‹ Lettres inédites;Chapitre 22 sur 33 · AVOIR · texte numérisé non relu

AVOIR

(Turin) 24 octobre (,i "»"",.

Ma chère comtesse,

Merci de votre bonne lettre. .le comprends par ce que vous me dites que vous avez bien des luttes à soutenir en faveur de l'Italie et des amis ({ue vous comptez dans ce pays. Je crains que les adversaires que nous avons à Paris ne soient plus difficiles à convaincre que les partisans de (iaribaldi. <\n\ ont été <i farilement réflnits au silence.

Toutefois, ou je me trompe fort, ou le peuple fran(;ais est pour nous. Les passions bonnes et mauvaises ont cristallisé la surface de la société t't l'ont rendue peu apte à ressentir des émotions jrénéreuses ; mais la masse est généreuse comme par le passé et elle sympathise avec nous. S'il en était autrement, comment se ferait-il que tons les journaux qui s'adressent aux masses sont

Hanismnif Le désaccord entre le haut et le de la société est affligeant, surtout lorsque c'est le bas (jui est noble et désinU'ressé et que le haut est égoïste et méchant. Mais je ne veux {tas médire de la société française. Je lui dois trop. Je me résigne à ce que T Italie se régénère en dépit des salons de Paris. Nous allons peut-être être mis à une rude éi)reuvo. L'Autriche, à ce qui parait, songe à profiter de l'absence du roi et de nos meilleures divisions pour nous attaquer. Nous nous préparons à lui opposer une résistance désesl)érée. Si Cialdini et Fanti sont à Naples, nous avons ici La Marmora et Sonnaz qui ne se laissent pas effrayer par Henedeck et l'archiduc Albert. Nous sommes prêts à jouer le tout pour le tout. Le pays est calme comme si le ciel était sans noages. Il connait le danger qui le menace, mais il n'en est nullement effrayé, car il sait que la «•ause qui est engagée est assez grande pour qu'on doive faire pour elle les plus gi*ands sacrifices.

Je vous ai exi>rimé mes regrets de n'avoir rien pu faire de ce que vous me demandiez i)our M"* de Pimodan. Maintenant une occasion se |ivés«ite pour lui prouver que son malheur excite chez nous une profonde sympathie, et que nous honorons la valeur même chez nos ennemis. Le général Hrignone a saisi sur un échappé de Ca-

8telfidardo Tépée et les décorations da général Pimodan. D me les a envoyées comme une espèce de trophée. Ayant pris les ordres da roi, S. M. a décidé qa'au lien d'être placées dans sa magnifique salle d'armes, j'eusse à les faire pan'enii de sa part à M"' de Pimodan, comme un hommage à sa douleur et à la bravoure de son mari. Ne sachant pas où M"** de Pimodan se trouve, je prends la liberté de vous les envoyer, avec une lettre pour elle, en vous priant de les faire parvenir à leur destination.

Croyez, ma chrvo ( ointosso. à ma sincère amitié.

t . Tavoî-r.

(Turin) 29 décembre (1860).

.l'ai re<,'U ce matin dans mon lit l'aimable billet que vous m'avez écrit, en me communiquant l'intéressante lettre que le général Filanfderi vous a adressée de Marseille. Je vous en remercie, chère comtesse; votre bon souvenir est venu charmer les ennuis de ma convalescence d'une petite maladie dont je me suis débarrassé en quarante huit heures grâce à deux saignées. .Te suis très-flatté de l'opinion que votre illustre ami

manifeste à mon égard. Mais je ne pnis pas la partager. Il se méfie beaucoup trop de la lil>ei1é, et il compte beaucoup trop sur l'influence que je possède.

Pour ma part je n*ai nulle confiance dans les dictatures et surtout dans les dictatures civiles. Je crois qu'on peut faire avec un parlement bien des choses qui seraient impossibles au pouvoir absolu. Une expérience «le treize années m'a convaincu qu'un ministère honnête et énergique, qui n'a rien à redouter des révélations de la tribune, et qui n*est pas d'iiumeur à se laisser intimider par la violence des partis, a tout à gagner des lattes parlementaires. Je ne me suis jamais senti faible <iuc lorsiiue les chambres étaient fermées. D'aiUcurs je ne pounais trahir mon origine, renier les principes de toute ma vie. Je suis fils de la lii)erté, c'est à elle que je dois tout ce que je suis. S'il fallait mettre un voile sur sa statue, ce ne serait pas à moi à le faire. Si l'on jiarvenait à persuader aux Italiens qu'il leur faut un dictateur, ils dioisiraient (ianl)ahli et pas moi. Et ils auraient raison.

La route parlementaire est plus h>ngue, mais elle est plus sûre. Les élections de Naples et de Sicile ne m'aflfrayent pas. On assure qu'elles seront mauvaisen; soit. Les mazziniens sont moins

à craindre a la chambre que dans les clubs. L* expérience de la Lombardie me rassure. L'année dernière elle était de mauvaise humeur à répocjue des élections. Ses choix furent détestables. Cattaneo, Ferraris, Bertani furent élus à d'énormes majorités. Ces messieurs vinrent à la chambre avec une attitude mena(;ante, i'iujure à la bouche, presque le poing levé. Eh bien ! qu'ont ils fait ? Battus à plate couture dans deux ou trois circonstances, ils ont fini par devenir tellement inoffensifs, qu'au dernier ^rand débat ils ont voté avec la majorité. Ne craignez rien; il en arrivera de même aux hommes du midi. 1/ atmosphère calme, i)esante même, de Turin les calmera. Ils s'en retourneront apprivoisés.

De grandes fautes ont été commises a Nai)les. Farini n'a pas eu d'abord assez d'autorité. Y.wsuite il est tombé malade, enfin un horrible drame s'est accompli sous ses yeux. Farini, homme de grand cœur, n'a pu résister à cette suite de se^ rousses : il s'est affaissé, et est hors d'état de continuer la rude tâche qu'il avait acceptée avee le dévouement qu'il porte en toutes choses. Il demande à corps et à cris d'être remplacé. Le jour où un homme énergique et non usé reprendra le pouvoir à Naples, tout rentrera dans l'ordre.

La majorité de la nation est monarchique, l'ar-

est pure de toute teinte garibaldienne, la capitale est ultra-ronservatrice. Si avec ces éléments nous ne nous tirions {as d^affaire, nous serions de grands imbéciles.

Je i-egjette l)eaucoup de savoir M, de Circourt soufTrant. Il m'a adressé, il y a (juelque temps, une lettre d'un grand intérêt. Veuillez l'en remercier de ma part.

Cette lettre vous arrivera la veille du jour de l'an ; elle vous apporte des vœux bien sincères pour l'allégement de vos souffrances et pour le retour de la santé dont vous faites si bon usage pour vos amis, parmi lesquels je vous sui)plie de me placer en première file.

Page 1