‹ Lettres inédites de Béranger à Dupont de l'EureChapitre 4 sur 10 · ETRANGER · texte numérisé non relu

ETRANGER

]\-S. — Si vous avez occasion d'écrire à M. Calmon, n'oubliez pas de lui rappeler ses promesses pour M. de Lonpgré. Vous ne vous figurez pas quels témoignages d'intérêt j'ai reçu de sa part.

Tours, i() décembre i838.

Mon cher Dupont, votre digne et excellent collègue M. C. Bacot (1) me demande mes commissions pour Paris. Je ne puis lui en donner de plus agréable que de le charger d'une lettre pour vous. La vôtre m'a attristé parce que je vous y vois affligé du présent et inquiet de l'avenir. Et puis s'ous souflrez. et l'ennui d'une session nouvelle augmente votre tristesse. Toutefois, mon brave ami, puisqu'à certain âge, dit-on, il faut ressentir quelques infirmités, mieux valent encore les rhumatismes que tant d'autres douleurs. Ils ne tuent pas, et votre forte constitution promet à votre femme et à vos enfants de longs jours de bonheur, et à vous le plaisir de les voir dans une position assurée. Votre fils, je l'espère, sera digne

(i) Bacot (César-Josepli), né à Paris le 4 août 1787, officier sous le premier empire ; envoyé en i83i, par l'arronclissement de Tours, à la Chambre des députés, où 11 siégea à gauche jusqu'en 1848. Nommé à l'Assemblée constituante par le département d'indre-ct- Loire, il donna sa démission le G novembre.

•2-22 CORHESPONDANCt: DE liKUA^GER

de vous, et dans peu d'années, il pourra vous suppléer, si, contre toute attente, vous veniez à manquer à votre vertueuse famille. J'ai toujours regretté pour vous la Cour de cassation ; j'avais, en 1832, bien arrangé celte aiïaire; et cela, vous le savez, non seulement par intérêt pour vous, mais aussi par principe, car, si vous vous le rappelez, sous le ministère Martignac même, je vous écrivais qu'il était du devoir de tout homme capable de rendre la justice en quelque temps, sous quelque règne que ce fût. .Te pense encore qu'il n'est pas plus permis de refuser un siège de juge que de faire partie du jury ou de payer l'impôt légalement voté. Malheureusement, nous vivons dans un temps où Ion fait céder les hauts intérêts de la morale à de petits calculs politiques, et de fort honnêtes patriotes pensèrent autrement que moi. J'en ai êtè désolé ; je m'en désole encore. D'autant plus que nous en sommes à regretter Perler, et qu'il faudrait presque une révolution pour ramener les bonnes volontés de votre côté. C'est ce que ni vous ni moi ne désirons dans ce moment : nous verrons plus tard. En France, on va vite en besogne et la désaffection va grand train. Je ne compte pourtant pas ([ue la Chambre tienne une conduite à vous rendre beaucoup moins désagréai)le votre présence à Paris. iMais l'opinion semble se réveiller, et c'est la consolation des cœurs comme le vôtre. On retourne aux beaux et nobles exemples, et votre nom revient dans bien des mémoires. Et peut être malgré tout ce que je

COUUESl'ONDANCE DE BEUANGER

dis sur la Cour de cassation, si vous 3' étiez conseiller, cet exemple aurait-il moins de pouvoir. On vous sait gré de n'être rien, de ne rien avoir ; au milieu de la corruption actuelle, vous êtes un modèle à peu près unique, et les corrompus euxmêmes le sentent bien. Vous avez donc pris le bon parti : celui de la pauvreté. C'est où j'en voulais venir, en condamnant mes propres regrets et tâchant d'adoucir l'amertume de votre position actuelle, qui ne vous frappe que par l'intérêt que vous inspirent vos enfants. Ah ! mon ami, quel bel héritage vous leur laisserez ! Il sera utile à votre fils, et de plus d'une manière, soyez-en sûr. Ou je me trompe fort, ou le fils de Dupont de l'Eure pourra un jour protéger sa mère et sa sœur, si elles ont besoin de son appui. Il est, dit-on, d'une pâle comme la vôtre : c'est la plus rare. S'il en est ainsi, comptez sur lui comme le pays a compté et compte encore sur vous.

Moi, qui n'ai pas votre Age, j'ai toujours quelques petites indispositions ; mais j'en ai l'habitude. Bretonneau ne s'en inquiète pas : il est en elîet rétabli de la fièvre ; mais il lui a fallu prendre cent cinquante grains de quinine, et moi, j'en ai eu assez de vingt grains. Aussi me suis-je moqué de lui. Il est bien touché de l'intérêt que vous lui portez. Ce n'est pas lui qui a été près de Brack (1) ;

(1) Le colonel de Brack, qui venait d'être frappé d'apoplexie : c'était un ami de Dupont de l'Eure et de Déranger. Maréchal de camp depuis le 3/4 août i838, il commandait l'Ecole de cavalerie Son état de santé lui fit abandonner

224 CORIHÎSPONDANCE DE UEUANGER

en eiîet, on l'avait appelé ; mais il était à Vendôme alors. Brack va mieux, mais quel terrible accident, à quarante-huit ans, et lorsqu'il était arrivé à ce qu'il avait toujours ambitionné ! On croit pourtant qu'il pourra conserver sa position.

]\jme Dupont a grand tort de ne plus croire à ma présence à Rougepériers. J'espère que le printemps prochain ne se passera pas sans que j'aie le plaisir de l'embrasser et de refaire connaissance avec vos enfants. Dites-le-lui bien, en l'embrassant d'avance pour moi.

J'ai eu cette année beaucoup de visiteurs, j'en ai même encore, mais les Tourangeaux respectent mon goût de retraite.

Les gens du Fclit-Bois sont revenus plus unis que jamais ; et l'on a renoncé au voyage de Rome qui contrariait Caroline.

Judith me charge de ses amitiés respectueuses pour vous ; et moi, je vous embrasse de cœur.

Bkrangeh.

P. -S. — Je vous remercie pour M. de Longpré. Les Bérard et M. Brétignères vous disent mille choses aimables.

celle siluallou en dépit de l'espoir que liéranger exprime cidcfsus. De lîraclv, iiiorl le 3t janvier uSôo, est l'anleiir de nombreux ouvrages niililaires. Ses idées curent de son vivant phis de succès à l'étranger qu'en France. Mais il eut une énorme inllucnce posthume et pour les règlements d'exercices de cavalerie, beaucoup de ses théories furent appliquées en France, à la suite de nos revers de 1870.

3o janvier 1839.

Mon cher et bon ami,

M. de Longpré vous porte cette lettre et vous remerciera lui-même de l'appui que vous avez bien voulu lui prêter. Je vous remercie, moi, de l'empressement avec lequel vous m'avez mis à même de lui apprendre sa nomination. Elle ne l'enrichit pas, mais elle le met en position de se pousser vers quelque chose de mieux. Je lui souhaite bonne chance, car c'est un digne homme dont les procédés pour moi ont été excellents. Je ne lui connais qu'un défaut pour notre époque et pour la carrière qu'il est obligé de suivre : il est un peu trop patriote. Ce n'est pas vous qui le corrigerez de ce défaut-là, dussiez-vous redevenir ministre.

Oui, voilà le pauvre Bérard receveur-général. Depuis qu'il est à Paris, je n'ai pas reçu un mot de lui, mais j'apprends qu'il a sa nomination en poche. Ce n'est pas tout pourtant : il faut encore

226 COKRESl'ONnVNCE DE BÉUANGER

350.000 francs, somme assez difficile à trouver. M, de Clercq mavait promis, le cas échéant, de venir à son secours. J'ai écrit à Madame, mais il paraît que les affaires de Belgique sont de nature à l'empêcher de faire ce qu'assurément le défunt eût fait. Il paraît même que Bérard ne lui enverra pas ma lettre. Il aurait fallu auprès de la veuve un homme moins timide, moins craintif que Béjot, pour négocier cette affaire qui me tourmente fort. C'est un maître poltron, tout excellent ami qu'il est. Bien que vous en voulussiez un peu à de Clercq, je le regrette pour mes amis : je lui aurais fait entendre raison sur plus dune alïaire que je voudrais voir terminer.

Savez-vous que vous avez eu d'admirables séances à votre Chambre ! Le talent n'a pas fait faute. Faites compliment de ma part à Barrot de la belle position qu'il a su prendre, position unique, que sa conscience d'honnête homme lui a acquise plus encore peut-être que son éloquence. A propos de lui, il y a longtemps que je veux vous engager à tâcher de le convaincre de ne plus faire le métier d'avocat. Il est assez riche pour y renoncer, et, sauf les causes politiques, je ne voudrais plus le voir traîner sa robe de parquet en parquet. Quand Manuel devint député, il cessa de faire payer les conseils {ju'on lui demandait, de peur d'engager d'une façon quelconque sa responsabilité représentative. C'est un noble exemple à suivre. Dernièrement encore, j'ai appris que Barrot avait plaidé une cause, restée

CORRESPONDANCE DE UEUANGER '22']

secrète, où son nom n'eût pas dû se trouver placé. Quand je l'ai vu, il y a deux ans, abandonner, la veille d'un jugement, la pauvre Audry de Puyraveau,je crus qu'il avait pour toujours renoncé à avocasser. J'ai vu le contraire depuis ; et si j'étais plus intime avec lui, je lui aurais fait, à son passage ici, les observations que je vous soumets.

Puisque nous parlons d'Audry, vous connaissez tousses malbeurs sans doute.'' Cbevallon (1), qui est à Paris, me les a fait connaître en me demandant une lettre pour Laffitte, que je me suis empressé de lui envoyer. Je ne sais encore si elle aura eu le résultat; mais je ne puis que gémir de l'indiiTérence avec laquelle on laisse pourrir en prison un bomme qui, malgré son peu de lumières, a si longtemps mis sa fortune au service de son patriotisme, et à qui il n'a tenu depuis que de passer marcbé pour ses votes. Nous sommes vraiment trop oublieux (2), Est ce que Barrot ne pourrait pas aussi intervenir dans cette triste circonstance? Il est beau de bien parler pour la cbose publique ; mais il faut aussi savoir agir

(i) Ctievallon, ne en 1798 a la Mottc-sainle-Héraye, a été secrétaire de Manuel. Il fut, sous le Restauration, un des membres des plus zélés de la société Aide-loi et le plus actif propagateur du carbonarisme. Il refusa, en i83o, la préfecture de la Vienne, et l'ut nommé représentant du peuple en i848.

(2) M. Audry de Puyraveau avait été mis en prison pour dettes, ruiné par ses sacrifices d'argent à la cause libérale et par ses insuccès dans des entreprises industrielles.

2 28 CORRESt>OXD.V!VCF. DE HÉRANGER

pour les malheurs prives, surtout quand ils tombent sur des hommes qui ont rendu des services au pays et aux malheureux. Ce n'est, au reste, pas à vous, mon cher Dupont, que je parle en ce moment; vous êtes trop de mon avis pour cela. Ah ! tâchons de ne pas augmenter le découragement déjà trop général, en laissant croître le nombre des exemples dingratitude. C'est encore là servir la liberté. Qui sait si ce n'est ce qu'il y a de mieux à faire pour elle aujourd'hui ? On peut le croire en lisant tous vos beaux discours, portant presque toujours à faux et ne pouvant produire guères que l'effet d'un feu d'artifice. Concevez-vous Berryer il obtenant la })alnie pour des

(i) Berrver (Pierre-Antoine), né à Paris le 4 janvier 1790. Avocat comme son père, il défendit aveclui le maréchal Ney et Cambronne devant la cour despairscn i8i5-i6. Ses plaidovers pour Lamennais (i82G)pour Chateaubriand (i83.3), pour Audry de Puyraveau et Voyer d'Argenson en i834 ; d'autres encore, nomln'cnx et brillants, vinrent confirmer toutes les espérances que ses débuts au barreau avait fait concevoir. Aussi fut-il élu bâtonnier des avocats en i832, et membre de l'Académie française en i854-

Envoyé en i83o à la Chambrcdes députés par le département de la Haute-Loire, il y siégea à l'extrême droite et fut le grand orateur du parti légitimiste rui avait su l'adopter et se rattacher.

Louis Blanc [llisloire de dix ans) caractérise ainsi le talent de Berryer : « Orateur, M. Berryer rappela plus d'une fois Mirabeau. Jamais il n'était arriver à un homme décommandera ce point aux émotions d'une Assemblée et de régner d'une manière aussi absolue par la magie de la parole... »

Si cette admirable éloquence ne conservait pas l'inlluence

phrases patriotiques ? Et Thiers osant dire qu'on ne lui eût pas redemandé Ancône ? Soyons justes avec ce dernier pourtant, qui s'est montré homme habile, paré des couleurs nationales, vers lesquelles il revient toujours, par nature et par éducation.

Je crois peu à la guerre ; elle n'est pas désirable avec un gouvernement comme le nôtre ; et elle serait redoutable, si on le changeait. Qu'en pensez-vous ?

Adieu, mon cher ami. Bretonncau me quitte et me charge de vous remercier cent fois du bon souvenir que vous garder de lui. Judith me fait la même recommandation pour son compte; et moi. je vous charge de mes tendres compliments pour les vôtres et vous embraie de cœur.

Béranger.

conquise pour une heure, c'est qu'elle élall au service d'une cause faussée par un principe rétrograde.

Louis Blanc rend à la loyauté, à la bienveillance, à toutes les nobles qualités de Vliowine un hommage égala celui qu'il accorde à ['orateur.

Berryer fut élu représentant du peuple en i848, par le département des Bouches-du-Rhône, et réélu en 1849- ^"^ i8()!^, le même département l'envoya siéger au Corps législatif: il fit partie de l'Opposition à l'Empire, et, sans abdiquer les sentiments de toute sa vie, il défendit la cause de la liberté parlementaire avec un talent qui resta égal à lui-même jusqu'à la lin.

Berrver mourut à son cliàteau d'Angerville le 29 no- Yom])re 1868. fP. Hacquard).

23o CORRESPONDANCE DE BÉRANGER

P. -.S. — Mes civilités à votre collègue M. Bacot. On dit ici, mais je ne puis le croire, que M. Gouin 1 voudrait la préfecture de notre département : c'est sans doute une fausseté.

(i) Gouin (Alexandre), né à Tours le 26 janvier 17*33. Envoyé en i83i à la Chambre des députés par le département d'Indre-et-Loire qui le réélut constamment.

Thiers l'appela au ministère de l'agriculture dans le cabinet du i*^^' mars i84(), dont il fit partie jusqu'au 29 octobre de la même année. — 11 devint directeur de la Caisse commerciale à la mort de Laffittc qui l'avait fondée.

Nommé à l'Assemblée constituante et h la Législative; dé[)uté au Cor()s législatif, en iHoa, et réélu aux élections suivantes.

23 juin iSSg.

Sans attendre votre antre lettre, mon cher Dupont, je réponds à celle-ci pour vous dire que, malheureusement, ce n'est pas moi qui vous presserai de quitter Paris en ce moment.

La fièvre est revenue et, en l'absence de Bretonneau, son élève, fils de M. Leclerc, a essayé de me la couper avec du quinquina en lavement, les effets de la quinine m'étant très contraires. 11 a réussi, mais il faut continuer les maudits lavements encore près d'un mois, plus peut-être, et cela me met hors d'état de me rendre à Pxougepériers. Aussitôt que je serai hors de toute crainte à cet égard, je compte bien me mettre en route. Mon projet est de prendre par Chartres, où se rendent d'ici plusieurs voitures ; puis à Evreux, s'il y a moyen, comme je le crois. Il me semble que, par Alençon et Verneuil, les moyens de transport ne doivent pas être aussi sûrs. Vous voyez que je ne parle pas de Paris, où je ne sais quoi me dit que je ne retournerai plus, à moins d'événements extraordinaires.

232 CORKESPOXOWGE DE liÉRVNGER

Je gémis bien sur nos pauvres campagnes, dont le désastre m'avait été raconté par les journaux. Je vois que, pour votre compte, vous avez à en souffrir beaucoup. Je souhaite que vos efforts auprès des ministres aient du succès. Mais tant de cantons sont ravagés ! On estime à trois millions les dégâts causés dans les environs de Tours. Que vont devenir les pauvres travailleurs? Qu'on serait lieureux d'être riches dans un pareil moment !

Sans doute, votre prochaine lettre me dira quelque chose de la Cour de cassation.

J'attends pou de monde ici cet été, parce que j'ai écrit à plusieurs personnes que je devais aller vous voir.

J'ai enfin trouvé une maisonnette avec un jardinet pour 350 francs (1). Nous aurons plus d'espace et, j'espère, une chambre d'amis. La position est fort agréable, mais on la dit peu saine, et ceci nous clïraic bien un peu.

C'est Judith, qui va passer quelques jours à Paris, qui vous fera parvenir cette lettre, quun peu plus hardie, elle vous eût portée elle-même. Brelonncau assure qu'on ne vous trouve ni le matin, ni dans la journée, ni le soir. Il en était désolé, n'ayant voulu voir que vous de tous mes amis. Il allait pour user de son influence en faveur d'un de ses élèves, le docteur Trousseau 2), qu'il

(i) Rue Saint-Eloi, à Tours.

(■i) Trousseau (Armand), né ;i Tours le i4 octobre i8oi

COURESPONDANCE DE BEtlANGEK

fallait faire nommer professeur. Il a réussi, mais tout son temps a été pris parles courses obligées. Il ne vous en fait pas moins toutes ses amitiés.

Faites les miennes à M""^ Dupont, dont je plains bien la position au milieu de tant de malheureuses victimes des orages.

Adieu. Je vous embrasse de cœur.

Bkranger.

P. -S. — Vous verrez sans doute Bérard incessamment.

Thiers a passé ici sans venir me dire un petit bonjour. J'en suis fâché pour lui, et pour moi qui aurais voulu qu'il m'expliquât la conduite d'Hippol3^te Passy.

appartient plus à la science qu'à la politique. Sa notoriété qui a survécu aux années nous dispense de développer une biographie que nous résumerons en quelques lignes.

En i83i, il était nommé, au concours, médecin des hôpitaux ; en iSSg, il obtenait, à la Faculté de Paris, la chaire de tliérapeutique et de matière médicale, où il fondait sa brillante réputation qu'il soutenait encore par ses remarquables travaux.

Le docteur Trousseau fut élu représentant à la Constituante de i8l\8 par l'Eure-et-Loir.

Il est mort à Paris le 22 juin 1867.

XXKVIII

1 1 août i83(), au soir.

Mon cher Dupont, nu risciue de vous accal)ler de ports de lettres, je profite du repos que la fièvre me laisse pour vous exprimer tous mes regrets. Depuis deux jours, je ne me sentais pas bien, et j'avais écrit à Perrolin et M™" Lemaire d'attendre pour se mettre en route, puisqu'ils voulaient faire coïncider leur voyage avec le mien, que je leur annonçasse mon départ. Je leur ai donc écrit un mot pour leur dire ce qui m'empêchait d'exécuter mon voyage. Je ne ci'ois pas pourtant que cela vous prive de la visite de M'"^' Lemaire (|ui prétend avoir besoin d'aller en Normandie, à moins qu'elle n'attende la mi-septembre, époque ou j'espère pouvoir me mettre en route. Je vais essayer si je puis prendre de la quinine en pilules, qui m'a toujours causé une autre maladie que la fièvre, et peut-être plus incommode. Si je réussis, je pourrai me mettre en voyage avec le préservatif en poche; mais s'il me faut continuer à prendre le quinquina en lavements, il me faudra bien du temps avant de pouvoir quitter mon gîte.

c;()UhEsi'()M)v>'CK i)i; iîkra>'Gi:ii 235

Ce sont là fous les détails qu'assurément M. Martin '!) n'a pu vous donner dans la lettre qu'il a eu la coniplaisance«ide vous écrire pendant que la fièvre me tenait sur mon lit.

Je ne le connaissais que de réputation. Il est venu ici avec une lettre de Thomas, et quand il est arrivé, j'étais encore sans fièvre. Il a déjeuné et dîné avec nous; c'est-à-dire avec Judith, car, au dîner, je n'ai pu lui faire compagnie. Je n'ai pas été fâché qu'un hrave Alsacien se trouvât là, pour vous témoigner en ma faveur; (1) car vous autres Normands, vous êtes chicaneurs en diable. Au reste, j'ai su ce matin que je n'aurais pas eu de place pour partir hier. La voiture était pleine. Mais j'ai appris qu'il y avait une voiture directe pour Chartres, dont je pourrai profiter.

Tout est en mouvement ici pour l'arrivée du duc d'Orléans (2). Moi, j'attends l'accès de fièvre ;

(i) Béranger parle ici d'Edouard Martin, né à Mulhouse en i8oi et. mort à Paris en i858. Avocat à Strasbourg, deux fois député de Ras-Rliin (1837-.39), liant partie avec les groupes avancés, Martin, battu en 1842, continua la lutte pour les idées démocratiques, devint en i848, membre de la Commission de i-éorganisation judiciaire, représenta le Bas -Rhin à la Constituante et fut de ceux qui combattirent la politique de l'Elvsée. Il ne fut pas réélu à l'Assemblée législative.

11 donna toute sa vie l'exemple du plus pur désintéressement, du plus complet dévouement à la cause républicaine. Il fut un des meilleurs amis de Dupont de l'Eure avec lequel il avait une grande ressemblance de caractère, une parfaite analogie de principes et d'opinions.

(2) Ferdinand-Philippe, duc d'Orléans, fds aine du roi

2 36 CORKESPONDA>CE DE BÉRA?JGER

après quoi, nous aviserons à la couper et, s'il est possible, je tâcherai d'être disponible pour le 10 septembre où seront terminées, j'espère, les séances des Conseils généraux, si vous êtes convoqués pour le 26, comme on le dit.

Thiers a réparé sa faute au retour. 11 m'est venu prendre au lit à cinq heures et demie du matin. En voyant votre portrait, il répétait à chaque éloge qu'il se donnait : Demandez à eet /20/?ï/7je-/à. Pourtant j'ai démêlé qu'il ne désespérait pas d'arriver incessamment à son but.

Adieu. Mille tendres amitiés à M'"^ Dupont, et tout à vous de cœur.

Judith se joint à moi.

HkHANCiEH.

P. -S. — J'allais oublier de dire (pie M. Martin est un homme (pii m'a séduit autant par ses principes que par ses manières : c'est un républicain connue je les aime. Il paraît être aussi bon que doux.

Kouis-lMiilippc, m'' le [\ scpkMnbrc i(Si(i, mort Iragunicincnl à Ncuilly, le 1 3 juillet 1842.

Tours, 2.3 août iiSSg.

Mon cher ami, ma fièvre est coupée, et ce qu'il y a d'essentiel, elle l'est avec des pilules combinées par Bretonneau de manière à me laisser la faculté de voyager, en me les administrant en route, comme piéservatif. Voilà deux fois quej'en prends, et il n'en résulte aucun des graves inconvénients que la quinine seule produisait lors de mes premiers accès. Je voudrais bien pouvoir arriver à Evreux le 15 septembre pour en repartir avec vous pour Rougepériers. Mais les Brissot (1) devant venir nous faire une petite visite, il se pourrait que cela me retardât de quatre ou cinq jours. Je les ai prévenus, par précaution, que je ne voulais pas partir plus tard que le 10. Au reste,

(i) Brissot-Thivars et sa femme avec qui Béranger était en relations d'amitié : on peut lire dans la Correspondance de Béranger de nombreuses lettres du chansonnier à M"" Brissot.

Brissot, libraire avant i83(), fut nommé à la direction de la salubrité publique après la ilévolution de juillet ; on le retrouve prél'et du Finistère en i84o.

238 CORRESPONDANCE DE lîÉRANGER

avec M. Hazard (1) je ne serai pas embarrassé de ma personne. Ne vous inquiétez donc pas de moi, d'autant plus qu'à cette époque où les routes sont si parcourues, il n'est pas facile d'assigner son arrivée à un jour près. Je vous écrirai avant le 5 septembre pour vous dire mon dernier mot. En attendant, amusez-vous bien à votre Conseil général.

Tours a été dans la joie au passage du duc d'Orléans qui, du reste, a fait, ainsi que sa femme, force conquêtes ici, même parmi les rébarbatifs. Vous avez sans doute vu que j'avais été en correspondance avec Son Altesse. Un pauvre et l)rave conscrit, seul appui d'une mère et d'une aïeule, m'ayant fait prier de lui faire obtenir son congé du Prince, j'avais refusé d'abord; mais, réilécbissant que je devais partir le 10. deux jours avant l'entrée princière, javais fini jiar i)romettre. La lettre était donnée: elle fut remise et me valut une réponse des plus aimables et faite sur le champ, sous les yeux mêmes de celui qui avait remis la supplique, ce que je vous fais remnrquer pour vous prouver que le grand Poidol est bien loin d'être un imbécile ; car sa lettre n'est pas seulement gracieuse, elle est trèssi)iriluclle et fort adroite. (On la donnée inexactement dan3 les journaux) (2 . En etïet, il m'invitait à aller causer avec

(i) Alors dircclcur du Bureau des messageries à Evreux ; plus lard directeur des postes de celte ville, (a) La voici telle qu'elle fut écrite à Bérangcr. « Une bonne œuvre cl indiquée par vous, Monsieur, c'est

CORBESI'OMUNCP; DE IîÉRANGER 'jog

lui des intérêts de mon protégé. Ma fièvre me servit à décliner le rendez-vous. Je lui écrivis qu'elle était venue me prendre lorsque j'étais prêt à partir pour aller embrasser mon vieil ami Dupont, et que j'étais forcé de garder la chambre. Mais, comme j'étais fort touché de la bonne grâce mise à m'obliger, je mêlai à mes excuses tout ce que je pus de ces aimables flatteries qui prouvent la politesse de celui qui écrit, sans pouvoir nuire au bon naturel de ceux à qui on les adresse. On dit qu'il en a été charmé ; ce qu'il y a de sûr, c'est que six jours après un de ses aidcs-de-camp m'annonçait de Paris la délivrance du congé. Ce qu'ici peu de personnes ont compris, c'est que je ne me sois pas empressé de faire la visite demandée. Mais je réponds en riant que je ne veux pas me brouiller avec le père, dont j'ai évité de faire la connaissance, en acceptant de faire celle du fils : Je vous dirai, au reste, que celui-ci a parlé à votre collègue Gouin de sa sijmpalhie pour les vestes. Je

(i un double plaisir pour moi. Voire protégé devient le mien c et je serais heureux si, pendant votre séjour à Tours, je « pouvais causer de ses intérêts avec vous. Vous êtes, permet- « tez-moi de vous le dire, une des mes plus anciennes con- (( naissances : il y a déjà plus de vingt ans que vos chants (( m'apprenaient (et quelquefois même aux dépens du latin) à « aimer et à connaître la France.

« Croyez-moi, Monsieur, votre alîeclionné,

(( FEUDi>AND-PinLnjpE d'Okléans ».

le tiens de M. Gouin lui-même. Je crois maintenant ce prince trop spirituel pour ne pas me défier de ses paroles.

La colonie de Mettray nous occupe beaucoup. Le duc d'Orléans leur a donné de sages conseils. Mais l'argent ne vient guère. Comme m'écrivait Passy, il serait très malheureux que cet essai manquât. Le dévouement de M. Demetz triomphera, je l'espère, des obstacles (1) : ils sont grands. Bérard est ici. Tout ce monde me charge de mille amitiés pour vous, ainsi (pie Judith. Moi, je vous embrasse de cœur.

Bkhangeu.

P. -S. — M'^^'' Lemaire vient encore de m'écrire pour savoir quand je j)arlirai. Dans quelques jours, je le lui écrirai. Je lécrirai aussi à Perrolin, avec qui j'ai besoin de menlrelenir, puisque vous avez eu la bonté de l'invilcr à aller vous voir.

(i) Demetz, fondateur et directeur de la colonie de Mettray, où il appliquait, à l'égard des jeunes détenus, son système de réforme pénitentiaire, très inspiré de celui qui était suivi et qu'il avait été étudier avec Ulouet, aux Etats-Unis, dans les élal)lisseinents de Clierry-llill, de Trenton cl New-Jersey.

Tours, 2 octobro i8.>()

Mon cher ami, je suis arrivé à bon port et en bonne santé, dimanche à midi. Sans les visites et les embarras dun nouvel emménagement, je vous aurais écrit tout d'abord. Mais j'ai eu peine à avoir un moment à moi. Mon voyage a été mêlé de pluie et de soleil, et même d'un peu d'ennui, car il m'a fallu attendre quinze heures à (Jiartres pour avoir une place. A minuit moins un quart, je ne savais pas encore s'il ne me faudrait pas remettre au lendemain pour partir. La diligence de Paris à Bordeaux m'a tiré d'embarras. Vous voyez que j'ai eu le temps de visiter Chartres. Je sais la cathédrale par cœur, et les promenades au bord de l'Eure m'ont paru charmantes. Cette fois la ville m'a semblé un peu moins propre qu'à mon passage, et j'ai remarqué des rues où l'on se permet ce que le seigneur du Goulet fait en rase campagne au nez et à la barbe de ses amis. Toujours, à défaut d'Evreux, dont je parle ici avec amour, Chartres serait une habitation bien commode pour

2^2 CORUESPONDANCE DE HEli WGER

des amis de Roiigepériers. On pourrait, de là, voisiner fort commodément, et c'est un désir que vous devez croire que j'ai emporté de chez vous, où j'ai reçu un si doux et si amical accueil.

Combien de fois, depuis mon arrivée ici, naije pas déjà fait l'éloge de M™" Dupont, de M"^ Pauline et de Charles, et du bonheur dont vous jouissez au milieu d'objets si dignes de votre tendresse et qui en sentent si bien le prix ! Savezvous, mon ami, que vous êtes un des hommes les plus heureux que je connaisse ? Une place à la Cour de cassation pourrait-elle ajouter à ce bonheur? J'en doute fort. Voilà l'occasion d y penser. La mort de M. de Gastempé va mettre la prétendue bonne volonté d'en haut dans tout son jour. Mais déjà l'on parle de Jacquinot, et je trouve d'autant plus de vraisemblance à ce choix que ce conseiller a été de tout temps homme très dévoué, en cela digne frère de feu de Pampelunc (1).

(i) Jacquinot (Claudo-Joscph-François-Calhcrinc), qu'une ordonnance de Louis WIII avait autorise à joindre a son nom celui de son ('pouse, (îlle du comle ricnouilly doPampelune.

D'abord allaché aux principes républicains sous la première Révolution, il se rallia ensuite à l'Empire qui le fit avocat-général à Dijon, puis procureur général à La Haye. Après les Cent Jours, le roi le nomma maître des requêtes, puis procureur près le tribunal de la Seine. Membre de la Cbambre des députés, il soutint tous les ministères et vota pour toutes les lois d'exception et de réaction.

Dans sa chanson Halle là ou le Syslènie des Inlerprélaiions

CORRESPOM)VÎJCE DE BEUANGEU 24^^

Dites au docteur Auzoux (1) qu'il eut été bien satisfait d'entendre Bretonneau parler de son anatomie. Notre ami pense que les lectures chirurgicales que font les étudiants produisent dans leur cerveau une confusion qui les empêche d'abord de rien distinguer sur le cadavre, lorsqu'ils sont à l'amphithéâtre ; et que l'étude du cadavre Auzoux mettrait en quelques jours assez d'ordre dans leurs idées, pour leur éviter de recourir continuellement aux livres élémentaires, ce qui rendrait plus prompte leur éducation chirurgicale.

(1820) Béranger le vise en un couplet qui en dit long sur Pampclune.

Si je peins la bienfaisance Et les pleurs qu'elle tarit; Si je chante l'opulence A qui le pauvre sourit, Jaçquinot de Pampelune Dit : « La bonté rend suspect ; » Et soulager l'infortune, » C'est nous manquer de respect.

). Ilaltc-là !

<^ Vite en prison pour cela ».

(1) Le D"^ Th. -Louis Auzoux, auteur de Vanatomie élastique est né en 1797 à Saint-Aubin d'Escroville. C'est là qu'il fonda, afin de faciliter et de vulgariser l'étude de l'anatomie l'établissement où se fabriquaient, au moyen d'une pâte de sa composition, des pièces anatomiques artificielles imitant la nature dans ses plus minitieux détails.

Il est mort le 6 mars 1880, officier delà Légion d'honneur, de l'instruction publique, chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire le Grand et de la Rose duBrésil. Il demeurait alors, 56 rue de Vauo;irard à Paris.

A propos, le docteur a exprimé l'intention de me faire présent d'une pièce entière. Tâchez d'empêcher cela. C'est chose trop coûteuse pour que je puisse lui avoir pareille obligation. Mettez, je vous prie, un frein à sa trop grande générosité. Dites-lui que j'ai causé avec des Anglais et que tous sont d'accord du débit qu'il aurait au delà de la Manche.

Bretonneau vous dit mille choses aimables et Judith est bien touchée de tous vos témoignages d'intérêt. J'allais oublier de vous dire qu'elle m'a causé la surprise du déménagement qui l'a bien fatiguée. Jusciu'à présent, nous nous applaudissons de notre changement.

Embrassez pour moi M"''' Dupont, que j'aime tant, ainsi que vos aimables enfants. Ne m'oubliez pas surtout auprès de M"^ Marie (1), qui me paraît si digne de faire partie de votre famille. Rappelezmoi au souvenir de M. Langlois, qui a bien des choses à me pardonner. A vous de coeur.

Bhhaxcer.

(i)M"^^ Mario Dnlong.

Lettre de Dupont de l'Eure à Béranger

Rougepcriers, iG décembre 1889.

Mon cher ami,

Nous parlons souvent de vous à Rougepériers et nous aimons à nous rappeler chacune des heures que vous y avez passées. C'est à qui, de ma femme et de ma fille redira tantôt vos malices, tantôt vos honnes causeries, toujours si instructives. Voilà hien longtemps, nous disions nous l'un de ces jours, que Béranger ne nous a donné de ses nouvelles. Ne serait-ce pas qu'il se porte moins hien? Nous espérons que ce n'est pas là la cause de votre silence; mais pourtant j'ai pris l'engagement de vous écrire et de le faire assez promptement pour recevoir votre réponse avant mon départ pour Paris. C'est vous dire qu'il me faut le plus prochainement quelques lignes de vous qui nous donnent l'assurance que votre santé est honne et que vous n'avez plus hesoin de quinine.

Je voudrais hien savoir en même temps où en

2^6 GORREï^PONDANCE DE BÉRA.NGER

est l'affaire de M, Leroux et s'il n'en résultera pas une nouvelle perte d'argent pour vous.

J'ai reçu, il y a peu de jours, une lettre de M'"*" Cauchois-Lemairc, qui m'a beaucoup affligé. 11 paraît que lafTaire desarchives vatout à fait mal par la faiblesse de MM. Daunou (1 et Duchàtel, dont l'un, après avoir parfaitement accueilli la demande de Cauchois-Lemaire, ne l'a pas compris dans sa liste de candidats, et dont l'autre prétend aujourd'hui qu'il ne peut nommer personne en dehors de cette liste. 11 va résulter de là une bien grande gène financière pour nos pauvres amis de la rue Montholon, qui paraissent très inquiets de leur avenir. Je leur ai répondu avec tout l'intérêt que je leur porte réellement ; mais je voudrais bien mieux pouvoir leur ofTrir un secours plus efficace. Mallieureusement. j'ai bien du mal à faire face à mes engagements et à mes lourdes charges. En arrivant à Paris, je vais avoir à payer 2.800 fr. à M"'" de Clercq, outre mes dépenses courantes ; ce qui ne me permet pas. à mon grand regret, de soulager d'autres infortunes. M'"* Cauchois-Lemaire ne me demande rien ; mais elle fait un si triste tableau de sa position que j'en ai l'âme navrée.

Je ne m'afflige pas lieaucoup moins quand je considère nofre situation politique et que je me vois condamné encore une fois à siéger pendant

(i) Alors directeur ijénéral des Archives: il est mort en i84o.

CORRESPONDANCE DE BÈRANGER 2^7

plusieurs mois dans une Chambre qui, pour les trois quarts de ses membres, ne m'inspire que du dégoût.

Adieu, mon cher Béranger, continuez de bien vous porter, et soyez plus heureux à Tours que je ne le serai à Paris. Mes deux femmes font aussi des vœux pour votre bonheur et me chargent de mille tendres amitiés pour vous. Adieu encore. Ne m'oubliez ni auprès de M^'" Judith, ni auprès du docteur Bretonneau. Je les prie l'un et l'autre d'agréer mes civilités les plus affectueuses. Rappelez moi aussi au bon souvenir des habitants de Bel-Air et de Petit-Bois.

Je vous aime et vous embrasse de cœur.

Dupont (de l'Eure).

Tours, 17 décembre i.SSg.

Mon cher ami,

j\I. Bacot a la bonté de se cliargcr de celle pelile lettre, qui n'est que pour m'inlbriiier de votre santé et de celle de votre famille. Je pense toutefois que votre bon collègue n'est pas près de vous la remettre. Vous n'êtes jamais des premiers arrivés à la (Chambre, et je sais bien pourquoi.

Après trois ans d'absence, nous avons revu liier M""" Bérard qui vient ici pour le mariage d'Edouard qu'on célébrera demain 18. La pauvre mère est toujours soufTrante et tiiste davoir laissé à Paris sa fille malade. Je crois qu'elle doit aller s'installer à Bourges, ce qui la réjouit peu. Elle aimerait mieux rester ici, et ce que je ne vous avais pas dit, parce qu'on en faisait mystère, c'est qu'il serait possible qu'ils eussent la recette de Tours, qui vaut sept ou buit mille francs de plus que celle de Bourges. Il ne s'agit pour cela que de placer aux

COKKESI'UNDAISCE DE BÉUANGER 2/19

environs de Paris M. André, titulaire actuel. J'ai écrit à Passy (Hippolyte) à ce sujet, et tout le monde paraît bien disposé.

Ceci me fait penser que M. de Longpré m'a écrit pour se recommander à vous. 11 paraît qu'il a remis l'ordre dans la conservation de Sainle-Ménéhould et qu'on lui en fait espérer une meilleure. Tout patriote qu'on soit, on veut avancer, et le digne homme le mérite. Parlez donc de lui à M. Calmon qui a fait des promesses d'amélioration à vous et au frère de M. de Longpré. Le moment paraît opportun. Un coup d'épaule de vous pourra faire avancer l'affaire, car il sait que M. Calmon a une grande déférence pour son collègue de l'Eure.

Vous êtes sans doute toujours chez le docteur Auzoux. Faites-lui mes amitiés, je vous prie, et n'oubliez pas de parler de moi quand vous écrirez à Rougepériers. Dites qu'on me trouve engraissé exlraordijiairement et qu'on prétend que cet embonpoint a commencé en Normandie.

Ne m'oubliez pas auprès de Charles, qui, sans doute, travaille d'arraché pied, sous les yeux de son bon maître, M. Levillain (1), au souvenir de

(i) Levillain, professeur à l'Ecole d'Etat-major, passait toules ses vacances chez Dupont de l'Eure, son ami : 11 donna des répétitions de mathématiques à Charles Dupont.

Levillain, qui est mort lieutenant colonel, s'est montré toute sa vie jirofondément attaché aux principes républicains.

qui je vous prie de me rappeler. Mes civilités affectueuses aussi à j\r'^ Marie.

Judith vous présente les siennes de tout cœur, el moi. je vous embrasse comme je vous aime.

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