C. DE Cavour
(Paris, mars 1856).
.Te suis heureux de vous savoir à Paris ; je le serai plus encore lorsque je pourrai vous voir. Aujourd'hui étant libre je me présenterai à votre porte de 4 à 3. Veuillez me faire dire quand je I)ourrai monter sans vous fatiguer.
r. DE Cavour.
(Tarin, 7 avril 1857).
Je n'ai jamais douté, Madame et chère amie, de l'intérêt que vous prendriez à notre lutte avec l'Autriche. Les cœurs nobles et généreux comme le vôtre doivent sympathiser avec les faibles qui opposent une courageuse résistance aux injustes prétentions des puissants et des forts. Je ne pense pas que la querelle actuelle sorte pour le moment de ]., 1»,;.,,, j ;ieifl,|ne de la diplomatie. Nous sommes Il :: s à être énergiques et fermes, mais
nullement imprudents. L'Europe désire la paix: nous ne serons pas les premiers à la troubler, quoique nous soyons prêts à tous les sacrifices si l'honneur et la dignité nationale l'exigent.
J'ose espérer que vous serez par^'enue à faire partager vos sentiments en notre faveur au cercle d'élite qui vous entoure. Quoique composé d'éléments divers, il ne compte que des gens de cœur et d'esprit, qui ne sauiuient sympathiser avec ceux qui voudraient achever la ruine de la pauvre Italie. Je me recommande toutefois pour que vous fassiez de la propagande en notre faveur, car nous avons grand besoin de Tappui moral de la France et par conséquent de rencontrer dans les salons de Paris des défenseurs influents, comme le sont vos amis de toutes les couleurs.
Malgré les menaces de l'Autriche, nous nous occupons sérieusement du projet de percer le Mont- Cenis. J'espère que dans quelques mois nous entreprendrons cette œuvre gigantesque à l'aide de moyens entièrement nouveaux. Vous voyez que nous sommes aussi audacieux en industrie qu'en politique. En attendant l'accomplissement de cette œuvre qui nous rapprochera infiniment de nos amis de Paris, nous allons au premier mai entrer en jouissance du chemin de fer qui aboutit à notre frontière. Grâce à lui en trente heures la distance
qui i^ire nos ilenx villes sera franchie. Est-ce que ce rapprochement ne vous tentera pas ? Ne pourrez vous voler quelques jours à vos fidèles de la rue des Saussaies et des Bruyères en faveur de vos amis du Piémont ? Notre pays ne serait pas sans attrait pour vous. Le spectacle d'un penple, qui a su concilier une grande masse de lil>ertés avec un ordre jjaifait, me paraît être assez intéressant par le temps qui couil.
Mon frère vous remercie de votre bon souvenir. n est mal en santé ; son moral a souffert : il aurait l>esoin de vi^Te dans les paisibles régions de la philosophie catholique où vous l'aviez fait pénétrer.
Veuillez me rappeler au souvenir de M. de Circourt et croire à mon inaltérable dévouement.