‹ Lettres inédites;Chapitre 28 sur 33 · chances ne lui sont pas faciles, vu l'hosti · texte numérisé non relu

chances ne lui sont pas faciles, vu l'hosti

lité irréconciliable de ses opinions actuelles. M. Cousin a été son hôte, et je l'ai vu tous les jours : son admiration pour notre illustre ami est profonde, mais 1 oh'.tination sur d'autres points qui touchent à cette grande mémoire toi^ours aussi fanatique. M. Ranke me demande de vos nouvelles; il était ici dernièrement avec son traducteur, M" Austin(*): elle vient de nous accorder une semaine, allant chez M. Guizot: elle a pu jouir, sous mon humble toit, du voisinage de

(1) lira. Sarah Aiutin, n^o ThvIof, de Nonrich, publia, entre aatrea choMt, des trsdti' IsIms de l'histoire de la rv-

forme en Allemagne et U. . .....are des p^Ms, de Ranke.

BM dmiz ploB intimas amis, MM. Cousin et Barth<^lemy Saint-Hilaire: j^ai beaucoup engagé le célèbre historien à aller vous voir; mais, tant que la Prusse n'a pas reconnu le royaume d'Italie, les susceptibilités allemandes ne lui permettront pas une démarche nii>si hardie, malgré tout le désir qu'il aurait de vous entretenir. Je reçois ce matin une lettre du m** de Cavour : il a vainement attendu Mgr. de Bonnechose, archevêque de Rouen: il venait me dire adieu, se rendant à Ilome, je Tavais engagé et déterminé à passer par Turin à sa demande, j'en ai prévenu le m" de Cavour, et il est clair que ce prélat a changé d'avis en route: je le regrette beaucoup, car il aurait ainsi trouvé une occasion unique pour s'éclairer : il est naturellement conciliant et très politique, donc modéré et prudent. — Avez-vous lu le très intéressant morceau de Layard dans la (^uarterly Beoieicf' Il s'y trouve des traits d'une ressemblance peu commune, et les lettres et conversations ont un immense intérêt (*).

À revoir, Monsieur, pardonnez-moi d'interrompre vos mille occupations et croyez à mon sincère dévouement.

K. DE CiRCOl'RT.

Mon mail vient de p3rdre son cousin, laminil de Suin: c'est un véritable chagrin pour nous et une noble nature de moins (•).

(1) L'article de Sir Henry Layard panit, «an» nom d'à' • dans la Quaricrly lieview du l" octobre INîl avec le ; > Count de Cavour ».

(2) Le vice-amiral Marie-Alfred de Suin, né on 17%, mort en 1861. U était membre du conseil d'amiraat«'.

Lm Bruyères, 12 octobre 1861.

Quoique je n'aie ici. Monsieur, qu'une petite partie de mes correspondances, je vous confie quelques précieuses lettres de notre ami : elles vous le feront connaître an moment où vous étiez encore enfant, ne prévoyant point que votre nom et votre affection se lieraient si profondément à cette illustre mémoire. Combien je lui serai toujours reconnaissante de m'avoir accordé le privilège de vous connaître et d'apprécier moi-même le charme et les dons si remarquables desquels il m'avait parlé tant de fois! Sans cette intervention directe, une pauvre infirme, recluse depuis tant d'années, n'aurait jamais pu rencontrer un jeune diplomate si brillant et voyant se dérouler devant lui un avenir si rempli. Kn lisant ces pages, écrites il y a si longtemps, vous serez frappé de cette maturité réfléchie qui ne faisait qu'attendre l'heure de l'action. Je vous envoie les lignes du comte de Pourtalès, auquel j'avais prêté dix lettres des époques les plus diverses: mais personne au monde ne comprendra comme vous le prix que j'y attache. 11 me semble que pendant cette saison, elles vous seront plus agréables que lorsque le tourliillon de l'hiver aura multiplié vos occupations. — ( ornbien je vous remercie d'avoir pu m'accorder quelques instants : vous avez été assis à cette môme place où en l>iJ j'ai eu de longs entretiens avec Tami que

nous pleurons. Hdlas ! mon petit gtte, alors rempli dans ses plus petits recoins, n'a pas pu lui offrir T hospitalité de laquelle j'aurais été si fière aigourd'hui.

Me permettez-vous d'espérer, Monsieur, que vous me • lez un peu de sympathie en échange de

m s lits dévo»n'«; '

ivLLSTlNE C ■ liE ClUCoLKT.

(Les Bruyères) 25 octobre 1861.

Ce n'est qu'hier, Monsieur, que m'est panenu le précieux paquet duquel je ne pouvais me séparer que pour le sentir dans vos mains; merci mille fois de m'avoir communiqué cette admirable lettre ('): elle est le portrait vivant de Tami que nous regrettons toujours: il me seral»le qu'elle vous fait un devoir décrire un jour cette noble vie que personne n'a mieux connue que vous, et que vous avez pénétrée dans une intimité toute particulière : son neveu devra vous le demander avec les plus vives instances. Que de lettres encore je possède à Paris d'années entières, et mon mari en conserve aussi de fort remarquables, mais, comme elles sont toutes politiques, j'ai pensé que vous en seriez moins curieux que de celles de l'ami. Ne croyez-vous

(1) Lettre que le comte de Cavour m'adressa de Genève à Zurich le 21 août 1859. (V. Pim»! » LfUere rfV "«"''^ di Cavour, III, 128).

|a*ii]i recueil de lettres du comte de Cavour aurait UD tnraud succès et éclairerait sur cette puissante int qui ne s'est révt'lée au monde que parmi

ik^ .....vi et des oppositions ardentes? Le succès de la correspondance de M. de Tocqueville me Ta fiit souvent penser : c'est au coin de mon feu que ces deux amis de ma vie 83 sont rencontrés, et ne se sont jamais vus que cette seule et unique fois. Merci mille fois pour ces deux photographies que nous conserve» rons précieusement : n'oubliez pas que j'espère la vôtre encore une fois. — Vous aurez lu le livre de M. Guizot: il ne fera aucun tort h la noble cause que vous servez et défendez: il s'adresse à un public prévenu qui ne veut pas être éclairé, et a un parti pris d'avance ; un protestant aCBrmant au nom de la liberté la nécessité du pouvoir temporel de la papauté me semble peu dangereux (*). — Mgr. de Itonnechose est revenu de Rome, convaincu que les troupes y resteront tout l'hiver: il paraît que le cardinal Ant[onelIiJ en a la promesse formelle. Nous verrons le général de Goyon bientôt : je suis lié avec sa femme, mais nullement avec lui: il croit repartir bientôt.

Dans les premiers jours du mois prochain, une ordonnance chirurgicale me condamne h retourner à Paris: je regretterai notre ciel pur et ces horizons admirables en toutes saisons ; mais il sera plus facile à mes amis de m'attcindre, et je serai heureuse de leur épargner une longue course. — J'espère, Monsieur, que vous

r<e livre ici meDtionoé dn M. Ouisot a pour titre:

/. / ,'/»« et la êtjcièt^ rhrétirnne. Il fut |iufilii' k Parîii pu 1S61.

pourrez m'accorder quelques instants et que vous savez quelle est ma profonde sympathie.

Pourriez-vous me donner une lettre de f.iirep.irt de la mort du comte de CavourV Je conserve tout ce i|ue j'ni pu recueillir qui Ta annoncée dans tous les pays.

Quel est le prince dont le comte mentionne la lettre h la fin de la sienne '

1« novembre lH<il.

Hier un anglais est arrive ciiez moi: il m'a dit qu'il se nommait J. Devey, qu'il t'tait gradué à Cambridge et attaché au barreau de Londres: il a ajouté qu'il avait eu l'honneur de vous voir et de vous remettre une lettre de Sir J. Hudson (') ; qu'en outre il m'était adressé par M. Le Play, conseiller d'état: il m'a dit que, tout occupi^ d'un travail sur la carrière et l'histoire politique du comte de Cavour, il recueille de toutes parts des documents authentiques; que lord Clarendon lui a communiqué des lettres très précieuses, et que mf'ine il accepte la dédicace de ce futur ouvrage. Il m'a demandé ensuite de jeter un coup d'œil

(1) Le prince XapoléojD.

(2) Sir James Hudson, envoj'é d'Angleterre à Turin.

^P commencem

très que j'ai du comte de Cavour;... c'est au commencement du mois prochain que te premier volume de cet ouvrage doit paraître: et c>st sur les années qui ont précédé la vie politique de notre ami que le biographe me demandait des renseignements précis.

l'anionnez-moi, Monsieur, de vous donner la peine de me tracer deux lignes: vous devinerez mes scrupules; Mr. Devey est resté dtner ici, a paru un vrai gentleman (*)

Dans peu de jours je retourne h Paris, et j'en espère votre réponse ici: je crains que ce temps humide ne vous rende votre mal de gorge.

Votre dévouée Klustine C**' de Circocrt.

(Parifl) 11, ma des Sâoawvet.

Novembre 1H61.

Vous avez deviné, Monsieur, avec quelle émotion je rentrai dans ce gtte où j'ai connu notre ami, où il est veau .>»i Mtuvent, où sa pensée retrouvait une intimité de cœur. Qui m'eût dit le printemps passé le deuil qui remplirait pour moi cette année ? Merci mille fois pour cette image : elle n'est pas du tout tiattée : il y a sur ce noble front un souci, une préoccupation que je ne lui ai jamais connu: l'auguste sérénité des traits m'avait

(1) L'oQvngt de Mr. J. Devey ne fut jammia publié.

frappée en mars Ibâu, et je n'en trouve pns trace: je vous en suis bien reconnaissante: tous ces in)rtraits sont réunis et seront placés en t^te de cette publication que vous connaissez : RaocoUa dé* migliori scritii e ilocutnenli^ etc., etc., mais les larmes voilent pour moi tout ce passé, hélas! si vivant, si cruellement tranché! En échange j'ose, sans crainte de vous ennuyer, vous communiquer les pages que mon mari a écrites pour moi : je suis certaine que vous les lirez avec intérêt, et devinerez que vous êtes la seuh personne à laquelle je les confie : les publier serait impossible : lisez-les à votre aise et croyez que j'aime à les sentir près de vous.

Votre portrait, que je conserverai précieusement, manque du caractère essentiel de ressemblance : il n'a pas votre âge : ce qui est si remarquable en vous c'est Tharmonie complète de la jeunesse avec la maturité du regard: Mr. Devey nous disait que vous aviez un profil qui rappelle les marbres grecs: c'est parfaitement vrai. Il me persécute de sollicitations pour son livre qu'il poursuit avec passion. - Dernièrement j'ai envoyé à M. de Falloux la copie d'un billet de M. de Cavour en 1832, me priant de le présenter à M"' Swetchine, tout en faisant ses réserves. M. de Falloux a été ravi de ces lignes, et les publiera, je crois, dans les deux volumes de correspondances qui vont paraître, et qui augmenteront encore l'admiration qu'impose M"* Swetchine.

Le voyage m'a cruellement éprouvée : je ne puis pas bouger du lit: je vais commencer un nouveau traitement qui durera tout ce mois-ci et me rendra invisible. Dès que je pourrai revoir mes amis, vous me permet-

Monsieur, de vous en provenir, tant je suis cerine que, malgré vos occupations et vos devoirs, vous me resservez quelques instants.

Votre dévouée

K. DE CiRCOURT.

Ce petit caché m^a été donné par M. de Cavour en 1841 — gravé ainsi.

(Paris) 27 novembre 1861.

Vous ne doutez pas, Monsieur, de Tempressement fi\ " i"l je m'occuperai de la personne que vous

le. ade si cordialement le prince de Carignan:

mais Paris est le plus mauvais centre pour de telles recherches: le luxe extérieur a envahi toutes les tra< (litions: croiroz-vous que dans les plus antiques hôtels qui vous entourent on a des gouvernantes à la journée et des lectrices h TheureV Bien des fois j'ai tenté de semblables recherches, et c'est en Italie que j'ai placé des personnes qui ne trouvaient aucune position ici. Dimanche prochain j'espère reprendre mes habitudes et (^tre levée le jeudi et dimanche de trois à cinq, les a-:*- ■ Mirs en pritna sera^ de huit heures et demie ^ <ii ->. En venant me voir vers cinq heures, lorsque

vos nombreuses occupations vous le permettront, vous serei presque sûr de me trouver hors des visites et nous pourrons causer. Je voudrais tant que le coin de mon feu pût vous être un repos, car vous devez en

('prouver le besoin, et dans une situation si ii «^

les distractions de votre Age ne sont pas po.....: . je sens tout cela, Monsieur, et je voudrais qu'une sympathie profonde et inépuisable pût vous être de quelque ressource.

Puisque vous vous êtes occupe de chants populaires avant la haute politique, j'ose vous offrir le seul exemplaire de ceux qui me restent (') et un sonnet de mon ami le professeur Rosini ('): vous verrez ainsi, que lorsque j'étais encore toute jeune, j'avais des liens en Italie. En échange je réclame votre volume épuisé, lorsque vous pourrez le faire réimprimer.

Je viens de gronder M. de Falloux. Je n'admets pas que dans la 2* édition qui s'imprime de la correspondance de M"" de Swetchine une note absurde sur l'Italie frappe encore mes yeux — et j'aurai pleine satisfaction. — Du reste ce livre est d'un intérêt qui s'étendra hors du cercle de l'intimité {').

À revoir, Monsieur, il m'en tarde beaucoup.

Votre dévouée

K. DE ClRCuUKT.

(1) Recueil de chanta populaire* romains (fiagfpo ai rnnti popolari délia provineia di Marittima e Campa ir P. E. VwcONTi À Rome en 1830, et dédié à M i 1 "• de Circourt).

(2) Une pièce de vers italiens, de trois couplets, dictés par le professeur Rosini & l'occasion des noces Klustine-Circonrt en 1830.

(3) La correspondance, ici citée, de M"* Swetchine, née Sophie Soymonoff, compatriote et amie de M"»* de Circourt, fut publiée par M. de Falloux en 1862.

(Paris) 28 novembre 1861.

M. de Falloux m'envoie en ce moment ces deux volumos pîMir M. Albert Blanc, et j'ose, Monsieur, vous prier d avuir Textréme bonté de les lui transmettre: d'après ce que vous me mandez, ce sera un échange, et nous pourrons, grâce à ces deux éditeurs, nourrir encore nos pensées de ce qui ne peut pas mourir. — C'est avec la plus vive impatience que j'attends la publication de ces discours ('): ils seront, je crois, le T Ht le plus utile élevé à cette mémoire qui

; toujours: je tâcherai de les posséder le plus

t*t pos-ible: j'ai fait relier à part chacun des discours tii' notre ami, et ces exemplaires me demeureront les plus précieux.

Me voici ravie d'apprendre que vous lisez avec intérêt les lettres de M"** Swetchine : elle a été pendant vin^'t-si\ ans ma plus intime amie: je ne me suis jamais apen.ue de la différence d'âge: la jeunesse de son cœur, la vivacité de ses goûts, l'exquise sincérité de ses impr(>>si()n3 faisaient de son commerce une mine inépuisaltk' (le '•■■••'• -nres. Les plus belles pages de son traité de la ré-, * sont tirées de ses lettres à moi: elles

étaient trop intimes pour pouvoir Hre publiées et vous savez que ce sont les plus précieuses. — Elle est venue

1 1) Lft publication, iadiqaé« ioi, fut faite en 18G2 arec le titre: Œuvre parUmetUaire d» comte de Carvur, traduito et annota par MM. J. Artom et Alb«rt Blanc. Parin, 1H02.

aux Rruyères et ayait une grande prédilection pour nos horizons, et recevait chaque semaine de mes fleurs. La première fois que je lui ai présenté >M. de Cavour, il Ta singulièrement frappde et une discussion très vive s'est élevée entre eux sur le comte de Maistre : tous deux soutenaient leur point de vue avec une supériorité qui me charmait-c'était en 1838. — Un an et demi avant sa mort nous n'avons plus pu nous voir, et notre intimité n'en souffrit pas. — £lle m'a légué un vase qui demeurait toujours près d'elle : M. de Falloux me l'a apporté dans mon ermitage le lendemain de sa mort. Sa correspondance avec le père Lacordaire pourra paraître et ce sera la plus curieuse, car noua aurons les lettres des deux correspondants: elle me prêtait à mesure les lettres du père Dominicain qu'elle chérissait.

À revoir, Monsieur, vous savez comme je vous en serai reconnaissante.

K. DE CiRCOCRT.

M. Solvins (') vient demain, dimanche, me faire ses adieux à trois heures, et si par hasard Monsieur, vous étiez dans mon quartier à cette heure-là, vous devinez combien je serais heureuse de vous revoir: il part lundi pour Turin. — Ne manquez pas de lire dans le

(t) Le baron Solvins, envoyé de Belgiqoe i Turin.

(leniier CorresponcUint le morceau de Montalambert sur le père Lacordaire. J'ai envoyé à M. de Falloux une bien remarquable lettre d'A. Blanc : si l'esprit de coterie permettait une émancipation, M. de Falloux serait des tuitres, tout comme l'aurait été M"* Swetchine, j'en suis certaine — elle qui dominait tous les esprits de partis-pris. — Vous aurez remarqué ses belles lettres À M"* Craven (*), et le touchant fragment de journal de celle-ci.

À bientôt, j'espère, et à demain si vous le pouvez.

K. DE CiRCODRT.

Permettez-moi de vous consacrer un cachet que M. de Cavour m'a donné en 1840 ('), — au bout d'une "IvTiie de rubis qui s'est usée: — il voyait tout et avait irqué cette lettre sur mes mouchoirs habituels.

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