‹ Lettres inédites de Béranger à Dupont de l'EureChapitre 2 sur 10 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Le manuscrit amorcé par Paul Hacqiiard et les originaux de Béranger furent acquis en vente publique {vente Paul Hacquard 28, 29 et 30 mars 1905) il), par M. Pierre Albert Douville, éditeur, qui fut mon cuni et quune mort injuste enleva trop tôt, l'année dernière, à ïajfeciion fraternelle de tous ceux qui avaient su apprécier son caractère et son cœur.

Voici deux ans quil m'avait proposé de compléter le recueil de Correspondance publié aujourd'hui Tai conservé le plan adopté par Paul Hacquard et ajouté mes notes aux notes rédigées de sa main.

Quon me permette, au souvenir de longues heures d'études et de recherches oii jai pu récapituler l'histoire d'un demi siècle, de saluer la mémoire de lami disparu.

Ce livre va paraître, autant dire jour par jour, {25 octobre 1821), 87 ans après le recueil rfes Chansons édité en deux volumes par Firmin Didot : « Le moment était opportun, dit Pcml Boitecau lun de ses biographes : les chefs de l'opposition était en dé-

(i) La vente des manuscrits ont lieu le 29 mai.

sarroi ; les chansons allaient ranimer les cœurs et susciter sans doute un procès qui,prcvupar Fauteur, serait un élément d'excitation pour iopinion libérale. En vain des amis trop prudents essayèrent-ils, de r arrêter ; il fit tirer, à ses frais, ses deux volumes à dix mille cinq cents exemplaires. Le général Sébastiani et Casimir Périer, dans cette circonstance, ne cessèrent de Tencourager.

« Le H décembre, Béranger comparaissait devant la Cour royale. Sn détention à Sainte-Pélagie lui valut la gloire et le retentissement de sa condamnation donna la mesure de son influence. C'est là qu'il /// la connaissance de Cauchois-Lemaire qui resta jusqu'au dernier jour T un de ses intimes. »

Dans la Correspondance que voici, Cauchois- Lemaire intervient souvent et autour de lui, tout ceux de l'époque gravitent et brillent tour à tour. Pierre Lebrun, lîoyer-Collard, Cuvier, Laf fille, Benjamin Constant, Etienne, Jouy, Gevaudan, Thiers, Miguel, Manuel, de Villèle, Lafayette, le général Foy, Dupin, Barthe, Bérard, Chataubriand, Perrotin Véditeur, Cadet de Gassicourt, Audryde Puyraveaut, Carrel, de Cirardin, Guizot, Odilon Barrot, Lamartine, Lamennais, Pierre Leroux, les princes, les rois, les ministres, l'art, la poésie, la politique, l intrigue, les bons et les nmuvais, tout un peuple, tout une époque, observés et jugés, commentés dans une intimité épistolaire, où domine, peut-être plus que nulle autre part dans l'œuvre du « chansonnier de guinguette » , le principe utopique de l'idéale justice.

« Si je faisais de la polémique, jai une telle confiance dans la force des principes que je défendrais, que je voudrais, quant au.v personnes et aux choses, rendre justice à chacun... IS esprit de justice, mon ami, c est ce qui donne le plus d'autorité... Pour Dieu faisons donc entrer la morale dans la politique! »

C'est certainement cet esprit de justice qui inspire chacune des lettres de Déranger à Dupont de VEure et la hcmte personnalité morale du représentant du peuple (i qui elles furent adressées n est pas pour diminuer en intérêt la verve patriotique du chanson' nier du Vieux Drapeau.

Pascal Forthuny

Octobre 1908.

CORHESPONDANCK 1)K BÉHANGEK

Novembre 1820.

Mon ciikr ami,

Avant de vous répondre, j'ai voulu voir Manuel (1 : il m'a communiqué la lettre que vous

(i) Manuel (Jacques-Antoine) naquit le 10 décembre 1775 à Barcelonnette, où son père exerçait le notariat. Il s'engagea comme volontaire, en 1792, pour défendre la pairie en danger et fit en cette qualité la campagne d'Italie : il dut à sa bravoure d'être nommé capitaine de cavalerie. La glorieuse paix de Campo-Formio signée, il rentra dans la vie civile, et bientôt prit son inscription au barreau d'Aix, où ses talents le placèrent rapidement au premier rang. Il acquit si bien Testlme et la considération générales que la circonscription de Barcelonnette l'envoya en i8i5 à la Chambre des représentants.

A son tour, la Vendée s'iionora en le nommant député aux élections de 1818.

Son éloquence entraînante, son ferme courage à défendre

2 COHRESPOND.VNCE DE 13EUA^GEU

lui avez écrite et qui me semble presque aussi aimable pour moi que celle que vous m'avez adressée.

Il m'a demandé mon avis sur la proposition de

les libertés nationales menacées, lui valurent des haines implacables, et dès lors le parti du trône et de ranlcl ne lui ménagea ni les calomnies, ni les injures, ni les menaces ; des lors aussi, ce parti mérita d'enlever à la minorité libérale et constitutionnelle de la Chambre Tappui ([ue lui apportaient le caractère et les talents de Manuel.

La conjuration ne tarda pas d'éclater. Dans la séance du 27 février iSaS, Manuel répondant au ministère sur la cjuestion de la guerre d'Espagne, est tout à coup interrompu par un effroyable tumulte. Une phrase qu'on ne lui permet pas d'achever sert de prétexte à ses antagonistes qui l'accusent de faire l'apologie du régicide : Forbin des Issarts, Florian de Kergorlav, Humbert de Sesmaisons, Ilvdc de INcuvillc se font particulièrement remarquer parmi les cncrgumèncs de la droite.

Enfin, sur la proposition do ce dernier, la majorité royaliste vote l'exclusion de Manuel pour cause d'indignité. La garde nationale ayant refusé do se déshonorer en allenlanl à l'inviolabilité d'un représentant du peuple, c'est le vicomte de Foucault, colonel de gendarmerie, qui exécuta l'ordre d'expulsion donné par le président Ravcz : « Gendarmes, dit-il, empoignez- moi M. Manuel. » Manuel est saisi par le vicomte de Foucault et par deux gendarmes qui l'entraînent hors de la salle. Tous les députés de la gauche sortent en même temps que lui : il monte en voilure avec Dupont de l'Eure et Gévaudan, chez qui est rédigée une protestation contre l'attentat dont Manuel a été victime.

Aux élections générales de 182^, le nom de Manuel était déjà oublié de ses ingrats concitoyens : il ne fut point réélu !

Le 20 aoùl 1837, Manuel mourait au chàlcan de Maisons,

Comil'.Sl'ONDANCE DE liKUANflEU O

Bérard (1). Je connais bien les gens qui vous l'ont faite, et, mettant pour moi tout intérêt à part, je

chez M. Laffitte, son ami, dans les bras de son frère et de liéranger.

Si nous nous sommes appesanti sur ces particularités de la vie de Manuel, c'est qu'il l'ut le plus cher ami de Béranger ; leur amitié datait de iSib, et depuis leur liaison, ils habitaient ensemble.

« Pour Béranger, dit Edouard de Pompéi y, Manuel est l'idéal du héros et de l'homme politique. Il lui trouve toutes les qualités d'un grand citoyen : simplicité de mœurs, âme bienveillante et affectueuse, raison impertubable, dévouement absolu, caractère stoïque, inébranlable courage. Béranger, l'homme circonspect presque à l'excès, va jusqu'à s'écrier : Je l'aurais suivi les yeux fermés por tous les chemins quil m'aurait fallu prendre. Pour qui a quelque peu compris le caractère de Béranger, il ne pouvait rien dire de de plusfortct témoigner une plus complète estime. «

Béranger a consacré à la mémoire de Manuel un do ses chants les plus beaux : Le Tombeau de Manuel. Nous n'en citerons que deux vers, dont le premier peint exactement la liaison intime des deux amis, et dont le second, en un style tout cornélien, donne la plus haute appréciation du caractère du grand orateur :

J'eus le secret de ses vertus modestes ; Bras, tète et cœur tout était peuple en lui.

( i) Bérard (.\uguste-Louls-Simon), né à Paris, le 3 juin 1780 est mort à La Membrollcs, près de Tours, en janvier iSSg.

Sorti de l'Ecole polytechnique en 1810, il devint maître des requêtes en i8il\. Rentré au Conseil d'Etat en 1817, il eut l'honneur d'être destitué, trois ans après, avec Jourdan et Royer-CoUard.

M. Bérard consacra dès lors son activité à la banque et a la haute industrie : 11 fonda en 1829, les forges d'Alais.

Z| CORUESIMINDANCE DE BEU.VNGEU

VOUS conseille d'accepter, si, de votre côté, vous n'y trouvez point d'obstacle (1).

Vos deux lettres mont aussi rassuré sur ce qu'on disait de votre élection. D'ailleurs, quoi qu'on puisse craindre du pouvoir ministériel, je ne pense pas que ceux qui vous ont nommé et qui en doivent être si fiers aujourd'hui, voulussent en cas de réélection, renoncer à un choix qui couvre de honte leurs voisins (2>.

En 1837. il avait ('té nommé député : point n'est besoin de dire qu'il votait avec l'opposition la plus libérale.

Il joua un rôle considérable dans la révolution de 1800. La réforme de la Charte fut en si grande partie son œuvre qu'on dit longtemps la Cliarle-Bérard. En août i83o, M. Bérard fut nommé directeur général des ponts et chaussées et conseiller d'Etat. Il résigna bientôt ses fondions pour recouvrer son indépendance. C'est alors qu'il fonda et dirigea près de Tours une filature de lin jusqu'en i83q, époque à laquelle le ministère Mole le nomma receveur général du'département du Cher.

Bibliophile distingué, cultivant lui-mémo les arts et les lettres, y\. Bérard a écrit des Souvenirs historiques de la liévolution, et un Essai sur les Elzévirs. Il fut un des plus zélés promoteurs du Recueil de Chansons publié par Béranger en 1821, et il resta toujours un des amis les plus dévoués, un des plus ardents admirateurs du poète national.

(i)M. Bérard proposa en 1820, à Dupont de l'Eure un logement dans son hôtel de la rue du Ilclder pour toute la durée des sessions de la Chambre des députés. Dupont de l'Eure accepta cordialement ce qui lui était si généreusement oiTert et trouva, jusqu'en i83o, la plus afTectucuse, la plus aimable hospitalité au sein de celte famille dont tous les membres, après leur chef, devinrent et restèrent ses amis.

(2) Aux élections de 1820, Dupont de l'Eure échoua dans

COHUESPONDAXCi: DE BEU.VNGEU O

Ce que vous dites des concessions faites à Paris aux mérinos, me semble d'autant plus juste qu'on pouvait prévoir quels seraient les choix de nos collègues. L'idée de former une majorité a trompé nos libéraux : ils ont mieux aimé être beaucoup pour faire une sottise que d'être en petit nombre pour faire une action raisonnable. Ils ont succombé, mais point sous leurs drapeaux. Cela vous prouve que l'expérience ne profite guère à nos prétendus sages. Vous vous en apercevrez peutêtre mieux encore dès le commencement de la session. Le Moniteur vous a déjà appris le jour de son ouverture.

Manuel voulait que j'attendisse votre arrivée pour vous parler de notre chanson (1) ; je vous en

la circonscription d'Evreux qui l'avait envoyé en 1817 à la Chambre des députés, et fut nommé par celle de Pont-Audcuier.

(1) Il est ici question de la chanson intitulée. Le Treinbleur ou Mes adieux à M. Dupont de l'Eure, ex-présidenl à la cour royale de Rouen, chanson faite et cliantéc à Rouen quelques jours avant les élections de 1820.

Nous la citons entièrement.

Li; Trkmki.eub

Dujioiit, que vieiit-ondo m'ajjprcntlre P

Quoi! l'on tourmente vos amis !

.l'ai des précautions à prendre ;

Vous le savez : Je suis commis.

Dès qu'une amitié m'embarrasse.

Soudain, les nœuds en sont rompus.

Bien mieux que vous, je sais garder ma place. Mon cher Dupont, je ne vous connais plus. Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

(J COUUESI'0>D.V>CE DE bEUANGEU

parle tout de suite. Son idée est que l'impression peut m'être nuisible. Je ne pense pas de même.

Du peuple obtenez le suffrage ; Moi, du pouvoir je crains les coups.

En vain la France rend hommage A la vertu qui brille en vous ; A peine j'ose vous promettre De vous rendre cncor vos saluts :

Votre vertu pourrait me comjiromettrc.

Mon cher Dupont, je ne vous connais plus, Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

Chez nous, le courage importune ; Et votre sage et noble voiv A fait trembler à la tribune Ceux qui mcronnaissont nos droits.

De vos discours on lient rotristre ; Peut-être aussi les ai-je lus.

!^Iuis les talents ne font pas un ministre. Mon cher Dupont, je ne vous con;!ais plus, Dupont. Dupont, je ne vous connais plus.

Héritier de la gloire antique.

Admiré de tous les Français, Le front ceint du rameau civique, Sous le chaume vivce en paix A votre renom j'ai beau croire. Je pense comme nos ventrus :

( )ii ne vil |ias de pain sec et de gloire. Mon cher Dupont, je ne vous connais plus. Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

Oui, je vous fuis sans autre forme, Vous que longtemps mon cœur aima.

Je ne veux pas (|u'on me réforme, Comme Pasquier vous réforma.

Adieu donc, honneur de la France !

Du préfet je crains lesarj^us.

courespo>.da>(;e de beranger -

Voici mes raisons : la cliansoii a couru ; elle est connue à Paris. Le chef de mon administration s'en

Avec Lisot je ferai connaissance.

Mon cher Dupont, je ne vous connais plus,

Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

Cette chanson fut composée à Rouen cliez M. Cabanon, député de la Seine-Inférieure, où Dupont de l'Eure et Béranger se trouvaient réunis.

Quelque temps auparavant, Dupont de TEure, alors président de la cour royale de Rouen, avait été destitué par M. le baron Pascjuier, garde des sceaux, bien c|ue la Charte consacrât l'inamovibilité de la magistrature. Quoique M. Dupont comptât 27 années consécutives de services administratifs, judiciaires et législatifs, il n'obtient même pas de pension de retraite. Bien plus, on ne lui remboursa jamais les retenues faites sur son traitement, et cependant M. Dupont était loin d'être riche !

En i83o, le bai'on Pasquier fut nommé Chancelier de b'rance et président de la Chambre des Pairs, par ordonnance royale, délibérée en conseil des ministres et contresignée par Dupont de lEure alors ministre de la justice et garde des sceaux. Le baron Pasquier, courtisan de tous les pouvoirs, s'empressa d'aller remercier le ministre. Ses remerciements oITerts, il ajouta : « Je suis d'autant plus sensible à ma nomition par vous, monsieur le Garde des sceaux, que j'ai signé votre révocation de Président de la cour de Rouen ; je n'en professais pas moins pour vous la plus haute estime, mais j'eus alors la main forcée par le roi. — Croyez, monsieur le Chancelier, répondit Dupont de l'Eure, que je ne contresignerai jamais contre ma conscience une nomination ou une destitution, et n'aurai jamais la main forcée, attendu que je donnerai plutôt ma démission. »

Lors delà Révolution de 1848, le même Pasquier, Président de la Chambre des pairs, adressa à M. Dupont de l'Eure, en quittant le petit Luxembourg, la lettre la plus

O COKUESPOXDAXCE DE lîEKANGEK

est déjà plaint. J'en ai donné de ma main plus de vingt copies. Elle est d'ailleurs plus maligiie que séditieuse, comme disent ces Messieurs. Je m'honorerai toujours d'en être l'auteur. Dans le cas où elle m'attirerait une destitution, et la chose est impossible, elle ne serait qu'un prétexte. Or, j'aime mieux que ce soit celle-là qui le fournisse que toute autre. Ensuite, la main sur la conscience, je vous jure que je ne crois pas que son impression, aujourd'hui qu'elle est connue, puisse avoir cet effet. Cet inconvénient était peut-être à craindre lors des élections, et cependant, si votre propre intérêt ne m'eût retenu, je l'aurais livrée à l'impression à cette époque. Je vous l'envoie. J'aurais pu lui éviter le voyage, mais c'est uniquement pour tenir la promesse que j'ai faite de m'en rapportera vous. C'est aussi pour cela que je vous soumets les raisons pour et contre. En voici une que je dois ajouter j)our vous ôter toute crainte à vous-même. Sachant que notre président 1) se plaignait que je fisse encore des chansons politiques, je lui ai écrit ces propres paroles : Ld

huniljJe ([uc put éciiro col adoralciir de Ions les soleils levants. (P. lI.\CQUAnT).

(i) Cuvicr, en iSrg, avait remplacé Rover-Collard comme président de la Commission de l'Instruction publique. Autant Béranger, emplovc h titre de commis expéditionnaire dans les bureaux de cette administration, avait eu à se louer de Uoycr-Collard, autant, il eut à se plaindre de Cuvier, dont le caractère était loin d'égaler le génie. Il lui adressa, en novembre 1820, une lettre très digne, dont il cite un passage en écrivant .'i Dup(Mit de l'Eure.

cokkespondancl; de beha^ïgek 9

presse est esclave : il nous faut des chansons; et ce nest pas de ma faute si ce genre est trop français pour Vépoque ou nous vivons. Si vous éprouvez le moindre end)arras pour me conserver ma modi(pie place, abandonnez-moi à la vindicte ministérielle. Je ne ferai rien pour garder mon emploi, etc., etc. Vous voyez qu'ils sont bien avertis, et que vous ne seriez pour rien dans ce qui pourrait m'arriver. Voilà un point bien longuement traité; mais la chanson en vaut la peine, puisque vous en êtes le sujet. (J'ai déjà fait courir ici le bruit qu'elle était imprimée depuis longtemps. J'oubliais de vous dire cela.)

M'"*' Gévaudan, sa sœur, INI"' Clémence ont vu avec bien du plaisir que vous ne les oubliez pas. Je me charge de vous faire leurs compliments, parce que, dit-on, Gévaudan (1) n'est pas pour cet article un correspondant très-exact.

Faites votre paquet, mon cher ami, et débarquez rue du Helder (2). Vous vous y trouverez bien, j'en suis sûr, et nous nous en trouverons bien aussi.

Si je connaissais M""" Dupont (3), je vous prierais de lui présenter mes respectueux hommages.

(i) Gévaudan, député libéral, industriel fort riche, avait épousé M"° Devienne, actrice distinguée du Tliéâtre-Françals. L'un et l'autre furent liés d'amitié avec Dupont de l'illure, et avec Béranger plus intimement encore.

(2) Chez M. Bérai'd.

(3) M'"" Dupont de l'Eure, née Pauline-Elisubctti Mordret. Cette feniiue do cceur et do si haute intelligence, ([ui

lo coiuiespoxdam:e de BEU.V>'GEU

Mais au moins n'oubliez pas de me mettre bien dans l'esprit de M'"^ Dupont (1). Je puis vouloir

partagea dignement l'existence de Dupont de l'Eure, est morte au mois de mars 1870, âgée de 81 ans.

Déranger, comme tous ceux qui l'ont I)icn connue, avait pour elle la plus haute, la plus affectueuse estime. La simplicité modeste, la bienveillance si cordiale de iM'"" Dupont ne pouvaient manquer de lui attacher tous les cœurs capables de l'apprécier. Fille, sœur et femme de républicains, elle avait adopté tous leurs principes. Ainsi que son mari, elle avait un talent particulier pour raconter les événements de l'époque tourmentée où lui et elle avaient vécu, unis de cœur et d'àmc, dévoués à la même cause : celle du Progrès par la Liberté. M"'' Dupont avait conservé, à plus de 80 ans, toute sa sensibilité, toute sa mémoire : les souvenirs qu'elle évoquait alors étaient aussi vifs que si les faits racontés par elle se fussent passés la veille.

En rédigeant cette note qui lui est un hommage, je ne puis me défendre d'une profonde émotion en me rappelant son alTcctueusc bienveillance pour moi qu'elle nommait si volontiers, si souvent son cher ami (II.vcQiAnT).

(i) M"" Pauline Dupont de l'Eure, fdle du grand et vertueux citoyen.

Ceux qui connurent sa tendresse maternelle pour moi et mon allcction filiale pour elle, comme ceux qui n'eurent pas l'honneur de connaître personnellement 'SV^' Dupont pourraient m'accuser de partialité en lisant tout le bien que j'en pense et que j'en A'oudrais dire ici. Je laisse donc à Déranger le soin de parler de cette délicate et noble nature (P. IIac-

QUAlir).

(( M"'" Dupont, dit Déranger, est aussi distinguée par les qualités de l'intelligence que par les sentiments humains dont tant de gens font parade et que si peu possèdent. Si elle possédait autant de fortune que de générosité de ccrur, (]ue de malheureux verraient la lin de leurs maux ! » f.ellre

conat:sPu:<DANCE de lîiiiv.ViNGKU ii

pnivenir à la Chambre, et je ne veux pas éprouver les désagréments dont ce digne et bon Beugnot (1) a eu à se plaindre.

Tout à vous du fond du cœur et pour la vie.

Béranger.

P.-S. — Si vous voyez I^ignon (2), félicitez-le de ma part. Combien sa vue doit faire rougir d'électeurs !

de Bcranger à M"" FvmicU. — [Correspondance de Béranrjer).

(i) Beugnot (Jacques-Claude, comte), né à Bar-sur- Aube, en 17(31, fut député de l'Aube à l'Assemblée législative en I7<ja, préfet et conseiller d'Etat sous l'Empire et nommé comte par Napoléon I". Il se rattacha au gouvernement des Bourbons et devint, dès i8i/i, ministre de la police ; plus tard Louis \VIII le fit ministre d'Etat. Le département de la Marne, l'envoyaen i8i5, à la Chambre des députés, où il ne montra que des opinions très flottantes, peu de moralité, nulle fixité de principes. En blâmant son caractère, on doit reconnaître ses réels talents d'orateur et d'administrateur.

Pour l'intelligence de la phrase où il est question de Beugnot, il nous semble utile de raconter l'anecdote suivante : — Aux élections de 1830, le comte Beugnot, allié mom e nlané dca libéraux, réclama l'intervention de Dupont de l'Eure en faveur de sa candidature à la députation posée dans la Seine-Inférieure. L'austère citoyen refusa sa recommandation à qui n'avait pas sa confiance. « Eh ! mais, dit en apprenant ce refus M. !5eugnot dépité, ne faudra-t-il pas maintenant, pour être reconniiandé par Dupont, obtenir d'abord l'appui de sa fille ? « Cette fille était âgée d'un an.

(2) Bignon (Louis-Edouard), né en 1771 à La Meillcraye (Seine -Inférieure). Partisan sincère des grands principes

I 2 COUKESPO.M)A>CE DE UEHVNGEU

En faisant la copie que je vous envoie, je remarque que le sujet même ne permet pas qu'on ni'ôte mon emploi. Je n'avais pas encore fait celle réflexion.

Soyez sûr qu'ils choisiront mieux que cela.

11 ne faut pas les croire plus bêtes qu'ils ne le sont.

de 89, il fut néanmoins' proscrit en 98 ; il trouva un asile aux armées où il resta cinq ans. Il entra ensuite clans la carrière diplomatique, où il servit habilement et honorablement la France jusqu'en i8i4. En 1817, il fut élu député par le département de l'Eure. Il vota toujours avec l'opposition libérale sous la Restauration, et prit part à la Révolution de i83o. Revenu partisan du gouvernement personnel de Louis-Philippe et du système appelé jiixle-iinlicu, il se sépara de plus en plus de ses anciens amispoliti(|ues.

Septembre i8ai.

Mon cher ami,

Ce n'est pas pour me venger que j'ai tardé à répondre à votre aimable lettre. Le plaisir qu'elle m'a causé m'a fait oublier mon grand grief contre vous, grief qui, tout grand qu'il me semblait, ne ma jamais poussé à un tel excès de colère que j'aie pu vous envoyer où vous semblez croire. Je n'aime ])as à envoyer mes amis où je ne vais pas moi-même.

Quand vous m'avez écrit, vous ignoriez encore la condamnation de ce bon Lemaire (1). Je ne

(i) Caucliois-Lemaire (Louis-Auguste-F>ançois), né à Paris, le 28 avril 178g, devint et resta très-lié d'affection avec Déranger qu'il avait connu dans les réunions des Amis de la Presse. En i8i5, G. — Lemaire, journaliste, fut exilé pour avoir lutté en faveur des idées libérales. En 1821, il fut condamné à un an de prison pour la publication d'un volume intitulé Opuscules.

Nous citons à l'honneur du courageux journaliste quelques lignes que lui a consacrées le chansonnier, son ami, dans Ma

l[\ CORRESPOMiANGE DE lîlCR.VNr.ER

crois pas que vous connaissiez rien de plus inique que tous les détails de cette affaire. Ici, tout le monde a été révolté de la saisie du cautionnement. Beaucoup de personnes pensent que la Cour de cassation, presque aussi mauvaise aujourd'hui que les autres Cours, confirmera cet odieux arrêt. Le ministère y tient, pour jeter l'épouvante parmi les hommes en état de cautionner. Jamais l'immoralité n'a été poussée plus loin. Vous devez juger de la peine qu'éprouve Tàme honnête et délicate de Lemaire. Elle est d'autant plus grande qu'il sait que hcaucoup de personnes ont condamné la conduite qu'il a tenue, quoique, assurément, il n'ait suivi que les conseils d'avocats expérimentés, et dont aucun na prévu la fin de ce jugement. Vous savez que je n'ai jamais aj)prouvé le cautionnement, et vous m'en croirez quand je vous dirai qu'il lui était

Biograijliie : «. Homme d'un vrai mciile, mais trop modcslc, qui, après avoir eu tant à soulTrir dans l'exil et les prisons, en a été bien fail)lcinoiit rrcompcnsé par la révolu lion do Juillet. »

M. Cauchois-Lcmairc signa, en i83o, comme rédacteur du Constitutionnel, la protestation des journalistes contre les ordonnances de Charles X. Il fonda ensuite rcxccllcnt journal populaire Le bon Sens, et le dirigea pendant plusieurs années. Enfin, en 18:^0, il fut nommé, par Louis-Philippe, hune modeste place de conservateur des Archives. Il est mort le 9 août 1861.

M"'° Cauchois-Lcmaire, femme aussi dislinguéepar le cœur que par l'esprit, partageait avec son mari l'eslime et l'amilié de Bérancrer.

COKUESl'ONDANCE DE 1$EUA\GEK 10

impossible de deviner qu'il comprometlait en rien l'inti^rêt de ses cautionnants. Du reste, je vois que ceux qui perdent à cela ne lui en veulent pas, et hors une somme de deux mille francs qui appartient à une personne qui ne pourrait supporter cette perte, sa délicatesse sera plus blessée que sa position n'en pourra soufTrir. Je vous dirai même qu'il a déjà reçu des offres pour remplir cette somme, depuis sa dernière condamnation. Je l'ai déjà vu plusieurs fois en prison : nous avons passé la journée ensemble hier, ainsi qu'avec sa femme, et j'ai fait part à tous deux de votre bon souvenir. Ils y ont été très sensibles.

Un rhume accompagné d'une grosse fièvre me retenant à Paris, j'irai encore demain dimanche passer la journée avec lui. N'allez pas traiter cela de bonne action : c'est un intérêt personnel qui me conduit si souvent à Sainte-Pélagie. Je veux m'habituer à ce séjour (1). Mon premier volume est imprimé : je corrige même des épreuves du second (2), et je vois clairement où tout cela me mène. Vous êtes peut-être surpris que je n'y arrive pas plus vite. Mais, moucher ami, les imprimeurs ne sont pas aussi expéditifs que les juges. Je crains bien de ne pouvoir paraître avant la fin du cou-

(i) Béranger ne devait pas tarder, en effet, h rejoindre son ami ; car, en décembre 1821, il entrait à Sainle-l^élagic pour purger sa condamnation à trois mois de prison.

(2) 11 est ici questions de deux volumes de Chansons ([m parurent en 1821.

iG COIIUESI'OND.VNCE DK KKUANGEK

rant (1). Il faut que jeu accuse aussi ceux qui m'ont fait tirer un nombre aussi considérable d'exemplaires (2). Au reste, les souscripteurs arrivent toujours, et il faut que je vous annonce qu'il paraît que Laffitle (3) revient de sa frayeur ; il re-

(i) Les Chansons ne parurent que le -jb oclobie 1821, (2) Cette édition fut tirée à dix mille cinq cents exemplaires.

« Comme je publiais par souscription, tel qui s'était fait inscrire pour un nombre énorme d'exemplaires en m'excitant à faire tirer à plus de dix mille, me signifia, au dernier moment, de ne pas faire imprimer ou de retirer son nom de la liste des souscripteurs. Rien ne m'arrêta. » [Ma Biographie).

(3)Laffitte (Jacques) est né à liayonne, le a'i octobre i7()7. 11 fut d'abord employé, puis associé, enfin successeur du banquier Perregaux, et rendit, au commerce parisien, de grands services qui lui furent payés en popularité. 11 fut, en 1814, élu représentant de Paris àlaCliauiInc des députés, où il ne cessa de siéger à gaucbe, appuyant de toute l'autorité de sa parole l'opposition libérale constitutionnelle.

11 prit la plus grande part à la révolution de Juillet i83o. et surtout aux résolutions qui appelèrent au trône Louis- PJulip[)e duc d'Orléans. Le nouveau roi. qui avait toujours traité Lallitteen anti, fit de lui son ministre des finances, le Président de son Conseil, jusqu'au jour où l'appui de cette grande popularité ne lui fut plus nécessaire, jour où l'on se débarrassa du ministre trop libéral et do l'iiomme auquel on avait de trop grandes obligations. Louis-Pbilippe abandonna le banquier à la ruine, l'bomme h l'isolement, M. Laffitte sut rentrer avec dignité dans la vie privée et put liquider ses affaires financières avant sa niorl, arrivée, le 2 G mars i8Zi4.

C'est par Manuel (pie l>éranger fil la connaissance de M. Laffiffe.

COllUKSI'ONDANCK Dl' liKUANGEU l~

parle des mille exemplaires et se plaint de ne plus me voir. Il a dû en causer avec Manuel que je n'ai

(( Manuel fréquentait habituellement la maison de M. Laffitte, et ce fut lui qui m'y entraîna. Jamais je n'ai beaucoup aimé messieurs de la finance, ni leurs salons dorés ni leur société bruyante. (( Il n'y a point d'affection à attendre là, disais-je à Manuel )) ; mais il y passait une grande partie de son temps ; je l'y suivis et j'ai eu à m'en féliciter. Si la position politique de Laffitte m'a fait repousser ses offres affectueuses, je ne lui en ai pas moins d'obligations pour les services que son amitié m'a fourni l'occasion de rendre à lieaucoup de mes amis intimes et pour le grand nombre de malheureux qu'il a secourus à ma recommandation. J'ai eu aussi le bonheur de pouvoir être utile, en de graves circonstances, à ce grand citoyen, doué d'autant d'esprit que d'honneur, d'autant de bonté que d'imagination, mais dont la vive intelligence ne s'appliqua pas assez à connaître les hommes ; ce qui Ta rendu victime de plusieurs de ceux même qu'il avait comblés de bienfaits. C'est en vain, au reste, qu'on a tenté d'accumuler les calomnies sur sa vieillesse si agitée : le bon sens populaire en a toujours fait justice : encourageant et noble exemple pour ceux qui, comme Laffitte, consacrent toute leur existence au service de leur pays. » (Ma Biographie.)

Béranger passa une grande partie des étés de 1828 à 1827, chez M. Laffitte, au château de Maisons, en compagnie de Manuel, ïhiers et Mignet : ces deux derniers écrivaient alors leurs Histoires de la Révolution.

Laffitte a rédigé des Mémoires, il aimait en lire des passages aux amis. Ces feuillets n'ont malheureusement jamais vu le jour. Parmi les autres œuvres du célèbre banquier, il convient de citer : Opinion sur le projet de loi relatif aux finances [Paris 181 ']). Opinion sur le projet de loi relatif à la liberté delà Presse (même année). Discours prononce lo le 12 mars 1818 (i8i8). Opinion sur le projet de finances

l8 GOUUESP(mi).V\KE DE liÉUANGEIl

pas vu depuis trois jours. Quant à lui, vous saurez qu'il est revenu en assez bonne santé. Il paraît se féliciter des eaux de Contrexéville ; le voilà déjà remis en chasse. Notre bon Gévaudan, qui a été aussi à Contrexéville, s'en trouve admirablement bien. Vous ne feriez peut-être pas mal d'aller un jour pêcher (1) dans ces eaux-là.

Oh! çà, parlons de vous, monsieur l'cx-président. Vous voilà guéri et disposé à reprendre vos lignes. Mais savez-vous quel poisson on vous prépare? Vous avez lu les Mille cl une nuits. Vous vous rappelez ce poisson dans lequel se trouva un si beau diamant. Eh bien, mon ami, notre bon siècle va voir se renouveler ce miracle en votre faveur. Voici le fait : Je sais de plusieurs côtés que certaine souscription va s'ouvrir pour vous donner un gage de l'estime et de l'intérêt que vous inspirez à toute la France (2). Peut-être, l'ignorczvous ; mais je crois utile de vous en instruire.

de 1822 [1822). li/jlexions sur la rédnclion delà renie et lélat du crédit (^182 k) LaffiUe, banquier à Paris, aux électeurs de l'arrondissement de l'ervins (1826). Dix mil lions de profits à garder ou un million d'intérêts à gagner (i832j. J. Lnjfilte aux électeurs de Saint-Denis (i83^). i\'ote surl'emprunldeo? millions par le gouvernement dn Texas (18/41).

(i)M. Dupont de l'Eure était grand amateur de la pcclic à la ligne.

(2) M. Dupont était président de la cour rovalc de Rouen lorsqu'on 1817 les électeurs du département de l'Eure le nommèrent à la Chambre des députés. Il y parut avec ccUc sagesse de principes, cette maturité de talents, cette autorité de caractère et celle bonne foi incorruplibie (jui depuis long-

<:i)!iui;si>()\'i).\>'(;i: dk I5e1{AN(;i:u l()

Il est impossible de montrer plus de icspcct pour vous, plus d'amour pour la patrie que ne le font ceux qui sont à la tête de cette affaire. Je vous ai fait connaître mes idées à ce sujet : elles sont les vôtres.

Cependant la réflexion a modifié les miennes, ou plutôt m'en a fourni une que je n'avais pas eue

temps l'avaient fait dislinguer parmi les juges et les législateurs de la France.

A cette époque, la magistrature du royaume subissait lentement cette longue et menaçanle épreuve dont on faisait dépendre l'inamovibilité que la Cliarte avait promise à l'ordre judiciaire. A cette époque aussi, le système électoral n'avait ])oint encore été attaqué dans ses bases, ni totalement corrompu dans SCS éléments ; mais on cbercbait à en dénaturer les clfets. On prétendait qu'élevés au rang de députés, les fonctionnaires publics ne devaient point en acquérir l'indépendance, mais rester satellites dociles du ministère et n'avoir pas d'autre conscience, pas d'autre volonté que la sienne. Le ministère n'accordait pas même à ses agents, au sein du corps législatif, le libre arbitre que Dieu laisse à ses créatures sur la terre.

Funeste doctrine qui doit repousser de l'élection les employés de l'état, en même temps qu'elle dépouille l'autorité de toute force morale et qu'elle réduit les gouvernements aux seuls moyens de la corruption et d3 la violence.

Jamais l'estime publique et la faveur ministérielle ne furent plus inconciliables. M. Dupont était digne de la disgrâce; il en fut une des plus illustres victimes. Toutefois les bommes les plus ennemis des opinions généreuses qu'il professe, mais chez qui l'esprit de parti n'a point encore étouffé tout sentiment de pudeur et d'équité, consentaient bien à ce qu'on se privât des services que les lumières et l'intégrité

20 COKRESPO>'DA>"CE DE BERAiNGEU

d'abord. Nous blâmons tous les deux ces cotisalions qui n'auraient pour but que de rendre un homme éligible, ou d'assurer l'indépendance de

impartiale de M. Dupont pouvaient rendre dans nos tribunaux ; mais ils s'attendaient à ce qu'on lui tînt compte des services qu'il avait rendus. Cependant, par une rigueur jusqu'alors sans exemple, sa retraite lui fut relusée et il rentra dans cette honorable pauvreté, compagne des vertus antiques dont il est le modèle.

Il n'était pas au pouvoir des électeurs de l'Eurede réparer la perle que faisait la magistrature française. La perle qu'éprouvait le magistrat était seule réparable et à cet efTot quelques électeurs proposèrent d'ouvrir une souscription. S'ils l'avaient publiée, toute la France se fût empressée d'y concourir. Ils voulurent qu'elle fût conforme aux UKrurs frugales et modestes de l'homme de bien auquel elle était destinée ; qu'elle se fit sans faste et sans éclat; qu'elle lût limitée dans ses produits et renfermée dans le cercle des trois départements plus particulièrement témoins de la vie qu'ils cherchaient à honorer ; c'est-à-dire qu'elle ne s'étendrait guère au delà des départements de l'Eure et des deux Seines. Le premier a donné naissance à M. Dupont, les deux autres l'ont constamment vu défenseur ardent de la liberté dans la discussion des lois, et, dans leur application, ministre inflexible de la justice ; tous sont peuplés de ses amis.

Les commissaires de la souscription eurent bientôt atteint le terme qu'on s'était prescrit. 11 était plus difficile de remplir la triple intention des souscripteurs.

Il fallait tout à la fois mettre l'éligibilité de M, Dupont à l'abri de toutes contestations fiscales, lui offrir un dédonunagement que sa délicatesse ne put refuser et prouver par un monument durable que le peuple n'a point l'ingratitude des cours ; que les citoyens qui sacrifient leurs intérêts à leurs devoirs, qui bravent, pour défendre les droits nationaux, les

COURESPONDANCE DE lîEKANGEU 2 1

son vote, ou qui enfin ne seraient que la récompense d'avoir fait son devoir. Un pareil exemple serait nuisible, surtout s'il brillait d'un nom comme le vôtre.

Il n'est pas, d'ailleurs, dans nos mœurs, et comme, jusqu'à présent, nos mœurs sont encore ce que nous avons de mieux, il faut les respecter même dans ce qu'elles ont d'étroit. Mais il est un

dangers et les dégoûts dont on a semé la carrière où la nation les appelle, doivent éternellement compter sur son appui, son secours et sa reconnaissance.

Toutes ces conditions ont été remplies par l'acquisition du domaine du Hoin, a laquelle les commissaires ont employé le produit de la souscription.

Les peuples qui paient en définitive les prodigalités que l'aveugle faveur distribue, n'ont à leur disposition ni les trésors, ni les décorations, ni les titres pompeux dont l'abus a bientôt épuisé les ressources ; mais ils disposent de l'opinion dont la puissance et les ressources sont inépuisables. Tout ce qui se fait sans le concours de cette reine du monde, tout ce qui se décerne sans son aveu, reste sans efficacité, sans gloire et sans lionneur. Aucun pouvoir sur la terre ne peut ennoblir ce qu'elle dégrade, ni avilir ce qu'elle lionore. C'est elle qui fait toute la valeur de la récompense que le patriotisme et l'amitié viennent d'offrir au député fidèle. (Journal du Commerce du i'"' novembre 1822).

rSous citons, à titre de document, l'adresse par laquelle les commissaires de la souscription présentèrent à M. Dupont de l'Eure l'offrande patriotique de ses concitoyens.

«.4 monsieur Dupont de VEure, membre de la Chambre des Députés, Officier de la Léjion d'honneur.

« Une mission qu'il nous est doux de remplir nous amène aujourd'hui devant vous.

2 2 f:o!mt:sP()\i>.vNCE ni: dlh.vn ;i-u

côté dans votre position, qui ne rentre pas dans ces considérations. En défendant courageusement les droits du peuple, vous avez encouru la haine

« Pendant plus de trente ans, vous avez rempli, à la satisi'aclion de vos concitoyens, d'éniinentes fonctions dans l'ordre social. Longtemps vous avez présidé avec distinction la cour de justice criminelle de ce département. Tous ceux qui sentent le prix d'une bonne administration de la justice. se souviennent des services que vous avez rendus à la société, dans cette longue et pénible carrière. Les ennemis de vos principes politiques, ou, en d'autres termes, les ennemis de la loi fondamentale que la France doit à la sagesse du nionanpic, sont d'accord sur ce point avec vos amis.

(( Une nouvelle organisation des tribunaux vous enleva au département qui vous avait vu naître et vous plaça au nombre des présidents de la Cour d'appel de Uouen. La réputation que vous aviez acquise vous y suiTit, et le département de la Seine-Inférieure jugea bientôt qu'elle était méritée. Comme celui de l'Eure, il vit en vous un magistrat aussi intègre qu'éclairé et se félicita de vous compter parmi ses premiers juges.

(( Les sulTrages de vos concitoyens vous ont appelé à la défense des libertés publiques. Dans cette nouvelle carrière, comme dans les précédentes, vous vous êtes distingué par vos talents, par votre amour pour la patrie, par un invincible allacbemcnt aux principe:; constitutionnels, par une probité politique à l'épreuve de toutes les séductions : bientôt votre nom a retenti par toute la France et par lout le monde civilisé ; partout vous avez eu des amis, mais partout aussi les ennemis des libertés publiques sont devenus les vôtres. Il vous choisissaient pour leur juge dans une courde justice, mais ils vous voient avec déplaisir siéger parmi les législateurs. Un bonmie puissant s'est lait l'instrument de leur vengeance, il vous a exclu du nombre des magistrats de l'ordre judiciaire, 11 a en](Mr à la cour rovalc (jui vous coiiiplail parmi ses présl-

CORIVESPONn.VNCE DE REUANGEU 2Ô

ministérielle et perdu une place qui vous donnait droit à une pension : cette pension vous a été refusée. Le gouvernement a été absurde en vous

dents, un des organes les plus intègres de la justice; au mépris de l'opinion publique et des regrets que cette exclusion devait causer a la population des deux départements, il a satisfait son animosité personnelle, et s'est persuadé qu'il allait vous faire repentir de la fermeté avec laquelle vous marchiez dans la ligne du devoir. Il a été plus loin ; il vous a privé d'une pension de retraite sous prétexte que vous ne comptiez pas trente ans de magistrature, et c'était lui seul qui vous empêchait d'arriver à ce terme. Que la vengeance est aveugle dans le choix de ses moyens ! Cet abus de pouvoir vous a recommandé à l'affection de vos concitoyens : ils ont ressenti vivement l'injustice qui vous était faite et ont songé, dès lors, à la réparer, sans employer aucun moyen de publication, sans avoir recours à aucune feuille publique pour la manifestation de leur dessein ; ils se sont entendus, et une contribution, fruit d'un mouvement parfaitement libre et spontané, leur a fourni les moyens de vous offrir un dédommagement. Ces moyens se sont accrus par les offrandes des amis cjue vous avez dans les départements de la Seine et de la Seine-Inférieure; tous ceux d'entre eux qui ont eu occasion d'apprendre ce qui se passait, à cet égard, dans le département de l'Eure, ont voulu y prendre part, et se sont acquis, par cet empressement, des droits à la reconnaissance de vos commettants. Une propriété foncière a été achetée par une commission nommée à cet effet. Nous venons, au nom de tous les contribuables, vous offrir ce dédommagement de l'injustice qu'on vous a faite, et qui n'aurait point eu lieu, si les vœux de vos concitoyens ne vous avaient pas placé sur la ligne où elle vous attendait, ou si vous vous étiez montré moins digne de figurer honorablement parmi les infatigables défenseurs des libertés publiques.

« C'est un sentiment de justice, c'est l'amitié, l'estime et

2'i (:<)Kuesi'().\da>(:e de nÉUAMii-ii

ôtantla place ; cependant il en avait le droit (1), mais il a été injuste en vous refusant la pension : or, ne serait-il pas d'un bel exemple, non de vous enrichir, mais de réparer celte injustice aux yeux de la France entière? En cela, l'opposition me semble belle, noble, et encourageante pour la vertu. Je ne sais si la vôtre, qui sent furieusement le Caton, s'accommodera de ce raisonnement. Mais il me semble pourtant que l'on a soin, mais grand soin, de ne donner à la chose que cette seule couleur. On fera à la fois une action vraiment patriotique, une juste censure du gouvernement, et qu'un Ici exemple pourra rendre le ministère plus avare de destitution et certains députés plus courageux dans l'exercice de leurs fonctions. Au reste, j'en appelle à vous seul, et, s'il n'y a rien que de spécieux dans mes arguments, vous ne l'attribuerez qu'à une erreur de mon esprit : car vous savez l)ien que votre intérêt même n'a pu me dicter une seule de ces raisons; ou, pour mieux dire, votre intérêt étant votre gloire, je n'ai pu me laisser éblouir par l'intérêt de votre fortune.

la reconnaissance qui ont inspiré à vos amis ce qu'ils ont fait ; ils nous ont cliargcs d'être auprès de vous, Monsieur, les organes de tous ces sentiments qu'ils vous ont voués et qui sont inaltéraljlcs comme le beau caractère qu'ils honorent en vous.

(( [Nous nous félicitons. Monsieur, d'avoir été clioisis pour vous exprimer ce que tous vos amis sentent pour vous ; nous comblerons leurs vœux en leur annonçant quo vous ave/ agréé leur olîrande. »

fi) C'est là une erreur.

COUUESPONDANCI:; DK HEIIANGEK 2i3

Bérard a été consulté sur cette cotisation et m'a consulté par ricochet. J'ai d'abord soutenu nos premières idées, puis je suis arrivé à celle que je viens de vous communiquer, et qu'il m'a paru approuver. Je vais m'arranger pour qu'il voie Passy (1), l'ainé, bon et excellent jeune homme, qui est au courant de cette affaire, et qui est à même de rectifier les idées des bons patriotes de la Normandie. Mais je désirerais que vous nous communiquassiez aussi les vôtres. Le désir de causer de cela avec vous n'est pas la moindre raison qui m'eût engagé à aller saluer vos pénates ; mais, mon cher ami, ce voyage m'est tout à fait impossible au moment où mon recueil va paraître. Il me faudra faire face à tant de choses! Je ne vous dissimule pas que j'envisage la prison avec moins d'effroi que les embarras dont je vais être accablé (1). Malgré

(i) Passy (Antoine), grand propriétaire à Gisors (Eure), fut très mêlé au mouvement libéral sous la Restauration. Nomme, en i83o, préfet du département de lEure qu'il administra pendant plusieurs années, il se rattacha avec zèle au système gouvernemental dit du Juste-milieu. Envoyé à la Chambre des députés par les électeurs orléanistes, il vota avec la majorité ministérielle et devint Directeur des Communes au Ministère de l'intérieur, place qu'il a occupée jusqu'en i8/i8.

(2) (' La publication se faisait à mon compte ; je fus donc forcé d'être à la tête du débit... Je pus voir, d'heure en heure, la rapidité de la vente dépasser toute prévision. J'avais contracté pour frais d'impression quinze mille francs de dettes et je n'osais plus compter sur l'exactitude des souscripteurs. Aussi éprouvai-je une folle joie lorsque je fus en possession de ces énormes quinze mille francs qui m'épouvantaient et

toutes mes réflexions, je ne suis pas encore bien sûr d'être armé contre tous les désagréments qui m'attendent. S'il en peut résulter quelque avantage public (1), je m'en consolerai; mais j'en doute: nous sommes bien égoïstes. Je suis au moins sur de conserver votre estime, et elle doit compenser bien des tribulations.

Adieu, mon cber Dupont, présentez mes respects à Madame, embrassez votre iille i)our moi, et croyez-moi tout à vous.

Déranger.

P. -S. — Lcmaire a dû vous faire passer sa LcUrc à LaiHiii cl Rdvignan (2). Je la trouve excellente ; je désire que vous en ayez la même opinion.

que je me figurais ne pouvoir retirer de mes pclils livres. » {Ma Biographie).

(.) Les Chansons de Bérangcr contrihuèrenl puissamment au triomphe des idées libérales et à la Révolution de i83o.

(a) Lettre adressée à Messieurs Delavan, président des assises ctRavignan, avocat général, publiée en août 182 i, par Caucbois-Lemaire, à la suite de la condamnation prononcée contre lui pour la publication de ses Opuscules, dont M. Ravignan, magistrat de Tordre moral de ces temps-là, disait : « Chaque chapitre à part est une petite dose de venin ; ces petites doses réunies forment une masse de poison. »

Dès que parurent ces Opuscules, Cauchois-Lemaire fut préalablement arrêté ; mis ensuite en liberté sous caution, il lit défaut le jour du jugement : c'était son droit néanmoins, ^I. Ravignan, qui avait pour habitude de voir un coupable dans tout accusé et qui voulait, dans le cas présent, une condamnation immédiate, réclama avec un zMe très ardent la

COKUKSPO.ND v^CI: Di:: niiiivNGiLR 27

confiscation des 20.000 francs du cautionnement, qui lïit accordée par la cour et prononcée par M. Delavau : tel est le sujet principal de la Lettre à Lavaii et Ravignan : on y trouve comme accessoires, quelques considérations sur le langage de M. Ravignan, sur la conduite de M. Delavau et sur la justice morale.

Yciidrcdi 12 octobre 1S21.

Mon cher ami,

Beaucoup d'affaires et un peu de paresse in'oiil fait tarder à répondre à votre lettre ; je ne m'en suis pas moins occupé de ce qui en faisait le fond. J'avais reçu, il y a quelque temps, une réponse de Passy, dans laquelle il me donnait des détails sur ce qui s'était passé dans la réunion des commissaires pour votre souscription. 11 paraît que ma manière de voir, qui est la sienne, n'a pas tout à fait dominé dans le plan tracé par vos amis. Mais le temps qu'il faudra pour l'exécution permettra, je l'espère, de les ramener entièrement à nos idées. Manuel et Bérard sont disposés à croire, comme nous, qu'ilnefaudrait point mettre en avant la volonté de compléter vos moyens d'éligibilité (1). Je dois vous avouer, au reste, que j'ai vu quelques

(i) On sait que, sous la lleslauration, il fallait payer mille francs de contributions foncières pour être élifjible.

CORRESPONDANCE DE liEHANGEK 2()

personnes sages qui prétendent qu'il n y aurait aucun inconvénient à cela ; ces personnes voudraient même que cet usage s'établit en France et qu'un exemple fameux servît de règle. Je n'en suis pas encore là. Vos deux autres conseillers, un peu moins timides que moi peut-être, préfèrent aussi cependant qu'on ne donne à ce qu'on veut faire pour vous que la forme d'une réparation d'injustice. Ils jugent que si l'affaire se termine heureusement, comme le font espérer les mesures prises, vous ne devez avoir aucun scrupule. Nous aurions seulement désiré tous trois, comme Passy l'avait proposé, qu'on n'allât pas chercher des coopérateurs dans tous les départements de France sauf toutefois à admettre tous ceux qui, sans être habitants de l'Eure et de la Seine-Inférieure, se seraient présentés pour avoir part à l'honneur de cette action patriotique. Passy espère encore que c'est la marche à laquelle on reviendra. Bérard, qui va être pour cela en rapport avec vos braves Normands, appuiera cette idée ; et comme je vous le disais d'abord, le temps amènera la réflexion, et cette affaire prendra dans son ensemble la couleur de la noble idée qui en est la base. Votre* nom lui portera bonheur. Je ne crois pas que tout cela soit Uni avant votre arrivée à Paris, car je pense que vous vous rendrez exactement à l'appel qui vient de vous être fait. Vous aurez donc le temps d'en causer à fond avec ceux en qui vous avez le plus de confiance, quoique, je suis sûr, tous les conseils du monde ne vaudront jamais ceux

3o (;oKUEsiM)ND\N(;r. ni: hkuangku

que vous pouvez vous donuer à vous même. Laissons donc cela jusqu'au moment où nous aurons le plaisir de vous embrasser.

M"'^ Bérard va tout à fait bien. Il ne lui reste plus de souffrances que celles des moyens qu'on a employés pour la tirer du danger où elle a été; comme vésicatoires, ventouses, sinapismes et autres gentillesses, qui, au moins cette fois, ont produit le plus beureux elTet.

Bérard est encore aux élections à Versailles. Je crains bien que vous ne perdiez ce digne Husquin dont on prétend que personne ne veut plus. Les ultras alKindent. On dit ici que le ministère fait semblant d'en être fàcbé. Les fonds publics ne montent pas moins toujours : on parle d'un excédent de recettes qui figurerait au budget pour trente-trois millions. Quelques ])ruits de guerre (1) répandus depuis deux jours ont cependant, hier, suspendu la hausse. Ces bruits sont bien vagues, et la saison avance. Le calme renaît en Espagne (2).

(i) Il est question de rintcrvcnllon française en Espagne qui no devait pas tarder à se produire, puisqu'cn 183.H, Louis XVIII, d'accord avec Ferdinand YII, renversait le gouvernement constitutionnel pour le remplacer par le gouverment absolu.

(2) Ferdinand VII, roi d'Espagne, avait juré, en 1820, la constitution de 1812; la situation de ce pays, tourmenté depuis si longtemps, s'était enfin améliorée ; mais en iSaS, le même Ferdinand déclarait nuls et de nul effet tous ses actes et décrets royaux et faisait poursuivre tous les partisans de la révolution qu'il avait sanctionnée et qu'il avait solennellement promis d'observer et de faire observer,

CORRESPONDANCE DE liKK VNC.EU OI

J'ai fait part à Lemaire et à sa femme de tout ce qu'il y avait d'aimable pour eux dans votre lettre. Ils y ont été bien sensibles. Nous attendons le jugement de la cour de cassation 1). Je m'occupe beaucoup d'eux, parce que je me suis aperçu que quelques personnes cherchaient à diminuer l'intérêt que leur malheur doit inspirer; je voudrais pouvoir faire une petite souscription aussi pour leur assurer des moyens d'existence pendant l'année de captivité. Si vous pouvez quelque chose, faites-le-moi savoir. Dans le cas où le recours n'aurait pas un bon effet, il faudra aussi payer les frais du procès et l'amende. De plus, Lemaire a eu alïaire à un imprimeur qui, si on ne lui paie sur le champ ses frais d'impression, refuse de livrer les exemplaires de l'ouvrage condamné 2). Vous voyez que ce brave garçon est martyrisé de tous les côtés.

Quanta moi, il faut que vous sachiez qu'aujourd'hui même finit le tirage de mon dernier volume. Tout eût été terminé il y a dix jours, sans la peur qui prit tout à coup mes imprimeurs (3) à la gorge; il m'a fallu toute mon adresse et toute mon éloquence pour les déterminer à imprimer le Vieux Drapeau [\). Une petite note

(i) La cour de cassation conûrma le premier jugement qui condamnait C. Lemaire à un an de prison et à l'amende.

(2) Opuscules, un volume in-8°. Recueil d'articles politiques et de documents historiques.

(3) Firmin Didot.

(4; Une des cliansons incriminées dans le procès de 1821,

02 COlUU'.Sl'dNDANCI': DK lîKKANfJEU

qu'ils ont exigée de moi, et qui pourtant ne signifie rien, a pu seule lever des obstacles qui me mettaient dans le plus grand embarras. Enfin me voici sur le point de jeter le gant aux ministres, aux juges et môme aux rois. Je ne sais s'ils daigne-

comme ayant provoque au port public d'un signe extérieur de ralliement non autorisé par le roi. La voici telle qu'elle parut dans le tome II des Cliansons éditées en tSai,

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