DISCOURS DE GAMBETTA
Mes ciieus Concitoyens,
Nous allons nous retirer ; nous emporterons tous au fond de nos cœurs le souvenir et la leçon de cette fête, car ce n'est pas pour le vain plaisir d'élever des statues et de se livrer à la fraternité des réunions populaires que nous sommes ici ; c'est aussi pour faire sortir de ces concours de la reconnaissance nationale, non seulement un enseignement, mais le devoir impérieux de modeler notre conduite sur la
38o CORRESPONDANCE DE BÉRANGER
Lemaire et sa femme me chargent de toutes
conduite et l'exemple des hommes que nous prenons pour guide. , Applaudissements unanimes.]
Les statues que l'on élèverait à ceux qui ne les auraient méritées ni par la grandeur d'âme ni par les services rendus ne seraient que le signe de la décadence d'un grand peuple qui se donnerait le stérile plaisir d'avoir des grands hommes sans avoir de grands fastes ]'ive adhésion el applaudissements \. Aussi, entre tous les hommages qui puissent être rendus à un grand citoven, il n'en est pas déplus haut, de plus vivifiant, que celui qui s'adresse au plus vertueux parmi ses concitoyens Applaudissenienls), et nous pouvons bien dire aujourd'hui à cet anniversaire toujours cruel du 4 septembre, qui, bien qu'il ait été le libérateur à l'intérieur, a été aussi le signe de la chute militaire de la France, nous pouvons bien dire que si le pays ce jour-là a sombré, c'est que la vertu civiqiie lui avait fait défaut 'au jour de la nécessité historique. Mouvements, bravos el applaudissements prolongés cris\ : (Vive Gambetta.^
Oui, citoyens, et vous femmes qui assistez à celle cérémonie et qui êtes la meilleure part de la nation, car vous tenez dans vos mains l'avenir même de la pairie ( Lomjs applaudissements el acclamations\...
Songez devant ce bronze à l'enseignement qui en sort ! S'ils avaient été plus nombreux, les cœurs fermes, si elles avaient été plus nombreuses, les consciences droites, si la verlu et l'amour de la patrie, le goût de l'indépendance, le culte de la raison, le dédain des jouissances matérielles avaient été véritablement en possession de la race française, si de tels hommes avaient eu de nombreux pareils, ah ! je l'attesle devant l'histoire, nous rayerions la date du l\ septembre et nous n'aurions jamais connu que celle du i4 j"iljet 1789. Bravos répétés el longs applaudissements.
(7esl pour cela (ju'il est bon d'élever des statues à ceux qui n'ont jamais failli dans leur raison, qui n'ont rien cédé ni aux emportements ni aux exagérations de la foule, pas plus qu'au despotisme d'un seul, et qui, toujours suivant la
COUHESPONDAISGE DE BÉUAJiGER o8l
leurs amitiés pour vous et pour vos dames, que je vous prie d'embrasser pour moi.
voie (Iroile el rigoureuse qu'ils s'étaient tracée, ont, à travers les impopularités passagères conimc les acclamations enthousiastes, marché toujours d'un pas égal vers la conquête de l'idéal : la Justice et le Droit. [Bravos el applaudissements.)
Oui, voilà ce que signifie ce bronze et ce qu'il doit vous redire.
Et savez-vous ce qui m'enfle le cœur d'espérance ? C'est de penser que moins de dix ans après celte sombre catastrophe, il se trouve en France un simple chef-lieu de canton où il y a assez de cœurs généreux pour élever une statue à un noble fds de la t^rance el qu'il existe un gouvernement assez libre, assez soucieux de la moralité publique, pour s'honorer en envoyant ici le représentant de la justice au pied de la statue. (Applaudissements prolongés el adliésions unanimes.)
Qu'est-ce que cela veut dire. Messieurs? Cela veut dire qu'il faut persévérer dans la voie droite, c^u'il faut tenir compte de tout dans la vie publique, que la France n'est pas un canton, ni un faubourg, que la t^rance a derrière elle une histoire et devant elle un avenir. {Mouvemeui) et qu'il lui faut des citoyens qui soient véritablement fermes el résolus pour accomplir ses destinées. — Ces destinées, ne les remettons pas dans la main des hommes, des individus : Remettons-les dans les mains du peuple, du suffrage universel. S'il s'abandonne, tout est perdu ; mais s'il l'cste véritablement en possession de lui-même, tout est possible, et le possible, quand il s'agit de la France n'a pas de bornes. — L'histoire ne peut pas s'arrêter. — [Vive la Républiipie ! — Mouvement prolongé. — Applaudissements et acclamations. — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambetta).