C. DE Cavouk
(1) Julie Visconti d'Âragona, femme d' Emmanuel Lu»ena comte de Campiglione, ensuite marquis de Rorà, député, préfet en Romagne et sj-ndic de Turin.
(2) Constance Lusema de Rorà, comtesse de Carrù, ci-dessus citée.
(Turin, 1846).
h \n-i\^, .MiKlaini'. réclamer de votre indulgente amitié un service signalé. Il ne s'agit de rien moins que d'obtenir du directeur de la Revue des Deux-Mondes l'insertion d'un article de ma façon; vous voyez que ce n'est pas chose facile.
Cet article qui, à l'occasion des chemins de fer, traite la question politique italienne, a pour but principal d'agir sur l'opinion d'un haut personnage (') qui est très sensible à ce que la presse parisienne dit sur son compte. Par suite de quelques circonstances particulières, j'ai lieu de croire qu'une manifestation du genre de celle que je désirerais faire, ne serait pas sans utilité pour mon pays. Voilà pourquoi la publication de mon article dans la Bévue des Deujr-Mondes me tient tant à ca'ur.
Je l'ai envoyé à M. Cousin, qui dans le temps m'a témoigné beaucoup de bienveillance ; mais je voudrais bien que M. Michel Chevalier usât de son influence pour triompher des répugnances de M. Buloz. Je ne me dissimule pas l' importance de la faveur que je demande à M. Chevalier. Car mon article, outre ses antres torts, a celui d'avoir
(I) Lt roi Charie»- Albert.
été écrit dans nn but spécial à mon pays, ce qui n'intéressera que médiocrement les lecteurs français.
Le piincipal titre que je vous prie de faire valoir auprès de M. Chevalier, ce sont les opinions libérales et modérées que je m'efforce de propager dans une contrés où, jusqn*à présent, les opinions extrêmes ont toujours eu le dessus. Plusieurs de mes amis, M. de Balbe (') entre autres, font tous les efforts pour organiser le parti des réformes pacifiques, des progrès mesurés. Les hommes éclairés et philantropes, comme 'SI. Chevalier, leur doivent leur appui.
Je pense que M. (.''ousin parlera à >I. Buloz; je ne demande donc à ^L Chevalier qu'un mot à l'appui de ce que ^L Cousin pourra dire.
Voilà, Madame, une requête bien indiscrète ; je vous en fais mes excuses. Je vous prie seulement de ne pas attribuer mon indiscrétion à un excès de vanité littéraire, défaut dans lequel je crois n'être jamais tombé. Je puis m'exagérer la portée politique de mon article, mais je ne m'abuse point sur son mérite littéraire (*).
Lorsque les journaux m'ont appris la maladie
(1) Le comte César Halbo, Tautcur des Speranze cTJtalia.
(2) L'article sur les cheinins de fer en Italie fat pablié non pas dans la Revue de* Deitx- Monde», mais dans la Revue Nouvelle da 1' mai 1816.
et la mort de M"* De la Roche ('), j'ai l)ieii pensé ù vous, quoique vous ne m'eussiez jamais fait cannaitre les liens d'affection qui vous unissaient à cette charmante personne. Je savais seulement que M"* De la Roche possédait un charme irrésistible. Bien que peu poétique de ma nature, j'en avais éprouvé l'effet. En la voyant, en l'entendant pirler, je sentais que j'étais en présence d'une de ces natures d'élite qui subjuguent tous ceux qui les entourent. Hélas ! Elle était trop parfaite pour ce monde. Sa mort a dû laisser un bien pand vide autour d'elle. Je plains amèrement son malheureux mari, dont elle était le génie inspirateur.
Nous avons eu pendant quelques jours à Turin une personne de votre connaissance, M. de Nieuwerkerke, l'auteur de Guillaume le Taciturne. Il venait pour remercier le Roi d'un bout de ruban qui lui a été accordé, et aussi, disait-on, pour solliciter la commande d'une statue du fameux prince Eugène. Le Roi était disposé à le très bien accueillir, mais n'ayant pas voulu passer par l'intermédiaire du chargé d'affaires de France, il n'a pas été reçu à la cour, ce qui l'a fort contrarié.
(1) M** LoiUM Oc la Roche, fille d'Horace Vcrnct, mourut en lSi5.
Je ne vous parle pas de Lacques. Rorà vous en donnera sûrement des nouvelles détaillées, car il a été (à la nouvelle cour à plusieurs reprises. Quoique peu enclin au carlisme, je fais des vœux sincèi'es pour que le mariage ait changé le caractère du jeune prince.
La session jusqu'ici me paraît tourner à l'avantage de M. Guizot, et à celui même de Salvandy. Quoique ennemi acerbe des jésuites, je n'ai pu m' empêcher d'approuver sa réforme du conseil royal, .l'admire le talent de Cousin, mais je ne vois pas la nécessité d'en faire un père de la foi en philosophie. M. de Salvandy a fait preuve d'un grand courage. C'est là un immense mérite dans ce siècle de transactions.
Mon frère vous prie d'agréer ses compliments empressés. H vous adressera dans quelques jours un petit article sur le communisme. Si l'affection fraternelle ne m'aveugle pas, je crois que vous trouverez dans cet écrit des idées profondes et neuves.
Adieu, Madame, croyez à mon sincère "♦ '•'"«pectueux dévouement.