2). C'est là que vous serez empereur parce que je puis vous répondre que tout ce qui s'apèle Locke est disposé à vous obéir, et c'est là où vous establirez un empire de repos et de Letres. A ce fin je souhaite (si vous faites
inscrit (Vid. Bastide, Locke, etc., Paris, 1906, p. 18). Southwell de bonne heure destiné à la diplomatie, vint achever son éducation par un voyage de deux ans sur le continent, 1659-61. Il séjourna surtout en Italie. A son retour en Angleterre, il fit la connaissance de Sir Wil. Petty (1661), qui épousa sa cousine, lady Fenton. Fait chevalier en 1665, il fut envoyé à partir de cette année à la cour de Portugal, avec la mission de faire conclure la paix entre ce royaume et l'Espagne. Il recevait pour cette mission secrète 1000 livres par an. C'est là qu'il fit la connaissance de Thoynard. ( Vid. Lettres de Th. à Southwell de 1667 et 1668. Ad. Mss. 34.330, ff. 117, 124.) Celui-ci avait en effet accompagné à Lisbonne César d'Estrées. Southwell prit part au coup d'Etat qui aboutit à la déposition d'Alphonse VI, et resta à Lisbonne jusqu'à la conclusion de la paix (13 février 1668). Ses principaux emplois, outre de nombreuses missions diplomatiques à remplir, furent les suivants: en 1671, il fut créé „chief commissioner of excise", avec 500 livres de traitement; en 1680, envoyé extraordinaire auprès de l'électeur de Brandebourg. Il était de retour en Angleterre à la fin de la même année ; 1689, il fut nommé le 10 avril „commissioner for managing the customs", et en 1690, premier secrétaire du royaume pour l'Irlande. Il se retira peu après dans le domaine King's Weston (Glocesterhire) qu'il venait d'acheter à la date de cette lettre de Locke. Il accueillit dans ce château Guillaume III, à son arrivée en Angleterre.
1) Lk. appelle ainsi la millième partie du pied universel.
2) L'ile Locke n'est pas mentionnée dans les atlas ni les dictionnaires de géographie. Peut-être cette dénomination n'est-elle plus ou n'a-t-elle jamais été usitée.
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quelque voiage) que vous allassiez plutôt avec Mr Ste-Colombe qu'autre part parce que j'espère qu'estant sur mer et dans la Manche, il vous prendra envie de mettre pied à terre à Rie *) ou à Dover si bien que nous aurons la commodité de parler ensemble de cette affaire et de prendre nos mesures pour cet établissement-là. Il y a bien des autres raisons pourquoi je souhaite avec empressement l'honeur de vous voir en Angleterre que vous scaurez à votre arrivé. Entre autre, j'ay commandé pour vous une belle fille pour estre votre femme. Naiez pas peur, n'y quittez pas le dessein de votre voiage comme fit nostre bon ami M. Bernier. La condition des hommes est beaucoup meilleure ici qu'en Ethiopie 2). Si elle ne vous agré pas après que vous l'aurez expérimentée quelque temps vous la vendrez et je crois à plus grand prix qu'un homme retirera pour sa femme à Londres, la semaine passée où il venda pour quatre sous la livre. Je crois que la vôtre vous rendra cinq ou six sous par livre, parce qu'elle est belle, jeune est bien tendre et marchandise bien conditionnée pour cette espèce-là. Je vous prie d'amener avec vousMrSte Colombe, qui je crois, iroit bien loin pour vous voir marié et je crois encore plus loin pour être à la marché où vous vendrez votre femme à tant par livre, comme j'ai veu vendre des porceaux à Montpellier. Faites lui mes très-humble baise-mains, je vous prie, et dites lui s'il n'avoit pas une si excellente femme comme est la sienne je lui conseilerois de l'amener avec lui. Je ne sais s'il faut parler de celà à vos Abés parce qu'ils ne sont pas de cette sorte des Abbés qui se mellent de cet sorte de trafique et même on dit que messieurs les Abbés qui s'en mêllent ont les femmes des autres à meilleur marché que quatre sous par livre] 3) mais vos quatre, Abbés non sunt vulgus abbatutn, on ne trouve rien de commun en aucun d'eux. Faites moi la grâce de me continuer leur amitié et de les assurer de mes très
1) Rye, Sussex, à 13 kilomètres Nord-Est de Winchelsea.
2) Parce que les Ethiopiens pratiquaient la polygamie, et apparemment aussi parce que le mariage était chez eux obligatoire. Comp. Lettre du 20 septembre 1679. Bernier, dans son Histoire de la dernière révolution des Etats du Grand Mogol, Amsterdam, 1699, t. I, p. 191-2, rapportant les récits des ambassadeurs éthiopiens venus auprès d'Aureg- Zebe, écrit : „Je rapporterai trois ou quatre choses que me dit Murât.... qu'il n'y avoit guère d'hommes en Ethiopie qui, outre leur femme légitime, n'en eussent plusieurs autres.... que si je fusse allé en Ethiopie on m'auroit d'abord obligé de me marier comme on avoit fait depuis quelques années, un certain Europe qui se disoit médecin grec quoi qu'il fût Padry, avec la fille duquel il [Murât] prétendoit marier un de ses fils."
Il s'est trouvé que beaucoup des érudits amis de Lk., ceux qui fréquentaient chez Bernier ou qui allaient à l'Abbaye de Saint-Germain, furent des célibataires endurcis ; ainsi Th. et Bernier, sans parler de ceux qui étaient dans les ordres.
3) Les quatre abbés sont: Gendron, Fromentin, Renaudot et Froger.
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humble respects et de l'estime tout particulière que j'ay pour leur personne et pour leur mérit. Dans votre retrait à Orléans, j'espère que vous achèverez les notes et tout ce qui appartien à vostre Harmonie pour être bientôt publié avec tout la perfection qu'un tel ouvrage mérite. Par la première, je vous manderez ce qu'on dit ici, j'ay fait coudre ensemble un recueil de ces feuilles que vous m'avez donnés pour les monstrer à quelqus uns des gens savantes parce que j'estime trop mon livre qui est parfect pour le laisser sortir d'entre mes mains I). Nous disons ici que c'est un méchant vent qui n'apporte du bien à personne 2). Si ce vent du Nord-ouest ne faisait pas à cet heure si froid icy que je suis obligé de m'aprocher du feu, vous serez accablé d'une troisième page avant que je vous dise que je suis Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
[Adr. à la Teste-noire. Coll. B. Fillon.
[7] [Thoyn] : reçu le 5 Août 79 3).
London, 1 5 Jul. 79.
J'ai trouvé par bonheur un peu de temps pour faire la revue de vos lettres qui nvest beaucoup plus agréable que celle que vous êtes allé voir avec Mr Brisban dans la plaine d'Ouille et j'y trouve plus de force et splendeur que dans le corps des Suisses ou dans les armes des soldats et je le crois un plus grand conquérant qui a des armes pour gaigner de cœurs que des batailles, Ad rem.
J'ay trouvé et acheté une carte particulière de la Manche 4)
1) Le contexte de ce passage prouve que le livre en question n'est point Y Essai, comme on l'a souvent répété d'après Fx. B., mais une partie de Y Harmonie de Th. Il est d'ailleurs à remarquer que Lk. ne parle à son ami de Y Essai qu'en 1698. L'avaitil même informé de l'ouvrage qu'il préparait ? et songeait-il à publier les résultats de son enquête sur l'entendement? Le Mss. du Brit. Mus qui n'est qu'une copie de date récente, porte au crayon au mot mon livre „the Essay". C'est évidemment une addition d'un commentateur, — Fx. B. .?, — désireux de noter ce qu'il voulait retenir de cette lettre.
2) Proverbe anglais: It is an ill wind that blows nobody any good.
3) En admettant que la lettre de Lk. n'ait pas trouvé Th. à Paris il reste, si elle est datée suivant le style anglais dix jours pour le trajet. Il est donc probable qu'il faut entendre: 15-25 juillet.
4) La cartographie excitait alors un vif intérêt ; les Anglais avaient entrepris la publication d'un important atlas dont le premier volume parut au début de 1680: Thefirst volume of the english Atlas, etc.. Print. at the Theater at Oxford, in-fol., 1680. Il contient la description des pays du Nord. En France, sur la proposition de l'Académie des sciences, le roi venait d'ordonner la confection d'une carte du royaume. Ce fut l'occa-
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laquelle je vous envoiray par la première commodité et j'y ajouterai trois livres de tachygraphie que j'ay pour vous et je vous aurois mandé cela plus tôt si ce n'estoit que vous m'avez fait apprehendre que mes lettres ne vous trou voient pas à Paris mais je vois bien que les murailles de Paris sont un cercle de sorcier que vous ne saurez pas passer, mais pour vous excuser en cet affaire je serois bien aise d'estre à Paris pour vous servir encore pour prétexte à Mr l'Abbé Gendron I).
Je vous remercie pour les livres que vous m'avez fait l'honeur de mettre entre les mains de Madame Brisban pour moi, mais permettezmoi s'il vous plait sans effacer notre amitié de vous en demander le prix, puisque je souhaite fort un commerce de la sorte fort libre de bons livres qui s'impriment chez vous (et surtout des bonnes relations des voyages) et j'appréhend que notre pays en est trop stéril pour me fournir assez de cette sorte de marchandise pour entretenir avec vous cet commerce comme il faut.
Mr Boyle à la fin a trouvé et retiré son livre de la douane et puisque vous êtes si grand serviteur au Zoar permettez-moi de vous en mander le titre magnifique.
Kabballa denudata 2) seu doctrina Hebraeorum transcendentalis et metaphysica atque theologica. Opus antiquissimae phiae barbaricae variis speciminibus refertissimum in quo ante ipsam translationem libri difficillimi atque in literatura hebraica summi commentarii nempe in pentateuchum et quasi totam scipturam Veteris Testamenti cabballistica cui nomen Sohar tam veteris quam recentis
sion des voyages de Picard et de la Hire à Brest et à Nantes en 1679, à Bayonne et à Bordeaux en 1680, aux côtes septentrionales de la France en 1681, et de la Hire en Provence, 1682; — Picard avait déjà fait des observations à Montpellier et dans le Languedoc en 1674. L'observation des satellites de Jupiter fournissait un moyen nouveau de déterminer les longitudes. Les savants emportaient un imposant attirail dont le détail avait été prescrit par un règlement officiel : des horloges soigneusement réglées à l'observatoire de Paris, des „ quarts de cercle'' d'un eertain modèle, des lunettes, — Picard en possédait une de quatorze pieds dont il ne se séparait jamais. Vid. Mémoires de l 'Académie des Sciences, in-40, Paris, 1729. t. VII et Montucla. Hist. des Math., an VII, Paris. Il écrit, t. II, p. 583: „L' Académie des Sciences toujours attentive à leur principal objet qui est de servir à la société, n'oubliait rien pour tirer ce fruit de l'astronomie en perfectionnant par ce moyen la navigation et la géographie... „Dès 1671-72, on voyait des observateurs et des géomètres dispersés dans les provinces.... Mais ce fut en 1679 qu'on commença à mettre plus d'activité dans cette entreprise. On réputa qu'il fallait d'abord bien établir les extrémités du royaume dans tous les sens. Ce travail dura trois ans; il fut le point de départ de la cartographie exacte de la France."
1) Th. avait dû donner en prétexte à Gendron la présence de Lk. à Paris, pour ne pas aller à Orléans. Cf. Lk. à Th., 15 août 1679.
a) C'est le livre de Rosenroth. Il ne contient qu'une partie du Zohar.
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ejusque Tikkunim seu supplementorum tam veterum quam recentiorum praemittitur apparatus Cujus pars prima continet locos cabbalisticos secundum ordinem alphabeticum concinnatos qui lexici cabbalistici instar esse possunt opusculum in quo continentur :
i° Clavis ad Kabbalam antiquam i. e. explicatio et ad débitas classes sephiristicas facta distributio omnium nominum et cognominum divinorum e libro Pandes.
2° Liber schare orah seu portae lucis ordine alphabetico pfopositus maxime (ae) inter Hebraeos autoritatis.
30 Kabbala recentior seu hypothesis famigeratissimi illius cabalistae Rjizekak Germanï ex Mss. latinitate donata.
40 Index plurimarum materiarum cabbalisticarum in ipso libro sohar propositarum.
5° Compendium libri cabbalistico- chymici ^Esch: mezareph dicti de lapide philosophico, etc.. Pars 2a vero constat :
Tractatibus variis tam didacticis quam polemicis post illius titulum enumeratis, partium autem seq : tituli tomis praemittentur adjectusque est :
Index latinus et locos scripturae insolita et rariore explicatione notabil., scriptum omnibus philologis, philosophis, Theologis omnium religionum atque philochymicis quam utilissimum.
4to Sulzbaci 1677 prestat Franco- furti apud Abendana. En tibi titulum sesquipedalem ; de ipso opère quid tibi sentiendum putes nescio, si librum videre cupis praesto erit. J'ay demandé parmy ceux que je crois le plus capable de m'en informer s'il y avoit les quatre évangiles parmi les chrestiens de l'Orient et je ne puis pas encore trouvé rien d'assuré mais on m'a dit que dans les archives de l'Evêque dans l'Ile de Si Thomas x) il y a plusieurs livres des antiquités de l'Orient fort curieuses. Je dirai ce que vous m'avez ordonné à Mr Southwell, à la première occassion ; mais depuis que la cour est à Windsor, on ne le trouve pas toujours chez lui. Je suis bien fasché de la perte de votre histoire de Balenes, j'espère pourtant qu'on le retrouvera parmi vos papiers à Orléans, ou parmi celles de Mr Thevenot.
1) La seule île Saint-Thomé, qui possédait des évêques depuis 1536 (d'après Gams, Séries Episcoporum), répondrait assez bien à la désignation de Locke. Mais comment cette île située près de la Guinée aurait-elle pu contenir des archives riches en documents sur les chrétiens d'Orient? Ceux que Lk. désigne ainsi sont probablement les chrétiens de Grèce et d'Asie-Mineure, peut-être aussi les „chrétiens de St. Thomas". (Sur ceux-ci, vid. Moreri, art St. Thomas).
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Je viens à présent à l'honeur de vostre dernière du 19 courant et je vous remercie pour la vôtre et tout ce qu'il y avoit incluse, c'est à dire la lettre de Mr Romer et la monstre à cinq batements pour',' [une seconde] x) ; vous cherchez les occasions de tout costé de m'accabler de vos bienfaits et vous m'obligez tant que peut un homme qui est résolu de ne pas passer le détroit qui est entre Calais et Douvre. Mais à l'égard de cela, je vois avec bien de déplaisir que vous (qui êtes l'homme du monde le plus complaisant) n'estes pas traitable de nul façon puisque vous ne voulez pas venir avec la femme d'autrui même quand le mary en fit la proposition (chose bien rare et bien commode) que je vous offre cy, mais j'appréhend que j'ay gâté le poids de toutes mes raisons qui dévoient vous avoir attiré à Londres pour avoir mis une femme dans le même balance ; parce que c'est une chose si volatile qu'elle fait les autres auxquelles elle est joynte plus légères qu'elles n'estoient auparavant comme Boccalini 2) dit d'Ecosse prise en balance avec l'Angleterre. Cette votre résolution contre, une femme de quelle sorte qu'elle soit m'a fait quiter le dessein que j'avois de vous préparer une harangue en anglois que vous auriez dit à votre femme en la rendant. J'étois résolu de l'avoir tout preste à votre arrivé parce que j'avois peur que vous ne garderez pas vostre femme jusqu'à ce que vous aurez appris assez d'Anglois à lui dire adieu, mais cete harangue à présent est avec les enfants de votre femme. Je vous remercie de l'histoire de porceaux du Chatelet à Orléans cela m'a fait rire plus que deux mariages n'auraient fait.
J'ay veu icy en ville Mr Bernard 3) et je lui ai parlé de Male-
1) „Une des conditions essentielles de la régularité des montres et le moyen le plus certain de les rendre peu impressionnables à tous les petits accidents qu'elles peuvent éprouver dans l'usage civil, consiste à donner une vitesse assez grande au balancier". Dict. des Arts et Manufact., etc.... de C. Laboulaye, 2e éd., Paris 1835, art. Horlogerie. Les montres ont ordinairement aujourd'hui cinq battements par seconde, c'est-à-dire 1.800 par heure. La combinaison ordinairement employée pour arriver à ce nombre est la suivante: le barillet a 80 dents la grande roue moyenne, 64 dents; son pignon monté sur le même axe et qui engrène avec le barillet, a 10 ailes; la petite roue moyenne a 60 dents, son pignon 8 ailes; la roue de champ a 60 dents et son pignon 8 ailes ; enfin la roue d'échappement a 15 dents et son pignon 6 ailes.
2) Trajan Boccalini (1556-1613). Ses Ragguagli di Parnasso (Nouvelles du Parnasse), avaient été traduits en français en 1615 par Fougasse (Paris).
3) Il s'agit d'Edw. Bernard (1638-1696), astronome et philologue, avec qui Th. correspondait. Cf. Bodl. Lib. Smith. Mss. VIII, 67. Bastide, op. cit., p. 57. Bernard fut l'élève de Wâllis; il joignit à l'étude des mathématiques celle de l'astronomie et des langues orientales; il fut gradué B. A., à St-Johnes Collège en 1659, et M. A. en 1662 ; gradué B. D. en 1668 et D. D. en 1684. Il succéda alors à Wren comme professeur savilien d'astronomie. En 1676, sur la recommandation du comte d'Arlington, Charles II
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la *), il m'a dit que l'imprimerie à Oxford est si empêché à présent et si chargé des autres ouvrages qu'on a dessigné d'y imprimer qu'il ne voit point d'espérance qu'on y publiera encore Malela, mais comme c'est un libre praelo paratissimus uti olim dixit, il dit qu'il croit qu'on le vendra tout prest et bien écrit comme il est avec des notes jointes à la même prix qu'on l'a acheté autrefois à Oxford. Il s'imagine que cet prix est environ trente livres sterling.
Je resalue très humblement Monsieur de S1 Colombe et je suis fort ravi qu'il n'a plus ny fièvre ni toux et j'espère qu'il aura bientost sa santé bien remise et bien establie. Je souhaite la même chose à Mr l'Abbé Picard et je vous prie de rendre mes très humbles respects à Mrs les Abbés Gendron, Fromentin et Renaudot. j'ay mise votre lettre dans la siene de peur que vous ne soyez plus à Paris, quoique je m'imagine que vous ne quitterez pas sitôt cette ville-là.
Je n'ay pas- vieu M. Boyle depuis que je reçus votre letre et my Ld Herbert 2) n'est pas en ville, c'est pourquoi je n'en dis rien à présent. J'ai une table faite par un de mes amis qui est seulement d'un pouce quarré par laquelle on peut trouver la letre dominicales), le nombre d'or, le jour du mois, le change de la lune, l'Epact, l'Indiction et bien d'autres choses. Je vous Tenvoiray à la primière occasion.
Je vous prie de faire mes humbles baise-mains à Mr Romer la poste s'en va et je lui écrira la semaine que vienne. Je suis sans compliment à lui et à vous. J. L.
le prit pour précepteur de ses fils, les ducs de Grafton et de Northumberland alors à Paris avec leur mère la duchesse de Cleveland. Bernard y fit la connaissance de Thoynard, Mabillon, Dacier, Bouillaud, etc. Ayant peu de goût pour la vie mondaine que lui impossaient ses fonctions, il revint à Oxford, en 1677-8 et s'y fixa jusqu'en 1690. Il se maria a cette date et se retira à la campagne où il mourut en 1696.
1) Malela, ou Mallela, c'est ainsi que Lk. écrit et que l'on a imprimé dans les Fam. Let., 1708 et éditions suivantes, le nom de Jean Malala d'Antioche. Le Ms. de sa Càronique depuis le commencement du monde jusqu'à la mort de Justinien (en 565) était et est encore conservé à la bibliothèque bodléienne. Il a été publié par Edmond Chil- MEAD : Joannis Anthiocheni Malala Historia Chronica,e Theatro Sheldoniano, Oxoniae, 1691.
2) Thomas Herbert, peu après huitième comte de Pembrocke.
3) On sait que la lettre dominicale, celle qui indique le dimanche, est l'une des sept premières de l'alphabet ; elle change dans l'ordre rétrograde G. F... Tous les vingt-huit ans ces lettres se présentent dans le même ordre par rapport aux jours de la semaine. Le nombre d'or indique, dans le comput ecclésiastique en quelle année l'on se trouve du cycle lunaire. L'épacte est le nombre qui indique l'âge de la lune au 1er janvier de chaque année solaire; c'est le reste de la division, par 15, du millésime de l'année augmenté de 3. Ex. gr.
L'indiction est une période de 15 ans; la première commence en 312, date de la victoire de Constantin sur Maxence et par conséquent du christianisme sur le paganisme.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
London, 1 5 Août 79.
Monsieur.
Je vois bien par la vôtre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date de Paris du i6me du courant que vous avez trouvé quelque autre prétexte pour satisfaire M. l'Abbé Gendron *) de vostre demeure encore à Paris ; l'expérience me fait voir que les grandes villes sont. des lieux enchantés et qu'on en sorte avec grande paine. Je ne croiais pas demeurer à Londres plus de vingt jours après mon arrivée et me voicy encore presque à la fin du 5me mois 2). Il y a quinze jours que j'ai eu deux chevaux 3) en ville qui ne m'ont rendu d'autre services que l'exercice de leurs dents, mais comme cela n'est pas trop utile, je souhaite que messieurs les cartésiens voudraient faire quelque machine de la sorte qu'on pourrait monter quand on vouloit sans le dégât 4) de tant de foin et d'avoine, mais comme ces gens là nous parlent de machines et ne nous en donnent que fort peu et peu utiles je vous prie si vous avez la commodité de me donner la description de la machine pour faire travailler 30 ou 40 flleuses. Je vous remercie très humblement pour les essays de Mr Mariotte s), je les ai lu avec grand plaisir et j'y trouve bien de belles choses, le livre de Mr Baluz 6) n'est pas encore relié. Le monstre de Mr Godfroy est
1) Cf. Lettre du 15 juin 1679.
2) La lettre est mal datée — Lk. a mis août pour setembre — , ou plutôt il compte depuis son retour un grand mois de trop, car: i° la date est vraisemblable si l'on entend 15-25 août, la lettre de Th. ayant eu le temps d'arriver à Londres; 2° dans la lettre du 20 septembre, Lk. mentionne non seulement une lettre de Th. du 16 septembre que l'on pourrait confondre avec celle du 16 indiquée ici, mais une autre lettre du 9 septembre. Si sa lettre du 15 août devait être reportée au 15 septembre, les deux lettres de Th. y seraient mentionnées. Il faut donc conserver à sa lettre et à celle de Th. les dates 15-25 et 6-16 août. Cela prouve qu'ils suivaient le calendrier de leurs pays.
3) De selle, la condition et la fortune de Lk. ne l'autorisant guère à rouler carrosse.
4) Dégât au sens de consommation est encore donné par le dictionnaire de l'Académie. Vid. éd. 1823.
5) Essai de la végétation des plantes. — Essai de la nature de Pair. — Essai du chaud et du froid. In-12, Paris, 1679.
6) Etienne Baluze, 1630- 1718, bibliothécaire de Colbert. Vid. de Broglie : Mabillon et la Société de V Abbaye de Saint- Germain, I, p. 54 et suivantes. Il avait publié en 1677 son Regum Francorum Capitularia en deux volumes in-fol. Bien que l'ouvrage ait été réédité et complété par P. de Chiniac, 1780, il était considéré par son auteur comme terminé ; on ne voit pas pourquoi Lk. aurait eu à le faire relier. Il s'agit donc probablement des : Miscellaneorum liber primus, hoc est Collectio veterum monumentorum quae hactenus latuerunt in variis codicibus ac bibliothecis. In-8°, Paris, chez Muguet. Ce premier volume parut au commencement de 1679. (Il est signalé dans le Journal des Savans du 20 mars 1679.) La collection comprit sept volumes successifs.
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fort extraordinaire l) et j'appréhende que son hypothèse de l'ovalité le sera aussi dans l'opinion du monde s'il la publiera. Les inventions de Mr Hautefeuille 2) montrent assurément un esprit pénétrant mais
1) On lit dans le Journal des Savans du 10 juillet 1680, à propos d'une relation sur un œuf monstrueux, — fort gros et portant quelques figures d'étoiles, — que la rédaction a refusé il y a quelque temps d'insérer la description d'un monstre, parce qu'elle ne paraissait pas assez certaine. Si ce n'est pas une allusion au monstre de Godefroy, c'est du moins une preuve que le directeur du journal était parfois sollicité en faveur de relations plus ou moins ridicules ou erronées. Le Journal d'Allemagne contenait souvent des contes puérils, des gravures inexactes et l'on est tenté de croire qu'il s'ouvrit trop aisément à ce qui pouvait piquer la vaine curiosité du public.
2) Jacques de Hautefeuille, né à Orléans d'une famille d'artisans, dut à la protection de la duchesse de Bouillon de faire des études libérales et d'entrer dans les ordres. Il fut l'un des esprits de son temps les plus féconds en inventions ingénieuses plutôt qu'utiles. Il faut toutefois mettre à part l'application aux montres du ressort spirale. Voici quelques-uns de ses écrits et de ses inventions: 1673, Explicatio?i de V effet des trompeU tes parlantes; 1675, Factum contre Huygens, à qui Hautefeuille contestait la priorité de l'invention du ressort spirale et le droit de se l'approprier par un brevet. Huyghens n'usant peut-être pas de tout son droit se désista ; 1678. Pendule perpétuelle ; avec un moyen d'élever l'eau par la poudre à canon; 1679, Moyen d'agrandir le champ des lunettes. Niveau permettant d'apprécier des dénivellations de 1/600 de ligne. Cette précision est obtenue au moyen d'un renflement à la base des parties verticales du tube. 1680, L'art de respirer sous l'eau. 1683, Nouveau moyen de trouver la déclinaison de l'aiguille aimatitée avec une grande précision. 1688, Problème d'acoustiqtie. 1702, Balance magnétique. 1703, Microscope mîcroméiique. 1716, Perfectiotmement des instrtiments de mer. 1717, bive?itions nouvelles, in-40. 17 19, Problème d'horlogerie. 1719, Nouveau système du flux et du reflux de la mer. — ■ Dissertation sur la cause de l'écho. — Vid. MONTUCLA, Hist. des Math., an VII, t. II. p. 421. Encycl. mod. art. Hautefeuille, et surtout Journal des Savans à la date de chaque invention. Vid. infra, Let. du 29oet. 1679, et 2ofev. 1681. — Lk. avait déjà signalé à Boyle, Lettre du 27 juillet 1678, peut-être sur l'indication de Th. — Cf. Fx. B. L, 398-9 — sans nommer l'inventeur, le moyen de Hautefeuille pour obtenir le remontage perpétuel et automatique des pendules. De Hautefeuille utilisait l'allongement et le raccourcissement d'un ais de vingt pieds. Ces mouvements se produisaient, disait-il, alternativement le jour et la nuit sous l'influence de l'humidité.
Les inventions dont il est ici question sont probablement : celle pour agrandir le champ des lunettes et l'art de respirer sous l'eau. Ce dernier problème préoccupait les inventeurs; ainsi Jean-Christophe Sturm, 1635-1703, qui avait commencé en 1676 la publication de son Collegium expérimentale sive curiosum in quo primaria huj us saeculi inventa et expérimenta physico-mathematica ad methodum naturis suis convenientem rediguntur, Nuremb., 1678, conseille de descendre dans l'eau sous une cloche d'un poids suffisant pour qu'elle enfonce avec l'air qu'elle contient. Il ajoute que l'on trouva par ce moyen trois canons dans la mer d'Ecosse en 1665. Le plongeur, dit-il encore, pourrait emporter des bouteilles d'air qu'il casserait quand il aurait respiré tout l'air de la cloche.
L'objection que l'on faisait à ce procédé était que l'accroissement de la pression devait rendre bientôt l'air irrespirable. Journal des Savans, 31/1, 1678. On trouve une réponse à ce scrupule dans le même journal, 4 avril 1678. M. Panthot, Dr en médecine, professeur au collège de Lyon, fidèle correspondant du journal, raconte l'histoire de deux Maures que les Espagnols employaient à pêcher avec l'aide d'une cloche des débris de naufrages en face du port de Capdaques. Panthot qui avait pris part à la guerre contre l'Espagne, après que les Français se furent emparés de Capdaques, continua ainsi que quelques officiers à employer ces Maures „avec beaucoup d'amusement et de profit", car on tira de l'eau plusieurs millions de piastres!...
LETTRES A THOYNARD. 1679.
je crois que dans quelques unes ou deux l'exécution sera un peu difficile. Je vous a un grand obligation de ce que vous avez pris la peine de m'envoier ces livres mais je suis obligé de vous en demander la prix encore une fois parce qu'à cet endroit de ma lettre vous n'avez rien répondu et je ne puis pas sans grande confusion continuer un commerce si inégal. Je voudrais bien avoir les trois premiers volumes de PEssay de morale *) et les Secrets de Madame Fouquet 2) que Mr Gramar 3) qui vous apporte cette lettre avec une petite boete [boîte] m'apporterait car il s'en retournera dans 1 5 jours, mais je n'ose pas les demander si vous ne voulez pas recevoir le prix de sa main que je l'ai prié de vous rendre.. Avant que je scavois qu'il devait partir pour Paris j'avais mis entre les mains de Mr Charas 4)
1 carte de la Manche,
3 petits livres de tachygraphie,
1 Maimonides de Jure pauperis (traduit par M. Prideaux),
1 pied universel 5) et d'Angleterre en buy plicatil 6).
1 pied de même,
2 couteaux et 2 fourcets plicatiles d'escaille I Pour
de tortue, j M. Romer
1 paire de pincets.
Pour vous
1) Les Essais de Nicole parus en vingt-cinq volumes à partir de 1671.
2) Marie Maupeau, femme de François Fouquet et mère du surintendant, Dr en médecine: Recueil de recettes où est expliquée la manière de guérir à peu de frais toutes sortes de maux, Paris 1675, Lyon, 1677 '. Recueil de remèdes faciles et domestiques choisis, augmenté de quantité de secrets, etc., in-12, Dijon, 1678. C'est sans doute cette seconde publication que désirait Lk, et que Th. lui envoya ; cf. Lettre du 29 octobre 1679. Marie Fouquet mourut en 1681, à l'âge de quatre-vingt-onze ans. On imprima après sa mort un recueil de Remèdes charitables, Lyon, 1685, in-12, souvent réimprimé, notamment en deux volumes à Lyon, en 1696, 1739.
3) Nous ne savons pas qui était ce M. Gramar. Etait-ce l'aide de Charas? puisquel'on ne pouvait disposer de lui d'après ce texte sans M. Charas.
4) Charas, Moïse, était apothicaire du roi. Il fut membre de l'Académie des sciences et professeur au Jardin du roi. Protestant, il dut abandonner ces fonctions ; il alla alors exercer la médecine en Angletterre puis en Hollande, avec beaucoup de suceès. Il revint cependant en France, en 1691. Il avait publié en 1681, sa Pharmacopée royale, réimprimée plusieurs fois, notamment à son retour, in-40, Paris, 1691. Il fit paraître encore plusieurs écrits moins considérables, entre autres ses Nouvelles expériences sur la Vipère, 1698. Vid. infra ses recherches sur les fièvres intermittentes : Let. du 4 septembre 1680, et Franklin. A. La vie d'autrefois. Les Médicaments, Paris, 1892, p. 94,99, 120.
5) Le pied universel ou pied de roi. Vid. Lettre du 20 mai 1680.
6) Plicatile signifiait d'après le Dictionnaire de l'Académie „qui offre des plis à sa surface". Lk. veut dire „pliant".
LETTRES A THOYNARD. 1679.
Mr Charas est allé à Windsor si bien que je ne peux pas les envoyer par M. Gramar. Dans la petite boète envoyée parMr Gramar il y a des astroides l) dont si vous mettez 2 ou 3 séparés, dans une assiette remplie de vinegar vous les verrez s'approcher. Il y a aussi des petites semences d'une couleur fort extraordinaire qu'on apporta de Jamaïque, je vous prie d'en donner quelques'unes à Mr Justel à qui j'ai adressé la lettre et la boette qui est pour vous si par hasard vous seriez hors de la ville.
Depuis ma dernière, j' ai fait vos baise-mains à Mr Southwell qui est fort fâché de la perte de votre histoire de Balenes. Je vous prie de la rechercher comme une chose de prix et qui mérite de ne pas estre cachée davantage dans quelque coin. Des archives de S1 Thomas, je vous parleray après que j'auray vu Mr Boy le et de Malela quand j'aurai été à Oxford.
J'ai le carré chronologique, ma is comme cela ne signifie rien sans l'explication [que mon ami] étant sorti de la ville ne m'a pas encore donné, il faut remettre cela à un autre tems. Les machines à frapper des matrices 2) je n'ai pas encore montré ayant le dessein d'en parler à l'Evêque d'Oxford 3) qui a la conduite de l'imprimerie la qui peut être sera bien aise de voir le moien de la faciliter parce que pour ces ouvriers ils sont opiniâtres partout et encore davantage chez nous si bien que on n'avancera rien si on s'addresse à eux et
1) Astroide est adjectif; le substantif est astroite, madrépore en forme d'étoile.
2) On sait que les matrices étaient de petits parallélipipèdes de cuivre sur lesquels on gravait en creux les caractères au moyen d'un poinçon d'acier trempé fortement, portant la lettre en relief. Il fallait enfoncer le poinçon dans le cuivre avec beaucoup d'adresse et de sûreté de main pour ne pas briser le relief du poinçon et pour former une empreinte nette. Les matrices une fois frappées devaient être justifiées, c'est-à-dire rendues par des retouches nettes et exactes. C'est dans les matrices que les caractères étaient ensuite coulés à la main.
3) L'évêque d'Oxford était John Fell, 1625-1686. Admis fort jeune à Christ-Church, il en fut nommé chanoine en 1660, puis doyen en 1675 en remplacement de Henry Compton, à qui il succéda aussi comme évêque d'Oxford. Jusqu'à sa mort il résida dans cette ville où il ne cessa de travailler fort utilement pour l'université. Chargé de la presse, il sut par les encouragements et les secours qu'il donnait aux jeunes auteurs, ne ménageant ni son temps, ni son argent, en faire l'une des plus actives et des plus remarquables de l'Angleterre. Il imprimait tous les ans une édition de quelque auteur classique, dont il donnait un exemplaire à chaque membre du collège. Vid. l'article détaillé et très précis du Dict. of Nat. Biogr.
Sur les inventions de Th. destinées à faciliter l'art de l'imprimerie, M. Cuissard écrit d'après Charavay, op. cit., p. 45: „I1 essaya d'introduire quelques changements indispensables, croyait-il, c'est ainsi qu'il veut se servir de ligatures, ajouter sept lettres à l'alphabet, faire tirer deux formes à la fois, et il conçoit l'idée de ces formes solides employées de nos jours seulement et nommées stéréotypes. Lettre à Rigord du 20 septembre 1696".
LETTRES A THOYNARD. 1679.
même toutes nos ardes sont encore en désordre si bien que je n'ai pas trouvé qu'une de ces machines. Je suis tout à vous J. L.
Je vous prie de faire mes très-humbles baise-mains à Mr Ste Colombe et Messieurs nos abbés.
Vostre deux lettres Tune du 9me l'autre du i6me du courant me sont rendues ici deux jours l'une après l'autre et m'ont enrichi comme deux caraets [charrettes] chargés d'or et de perles les choses la dedans étant et plus brillant et plus utiles. Je trouve les lettres d'Eizivir aussi beaux que petits mais je ne suis pas présentement dans un lieu où j'ay la commodité de les confronter avec ceux de Cromweli ou plutôt de Feild l) dont vous trouvez une chez Mr Justel : l'Ecorche-cu de Mr Elzevir a aussi sa beauté mais cela n'arrive qu'à de gros poissons et quoique j'en trouve le remède fort bon je vous en remercierais davantage si vous ou notre bon capetain que je crois plus habile que vous à ce propos 2) m'enseignerez le moyen de devenir gras et gros pour en avoir besoin. Je crois que les regales de vous autres Dipnosophites feraient ce miracle plutôt qu'aucune autre manière de vivre et pour cet effect je veux bien que Mr Ménage exclude les chirurgiens, mais pour les Bourchers je m'imagine qu'il faut avoir un peu plus de respect de leur exclusion de nos jurés en les processes criminels ; je ne puis pas fournir à M. Ménage avec des authorités, éloigné des livres ici à la campagne, mais à mon retour à Londres, je ne doubt pas de le contenter d'une meilleur authorité que la mienne.
Je vois bien que vous estimez les Hollandais des gens d'outremer aussi bien que nous autres Anglais, mais pour les lumières ou de ceux la parce que ils impriment encore en deux façons le livre appelé enfant mort né ou de ceux-cy Mr Bernard dit tant des éloges je ne répond pas et si vous croiez mieux faire en n'en parlant point j'appréhend que votre silence est mêslé avec un peu de respect à Mon-
1) Rich. Feild (1579-1624). Vid. Dict. 0/ Nat. Biogr. Il fit la première édition de Venus et Adonis de Shakespeare, 1593, la seconde, 1594; la troisième, 1596, et la première de Lucrèce, 1594. Cf. Baldes, Shakespeare and Typography, 1872. Son P. Ovidii Nasonis Metamorphoseon, Libri XV en petite italique, peut donner une idée des „petits caractères" qu'il employait. Il travaillait surtout pour le libraire John Harrison.
a) Th. était presque aussi maigre que Lk.
Olenty proch. Canterbury.
20 Sept. 79.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
signeur le Dauphin plutôt que d'une oblivion entière de toutes les choses extraordinaires la dedans qui feront que cet enfant mort né ne sera pas du longtemps à ce que je m'imagine enseveli.
Vos capucins du Louvre sont ce me semble beaucoup mieux faits pour porter le fardeau du mariage que notre bon ami Mr Bernier et sans doubt ils s'en acquitteront mieux dans le pays des Abissins c'est pourquoi c'est avec raison qu'ils ne craignent pas tant le mariage que la circoncision, mais railerie à part je souhaite avec empressement que ni le mariage ni la mort (qui sont à peu près la même chose) ni aucun autre malheur empêchasse leur retour, dont j'espère de belles éclaircissements d'un pays encore fort incognu.
Je suis mari de ce qu'on m'avait dit qu'on vendrait la Bibliothèque de Mr Briot *) tout ensemble. Autrement j'aurais donné ordre de m'acheter quelques livres, M. Baucœur m'avait promis le catalogue, si le catalogue se vend je vous prie de m'en acheter un, il y avait plusieurs de nos meilleurs livres anglois. Quand vous aurez la fantasie d'apprendre la langue Angloise vous n'avez qu'a suivre ma méthode en lisant tous les jours un chapitre du nouveau testament et en un mois du temps vous deviendrez maîstre.
Si les journals de médecine sont iceux en 12° imprimés chez d'Houry dont la collection à ce que je m'en souvien est laite par Blegues [sic] 2) j'en ai les deux premiers et je serais bien aise d'avoir tout ce que vous trouvez bon de la sorte. Ce baume artificiel cité la dedans pour guérir les plaies sans supuration mérite bien d'être seu et en passant je vous dirai une manière fort aisée et fort simple pour guérir les plaies charneuses sans suppuration; il faut prendre : mem-
1) Probablement Briot le graveur et tailleur de monnaies qui inventa le balancier monétaire et plusieurs instruments: ciseaux, coupoir, laminoir. Il obtint la ferme des monnaies; mais s'il mourut en 1646 et en Angleterre, comme le prouve le Dict. o/Nat. Biogr., il faudrait qu'il eût laissé sa bibliothèque en France à quelque parent ou ami.
a) Il s'agit des Nouvelles découvertes de Nicolas Blégny. Blégny avait fondé chez lui avec quelques savants une „ Académie des nouvelles découvertes" qui publiait des cahiers mensuels. Supprimé en 1682, à cause de ses attaques contre quelques personnes, le journal de Blégny parut à Amsterdam sous le titre de Mercure savant. Blégny avait été nommé médecin de la reine en 1678, du duc d Orléans, 1683, et du roi, 1687. Il fut attaché à un hôpital pour les étrangers, fondé proche de Paris. Les scandales qui s'y produisirent en motivèrent la fermeture; une lettre de cachet fut lancée en 1693 contre Blégny, qui passa dix ans à Blois.
Il y avait bien un libraire imprimeur, nommé Jean d'Houry qui imprimait beaucoup de livres de médecine (ceux, par ex. des Dis. Meuve, Jean Bernier, François Bayle, etc.),
mais c'était Laurent d'Houry, un de ses parents sans doute — qui vendait: Les
Nouvelles découvertes sur toutes les parties de la médecine, recueillies en 1679 par N. D. Bchirurgien du roy et maître juré à Paris, in-12, chez Laurent d'Houry. Au bout du Pont-Neuf (sur le quai des Augustins).
LETTRES A THOYNARD. 1679.
branulam ovum interius investientem eaque vulneris orificium obducere consutis prius, si opus fuerit, vulneris labiis, et deinde partem vulneratam aqua frigida immergere, si commode fleri potest vel aliter stupis spongiisque aqua frigida imbutis fovere, et tam diu repetere, usquedum nullus percipitur in parte laesa calor praeternaturalis et quamprimum redit minima partis incalescentia, inflammationem frigida applicatione reppellere unde evitatur calor, dolor et suppuratio, vulnusque cito consolidabitur. Je vous prie d'en parler à Mr l'Abbé Gendron et lui faire mes tres-humbles baise-mains et s'il a le dessein de donner au public quelque jour ses secrets il me ferait grand plaisir de me dire comme il faut traiter un cancer ulcéré pour en empêcher la douleur et l'augmentation, mais quoique cela me rendrait capable d'être fort utile à une personne de qualité ici, je n'oserais pas demander cela si M. l'abbé n'a pas dessein de le publier.
Dans le voyage du chevalier Drake qu'il fît autour du monde *), l'auteur dit qu'au 38d30 latitudinis septentrion alis aux mois de Juin et Juliet lui et ses matelots trouvèrent un extrême froid fort sensible non seulement aux Anglois mais aussi aux gens du pays qui demeurent là sur le bord de la mer du Sud 2). Le vent qui est cause de ce grand froid est le Nord et Nord-Ouest. Je vous demande si dans les voyages que vous avez fait plusieurs fois autour du monde vous avez remarqué quelque chose semblable.
Jusqu'ici j'avais écrit selon la date au commencement mais depuis ce temps j'ai été malade je suis de retour à Londres et j'ai reçu trois de vos lettres très obligeantes, une du 30me d'août avec l'incluse de Mr l'abbé Renaudot, une autre du 20me Sept, avec le paquet de Mr Romer et une troisième du 27me Septembre comme aussi la boette avec les deux boules de pendule, le Journal d'[Aoust] l'histoire de l'enfant de Toulouse 3), Voilà ,un grand arerage des debt[e]s d'un
1) The famous voyage 0/ Drake into the south sea, Lond., 1600. Trad. en français par Louvencour, Paris, 1627, 1641, et The world encompassed.
2) C'est-à-dire l'Océan Pacifique. Th. n'avait pas fait le tour du monde; Lk. fait allusion à ses lectures et à ses conversations avec des voyageurs.
3) C'est l'histoire d'un enfant qui serait resté vingt-six ans dans le ventre de sa mère. Ce fut l'occasion d'un grand nombre de relations. En voici l'abrégé, d'après une communication de J. Bayle, au Journal des Savans, 18 juillet 1678: Marguerite Mathieu, femme de Jean Pouget, tondeur de draps, étant enceinte en 1652, éprouva vers la fin du neuvième mois les douleurs de l'enfantement; mais l'enfant ne vint pas au monde. Pendant vingt ans elle sentit quelques mouvements de cet enfant, „avec diverses incommodités". Cette femme étant décédée le 18 juin 1678, son cadavre fut ouvert le lendemain et „l'on y trouva un enfant qui pesait huit livres de seize onces chacune" Cf. Journal du 22 août, l'examen de ce cas, d'après une lettre de M. Rainstant, Dr. Professeur de Médecine à Reims, écrite au Directeur du Journal. Th. dut envoyer à
LETTRES A THOYNARD. 1679.
homme déjà accablé de vos bienfaits et si vous ne voulez pas vous contenter de quelque petit remercîment il faut que je fasse tout à fait bankeroupt, mais comme je ne puis rien davantage il faut au moins rendre compte. D'abord que j'avais reçu ce que vous m'avez mandé de l'observation de Jupiter *) j'écrivois à Mr Boyle pour l'en informer et par ce moien alarmer tous nos canoniers célestes de la Société Royal qui croient y avoir intérest et qu'on ne canardait ce Gibbier à leur insu et de la même façon j 'envoi aussi la lettre de Mr Romer à Mr Flamsted ; tout les deux M. Boyle (que j'estais voir à mon arrivé à la ville) me dit avoir reçu et communiqué à Mr Hooke 2) si bien que nos gens se sont préparés avec diligence à poursuivre vostre dessein mais le malheur quej'apprehend est que Jupiter a envoié exprès à toutes les maisons des grands seigneurs de son empire pour les avertir de se cacher par ce qu'on les observoit de trop près et depuis ce temps le soleil même n'a pas osé paraître en ces quaetiers ; les matelots, païsans et jardiniers commencent en murmurer déjà et je ne vois que les filous (et les dames qui aiment les ténèbres et qui ne voudroient que rien plus splendide qu'elles paroissoit aux monde) qui en sont content, il faut donc prendre bien
Lk. un in-12 intitulé: Histoire anaiomique d'une grossesse de vingt-cinq ans, avec la recherche de tout ce que Von a observé de plus considérable là dessus^ par François Bayle D. en médecine à Tolose. Et se trouve à Paris chez Jean Cusson et Jea?i d'Houry, etc., 1679, ou bien un autre in-12 paru peu après: Autre histoire anatomiqtie de V enfant de Toulouse, avec des Réflexions qui en expliquent tous les phénomènes, par N. dr. Bligni [Blégny], se trouve à Paris, chez Laurent d'Houry, 1679.
1) L'observation de Jupiter et de ses satellites occupait beaucoup Picard et Cassini depuis 1665. Ils avaient vu cette année-là sur Jupiter une tache qui „avait la figure et la situation de la mer Caspienne": elle devint invisible dans le deuxième semestre de 1666, jusqu'en 1672; elle parut alors avoir repris sa première apparence, et accomplir sa révolution en 9 h. 55'5i". Cassini continua ses observations jusqu'à la fin de 1674, et s'arrêta, pour la révolution, à la durée de 9 h. 5S'S3". La tache fut invisible en 1675 et 1676, tandis qu'il se formait sur la planète „des îles et des éclaircissements" ; elle reparut en juillet 1677. L'observation la plus intéressante en 1679 fut celle de l'éclipsé de Jupiter et de ses satellites par la lune, le 5 mai. Cassini l'avait prévue. Il l'observa avec une lunette de vingt pieds qui découvrait trois satellites. L'éclipsé du premier satellite commença à 3 h. 11"; celle de Jupiter à 3 h. 2'57". A 3 h. 548", le troisième satellite était caché; „ ensuite il se forma sur l'horizon oriental une multitude de petits nuages couleur de feu éclatante. Pendant que nous les regardions sans perdre de vue la lune, dit Cassini, nous aperçûmes à l'œil que Jupiter sortit de son bord obscur à 3 h. 56". M. de la Hire qui l'observait proche de la Porte de Montmartre, deux minutes après sa sortie, prit la hauteur de Jupiter de 170 17'. Nous fîmes ensuite diverses autres observations pour la détermination de la parallaxe et du diamètre de la lune et pour la détermination juste de l'heure". Journal des Savans, 10 juillet 1679, et Mémoires de P Académie des Sciences, Paris, 1733, tome Vlll.passim. On sait quelle était l'importance de ces observations pour la détermination de la vitesse de la lumière.
2) Robert Hooke. Vid. Lettre du 5 août 1680, note.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
garde que la cause de cet obscurité, de ces nuages et brouillards qui nous oste la vieu du ciel n'éclat pas de peur qu'on ne persécutât les virtuosi comme des gens mal accommodés aux affaires du monde. Vous croirez que j'ai raison quand vous vous souveniez qu'autrefois à Oxford même on traitait de Hérétique tous ceux qui entendaient le Grecque et Bacon en estoit banni parce qu'il sçavait un peu les mathématiques ce qui n'estoit pas des choses si hardies ou si énormes que d'espier le Grand monarque du ciel et ce qui passoit parmi ses gens qu'il avoit caché plus de 5. 000 ans.
Je serai bien aise de scavoir les estranges efects du stramoneum qu'on a écrit du Lyon à Mr Dodart I), au moins faites moy la grâce de lui faire mes très humbles baise-mains de peur qu'il ne s'imagine que j'ai bu du Dutroa 2) dans notre aie d'Angleterre parce qu'il ne peut pas arriver un plus estrange efect que d'oublier les honestetés de M. Dodart.
Rien au monde ne peut être plus agréable que ce qui vien de votre bienveillance et de l'invention de Mr Romer c'est pourquoi le hydrometer de Mr Romer 3) que vous me mandez que vous avez fait fair pour moy a tout ce qui peut rendre une chose estimable.
Je suis ravi de la paix faite entre Mr l'Archidiacre etMr Justel, en
1) Dodart (Denis), 1634-1707, docteur en médecine de la Faculté de Paris, médecin de Louis XIV, membre de l'Académie des sciences depuis 1673. Fontenelle a prononcé son éloge. Il venait de publier: Mémoires pour l ^histoire des Plantes, de M. Dodart etc., chez Seb. Mabre-Cramoisy. C'était le commencement d'une importante collection entreprise par ordre du roi. On s'y proposait: „i° de donner des figures plus exactes; 20 de faire entrer dans les descriptions quelque chose de l'anatomie des plantes, et de choisir pour cela les circonstances qui peuvent le plus contribuer à l'ornement de l'histoire et à la recherche des causes"; 30 de traiter de la culture; 40 de faire une étude critique des vertus attribuées aux plantes; 50 d'en indiquer les „effets" les plus probables. Ces mémoires ont été réunis dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, Paris, 1729, t. IV. Ils sont, dit Dodart, ,,1'ouvrage de toute l'Académie". Perrault et Mariotte y ont collaboré, ainsi que du Clos, Borrel, Galois, Bourdelin. Dans la première partie : Projet de Vhistoire des Plantes, Dodart indique dans quel esprit l'œuvre a été conçue: „examiner les pensées des philosophes par l'expérience... profiter des lumières de ceux qui font une étude particulière des plantes et de la chymie". C'est l'esprit de Bacon qui inspire cette œuvre collective, mécaniste et scrupuleusement expérimentale.
Lk. écrit stramoneum pour stramonhcm, stramoine, solanée du genre Datura; vulg. herbe ati diable, herbe aux sorciers, parce que l'on attribuait à une influence diabolique le délire qu'elle provoque, prise à petite dose : 15 à 20 centigrammes. Son fruit, vulg. pomme épineuse, et ses feuilles sont employées principalement contre les névralgies, les spasmes, convulsions, etc..
2) „Dutroa ou datura, plante qui cause une joie intense et qui fait perdre la mémoire". Valmont de Bomare. Die. d'Hist. naturelle. Vol. I, Paris 1869. C'est encore de la Stramoine qu'il s'agit.
3) Horrebow, Basis Astronomiae, ne décrit aucun hygromètre.
LETTRÉS A THOYNARD. 1679.
la faisant vous avez obligé bien des honestes gens outre ces deux là parce qu' il me semblait que Mrl' Archidiacre étoit un grand ornement de cette illustre assemblée et pour dire la vérité, j'y prend plus de part parce que cela est fait par votre entremise et la faculté que vous avez de faire du bien a tout le monde.
Vos modèles pour faire des [charac] tères x) je n'ai pas encore montré à personne parce que M. l'Evesque d'Oxford sortit de Londres un peu après que j'y arrivoy et depuis ce temps là je n'ay pas esté à Oxford et c'est celui de qui on peut espérer avec le plus de raison l'avancement de cette affaire et d'ailleurs quoique je scay bien que je tiens deux de ces modèles de vostre bonté, mes hardes sont encore depuis ma retour en tel confusion que je n'ai pas eu encore la commodité de les ranger.
Les pieds universels 2) que j'ai fait faire sont brisés mais la brizeure italienne, je ne scay pas si vous me ferez la grâce de m'envoyer la modelle ou par Mr Gramar ou par M. Charas 3) (qui à ce que j'espère vous a rendu les bagatelles que je pris la liberté de vous envoyer) vous m'obligerez.
Je vous remercie de la bibliotheca Thuana 4) qui m'a été rendue, j'avois le bonheur de rencontrer Mr de Mausant par hazard le jour avant que je sortis de la ville mais avant mon retour il étoit parti si bien que j'ai perdu le secret de l'Ancre en poudre, avec bien d' autres qu' on pourroit espérer d'une plus longue conversation. Je trouve cet ancre fort commode et si vous en avez le secret je vous prie de me l'envoier à vostre grande loisir.
Dans nos relations angloises, il y a bien des choses touchant cette nation vagabonde de Nègres qui s'appele Giagos s) et particulièrement d'un Anglois qui a vécu parmi eux assez longtemps qui confirme tout ce que vous avez tiré de votre manuscript Portugais et dit aussi bien d'autres choses. Je ne scay si dans vos relations ou Françaises ou Portugaises vous avez jamais ouï parler d'une autre
1) Sans doute les „machines à faire des ligatures" dont il est question. Lettre du 29 octobre 1679.
2) Le pied universel était le pied de Paris, ou pied de roi. Vid. Lettre du 20 mai 1680.
3) Moïse Charas. Vid. Lettre du 15 août 1679.
4) Catalogus Bibliothecae Thuanece editus a yosepho Quesnel Parisino et Bibliothecario cum Indic. alphab. Auth., in-8°, deux volumes. A Paris, dans la même Bibliothèque, 1679 (août). La bibliothèque de de Thou avait été mise en ordre par du Puy et Bouillaud; elle allait être mise en vente au début de 1680.
5) Les Giaques, peuplade venue des côtes de Guinée jusqu'en Abyssinie. Vid. Moreri.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
nation d'Afrique qui s'appele Geloofs *) sur la rivière de Gambra. Ils sont d'une taille beaucoup plus grande que la nostre. Grand guerriers et ont les meilleurs chevaux de tout l'Afrique. Mais il faut avoir un peu de modération et il ne faut pas vous traîner plus loigne, vous êtes déjà je m'assure assez fatigué par mon scriptus et a tergo nec dum flnitus Orestes 2). J'ay bien d'autres choses à vous mander, pardonnez l'ennuy de celle-cy et préparez- vous pour une semblable en peu de jours. Cura ut valeas et nos amare perge, Apud Renaudotium 3) et Romerum taciturnitatem meam excusa, apud te ipsum nimiam hanc garrulitatem, utrumque meis verbis saluta uti et Gendronum S4 Collumbium Justellum reliquosque tui amatores et mei memores. Il faut encore employer ces deux lignes à vous marquer que c'est une faute dans votre soupe en tablettes d'y mêler les os pilés, parce qu'ils sont fort astringent même dissouts dont le secret sera bientôt oublié ici.
Londres 13 oct. 79 13 Oct.
20 sept. 79. Monsieur Monsieur Toinard à la Teste noire dans le Fauborg Saint-Germain, à Paris.
[10] [Ad. à la Teste-noire]
Londres, oct. 29. 1679.
Dans la vostre du 30me d'Août (parce que jusques à ce temps là par l'égarement ou de vos lettres ou de moy même il faut recourir) vous me demandez la publication de modo conficiendi adversaria 4) comme une chose que j'avais promise, je vous en donnai à Paris la description tellement quellement pour en faire tout ce que vous
1) Les Wolof, Yolof ou Ouolof, répandus entre le Sénégal, la Famelé et la Gambie. Leur taille est dit-on de im 73 en moyenne (Grande Encyclopédie). Leur langue a fait l'objet de nombreuses études (Vid. Dict. Univ. de Géogr.J, notamment de la part de Barbot, en 1678.
2) Juvénal, I, 6. „Scriptus et in tergo, etc...." Edit. C. Fr. Hermann. Teub, Leipzig.
3) Il est probable que Renaudot avait écrit à Lk et tenait à rester en correspondance avec lui. 11 écrivait le 27 septembre 1679 à Th. „J'oubliai sur une table l'adresse de M. Lk. Je vous prie d'y suppléer par une autre." Nouvelles Acquis. Fr. 562.
4) La méthode pour faire les recueils, Common-place Books. Lk. s'en servait depuis 1659/60, comme le prouve le Médical common-place Book du British Mus. Lk. a intitulé parfois Adversaria la collection des thèses et antithèses relatives à une question : ex. gr. Adversaria theologica, Kg. p. 342-6.
LETTRÉS A THOYNARD. 1679.
voudriez. Si vous Pavez perdue ou si vous en souhaitez une autre plus ample ou plus exacte je ne manqueray pas de l'envoyer et en vérité vous me faites trop d'honeur de vous souvenir d'une bagatelle comme cela que j'estimerois davantage si vous vous en serviez et la trouviez commode après quelque expérience et vous pouvez vous assurer que je vous obeyrai en des choses de plus grand importance ; pour ce qui est du chifre x) je ne me suis pas assez bien expliqué si vous avez cru qu'il soit en sorte que l'ên lit une dépêche comme s'il y avait quelque chose d'indifférente, cela comme vous scavez est de Bacon 2) et a été publié il y a longtems, celui dont je vous parlay avoit chaque lettre (à ce que je m'imaginois) dans sa force naturelle. J'ai tâché depuis mon retour de m'en mieux informer, mais j'ai trouvé qu'il faut avoir du papier exprès et peint de diverses couleurs si bien que je n'ay pas approfondi une chose qui d'abord me sembloit trop embarrassant, mais au lieu de cela icy joint je vous envoyé un autre facile à écrire et difficile à découvrir que depuis ce temps là j'ay trouvé dont vous me ferez plaisir de me dire vostre sentiment et encore de m'envoier la vostre que vous avez inventé.
Je seray bien aise que l'air dans la machine de Mr de Hautefeuille 3) peut faire l'office de Taire frais utroque [semper] ut frigidus et recens parce que j'aime mieux que le monde trouve une commodité que de n'estre pas trompé moi-même.
Puisque vous me traitez d'Hautesse, je vous dis que si vous estiez dans mon isle je vous ferez rendre compte d'une autre façon et vous n'auriez pas le plaisir de m'obliger d'une manière toute souveraine et de vous moquer denostre Hautesse mais puisque je ne peux pas vous contreindre de me faire scavoir mes debtes d'argent comptant, il faut que je tache de m'en venger comme je puis, mais je prévois qu'en cela comme en tout autre chose vous serez toujours le grand seigneur et pour m'humilier davantage vous ne parlez pas dans vos lettres que de rigoles 4), souppers, débauches avec vos J [ustel]
1) Chifre, c'est-à-dire système d'écriture chiffrée.
2) Bacon, De dign. et Aug., liv. VI, ch. I. Cela prouve que Lk. avait lu Bacon, d'autant qu'il parle de ce texte comme d'une chose que tout le monde connaît. Le système de Lk. n'est pas dans le Ad. Mss. 28836.
3) De Hautefeuille travaillait déjà à son Art de respirer sous l'eau. Cette découverte était considérée comme très importante non seulement au point de vue pratique, mais au point de vue scientifique, comme devant permettre d'explorer le fond de la mer. Vid. Lettre du 20 février 1681.
4) Rigole, plaisanterie, réjouissance. Ex.: „Ou il n'a ni gieu ni rigol". Chr. dk Pis. Poes. Richel., 604, fol. 172, Vc Cité par Godefroy. Dict. du Fr. du XVe siècle.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
Baudrans Bigots 2), Ménages, vos capetaines de marine 3) et vos canardiers des étoiles 4), cela est en vérité estre grands seigneurs, et je sens bien que celui qui en est éloigné est pauvre, misérable et n'a pas besoin de thé pour exciter sa faim.
Tout ce que peut dire le P. Chérubin s) même s'il étoit séraphin et tout lumière ne me feroit pas croire que la plus grande partie du monde ne voit que d'un œil. Si enim boni patres capucini invidia unoculi ne respiciunt quidem nisi partem obscuriorem quid de aliis sentiendum putas.
Pour faire porter l'ancre au livre dont le papier ne la porte pas je ne say quelque chose de plus simple quam aquam aluminosam penecillo illinire et aeri exsiccandam exponere, hoc a me saepius factum est même en des livres reliés mais à propos d'ancre je vous prie de m'envoier le recept pour de l'ancre en poudre ou en tablet.
1) L'abbé Baudrand, Michel, Ant., parisien, 1633-1700. Il préparait alors son recueil : Geograpkia ordine litterarum disposita. Le premier dictionnaire géographique français, 2 vol. in-f°, 1681-1682.
2) Emeric Bigot, Vid. De Broglie, op. cit., I, p. 208-14.
3) Le capitaine de marine est le capitaine Fromentin, déjà nommé dans la lettre du 20 août 1674. Il ne faut pas le confondre avec l'abbé Fromentin nommé dans la même lettre et dans plusieurs autres.
4) Les canardiers des étoiles que fréquentait Th. étaient surtout Huyghens, Auzout, de la Hire, et avec moins d'intimité, semble-t-il, Picard et Cassini.
5) Le P. Chérubin, capucin, né à Orléans, était connu de Lk. Cf. Journal de Lk. Kg., p. 85: „I saw the Pere Chérubin, the capucninso famous for optics at least practical part in telescops, at his convent in the rue Saint-Honoré". L'ordre des capucins, ajoute Lk., est le plus sévère: „As soon as they find one to have inclinations any way as Père Chérubin in optics and telescops to take from him ail that he has done, or may be useful to him in that science, and employ him in sômething quite contrary ; but he has now a particular lock and key to his cell, which the guardians key opens not. „Le P. Chérubin avait fait paraître en 1677, chez Mabre Cramoisy un in-f° intitulé: La Vision parfaite ou le coîicours des deux axes de la vision en un seul point de V objet. Il en publia presqu'en même temps une traduction latine. Il y soutenait contre Gassendi, „qu'un même objet est veu plus fortement et paroist beaucoup plus grand lorsqu'il est regardé fixement des deux yeux que lorsqu'on ne le regarde qu'avec un œil". D'où il inférait la grande infériorité des instruments d'optique monoculaires et indiquait le moyen de construire non seulement une lunette d'approche double qu'il appelle „binocle", mais aussi un microscope binocle, plus puissant que celui de Hooke. Il accusait ce dernier d'avoir exagéré dans sa Micrographia, la puissance de son microscope et notamment d'y avoir représenté un pou avec une bouche, au lieu que „ces vilaines bêtes ne tirent leur nourriture que par les mêmes aiguillons canulés avec lesquels elles piquent". Hooke avait répondu à cette accusation. Cf. Journal des Savans, 20 et 27 décembre 1677. Si la théorie du Père Chérubin était exacte, toute l'humanité se trouvait dans l'erreur, en pensant y voir aussi bien d'un œil que de deux, ou dans l'ignorance de la supériorité de la vision binoculaire; c'est ce qui fait dire à Lk. que toute l'humanité, d'après l'habile capucin n'y voit que d'un œil, et aussi ce qui explique l'épithète unoculi — borgne — appliquée aux capucins partisans de deux sortes de vision.
Vestra parasy opesis de B. Virginis et feminarum a Cœnaabsentia1) optime conveniet et Judaeorum institutis et historiae Evangelicae circumstanciis argumentumque inde deductum vd: Jesum Christum non célébrasse Pascham nain non eadem erat nécessitas (quod solum huic tuo argumento objici potest) ut primo mulieres intéressent cœnae, quam ut paschiati (Pascali ?) ex more intéressent. Sed quorsum quaeso in novis excudendis argumentis tueres 2) et nobis expectantibus efflagitantibus vetera denegas, nobis dico, numerus enim sumus quotquot hic harmoniam tuam aut vidissent (inter quos honoris causa Boilum nomino operis magnum Encomiasten) aut a me descriptum audiverunt, rogant illico ubi eruerida est, ubi prestat, avide exoptant venalem; accinge te igitur, vir optime, serio huic operi edendo omnium opinione utilissimo et orbem christianum devincias.
J'ay parlé aujourd'hui avec un ami qui a fait ses observations du couché du soleil par un instrument pour ainsi dire dont le radius était trois de nos miles c'est-à-dire plus de une lieu de France, car de la fenestre de sa chambre il pouvait voir un sommet éloigné plus d'une lieu versus occasum aestivum qui terminoit l'horizon et qui étoit distingué de distance en distance par des pieux et comme cela il fit ses observations avec une lunette d'approche, lesquelles il me dit il avait vu il n'y a pas longtems dans le livre où il les avoit écrits parce qu'elles sont faites il y a vint set ans ; la bourg où il les fit s'appelle Farnham in comitatu dicto Hantshire ou Hampshire.
J'espère à cet heure en peu de temps de vous rendre comte de vostre machine pour les ligatures 3) il vous semble que je portasse avec
1) Les femmes devaient manger l'agneau pascal au repas de famille; mais elles n'étaient pas tenues d'assister à son immolation. Vid. Exode, ch. XII, l'institution de la Pâque; Joseph, Bella Judaica, VI, 9, 3. Talmud, Pesach, ch. IX, 4. Il n'est pas certain que Jésus-Christ ait célébré la Pâque juive. La plupart des exégètes pensent que non. Vid. Calmes, L'Evangile selon saint Jean, p. 364 et suivantes. Il se peut donc bien que Marie n'ait pas assisté à la cène.
2) De tueo. Le sens semble être : pourquoi vous appliquer à chercher de nouveaux arguments et nous laisser attendre ceux que vous avez déjà trouvés? vetera.
3) Les ligatures sont des pièces qui représentent plusieurs lettres liées ensemble ou encore des pièces comme celles inventées par Didot pour lier les lettres quand on imprime en ronde ou en cursive. C'est probablement du premier genre de ligatures qu'il s'agit. Elles étaient plus fréquentes autrefois qu'aujourd'hui. Outre les fi, fl, ff, ffi, ffl, qui étaient comme aujourd'hui fondus sur un même bloc, on avait des ligatures pour le s long: ss, si, si, ssi, ssl, st, et l'on réunissait souvent, surtout dans lacursiveas.es is, us, et, sp, 11, etc. En revanche l'œ n'existait pas toujours; on fondait l'o et l'e sur les côtés droit et gauche de deux pièces que l'on rapprochait pour produire l'entrelacement. Les machines à faire des ligatures sont sans doute des matrices de l'invention de Th.
LETTRES A THOYNARD. 1679.
moi l'un des estampoirs de matrice, je crois que vous dites cela vous imaginant que je doive en faire icy quelque usage pour l'imprimerie. Je ne scay précisément ce que veut dire un estampoir de matrice x), mais si soit comme je m'imagine un instrument d'acier gravé pour faire l'impression des characteres dans le moule, je crois que c'est la seule chose parmi les petites pièces de l'art d'imprimerie que je n'ay pas apporté avec moi.
Je vous manday dans ma dernière que j'avois reçu la boette avec les deux traités 2), l'histoire de l'enfant de Toulouse et le Journal de médecine d'Aoust. Les trois essays de morale et les remèdes de Madame Fouquet, que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer ne me sont pas encore rendus et Madame de Varennes 3) ne m'a rien mandé où je puis les aller chercher.
Alla fin, Monsieur, après tant de faveurs, ne faut-il pas vous rendre mes très-humbles reconnaissance et encore une fois demander ce que vous avez dépensé pour les livres que vous avez acheté par mon ordre, j'ay assez d'assurance de votre bonté et amitié dans les autres rencontres et vous augmenterez la liberté de nostre conversation si vous me permeterez de vous importuner en sorte que il ne vous couste autre chose que vos soyns et travaile qui est encore plus que je ne puis reconnaîstre comme il faut.
Chez Mr Digge 4) une personne de qualité proche Canterbury, j'ai vu depuis peu trois dogs marcher dans une roue et comme cela faire monter l'eau d'un puits fort profond pour le service de la maison.
Nobilis quidam 5) hic Angliae nixus inter loquendum linguasaepe haesitat hoc suum malum uti fluctus maris ventis régi longa observatione cognoscit adeo ut etiam in lecto decumbens ex titubatione linguae incommodiore facta venti mutationem et ab Euro vel Euronoto flare certissime pronunciare potest.
1) Estamper une matrice c'est y enfoncer le poinçon pour y graver un caractère. L'estampoir est le poinçon. Ce mot n'est pas usité aujourd'hui par les imprimeurs et ne se trouve pas dans les dictionnaires.
2) Ces deux traités sont sans doute le Journal de Blégny et V Enfant de Toulouse. Il n'est parlé d'aucun autre dans la lettre précédente.
3) Peut-être l'imprimeur de ce nom. Cf. Lettre du 20 mai 1680.
4) Digges, Sir Dudley, 1583-1639, de Digges Court, Barham, Kent, eut pour fils Thomas, créé baron le 6 mars 1665-6, mort sans enfants. Il était le seul représentant portant le nom de cette famille à l'époque où Lk. écrivait. Cf. W. Berry. County Généalogies, Kent, p. 143 et Dict. of nat. biogr.
5) Ne s'agirait-il pas de Boyle qui avait un petit défaut d'articulation et qui était bien capable d'imaginer une corrélation entre ce fait et le temps qu'il faisait.
LETTRES A THOYNARD. 1679— 1680.
Icy joint je vous envoie une table de mesures et poids hibernicis Emporiis usitatiorum, quorum inter se rationem vel proportionem monstrabunt; 100 Enim pondéra vel libéra Babyloniae vel Romae aequalia sunt 117 ponderibus vel libris milanensibus et sic de reliquis.
Je vous prie de me faire la grâce d'accepter une petite lunette d'aproche que je vous envoie par Mr Fulton père du Comte de Thanet qui a aussi quelque chose à vous dire de ma part. Je suis, monsieur votre très humble et très acquis serviteur, J. L.
Voici le catalogue des livres imprimés à Londres depuis mon retour
[From transcript of a letter in the possession of the Rev. J. J. Hopkinson.
17 Oct. 1871. ]
[11] London 20 May 80.
Ictus ille calcis equinae qui adeo afflixit costas non tantum ex contusione mihi attulit dolorem, quantum ex timoré ne longum silentium me tibi negligentiae suspectum redderet importun um. Enim illud exteriora cutem silicet et ossa solum hoc intima pectoris et cor in ipsum pupugit. Sed decumbentem tua et video défendit humanitas et jam data occasionne consolata est amicitia, utroquè nomine tibi gratias quantas possum et habeo et reddo. Cseterum mihi valde valde molestum est, nugas meas tibi tantum facessere negotium, ut necesse id tibi fore putares iterum atque iterum Vareniam 2) adiré, et adhibito teste fideli de libris depositis sciscitari ; quasi aut tu minus promptus in amicitiae officiis aut ego id suspicari possem. istud certe mihi dolet te istuc posse inducere animum. Ego libros illos (se : les Essays de morale, les premiers volumes de Madame Fouquet) reversus Londinum domi meae reperi, sed uti fit domesticorum oscitantia nec quando nec per quem allati sunt scire poteram. et si festinatio me fefellit, nescio, hoc scio me ultimis meis literis per Dominam Grig 3) missis te de hac re certiorem facere destinaveram. Infortunia raro venire solitaria et dicimus nos, et sentio ego. Solatium enim et fructum quem ex litteris tuis cepisse
1) Ce catalogue manque dans le Mss. 28836.
2) Madame de Varennes.
3) La cousine de Lk. Vid. Fx. B. Index.
LETTRES A THOYNARD. l68o.
oportuit me una cum ipsis literis ex ultimis tuis nimis constat Nihil n: *) de modo conficiendi fermentum nec de paneficio unquam ad manus meas pervenit, et qui istum mihi tum animi tum corporis nutrimentum interverterunt opto ut famé pereant vel saltem pane furfuraceo pœnitentiam agant. Philosophiam Perautii 2) aliquid habere in se eximium non dubito et quia ex familiaribus tuis author est et quia hanc ignorantise meae medelam mihi transmittendam curasti quod si vero appulsum navis, in qua advehitur anxie expecto indè est quod aliquid philosophiâ majus simul asportatur: paralipomenôn silicet harmonia. Hujus prima mentio me adiré fecit Litleburium patrem, filium modo inveni e Galiâ vestra reversum, sed libris velociorem et me, impatienter de harmonise adventu rogantem aliquot adhuc dies expectare jubet. Haec ipsius verba meis auribus parum harmonica. Avide cùm cupio istius operis primitias videre et degustare et ex iis spem concipere me aliquando visurum hanc etiam harmoniam animo meo tam diu exoptatam atam perita, atam docta manu concinnatam, noli igitur me hortari ut shedas has prolusorias perlegam. Fac solum ut cum hasce iterum atque iterum perlegi ne alise desint usque dum peragatur opus. Tibi enim persuasum velim nihil parturiente praelo in publicum prodire posse, quod huic operi meâ quidem sententia conferri possit. Itaque impense rogo ut Shedas omnes mihi transmittendas cures ut tandem in integrum perfectumque volumen coalescant, ut fratri suo Evangelico adjungatur hic alter aureus fiantque simul musaei mei cimelia 3) argento auroque pretiosiora. Ignoscas rogo huic petitioni parum modestae. Aliis in rébus fateor servandusest modus. Sed in re tam eximia tam desideratâ quis est qui sine culpâ sibi potest temperare. Judicium meum tibi curse esse non débet quia nihili est, quia non opus erit, et si opus esset, non defuturum. Nosti in me libertatem loquendi minime fucatam. Et si mea censura tibi aliquid esse possit incitamenti ut me hisce paginis locupletes, scias quod amicitia, gratitudo, benevolentia, quae lenitatem et mansuetudinem aliis soient suadere me
1) N: enim.
2) Lk. écrit Perrault dans la lettre du 5 juillet 1680. Claude Perrault venait de faire paraître ses: Essais de physique ou recueil de plusieurs traitez touchant les choses naturelles, par M. Perrault, de l'Académie Française, chez J.-B. Coignard, trois vol. in-8°, tome I. Il contenait un traité de la pesanteur, un traité du ressort des corps et de leur dureté ; un traité du mouvement péristaltique, i. e. de l'effet du ressort chez les vivants, puis: de la circulation de la sève des plantes. D'une nouvelle insertion du canal thoracique. Description d'un nouveau conduit de la bile.
3) Cimelia, de XiiprjXiOV, trésor.
hac in causâ judicem reddunt severiorem. En tibi igitur alter Minos qualem velis, fac solum ut coram appareat reus, nunquam manibus meis in libertatem iterum elapsurus.
Mortem Perieri *) valde doleo et quia tuus erat et quia ex sanguine Pascalis desideratissimi, cujus ego memoriam veneror et quia praepropera illius mors experimentis barometricis a te destinatis nos frauda vit.
Nequaquam mirari debes quod pretium librorum meo rogatu coemptorum solvere vellem, alias in posterum si quid ejusmodi desiderem tacendum mihi erit. De aliis autem tua sponte missis nihil dico nisi quod habeo tibi quandoquidem reddere nec possim nec velis infinitas gratias.
Maculas a Picardo 2) nostro in sole, jam denuo observatas gratulor. Si quid ejusmodi a nostris philosophis hic observatum sit nondum scio. Unum aut alterum ea de re rogavi sed oscitantur solum ut vulgus hominum solem intuiti sunt ut prsedendi vel ludendi horas designarent ; quando alios convenio qui cœlum accuratiore oculo rimantur te certiorem faciam quid inde nunciant intérim ; gratias ago quod ex macula quae ipsi soli tenebras offendunt tu lucem mihi praebuisti. Sed cum de cœlo jam incidit mentio, rogo
1) Perrier, Etienne, 1642-1680, fils aîné de Florin Perrier et de Gilberte Pascal sœur aînée de Biaise et de Jacqueline Pascal ; frère de Jacqueline Perrier, 1644-95, Marguerite, 1646-1733, Louis 1651-1713, Biaise, 1653-84. Mariotte louait les expériences de Th. sur le baromètre. Cuissard, p. 43.
2) L'abbé Jean Picard, le célèbre astronome, 1620-83. L'observation des taches solaires n'était pas une nouveauté. Dans son voyage à Uranibtirg, Picard raconte qu'au moment où le bateau quitta le port, comme il était occupé à observer certains nuages du côté de l'Orient avec une lunette de cinq pieds, il se produisit à l'horizon une déchirure par où il vit une tache dans le soleil, ce qu'il n'avait pas eu l'occasion de voir depuis plusieurs années — 1671. Mais il venait de faire, depuis 1676 une série d'observations remarquables reproduites dans le Journal des Savans et les Mémoires de l'Académie des Sciences: en octobre-novembre 1696. Cf. Journal des Savans, décembre 1676 et 4 janvier 1678. Il aperçoit le 25 février 1678, à 8 heures du matin une tache superficielle, qui s'approche du centre de l'astre; il juge qu'elle doit accomplir sa révolution en vingtsept jours un tiers; il observe la même tache au centre du soleil les 24, 28, 29 mai et confirme son hypothèse. Depuis lors on ne cessa pas ce genre d'observations.
Picard publia de 1679 à 1683: La connaissance des temps ou calendrier et êphémérides du lever et du coucher du soleil, de la lune et des autres planètes avec les éclipses pour l'année 1679 et la ma?iière de s'en servir pour les autres élévations. Avec plusieurs autres tables et traitez d' astronomie et de physique et des êphémérides de toutes ces planètes en figure. A Paris, chez J.-B. Coignard, rue Saint-Jacques, 1679. Le volume contient outre ce que le titre indique, la prévision des marées, la manière de lire l'heure au cadran solaire pendant la nuit au moyen des ombres lunaires, la théorie du mouvement des planètes, la détermination de l'entrée du soleil dans les signes du zodiaque, le journal des vents de l'année 1678 et l'histoire du baromètre pendant la même année.
LETTRES A THOYNARD. l68o.
annon hoc anno uti praecedenti editus sit tractatus cui titulus : La connaissance des Teins.
Quum de litteris tuis ad me datis quae interciderunt cogito,plurimum damni magnitudine angor, cum nesciam quantas illic divitias amiserim suspicor enim historiam Dutroae quae Lugduni acciderit. Les Brizures d'Italie pour les règles et nendi machinae descriptionem velim, et alia plurima simul cum paneficio deperdita, quod damnum et mihi perferre grave et tibi resarcire nimis erit molestum.
Les nouvelles découvertes x) sur toutes les parties de la médecine recueillies au mois d'Avril 1679 rogo ut mihi mittas reliquos n : illius anni et generis tractatus jam jam habeo. Si domino Lynch 2) Equiti aurato Anglo tradas ille mihi perferendum curabit. Usum Abaci supputatorii Quem Domino Lynch Tibi perferendum tradidi, ubi primum Author expli cuerit tibi mittam.
Duo vel tria ego apud Monspelienses mensurarum nomina reperio quarum contenta scire mihi ex usu es set. Haec sunt une Truquette 3) d'eau une Picke d'eau et une Heniire de Farine. Si tibi occurat istius urbis aliquis qui haec explicare norit roges quaeso ut de eorum mensura certo aliquid statuere possim. Multa occurrunt hujus modi quae optandi ansam mihi praebent, ut homines aliquando in pede philosophico 4) convenirent. Ideoque Romerus noster (quem officiosissime
1) C'est le recueil publié par Blégny. Vid. lettre du 20 septembre 1679.
2) Le chevalier Lynch comme dit Lk., Lettre du 1er juillet 1680, est sans doute Sir Thomas Lynch, gouverneur de la Jamaïque, rappelé en 1676, puis renvoyé, dans le même gouvernement, en 1682, où il mourut probablement en 1684, ou l'un de ses trois frères : Thomas était le quatrième fils de William Lynch de Cranbrook, Kent, et de Judith, fille de l'évêque de Londres John Aylmer.
3) La truquette était une mesure employée pour les liquides ; elle valait le huitième de la pinte d'Alais, qui valait 1 litre 9. On ne trouve pas l'orthographe picke, mais, d'après Godefroy, piquet, picquet, pichet, et d'après Mistral, pechè, (Languedoc) et pichei, du bas latin picarium, cruche, pinte. L'hémire on plus souvent hémine était employé pour les grains et surtout pour les farines, sa capacité était d'environ un litron.
4) Le pied philosophique i. e. à l'usage des savants, ou pied universel, était en fait le pied de roi ou pied de Paris ; mais il devait être le tiers de la longueur du pendule à seconde quand on l'aurait déterminée avec précision.
Dès 1673, Huyghens dans son Horologium oscillatorium, avait énoncé cette proposition: „Corpus circulariter motum, ita ut vis centrifuga aequet praecise simplicem ejus gravitatem, circulum unum interea absolvit, dum perpendiculum, cujus longitudo aequalis est semidiametro ejusdem circuli duas peragit oscillationes". Puis il avait défini expérimentalement à la latitude de Paris, — 400 50', — la longueur du pendule à seconde : trois pieds de roi huit lignes, 556. Le rapport du pied universel au pied de roi aurait été 881:864. Mais Newton avait fait observer, comme on le lit dans ses principes: „virgam penduli in horologio très pedes longam paulo longiorem fore tempore aestivo, quam hyperboreo, sed excessu quartam partem lineae vix superante." Edit. de Cambridge, p. 386. D'où la nécessité de déterminer la longueur du pendule aux points de
LETTRES A THOYNARD. l68o.
saluto) quid tandem de eo statuât, libenter scire velim cum hinc discedens de penduli longitudine aliquid addulitare mihi visus sit. Sed aequum est ut aliquando definem nec te usque defatigem. Unum tantum prius monere liceat. Die martis praeterito grando immensae magnitudinis per urbem hic cecidit, 420 grys I), forma erat rotunda et ex utroque latere aliquantum depressa, adeoque non perfecte globosa ; alios ab aliis mensuratos audio, quorum circuitus erat duplo major; sed mediocris ille quem ipse tractavi me satis attonitum reddidit, et a philosophis vestris libens scire vellem, quibus librata ponderibus, tantae molis solida corpora in aere suspendantur. Hic dubito ne Cartesianis desint machinae et peripateticorum sub tanto onere succumbant occultae qualitates. Sed de his hactenus. Viros eximios coleridissimosque Messieurs Gendron, Fomontin [sic] 2)
température minima et maxima; on supposait que c'étaient le pôle et l'équateur; le pendule de Paris devait être à peu près moyen entre le pendule boréal et le pendule équatorial; il avait 440 lin. 400, le pendule équatorial ayant en moins lin: x, 750. On reconnut bientôt par l'expérience que le pendule n'avait pas la même longueur à toutes les latitudes et que les différences étaient beaucoup plus grandes qu'on ne l'avait prévu. Horrebow les donne pour chaque degré en pieds et en lignes; en voici des exemples: à o° — 3 p. 6 lin., 823 ; à 450 — 3 p. 8 lin., 351; à 480 — 3 p. 8 lin., 511; à 900 — 3 p. 9 lin., 881. Operum Matkematico-Pnysicorum,t. 264. Havniae, 1750. Il en conçoit quelque doute sur la parfaite sphéricité de la terre et s'exprime toujours ainsi : „La terre étant supposée sphérique..." Huyghens avait reconnu cette difficulté et l'on remit la détermination d'un pied universel à plus tard. En attendant on adopta le pied de roi. Horrebow écrit, op. cit. p. 267: „ Tantum jamdudum utilissimis suis laboribus meruit Regia Societas Parisiensis, ut pes parisiensis regius merito pes philosophicus salutetur; illius enim mentio adeo frequens est non tantum in scriptis Gallorum sed et Anglorum, Germanorum, Danorum aliorumve, ut maximas tum sibi tum lectoribus suis crearet molestias Philosophus, qui ad pedis hujus modulum dimensiones suas philosophicas exigere nollet". Op. cit. Clavis Astronomiae. Vid. Ch. IX et X.
Après avoir indiqué, Ibid., sect, 104-8, le moyen de déterminer le pied de Paris, Horrebow écrit: ttAtque hac quidem methodo invenitur mensura universalis, quae erit quoque perpétua, nisi forte . . ., iisdem in locis intra amplum temporis intervallum veluti aliquot saeculorum decursum, mutetur gravitas, quod quamvis non credam, tamen, cum in similibus nihil certum sit, nisi quod compertum, rogandi sunt viri clarissimi . . . Regiae Societatis Pariensis membra, ut modulum pedis parisiensis eumdem diligenter asservent, ad cujus fidem hanc quaestionem exigat deinceps sera posteritas. „/#., id., p. 268. L'étalon réel des mesures de longueur était la toise du Chatelet „sorte de compas d'épaisseur, formé par une barre de fer qui fut scellée en 1668 dans le mur extérieur du Châtelet, au pied de l'escalier; cette barre était terminée par deux saillies en retour d'équerre, et toutes les toises du commerce devaient entrer exactement entre ces saillies". L. Poincaré, La Physique moderne, etc., Paris, 1906, p. 26.
1) 420 Grys font 420/1000 du pied universel. Le nom de gry est de l'invention de Lk. Il rappelle celui du grain, mesure de pharmacie, qui valait 1/24 du scrupule. Il y avait trois scrupules dans 1 dragme, 8 dragmes dans 1 once, 12 onces, au lieu de 16, dans la libra sutilis employée, au lieu de la livre ordinaire, pour les médicaments et pour certaines épices. Cf. Charas: Pharînacopée royale, 1691, p. 69,70. Ces mesures étaient familières à Locke ainsi que leurs symboles que l'on rencontre souvent dans ses manuscrits.
2) Pour Fromentin.
Renaudot, Ste Colombe, Bernier, Picard, Justel reliquosque fautores meos apud ipsum convenire solitos quaeso humillime meo nomine salutes. Ignoscas rogo quod latine scripserim ; quum enim nec hanc nec Gallicam linguam satis calleo solecismos tamen peregrina lingua minus aures tuos elegantiores offensuros credidi, vale et me amare perge
Tui studiosissimum
[Adres. à la Teste Noire].
London, 10 juin 80.
Nudius tertius literae tuae mihi redditae sunt, quas paulo tardiores venisse suspicor, quia solis maculas (nisi intérim dissipatae essent) I5a hujus mensis iterum comparituras dicis qui dies ante adventum literarum tuarum praeterlapsus est. Te enim non inire rationem calendarii nostri exoleti et erronei mihi persuasum est I). Sed isto spectaculo facile carere possum dum modo tanta tam illustrium virorum constellatio me respicere non dedignatur. Constellationem quidni dicam cum sublimia illa et splendida ingénia et immortale decus longe exsuperant quicquid in cœlestibus illis corporibus suspicimus 2) Eos omnes data occasione meo nomine iterum interumque salutes velim. Suumque Berniero nostro salamalek quanto possum cum foenore reddo, quem etsi inter philosophos disputantem libenter et cum fructu audirem, mallem tamen, si dicere fas est, ut nos populorum orientalium mores et facta, resque illuc observatas nos edoceret 3); philosophia n: et disputationibus onusti jam diu ut mihi videtur laboramus; rerum gestarum apud exteras nationes paulo saltem remotiores ea qua par est fide narratarum, parum aut nihil habemus. Sed haec inter nos et quia tu eadem cupere scio, utinam
1) Lk. et Th. suivaient chacun le calendrier de leur pays; le doute de Lk. ne porte que sur l'indication de la date à laquelle la tache solaire doit apparaître. Les lettres de Th. étaient souvent sans dates ; mais il avait soin de noter sur celles qu'il recevait, la date au verso pour les retrouver facilement, et souvent aussi le jour de réception. D'après la date et le commencement de cette lettre celle de Th. serait arrivée le 7-17 juin 1680.
2) Ces hommes illustres étaient Picard, Auzout, de la Hire, etc., qui pensaient par l'intermédiaire de Lk., intéresser à leurs observations Flamsteed, Hooke etc.
3) Cf. Lettre du 6 juillet 1680 où Lk. dit plus crûment ce qu'il pense de la philosophie de Bernier. Celui-ci travaillait à ses Doutes sur quelques-uns des principaux chapitres de l'abrégé de la philosophie de Gassendi.
LETTRES A THOYNARD. l68o.
et tu viro optimo et ad haec maxime idoneo eadem velle poteris persuadere.
Thevenotum *) officiosissime saluto cujus mandatis de libro cui titulus Turquestani Regni descriptio non deero ; quam doleo quod Romerus noster ita cœlestibus totus occupatur ut de nobis amplius cogitandi locus non sit, sed spero aliquando ad terrestria iterum revertetur et ad communis vitae consuetudinem, ut redeat inter nos literarum commercium 2).
Nescio ego si aliquis apud nos sit qui locorum observationes et Latitudines accuratius observaverit quam in charta depictae sunt Si quid hujusmodi curâ et industriâ summâ indagare possim id quam primum ad te transferri curabo, laetus si quo officio meum in S* Colombum animum monstrare possim 3) Mensuras Monspeliensium ideo curiosius quaesivi, quia panefîcii artem apud illos in usu, Amicus qui ibi versatur mihi descriptam transmisit, mensurarum vero proportiones quibus usus est non indicavit, sed ne tibi molestus sim, exinde quaeram proximis meis literis.
Nendi machinant quod attinet, tam maie exarata haec verba doleo quod légère non potuisses. In epistola tua 190 Jul. data anno 79 inscriptum lego : Je vis avant hier une machine pour faire travailler 20, 30 ou 40 des fileuses à la fois, et hanc ego machinam isto in loco volui ; sed cum machinarum descriptio et laboriosa valde sit et etiam intellectu difficilis, isti petitioni impersedendum sentio eoque magis cum hic domi nostrae lectus sit podagricis vel quovis ex morbo decumbentibus valde utilis, qui facile negotio clinicae cujusvis quoquo modo inclinatur, elevanturque vel pedes vel caput sine aegroti nimia molestia; hujus ego tibi descriptionem destinavi sed operis difficultas me impediit. Unum est illudque optimum remedium ut cito venias et coram contempleris, illa mihi melior et jucundior erit parisios invisendi tecum redeunti occasio quam aut phtisis aut lateris contusio.
Quod in commensuranda grandine nostra grys usus sum id eâ opinione factum est quod crediderim me olim (cum consuetudine tua jucundissima fruerer) tibi dixisse me ita ^àb pedis universalis nomi-
1) Melchisédec Thévenot, 1620 — 92, oncle de Jean Thévenot, qui introduisit le café en France, en 1655. Melchisédec n'avait voyagé qu'en Europe. II avait publié en 1662-72 un Recueil de divers voyages curieux.
2) Ce passage prouve l'existence d'une correspondance entre Lk. et Rômer dont il serait intéressant de retrouver quelques vestiges.
3) Ce passage fait entendre que les cartes dont il est question, Lettre du 15 juillet 1679, étaient destinées à de Sainte-Colombe.
nasse adeo ut 420 grys significat pedis universalis 4 pouces 2 lines vel jH sed ille quem tractavi perpusillus erat globus. Amicus fide dignus in vicinio nostro mensuravit majorem cujus circuitus erat 572 grys i. e. 5 pouces 7 lines, 2 grys pedis universalis. nec hic quidem si aliis credendum ex maximorum erat numéro.
Cum in epistola tua sic scribis: Je vous prie aussi de m* envoyer un pareil à celui pour Mr Auzout. intelligo compendium Mathematicum per Sir Jones More qui nondum prodiit.
Bibliopola cujus impensis imprimitur rogatus heri me alterum mènsem expectare jussit adeo lenti sunt apud nosopifices. Cum tam utilis sit tractatulus ille dictus La connaissance du temps miror ego cur ultra hune annum spes habendi non conceditur. Sed sic plerumque actum est cum génère humano, quo utilius aliquod inventum tanto difficilius expeditur, unde in illam sententiam labi pronus sum se: Geniorum qui nos hue illuc impellunt rebusque humanis peromnia sesse immiscent malorum si non major sit numerus bonorum tamen excedunt industriam.
Madame Grig *) m'a écrit de Saumur qu'elle a été infiniment obligée à vos civilités et à vos soings tant à Paris qu'à Orléans et en chemin et m'a prié de vous faire sa très humble reconnaissance pour les bons offices que vous lui avez rendus partout. Vous qui gardez des mesures de modération en toute autre chose en bien faisant à vos amis êtes excessifs et par là confutez l'opinion des philosophes qui placent la vertu au milieu. Je souhaite bien pour m'osté une partie de ma confusion que vous voudrez me fournir un peu davantage des occasions pour vous témoigner avec quel reconnaissance sincérité et respect, je suis
Vostre très-humble et très obligé serviteur. J. L.
Quidam ex amicis meis laborat fistula in ano, si importunum nimis non esset ego Gendronum nostrum super hoc consulerem quem quaeso meis verbis officiosissime salutes.
Harmonise tuae shedas in dies impatienter expecto, navis quae illas apportât nondum appulit et metuo piratas et quicquid in alto periculosum est Thésaurus enim navigat.
Des nouvelles découvertes, je souhaite présentement les cahiers du seul mois d'avril 1679; non quod currentis anni indigens collec-
1) Mme Grig, la cousine de Lk. Les parents du petit garçon dont elle était sans doute „ travelling companion" semblent avoir été alors en Angleterre, d'après la lettre suivante.
LETTRES A THOYNARD. l68o.
tiones negligendas censeo, sed sub finem anni opus completum eodem labore et emptum et transportatum ad me percurrere posse credo; duplex praeteriti anni mihi erat mensis Augustus, cujus loco defuit Aprilis; vides qua libertate apud te utor,fac eodem in me sis animo.
Rogo ut Justellum meo nomine salutes, dicasque me mandatorum suorum non esse immemorem, quorum me per proximum tabellarium rationem eamque haud ingratam redditurum spero. Vale et me amare perge, tui amantissimum
[Adr. à la Teste noire. Main de Toin.] : 1 1 Juin 80.
[13] London, Ier Jul. 80.
Monsieur,
J'ai reçu avec bien de confusion tous vos paquets par Monsieur Littlebury et le chevalier Lynch et je devrois répondre à quatre ou cinq de vos lettres mais il n'y a qu'un moment que je suis de retour de la campagne et je puis seulement dire qu'après tous vos bienfaits je ne puis pas être plus à vous que je ne ay esté il y a longtemps. Je vous prie de faire mes très-humble baise-mains à M. l'abbé Renaudot et de lui dire qu'il aura toute satisfaction de ce qu'il m'a commandé par la poste de la semaine qui vient. Je suis Monsieur
Votre très humble et très obligé serviteur.
[Le contenu de ces paquets est énuméré dans la lettre suivante.]
[14] London, 5 juillet 80.
Monsieur,
Vous ne pouvez pas vous imaginer combien de reconnaissance et de remercîments vous m'avez procuré par votre bonté et vos bons offices envers Madame Grig. Elle en parle dans toutes ses lettres et à tout le monde, mais ce n'est pas tout, Monsieur et Madame le père et la mère du petit garçon qui étoit avec elle m'en ont remercié plusieurs fois si bien que c'est à vous que je doive des amis même Anglois assez considérables et te procurante amicum habeo Caesa-
LETTRES A THOYNARD. 1680.
rem. C'est le nom de ce gentillhomme dont je viens de parler. Outre les amis par votre bonté j'ai Perault, la connaissance du temps dieux exemplaires, les nouvelles découvertes d'avril, l'éclaircissement de notre Bernier l) (quem ut ut argutus sit Disputator et vere Doctor subtilis mallem tamen si daretur optio Historicum. Nusquam enim ut mihi videtur minus peregrinus est quam in peregrinatione), Mauricij David animadversiones 2) et ut uno verbo omnia dicam Te authore et Benefactore Regum et Paraleipomenon habeo harmoniam ; non satis adhuc otii mihi concessum fuit ut eam eâ qua meretur diligentia et attentione perlegere potuerim ; festinante solum oculo percurri et levi hoc intuitu prophetas longe melius quam olim intellegere mihi visus sum, unum me primo aspectu doluit se : quod non altius inecepisti saltem ab initio regni Sauli. O hominem ingratum quidni exclames nonne satis est eousque desudasse, nonne satis est quod meâ operâ meisque sumptibus eousque progressus sum ? Fateor sed nosti cacoethes [xaxoijô^ç] nostrum, nunquam enim opéra tua laudo sine quaerelâ aut quod non perfecta aut quod nimis curta nec queri desinam donec utramque harmoniam tuam omnibus numeris absolutam et in publicum editam videro.
Sur la demande de M. Thevenot je écrivis à Mr Covel 3) à Cambridge dont voici la réponse : „Nous avons fort peu de Mss dans
1) L'éclaircissement de Bernier est probablement un appendice à son Abrégé de Gassendi, puisque les Doutes sur quelques-uns des principaux chapitres, etc.. ne parurent qu'en 1682.
2) David, Maurice, avocat au Parlement de Dijon, puis prêtre et promoteur de l'officialité à Langres; 1614-1679. II s'agit de ses Animadversiones in observationes chronologicas Passini ad Pachifnerem. Dijon 1679, in 40. Thoyn. fait l'éloge de cet ouvrage. Cf. MiCHAUD, article David.
3) Covel, Covell ou Covill, John, 1638-1722, nommé le 17 mars 1669-70, chapelain de la Levant Company. II resta au servise de Sir Finch et de son successeur Sir John Finch, ambassadeurs près la Porte. Il séjourna à Constantinople, de 1670 à 1676, puis visita Nicomédie, Nicée, l'Italie, Venise et revint à Londres le 20 janvier 1679. Il avait rencontré Lk. à Paris. Fx. B. L, 413. Pendant son séjour en Orient, il avait amassé des matériaux pour son livre : Some account of the présent greek church with réfactions on their présent doctrine and discipline etc., 1722, in-f°. Cambridge. En 168 1 Covel alla à la Hague en qualité de Chapelain de la princesse d'Orange. Il dut quitter ce poste parce qu'ayant écrit à Skelton une lettre sur les rapports de Guillaume III et de sa femme, fort désobligeante pour ce prince, cette lettre fut remise à son maître Cf. Die t. of nat. Biogr. L'amitié de Lk. et de Covell semble avoir été troublée un peu plus que ne dit Fx. B. L, p. 413-15, par le fait que Covell avait accordé l'imprimatur à Edwardes pour un livre intitulé : A brie/ vindication of the fundamental articles of Christian faith, as also of the Clergy, Universities and public Schools from M. LSs réfections upon thetn in his book of Education etc., 1697. Covell séjourna de 1679 à 1681, puis à partir de 1685 principalement à l'Université de Cambridge, dont il fut nommé vice-chancelier en 1689, puis de nouveau, après une disgrâce, en 1708.
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„notre bibliothèque publique outre ceux qui sont dans le catalogue „de Mr James, premièrement je lus tous les catalogues que nous „avons de Mss : mais je ne trouvay pas le livre que Mr Thevenot „désire en aucune d'eux *) mais cela ne me satisfit pas, j'allai à nos „Archives 2) ou j'examinai tous les livres l'un après l'autre, mais „tout en vain, notre catalogue de livres imprimés ne l'a pas, au moins „je ne le puis trouver sans le nom de Tautheur, cela peut-estre le pourvoit indiquer s'il y est. Mais après tout, je suis persuadé que j'ay „veu depuis peu un livre quelque part qui portoit ce titre là. Je „voudrois bien savoir la date de ce catalogue que M. Thevenot a „veu. Je suis assuré qu'il n'y a pas ce livre là dans le nombre 19". Hactenus Covel noster qui m'a demandé de vous faire ses très humble baise-mains. J'ay bien d'autres choses à vous dire, à vous répondre et à vous remercier. Mais la poste s'en vay et il faut le remettre à un autre temps. Je dirai seulement que en obéissant à votre ordre j'ay fait une description de methodo mea Adversariorum mais c'est en Anglois 3) et je le trouve fort difficile à traduire Je suis tout à vous J. L.
[Adres. à la Teste noire.]
[15] i4juil8o.
Si vous m'avez souhaité l'autre jour au jardin du Roy je l'avoue très volontiers que j 'esté d'accord et je souhaitais la même chose avec grand empressement. Vous me demanderé peut être comment je sça vois cette belle et grande compagnie et l'occasion de s'y assembler. Il n'importe pour cela, il suffit que vous y étiez et qu'il y a toujours belle et bonne compagnie où vous vous trouvez et j'ai un désir continuel de me trouver auprès de vous. Je m'assure que Monsieur du Vernay 4)
1) Le livre que demandait Thevenot était une description du Turquestan. Vid. Lettre du 30 août 1680.
2) La bibliothèque réservée aux membres de l'Université.
3) Lk. a-t-il rédigé deux fois en anglais sa méthode pour dresser des recueils? On peut le conjecturer d'après sa lettre du 24 février 1684/5 à Th. „Scripsi anglicano sermone, quia optime et quam brevissime quid vellem possim exprimere'', etc. Cela semble une réponse faite à la dernière demande de Th. D'après ce passage et plusieurs autres Th. ne savait pas l'anglais. Il ne lut YEssay qu'en latin et en français. Nous ne savons pas pour quelle raison M. Cuissard écrit qu'il le sut, op. cit., p. 47.
4) Jh. Guichard Duvernay, 1648-1730, le célèbre anatomiste. Membre de l'Académie des Sciences depuis 1676, il fut nommé professeur au Jardin du roi en 1679. C'est pendant son dernier séjour à Paris que Lk. put écouter ses leçons. Elles étaient fort goûtées d'un public étendu. Le talent d'élocution de Duvernay était tel, que les comédiens venaient l'écouter. Il était alors engagé dans ses Recherches sur l'organe de Vouïe qui parurent en 168 1-3.
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régala bien toute l'assemblée. J'ay esté autrefois un indigne auditeur des belles choses de ses leçons et puisque j'ay le malheur d'estre trop loin à ceste heure d'écouter sa voix je demande s'il n'y a pas lieu d'espérer que je puis voir quelque jour ses écrits.
Je vous remercie très humblement de vostre Levain que (comme toutes les choses qui viennent de vostre main) je trouve fort propre à m'enfler parce que quand je reçois les marques de votre favouri, il me semble que l'orgueil me sied bien. Mais après vostre description pour faire du pain je n'espère pas de manger jamais de si bon que j'ay mangé avec vous, nusquam enim tam sapidus est quam ille qui salibus tuis conditus.
Quand vous parlez de vostre retour à Orléans je ne sais pas que dire là-dessus non possum enim non tibi optare dulce et pingue otium, et tui et publici causâ quandoquidem et id destinas harmoniae, sed tamen longius recedere non tam facile patitur animus tibi devinctus. Quod innuis Evangeliorum harmoniam G. L. *) futuram nimis operosa res mihi videtur et cum pateris me inepte pervicacem, liceat fateri me in eâ (uti olim) esse sententiâ, ut ex latere solum adjungatur plenitudo latina uti in nonnullis schedis factum est v. g. in miraculo de 5 panibus et duobus piscibus unde concinnatam habebimus delucidam et continuam Evangelii historiam. cui a latere si visum fuerit adjici possint summaria vel libellum unde portatile conficere.
Je viens de recevoir de Mr Budgen tous ces beaux présents que vous aviez mis entre ses mains pour moi dont je suis plus qu'accablé ; vous estes d'un pays conquérant et il faut que je me rende mais c'est avec plaisir parce que c'est à vous. Et mihi placet quod Cicérone judice ingenui et grati sit animi cui multum debeas eidem velle plurimum debere 2).
Je serois bien aise aussi de voir ici quelqu'un de votre ville et de vos amis, celui à qui vous avez donné une lettre pour moy il me semble tarde beaucoup et comme vous avez parlé de ce pays comme d'un lieu où il y courroit risque de ses oreilles peut être il ne veut pas se hazarder ; en vérité je suis en peine, mais c'est de peur qu'étant sur le point d'aller à la campagne je ne le rencontre pas et ainsi je
1) Graeco-latinam.
2) La citation de Lk. est faite de mémoire; il ajoute au texte le mot „grati". On lit ad Familiares, II, ép. VI, ad Curionem: „Sed quia tua in me vel nota omnibus vel ipsa novitate meorum temporum clarissima et maxima bénéficia extiterunt, estque animi ingenui, cui multum debeo, eidem plurimum velle debere: non dubitavi id a te per litteras petere, quod mihi omnium esset maximum maximeque necessarium".
perdrai l'occasion de lui rendre le service que je doive à tous vos amis.
Fistula in ano amici mei ita se habet: Anus et quod incurrit ex quo humor in ano ab imperito chirurgo maie tractatus degeneravit in fistulam cujus solatium jam spero quaerens; chirurgi hic Londinensis curae se tradidit ; penetravit fistula haec intestinum rectum sed remotius aliquanto a sphinctere et perinaeo etiam cuniculos egit. Chirurgus quod ano proximum est secuit, invenitque collum valde spissum Nondum tamen usque ad recti perforationem fistulam aperuit.
Quoique Monsieur Aleaum x) soit un très honnest et très civile homme je ne puis pas m'empêcher de me plaindre de lui parce qu'il ne m'a pas donné l'occasion de lui témoigner le respect et la service que j'ai pour vous et pour tous vos amis. Il me rendit votre lettre hier et partit aujourd'hui au matin. Je tachois le voir à son logi hier au soir, mais j'étais assez malheureux de ne le pas trouvé. Il était à Oxford où j'ai un peu d'intérest et je pourrais lui avoir rendu quelque petit service mais je n'en scavois rien. Cela me chagrine d'avoir perdu l'occasion que vous m'aviez destinée de faire paraître l'honneur, l'estime et la reconnaissance que j'ay pour vous, mais pour dire la vérité il m'obligea en me donnant la cognoissance de Mr Chardin 2) à qui je tâcherai de rendre tout une partie de la service que je devais à lui-même.
1) Dans la liste des chanoines de Sainte-Croix dressée par M. Cuissard, Mémoires de la Société historique de l' Orléanais, t. XXVIII, p. 68, on lit: „Alleaume, Jacques, chanoine le 11 juin 1687; docteur en Sorbonne le 2 août 1689, pénitencier le 31 août 1701, chantre le 2 mai 1719, mourut le 25 janvier 1729. Le nécrologe dit à cette date : „Obiit..., qui capitulo legavit mille libras tur. Sepultus est in sacello Parvae Imaginis Beatae Mariae". Il était fils de Noël Alleaume et de Madeleine Malartin. Il accompagna Mgr. de Coislin à Rome, pour le conclave où fut élu le Pape Clément XI. „M. Cuissard énumère les discours encore inédits pour la plupart qui nous ont été conservés de cet auteur. Il était connu de Th. et de Prousteau. Vid. Jovy: Lettre de Prousteau à Th. M. Cuissard cite une lettre de condoléances qu'il écrivit à Th. sur la mort de son frère religieux Augustin à Orléans. Op. cit., p. 46. Il était le deuxième chanoine de Sainte- Croix de ce nom et probablement de cette famille.
2) Jean Chardin, né à Paris en 1643, mort près de Londres en 1713. Fils d'un bijoutier, il fut envoyé en Perse à l'âge de vingt-trois ans pour y acheter des diamants. De retour à Paris en 1671, il repartit la même année pour la Perse. Le Schah à qui il plut le nomma son marchand et le retint neuf ans. Il profita de ce séjour pour étudier la langue, les mœurs et le pays dont il devait plus tard publier une ample et très précise description. Voyage en Perse, Londres, 1686. Il voyagea aussi dans les Indes, où il rencontra Bernier. Cf. Voyages de Fr. Bernier, Amsterdam, 1699, t. II, p. 116. Il revint à Paris en 1680; Chardin, protestant et fils de protestant, crut prudent de quitter la France pour l'Angleterre. Peut-être était-ce déjà le réfugié que Lk. accueillait avec tant d'empressement dès 1680. Mais les encyclopédies ne mentionnent Chardin en Angleterre qu'en 1681. Les Anglais l'ont accueilli dans le Dictionary 0/ National Biography. Vid. cet article.
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Monsieur Budgen m'a rendu tout ce que vous lui avez donné pour moi et on vien de me dire qu'on a ici en ville un autre paquet pour moy de vostre part si bien que vos bienfaits me vient trouver ici tous les jours aussi certainement que le soleil même.
Je croiois que j'aurois lu votre harmonie avant cela mais bien des choses me sont arrivées pour m'empêché. Je m'en vais demain à la campagne et je porte vos cahiers avec moi pour le plus grand plaisir que je puis avoir là. Je suis Monsieur Tout à vous
[16] Londres, 5 Août [1680.]
A mon retour hier de la campagne où j'avais été 15 jours je trouvay là vostre du 7me du courant x) avec l'incluse, je n'autre chose à vous dire pour tout réponse que j'espère de me rendre entre vos mains en vingt jours ou environ, et de vous dire la vérité, c'est l'espérance de vous revoir et embrasser qui me fait faire ce voiage, je seray ici assez longtemps pour recevoir votre responce et commission, s'il y ait quelque chose que je puis fair pour vostre service ou quelques uns de vos amis mandez-le moi je vous prie très insstamment.
Si Monsieur l'Abbé Picard aura la bonté de dire le temps de ses observations de satellites nos philosophes tâcheront de les canarder au même temps. Monsieur Hooke Mr Flamsted et autre seront bien aises d'estre de la partie si vous aurez la bonté de lui en mander trois mots. Son adresse est
For Mr Hooke at Gresham Colleg 2)
London
1) La lettre de Th. était donc datée suivant le style français et elle mit moins de huit jours à venir de Paris, — de Paris probablement — , quisque c'est là que Lk. lui adresse sa réponse. CoLSON, Transports et Tarifs, Paris, 1898, p. 88, fait remarquer que les diligences n'ont marché jour et nuit qu'au xvme siècle. Cf. Franklin, Les Médicaments, p. 170. Mais cela ne doit peut-être pas s'entendre des courriers, ou bien les malles-poste qui, ne transportant que deux ou trois voyageurs — quatre au maximum — parvenaient à une vitesse moyenne assez grande. On mettait deux jours en diligence de Paris à Orléans dix jours de Paris à Lyon ; donc cinq ou six de Paris à Calais. D'après la Liste des Messagers coches et postes de France pour 1646, Paris, 1646, in-8°, citée par Franklin, la poste de Calais arrivait le mercredi et repartait le vendredi.
2) Robert Hooke, 1635-1703, s'était trouvé à Westminster vers 1649, en même temps que Lk. — il entra à Christ Church en 1653 et devint M. A. en 1663. Il fut l'élève de Ward, l'aide de Wallis, puis de Boyle dans leurs travaux de laboratoire. C'est par leur influence qu'il fut nommé en 1662 „curator of experiments'' de la Société Royale.
Il ne faut pas oublier que Madame Grig m'oblige dans une lettre que je reçus hier de vous dire tout ce que je puis pour témoigner sa reconnaissance et ses respects, je ne puis pas parler aussi bien qu'elle mais je m'y trouve aussi bien qu'elle obligé par votre bonté en cette rencontre comme en beaucoup d'autres.... m'avez accablé
[Adr.] : Mr Mr Toinard à la Teste noire dans la rue Mazarin au Fauborg S1 Germain à Paris.
[17] Londres, 30 Août [1680]. x)
L'Espérance que j'avois de vous voir encore en France étoit le
Il en devint membre l'année suivante et reçut, le 19 octobre, la charge d'archiviste de la Compagnie; cette charge lui fut assurée à vie en 1665 avec trente livres de traitement et un logement à Gresham-College. La même année il devint professeur suppléant d'astronomie à ce collège. Il dressa après l'incendie de Londres un plan de reconstruction de la cité qui sans doute fut assez approuvé, car Hooke fut nommé en 1667 „city surveyor". Le premier de ses écrits publics est un Petit traité sur Vattractio7i capillaire, 1661; depuis lors il publia à peu près tous les ans quelque traité ou quelque invention, jusqu'à ce que l'état de sa santé en 1696 l'obligeât â modérer son activité ; nous rappellerons seulement son invention d'une machine à couper les roues de montre en 1665. Lk. a donc raison de dire à Th. (Lettre du 24 Octobre 1680), que Hooke a en cette matière une compétence spéciale, — la Micrographia, est de 1685, de 1686, le Mémoire présenté à la Société Royale sur la mesure de la pesanteur par le pendule et l'idée d'appliquer aux montres le pendule circulaire. Il eut à ce sujet querelle avec Huyghens, en 1675. ^s Ie 9 mai 1664, Hooke avait inféré de l'observation d'une tache de Jupiter la rotation de cette planète ; mais il laissa Cassini poursuivre ces observations et en tirer des conclusions précises. En 1674, il critiqua la Machina cœlestis de Hévélius dans ses Cutlerian lectures, — publiées en 1679, Lectiones Cutlerianae, — parce qu'il avait le premier eu l'idée d'un niveau décrit par Hévélius et celle d'employer certains instruments d'horlogerie pour les observations astronomiques. On sait que par l'intermédiaire d'Oldenburgh et directement il avait eu une discussion avec Auzout, — Mémoires de F Académie des Sciences, t. VII, — qu'il en eut une avec Newton, parce que dans sa Cometa, 1678, il avait prévu la loi de l'inverse du carré de la distance ; Newton reconnut le fait à la Société Royale et dans ses Principes. Hooke construisit le premier télescope de Grégory et accusa encore Newton de le plagier lorsque celui-ci construisit son télescope. „ L'excentricité et le génie, écrit M. Sayous, se trouvaient à dose égale dans le cerveau inventif de Hooke... Pauvre être bossu, maigre, maladif, dont l'esprit tourmenté cherchait noise à tous ses confrères, leur disputant leurs découvertes, les accusant de lui voler les siennes... Dans ces réclamations continuelles, il y avait quelque chose de vrai ; tous les problèmes que se posait ce grand siècle sollicitaient à la fois la prodigieuse activité de Hooke ; tous les instruments dont la science avait besoin pour continuer sa marche triomphale, il les cherchait ou les pressentait; il y travaillait mystérieusement avec des habitudes cachotières qui faisaient circuler les légendes sur les appareils de son inaccessible laboratoire ; et puis comme il s'occupait de toute chose à la fois, pour chacune finalement quelqu'un le devançait." Sayous, Les deux Révolutions d'Angleterre, p. 184-5. Bibl. dHist. illustrée. Mentionnons encore de Hooke, l'invention d'une machine arithmétique, 1674, d'une théorie des variations de la boussole, 1675 et d'un système de télégraphie, 1684.
1) Le début de cette lettre permet de la dater de 1680.
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plus grand motife que j'avois au voiage que j'avais dessiné 2) mais la fortune a continué de traverser tous mes desseins comme elle a toujours fait depuis mon retour en Angleterre, si bien que jen'aypu jamais disposer de moi-même comme j'avois voulu, mais au contraire je me trouvois toujours aux lieux où je n'avois pas pensé être. Ce qui me fit apprehendre à cette heure que notre partie pour aller en France étant déjà rompue j'aurai difficulté à obtenir le bonheur que je croiois tout proche. Sed de itinere nihil adhuc audacter et decretorie pronuntiare audeo; pendet adhuc in dubio res, Trium enim qui iter hoc simul destinavimus, unus jam déficit, quid fiet de reliquo nondùm constat. Profuit tamen aliquantulum ipa voluntas, quod ea spe animum induxisti aliquid curae meae committere, eorum igitur quae in mandatis habeo hanc accipe rationem.
Le Compendium Mathematicum du Chevallier More n'est pas encore achevé, il y a plus d'un mois qu'on me l'a promis de jour en jour et encore il reste un demi-cahier qu'on promit en 1 5 jours voilà le dépêche 2) d'Angleterre.
2° Quod scribis de libro 3) in-40 Hafniae edito cui Titulus concordiez particulariutn in bibliis contentorum aut quid simile, nusquam aliquid simile reperio apud Bibliopolas nostres, ea forte de causa quod epistolae tuae sigillum nomen authoris obliteravit, quod ut in proxima reportes rogo, ut si Londini reperiatur, Tibi transmittam vel quod magis cupio ipse apportem.
Covelum nostrum super regni Turkestani descriptione iterum consului, cujus responsum quotidie expecto.
Boylius nihil scit de Préside illo societatis Anglicanae apud Indos orientales quem Flor nominat Eximius Thevenotus, nomen necante audivit, nec Ruinas illas mirandas dictas Chilminar a quoquam Anglo delineatas fando unquam accepit. Le manuscrit de la Religion des Banians en Persan que Lord dit avoir traduit put être parmi les livres orientaux à Oxford. Cum vero Lord 4) ipse sit valdus rarus et
1) Nous ne pouvons savoir pour quelles affaires Lk. devait aller en France, mais il est clair que ce n'était pas uniquement pour y revoir ses amis. Nous ne connaissons de lui à cette époque qu'une lettre à Shaftesbury, Vid. Fx. B. L, p. 416-418, où il paraît très occupé à renseigner son maître dont la situation était déjà difficile, sur ce qui se dit à la cour et dans la ville. Cf. Bastide, Lk., etc., p. 72.
2) Célérité.
3) Il s'agissait du livre de Noldius, Christian, né à Nyobia Scanie, en 1626, professeur de théologie et ministre à Copenhague, mort en 1683. Vid Lettre du 24 octobre 1680.
4) Lord, Henry, voyageur, 1563? Après avoir essayé sans succès de prendre ses grades à Oxford, à Magdalen Hall, il devint chapelain de la factorerie anglaise de Surat. A son retour en Angleterre, il publia: A display 0/ two forraigne sects in the East
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repertu dificilis, nihil de eo certo statuere potero, donec Bibliothecam Boldeanam consuluerim. Et si quid post se reliquit [i mot] quod nondum editum est, id totum interiisse credo.
Nos horlogers ne savent rien de l'ouvrier qui s'apeloit Plumel, je vous prie d'examiner si son nom s'écrit de la façon.
Reliqua inter acta refer.
Harmoniae paginas hasce habeo: i. 2. 3. 4. 5. 6. 7.8. 13-14. 15-16-1 7-1 8-19-20-23-24-25-26 27-30-33-36-37-38. hae sunt primae collectionis quae incipit IV Regum XVI- 1 1.
Secundae collectionis quae incipit IV Regum XVIII 1 3 has habeo 1-2-5-6- 1 1-12-13-14-15, 16-1 7-1 8-19-34-38-43-44. Reliqua desiderantur. Nondum mihi licuit cum hue illuc quotidie in itineribus totus fuerim eâ quâ debui quâque vellem attentione harmoniam hanc perlegere, unum tamen est quod rogem se : An Isaiae C. 8. v. 1, etc non debeat praecedere IV Reg. XVI. 7 cum prophetia ordine naturae debeat praecedere historiam, quanquam ut verum fatear quicquid historiée narratur libro Regum et paralip. contineat solum feedus inter Regem Judae et Assyriae et non ex eo consecutum bellum et in Regem Israelis et Syriae victoriam, quam prophetice narrât Isaia. tuaque methodus fateor magis dilucide tradit rem ut gesta est.
Annon II Paralip. XXVIII- 16 sit petitio auxilii diversa ab eâ IV Reg. XVI.7. x) haec enim erat contra Israelitas et Philistin : Adeoque débet vel precedere vel sequi ; sed haec raptim.
Je baise les mains à Mr l'Abbé Gendron très humblement comme aussi à Mr Thevenot, Mr Romer 2), Mr Bernier Reliquosque nostros.
L'adresse de Mr Hook est for Mr Hooke at Grasham Colleg London.
[Adres. à la Teste noire.]
Indias vis: the sect of Banians, the ancient natives of India and the sect of the Persees, the ancient s inhabitants of Persia... Ce livre fut traduit en français par B. Briot, Paris, 1667, réédité en anglais et en français dans les Religions cérémonies de Picart, dans les Voyages de Pinkerton et dans les diverses éditions de Voyages and Travels de Churchill.
1) Les textes de II Par. XXVHI, 16 et IV Reg. xvi, 7 font bien allusion à la même démarche du roi Achaz auprès de Télagathphalasar. Mais IV Reg. décrit plus longuement les relations des deux rois. En revanche II Par. mentionne v, 20 comment Achaz fut maltraité plus tard par le roi qu'il avait appelé à son secours.
2) Roemer était revenu en France. Il ne repartit qu'en 168 1.
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[18] Alsford a la Campagne *).
3 Sept. 80.
Monsieur,
Le jour avant que je partis de Londres on me dit après dîner que M. Hunt un de mes amis devait partir pour Paris le lendemain ce qui me fît a haste aller chercher quelques unes de ces choses que vous aviez nommés dans vostre dernier ; la semence de cochlearia les carts de la conjuration je trouvai et un bâton percé pour pesché avec des lines et hameçons, mais comme je ne m'entends pas à ce métier je ne scai bien si l'appareil est comme il faut parce que je n'avais pas le temps pour le chercher par tous les boutiques où ces choses se vendent ny la commodité d'y employer un scavant pescheur comme j'avais désiré si j'en pourrois trouver; mais je vous ai envoyé ce que je trouvai à l'hazard en vous priant de me mander si vostre pescheur y trouve quelque chose à son propos de me mander ce qu'il souhaite davantage et de quelle sorte ; le bâston me semblait fort bon et puisque je n'avois pas le temps de chercher les os amollis je vous ai envoyé le livre de M. Boyle ou on enseigne la manière de les amollir 2). Je vous ai dit dans ma dernier que je ne puis pas trouver concordantia particularium in bibliis contentorum du professeur d'Hébreu a Copenhague. Mandez moy son nom s'il vous plaît. Le dictionnaire de Mr Richelet 3) ne se trouve pas à Londres vous me ferez grand plaisir de m'en acheter un à condition que vous m'en dites le prix. Je vous rendrai compte du reste de votre commission aussitôt que je serai de retour à Londres. Celui qui porte la lettre à Londres s'en va et me coup tout court comme j'ay mille remerciments à vous faire ; mais si vous me connaissez vous savez bien que je suis parfaitement
Monsieur
Vostre très humble et très obligé serviteur.
1) Alsford, Kent.
2) Boyle enseignait la manière d'amollir les os dans ses Expérimenta physico-mechanica, imprimés en 1680. Vid. Lettre du 4 sept. 1680.
3) Le dictionnaire de Richelet venait detre imprimé à Genève, in-4°, 1680.
[19] Londres 4 sept. 80 *).
J'appréhende, Monsieur, que plus d'une de mes letres sont perdues parce que je vous écrivis tout au long tout ce que j'avois pu apprendre touchant la machine dont il y avoit deux sortes et deux usages, chaque sorte c'est à dire pour les roues des horloges et pour les roues de monstres parce que l'un ne serre pas à l'autre et la manière de couper les roues est aussi de deux façons (viz) par limes et par roues, mais tout le monde tombe d'accord que les roues coupent le plus juste et depuis ma dernière j'ay trouvé le meilleur ouvrier de la ville pour cette sorte de machines qui travaille à présent après une pour les montres avec laquelle il prétende de couper et les dents des roues et les pinions aussi. Il demande 7 livres sterling pour une à couper seulement les dents des roues de montres. Il faut que vous me mandiez de quelle sorte vous en voulez ou pour les montres ou pour les horloges et je tacherai d'en trouver, ou faire faire (parce qu'à peine on peut en trouver des faites) le mieux que je pourray.
L'honeur des vôtres du i8me et du 21 de sept, je receus; mais si le paquet dont vous parlez dans la votre du 4rae du courant est une autre outre ceux-là, Je suis fort malheureux de ne l'avoir pas encore reçu et d'avoir perdu Y occasion de vous rendre mes très humbles services et à Mr Romer puisque j'ay encore la commodité d'estre en ville. Je vous prie de me mander de nouveau le tout.
Je trouve par plusieurs endroits de votre lettre que vous avez été malade et je serois fort désolé si vous n'y avois pas ajouté que le remède de votre médecin vous a desopilé 2) et ôté la fièvre. Cette eau qui a fait cela ne doit être appelée insipide. Je n'ay rien rencontré de si bon goût il y a longtemps mais il y a quelque chose encore
1) Cette lettre doit être mal datée, puisque Lk. y accuse réception d'une lettre du 18 et d'une du 21 septembre, ou bien c'est du 18 et 21 août qu'il voulait dire. Cette seconde hypothèse semble d'abord confirmée par la première phrase du second alinéa, où la lettre du quatrième du courant pourrait être considérée comme postérieure aux deux autres. D'autre part Lk. reçoit le même jour une lettre du 9 septembre (style français) qui n'aurait mis que cinq jours à lui parvenir ; de plus Lk. répète dans sa lettre datée du 16 septembre (début) que Th. lui a écrit le 21 septembre. Le plus simple semble être de rapprocher celle-ci du 16 septembre, autant que possible, en la datant par exemple du 14-24; mais la lettre du 11-21 n'aurait pu arriver. Ces difficultés disparaissent si, malgré la double indication de la date (au commencement et à la fin) on reporte cette lettre au 4 octobre. Celle de Th. „du quatrième du courant" serait du 4 octobre, style français, et assez normalement arrivée en dix jours; on s'expliquerait de plus que Lk. la reçoive après celles du jB et 21 septembre, et dise qu'elle est „du courant" et non de septembre.
2) Désopiler, en termes de médecine, signifie détruire les obstructions, déboucherr
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qui me fait apprehendre que vous n'êtes pas tout à fait guerri et il me semble qu'il reste quelque peu de foiblesse qui trouble vostre mémoire. Autrement je ne puis pas comprendre comment vous pouvez demander le prix de la cane etc., comme vous avez si souvent vous même me refusé le prix des choses que vous avez acheté pour moi. Et si vous persistez dans la même résolution la bienséance veut aussi bien que la justice que je ne vous incommode pas davantage à vostre dépense, pour ce qu'est de la cane et des lignes, je vous prie me mander s'ils sont à votre gré. J'ay appris depuis qu'il y a des autres lignes de soye et plus gros, mais il n'y en avoit point à ceste boutique où je les ay acheté et Mr Hunt devoit partir le lendemain si bien que je n'avois pas le temps de m'assez informer et quand vous me ferez l'honeur de m'informer à quel usage ad quod genus piscaturae lineas hamos totamque armaturam cupis ego tibi idoneum apparatum transmittendum curabo.
Il y a trois jours que je parlay à M. Bernard qui me dit que le premier livre de Joseph est imprimé *).
Annales Cyprianici est une histoire ecclésiastique durant le temps de S1 Cyprien écrite par Mr Peirson Evesque de Chester 2).
1) Cette édition de Joseph avait été conçue par Bernard et Fell, évêque d'Oxford ; elle devait être faite aux frais de l'Université, puis des divergences d'opinions entre les deux savants suspendirent le commencement du travail. Repris quelques années après sur les instances de trois libraires d'Oxford, il fut de nouveau suspendu, faute de souscriptions pour en couvrir les frais, d'où le couplet satirique de Clément Barksdale, dans Authors and Books, Oxford, 1684:
Savilian Bernard 's a right learned man Josephus he will finish when he can.
Fatigué de ces difficultés, Bernard n'alla pas au-delà des quatre premiers livres des Antiquités juives; il commença seulement le cinquième et édita aussi une partie du livre II de la Destruction du Temple de Jérusalem. Ces ouvrages furent imprimés: Sheldonian-Théâtre, 1686-7, puis in-f° en 1700. Les notes de Bernard sont reproduites par Havercamp avec une élogieuse et équitable appréciation de leur valeur, dans son édition complète de Joseph, Leyde, 1726.
2) Pearson (plus souvent que Peirson), 1613-1688, évêque de Chester. John Fell avait entrepris une grande édition de saint Cyprien, l'un des plus remarquables travaux exécutés sous sa direction. Le Clerc en fit l'éloge : Bibl. Univ., XII, 208. Fell avait employé à collationner les manuscrits quelques-uns de ses protégés: Wil. Nichols, John Massey plus tard doyen de Christ Church, John Mill, Dr Burton, Taswell. Les Annales Cyprianici de Pearson, furent mis en tête de l'édition (1682). Abrégé en 1792 par Schônemann cet ouvrage se recommande par l'étendue des recherches et la prudente sagesse des décisions prises sur plusieurs questions controversées.
Les ouvrages de Pearson sont, avec une trentaine d'opuscules de doctrine et de philologie: The exposition 0/ the creed et Vindiciae Epistolarum Sancti Jgnatii, 1672 (saint Ignace d'Antioche. Pearson défend l'authenticité de ses lettres).
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J'avois parlé à Mr Papin x) de Sclopeto pneumatico il en avait un à vendre, mais puisque vous me défendez d'en parler davantage j'y obeyray.
J'ay mis entre les mains de M. Charas des os amollis par Mr Papin pour vous estre envoyés. Il me dit qu'il vous avoit envoyé les cartes de la conspiration 2) que j'avois lessés chez lui pour être envoyés par la première occasion.
Vos propositions sur le bain-marie dans la vuide sont d'importance et je ne doubt pas qu'il n'y ait bien des choses à profiter sur cett'expérience là.
Il y a longtemps que je me suis entêté d'un récipient d'introduire un homme pour expérimenter le vide. Je me suis imaginé un fort
1) Vid. Notice, par Arago. Papin fut nommé en 1680, sur la présentation de Boyle, membre de la Société Royale. La Manière d'amollir les os, fut publiée à Londres en 1681 : nA nezv digester or engine for softing bones, containing the description of its make and use in thèse particulars viz. cookery, chemistry and dying, etc..., by Denis Papin M. D. Fellow of the R. S. „On souhaitait, dit le compte rendu du Journal des Savons, le secret de ramollir les os des pieds de mouton et de les rendre manducables". Le procédé de P. comblait bien d'autres vœux. On pouvait : i° faire cuire rapidement avec 3-7 onces de charbon une poitrine de mouton ou des lapins entiers, „rendre enfin, dit P., la vache la plus vieille aussi tendre et d'un aussi bon goût que la viande la mieux choisie"; 20 faire des os, pieds, etc.. une gelée parfaitement bonne et nourrissante. P. raconte la cuisson d'un morceau de corne de cerf, qui après avoir fait cinq fois son poids de „gelée" se changea encore presque toute en une substance „fort sembable à du fromage", dont on ne saurait manger qu'une petite quantité. On peut faire ainsi „plus de gelée pour un sol, qu'on n'en pourroit acheter pour quinze". Le digester pouvait servir encore à faire: 3° des confitures; 40 du vin de groseilles; 5° en chimie, des teintures difficiles; 6° en teinture, pour l'emploi des matières volatiles.
L'idée de la machine est de Boyle; c'est, dit P. „un Bain-Marie fermé à vis". Les deux récipients interne et externe, sont ainsi fermés ; ils ont la forme de cylindres allongés, afin de diminuer la surface du couvercle et, par suite, la pression qu'il supporte ; le tout est immergé dans un fourneau, afin que toute la chaleur soit utilisée. P. avait imaginée la soupape: „ parce qu'on ne regarde pas dedans [la machine] si aysément que dans le pot ordinaire, et comme elle fait plus ou moins d'effet selon que l'eau qui y est se trouve plus ou moins pressée et aussi selon que la chaleur est plus ou moins grande, il pourrait arriver quelquefois que vous tireriez vos viandes avant qu'elles fussent cuites" p. 5). Pour connaître de degré de chaleur : „Je suspens proche de la machine un poids à un fil d'environ trois pieds, afin que chaque vibration ou mouvement se fasse dans le temps d'une seconde environ ; je mets ce pendule en mouvement et je laisse tomber une goutte d'eau sur le couvercle de la machine afin d'observer en combien de temps cette goutte d'eau s'évaporera: car je suis assuré que plus la machine est chaude, et moins le poids suspendu fait de tours et retours avant que la goûte soit évaporée (p. 12)" Ce moyen grossier n'est donné par P. que comme provisoire.
Nous l'avons cité d'après la traduction parue en 1682 à Paris, chez Michallet, in-16. La même année parut à Genève un Traité sur la Machine de Papin, par le Quin. La machine fut exécutée en France, avec quelques retouches, sur les indications de Conniers, prévôt de Ternaut, par Hubin, émailleur du Roy, ancien ami de Papin.
2) De la conspiration Papiste de 1677.
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simple c'est à dire un grande pierre de marbre ou autre pierre non poreuse creusée en forme d'un homme et quand il y est entré de mettre au-dessus l'ouverture un demi récipient de verre bien grand mastiché à la pierre.
L'auteur du traité des mouvements de la lune s'appelle Street I). C'est pour trouver l'endroit de la lune fort facilement, il n'est pas encore achevé.
Il n'y a point de machine venue d'Almagne qui éteint le feu sans eau, c'est seulement une proposition qu'on en a faite sans parler de la manière de l'éteindre.
N'at pas moyen de retirer un des exemplaires des observations de M. Picard. J'ay trouvé une voye bien commode et sûre pour nous envoier réciproquement, Mr Brisban est secrétaire de la marine et par conséquent maître de tous les capitaines des Yachts. Vous n'avez qu' à addresser tout ce que vous voulez à Mr Langlachi à Dieppe, les rouliés y vont toutes les semaines et au dessous de cette couverture sur une autre cette adresse en Anglois.
For John Brisban Esq. Secretary of the admiralty At Darby house London.
pour être envoyé par le premier yacht qui vait à Dieppe
et un petit billet avec à Mr Brisban pour lui signifier que c'est pour
moi, par la même voi j'enverray à Mr l'Anglachi pour vous.
Icy joynt vous avez un catalogue des arbres qu'on vous prie de prendre la peine de procurer d'Orléans où vous m'avez dit autre fois qu'on trouve les meilleurs de toute la France, vous voyez la liberté que je prends avec vous et pour moy même et pour mes amis pour tout la dépense ou des arbres ou de voiture je vous seray caution. Il y a deux jours que M. Brisban et moi beumes à vostre santé, il est fort réjoui que vostre maladie est passée et je vous laisse à penser quelle joie j'en eu par celle que vous eustes sur le restablissement de mes
1) Thomas Streete: A compleat Ephemeris... by T. S., 1684, in-40. Il avait publié en 1653: A double Ephemeris, etc., in-8° et en 1661, un ouvrage plus important : Astronomia Carolina. A ncw theory of the celestial motions, etc... Lond, in-40, réédité en 17 10, trad. en latin en 1705, Nuremberg, in-40; en 1664: Appendix to Astronomia Carolina, etc.. Lond., in-40. \J Astronomia fut attaquée par J. Heydon: The holy Guide, etc.. Whereunto is added a Bar to stop Ts. Street from his... mad clambering up to Astronomy ; to which is demonstrated, that his Tabula Carolina is ail false, etc., in-8°, 1662 ; puis, par Wing. L'auteur se défendit dans Examen examinatum, etc., Lond., 1667, in-40, Il publia en 1674-5 une description du système planétaire et des tables qui ont été souvent utilisées.
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costes, avec ce seule différence que une plus grande cause doit produire un plus grand effet I). Assurément vous avez été bien advisé de ne pas chercher le jaunesse en dedans, même s'il auroit été d'or d'orpin 2) ; si quis te bene novit non ignorât in te latere opes, intus esse thesauros, sed [non] eo modo eruendi sunt ; quanto ego desiderio laboro ut ista mihi suavissima tua restituatur consuetudo, quae me locupletare solebat, nihil prius habeo, nihil jucundius.
J'étois sur le point de cacheter cette lettre quand je recevois l'honeur de vostre du gme, l'ouvrier dont je parle au commencement de cette lettre est ce Smith dont je vous a parlé dans une des miennes et celui qu'on avoit cru en mer comme il étoit tout prêt d'aller aux Grandes Indes 3), la machine sur la laquelle il travaille à présent me semble fort bien travaillée et bien simple. Je ne puis pas vous dire si j'auroy le temps de trouver Mr Gillins avant mon voyage à Oxford où je m'en vais après-demain, si cela se peut faire, je ne manquerai pas mais si vous voulez celle-là vous n'avez qu'à écrire à moy, vos lettres me trouveront à Oxford sans delay, et je trouveray ici ceux qui verront cette machine et ferront le marché mieux que moy. J'en ay déjà parlé à M. Hooke qui m'a promis tous ses soins.
A la fin, on m'a promis deux des livres pour Mr le Chevallier 4) demain, lesquelles j'espère mettre entre les mains de Mr le Chevallier Lynch avec quelques autres choses pour vous ; il s'en va bientôt à Paris avec son fils malade.
Je voudrois bien un de ces anneaux pour le Megrin s) pour un de mes amis.
1) Allusion au coup de pied de cheval dont il est question dans la lettre du 20 mai 1680.
2) On distinguait deux sortes principales d'orpin (ou plus souvent orpiment): i° un solide composé de cuivre et de sel corrosif, jaune et d'une structure écailleuse, très abondant en Angleterre; il était employé en pharmacie et dans l'industrie par exemple, à „Rouen pour teindre les peignes et faire croire qu'ils sont en buis". Hist. Générale des drogues, du sieur Pomet. droguiste, Paris, 1735, in-40, t. II, p. 326-7 ; 20 un sel d'arsenic de couleur jaune, écailleux et difficile à piler, employé en pharmacie. Vid. Charas, Pharmacopée Royale, Paris, 1691, in-4°, p. 677.
3) Les Indes orientales.
4) Le chevalier de Sainte-Colombe.
5) Migraine, en anglais Megrim.
Les anneaux de fer ou d'alliages composés ad hoc jouaient un rôle important dans l'ancienne pharmacopée. Van Helmont en avait fabriqué qu'il recommandait contre l'hystérie, la suffocation, et.... les hémorroïdes. Vid. De febribus, 1 39, dans Doclrina inaudita. Opéra 1707 „Compono metallum unde si gestetur annulus ipso spatio orationis dominicae tollitur hoemorroidum dolor et 24 horis evanescunt hoemorroïdes tam internae quam externae utut maxime protuberent". Cité par Franklin, Les Médicaments Paris, 1892, p. 117.
LETTRES A THOYNARD. 1680.
On vous prie de vous informer si les Evesques sont accoutumés d'assister aux processes criminels z) capitales et si il se retire en quelle temps du procès et si on trouve dans quelques livres de droit et ubi ; si vous pouvez me procurer un réponse à cela vous me ferez grand plaisir.
S'il y a quelque messager ou autre moien asseuré pour envoyer quelque chose à Mr L' Anglachi, cette voie sera aussi bonne pour les petits que pour les grands paquets, jen a parlé à Mr Brisban.
[Catalogue des arbres demandés a Thoynard]. DES POIRIERS La verate j L'Amande musquée f Lamuscated'Almagne pour les espaliers.
S1 Lezin beurée ] Rousselette de Champagne \
Poire de citron i pour ies arbres hauts de
La citron de Carmes tjge ou pour \cs
La poire de Monsieur l arbres nains
Poire sans peau
On désire qu'aucune de ces poiriers ne soit pas greffés sur coigier 2) ni coignassier mais seulement sur poires.