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Je sois heareax que le duc de Broglie, en prévenant la demande que je comptais lai adresser à votre intention, m* ait mis en état de vons faire hommage d'une copie de son rapport sur Tétat des colonies françaises et l'abolition de l'esclavage (').
J'ose vous recommander vivement la lecture de ce volumineux rapport, non seulement parceque je crois que votre intelligence élevée sera intéressée par l'immense quantité de faits et pensées profondes qu'il contient, mais surtout parceque j'espère que votre cœui* généreux éprouvera, en le lisant, une véritable sympathie pour l'illustre
(1) Cette lettre, tradaite en allemand, a été publiée par M. F. H. OeflTcken dans ses « PoUti»ehe Federwdekmtngen »t pag. 365. (Berlin, 1888).
(2) Le rapport sur les colonies et l'esclavage avait été fait au nom d'une commission présidée par le duc de Broglie. II est anonvme et occape les premières 360 pages du volume in* titulé : Mimdère de la marine et de$ eolonieê. Commiê$ion intti- Itéée par diemon royale du 26 «uu 1840 pour Cexamem dee que»tianê relatioe» à Veedavage et à la eorutUution politique de» eolonieê. Sapporl fait au Minidre eeerétaire d'Étal de la maritw et dea colomie$. Paris, mars 1843.
homme d'État, qui s*élevant au dessus des misérables préorcupations de la popularité et de Tambition politiqnt', sans se laisser décourager par les temps d'arrêts et les nombreux mécomptes que la civilisation éprouve dans sa marche ascendante, continue à travailler avec autant de fermeté que de prudence à répandre dans l'univers entier, sans acception de latitudes ni de races, les grands principes d'égalité et de perfectibilité.
Je voudrais pouvoir vous faire partager mes sentiments pour le duc de Broglie, afin que, lorsqu'un nouvel exemple de la honteuse versatilité de nos hommes politiques ^^endra vous affliger, vous puissiez, en pensant à son inébranlable constance dans la voie du progrès, effacer de votre esprit les traces délétères de ces tristes variations.
Je vous prie de me pardonner mon ton déclamatoire et provincial et de ne pas trop vous moquer de moi, en réfléchissant au désaccord qui règne entre ma lettre et mes préceptes. U est vrai que midi n'est pas encore sonné et que pour moi vous êtes autre chose que la plus aimable des femmes du monde.