‹ Lettres inédites de Béranger à Dupont de l'EureChapitre 9 sur 10 · DISCOURS DE CAZOT · texte numérisé non relu

DISCOURS DE CAZOT

Mes cheus CoNcrrovENS,

Appelé à mon tour à rendre hommage à la mémoire vénérée que nous saluons aujourd'hui, je trouve ma lâche sin-

COUUESPONDANCi: DE liERA^GEH

Au revoir, mon cher Dupont, et tout à vous de cœur.

Bkranger.

gulièremcnt facilitée et simplifiée. — La vie de Dupont de l'Eure est connue de nous tous. La tradition en a été transmise par les pères aux enfants comme un patrimoine commun de patriotisme, d'honneur et de vertu {Bravos prolongés'.

Tout récemment encore, dans une conférence que vous n'avez pas oubliée, elle nous a été racontée par l'un des honorables représentants de votre département, j'ai nommé M. Jules Dcvcllc. {Irl's bien ! très bien ! — ]lve adhésion.) Et après l'élocjucnt orateur que vous venez d'entendre, que pourrais-je ajouter que vous ne sachiez déjà !

Je ne suis pas venu ici pour retracer dans tous ses détails cette noble et longue carrière. Je suis ici parce que le gouvernement de la llépublique a tenu a cœur de participer à cette fête... {Applaudissenienls unanimes) — ]ive la liépublique!)... de participera celte fêle qui n'est pas une fête locale : c'est la fête des vertus civiques dans tout ce qu'elles ont de plus pur et de plus élevé ; — des vertus civiques telles qu'elles se sont incarnées dans l'austère citoyen dont nous inaugurons aujourd'hui la statue ^Applaudissements). — L'intégrité du caractère portée à sa plus haute expression voilà, en deux mots, Dupont del'rAuc.

Il a servi jusqu'à son dernier jour avec une fidélité inébranlable, un dévouement absolu, les principes de la llévolulion française que, dans son jeune enthousiasme il avait embrassés avec ardeur. Ce sont ces idées, ces principes de la Révolution, c'est l'esprit de 1789 qui l'ont inspiré dans tous les actes de sa vie et dans les diverses situations qu'il lui a été donné d'occuper. (^Bravos.)

Maire du Ncubourg dans les jours troublés de septembre 1792, il a su, par sa fermeté, en même temps que par sa modération, rétablir et maintenir dans ces contrées.

CORlU-:SPO\D.VNCE DE JiÉUANGEU o83

P.-S. — Remerciez M. Aiizoux de toutes les visites qu'il a eu la bonté de me faire.

la paix publique. — Administrateur du district de Louviers, il a tenu à honneur, sous le régime de la terreur, qu'une seule goutte de sang ne fût versée dans ce pays. (Vifs apidaiidlsseinents.)

Accusateur public devant le tribunal criminel d'Evreux. membre du tribunal d'appel de Rouen, Président du tribunal criminel d'Evreux, plus tard conseiller à la Cour d'appel de Rouen et puis Président à la Cour d'appel de Rouen, il sut apporter, dans ces diverses fonctions judiciaires, l'amour de la Justice, l'esprit d'indépendance, une haute impartialité, et ce courage civique qui ne l'a jamais abandonné. Ce courage civique qu'il a su déployer, comme on nous le rappelait tout à l'heure en face de Fouché, ce farouche proconsul de la terreur, devenu le ministre de la police de l'Empire, et qui lui avait imposé l'obligation de trouver des coupables là où Dupont de l'Eure a su trouver des innocents. [Applaudissements répétés.)

Envoyé dans vos assemblées délibérantes par la confiance de ses concitoyens, il s'y est montré l'intrépide défenseur des libertés publiques : il y a porté le culte du droit et de la justice et il y a constamment combattu l'oppression et la tyrannie ; il a résisté à toutes les tentatives rétrogrades avec la probité et l'énergie de son âme profondément républicaine. Tel on l'avait vu au Conseil des Cinq-Cents, au Corps législatif du premier empire, à la Chambre des Représentants, alors qu'en face de l'Europe coalisée, il protestait contre l'intronisation de tout gouvernement qui n'était pas fondé sur la souveraineté nationale et qui ne se serait pas incliné devant les conquêtes de la Révolution de 1789, tel on le vit dans les Chambres de la Restauration et de la monarchie de Juillet, toujours fidèle au culte du Droit et de la Justice. (ipplaudissements). Le premier ministère de la Monarchie constitutionnelle le coTnptc parmi ses membres comme garde

ob^ COUUESPONDANCE DE bÉRA>GER

des sceaux : il y était entré, cédant aux instances et aux pressantes sollicitations de ses amis, l'esprit plein de défiance envers le règne nouveau, séduit peut-être par la bonhomie d'un roi qui avait été sacré sur les barricades de Juillet, mais plein de dégoût pour l'esprit de cour, et acceptant par devoir et non comme un vain honneur, comme un poste de danger le pouvoir qu'il devait abdiquer le jour où son nom ne serait plus nécessaire pour couvrir l'impopularité du régime, impopularité qui s'annonçait déjà. ^ ApplaïuUsseinenls.) Ses col- Irgucs qui étaient dominés d'un autre esprit que celui de liberté, celui de réaction, virent dès le début quelle surveillant incommode ils s'étaient donné, lorsque Dupont de l'Eure, repoussant avec dédain la somme qui lui était oITcrte sous prétexte de frais d'installation, leur donna ainsi une haute leçon de désintéressement et de probité politique, j'ajoute de probité vulgaire, car c'est lui qui a dit : La probité civique ne se sépare pas de la probité politique. — [Applaudissemenls .) Et plus tard, un jour, le nouveau roi vit se dresser devant lui une conscience inflexible c^u'il reconnut incapable de défaillances et de compromissions lorsque, crovant avoir reçu un démenti de Dupont de l'Eure, celui-ci lui dit, comme on nous le rappelait tout à l'heure : « Sire, lorsque vous aurez dit oui, et que Dupont de l'Eure aura dit non, je sais bien lequel des deux la France croira. {Applaiidisseinents .)

Aussi, lorsque la monarchie de Juillet (|ue l'on avait présentée comme la conséquence définitive de l'Histoire de France eut succombé sous le poids de ses fautes, et fait place à cette belle forme de gouvernement cpii est la République, la forme essentielle et définitive de la souveraineté nationale, Dupont de l'Eure fut porté par l'acclaniation populaire à la présidence du gouvernement provisoire, de ce gouvernement qui s'est acquis des titres immortels à la reconnaissance publicjue par l'institution du suffrage universel, par l'abolition de l'esclavage aux colonies et par l'abolition de l'échafaud politique, Bravos répétés. Si Dupont de l'Eure n'a pas joué un rôle très actif, il a apporté du moins sa pure renommée, sa droi-

CORRESPONDANCE DE BÉUAiNGER 385

ture, sa probité, son civisme et son patriotisme. I! a été l'honneur de ce gouvernement provisoire ; il fut cependant plus tard repoussé des comices par ses concitoyens... Qu'on ne s'étonne pas de celte ingratitude et de cet oubli ; il n'y a que les hommes pusillanimes cpii puissent s'étonner de pareilles choses. Mais le jour de la réparation est aujourd'hui venu ! Que celte statue soit la statue vivante du devoir civique, delà probité et du désintéressement. Quelques jours après la Révolution de Février, l'illustre Arago, s'adressant au peuple assemblé, place de la Bastille, pour célébrer ses morts, disait après l'allocution de Dupont de l'Eure : « Vous venez d'entendre le langage de quatre-vingt ans de patriotisme et d'honneur ! » Moi, je vous dit : « Cette statue représente quatre-vingts ans de patriotisme et d'honneur ! Vive la République ! >) Bravos et acclamations prolomjh.)

it) oclobic i85i.

Mox CHER Dupont,

Je viens d'avoir une réponse définitive et malheureusement toute opposée à celle que je sollicitais pour votre neveu Mordret.

L'abandon que les conseils municipaux font des collè<j;es aux prêtres met hors de plan un nombre inlini de professeurs, que l'Université doit pourvoir avant tout. On en compte 2.")0 sans emploi et à qui, même dans les familles, on préfère, pour l'éducation privée, des instituteurs en soutane. Le chef du personnel au ministère de l'Instruction, malgré les sollicitations de Genin, malgré votre nom et le mien, ne peut donc procurer au jeune Mordret l'entrée dun collège pour faire les deux ans de slage qui lui sont nécessaires pour obtenir l'agrégation. Veuillez bien exprimer mon regret à j\l. votre beau fière. Assurez le que mon ami (ienin 1 ) a fait tout ce qu'il a pu auprès de son collè-

(i) Genin (^François) i8i)3-i856, cnUa, par l'appui de ittrc. au National, aprî's avoir quille l'École iioiiiiale el fait

CORRESPONDANCE DE BERANGER .^Oy

gue Lesieur (1). Il est resté convaincu de tout ce que celui-ci lui a dit, en lui vo3^ant faire la même réponse à M. de Croupilles pour un de ses protégés. Dites, je vous prie, de ma part à M. Mordret que si les circonstances deviennent meilleures, je serai tout à son service.

Tout le monde me demande de vos nouvelles. Je n'en ai guère à donner. M'^* Lemaire m'a dit pourtant que vous aviez été légèrement indisposé, il y a quelques temps. J'ai pensé que vos reins vous avaient encore un peu tourmenté, (^est l'automne qui aura fait sentir son influence. Je ne sais si c'est cette influence qui m'atteint; mais depuis un mois, je suis tout souffreteux d'un

quelques années d'enseignement à Laon et à Strasbourg. Il réunit en volume ses articles du Nalional où il resta jusqu'en février i848. Dès lors, il se consacra à de hardies et consciencieuses éludes sur les origines de la langue et de la littérature française. En i845, l'Académie lui accordait un prix pour son Lexique de la Lamjiie de Molière. Nommé, dans les premiers jours de mars i848, chef de la division des belles lettres au ministère de l'instruction publique, il était tout désigné pour intervenir dans le cas du «jeune Mordret ». 11 devait d'ailleurs quitter son emploi peu de temps après, au mois de mai 1862.

F. Genin, musicien distingué avait écrit la musique d'un ancien opéra de Sedainc : Onne s'avise jamais de toul, ([ui fut joué en i843, sur un poème totalement reformé par i'ianard.

Bibliographie : Edouard Gœpp ; Notice sur F. Genin, (Revue Française, du 10 juin i836).

(1) Lesieur. Chef de la i"'"'^ division des services généraux de l'Université, (instruction supérieure et instruction secondaire au ministère de l'Instruction publique et des cultes). — Ministre : De Parieu, député du Cantal.

388 CORRESPO^D.VNCE DE BERANGER

rhume de tête et de poitrine J'en ni eu la fièvre. Mais le régime va mettre fin à cette indisposition.

Je ne vous i)arlerai pas i)olili(]ue : car je pense que vous en êtes ennuyé comme moi. Les fortes têtes y perdent leur latin ; il y en a qui y perdent mieux que cela. Au reste, je nie figure que personne ne peut prédire le dénouement de Vimbroglio où nous voilà (1). Ce qu'il y a de plus sûr, c'est que les partis et leurs chefs se déconsidèrent à qui mieux | mieux]. Est-ce que la Uépul)li([uc ne finira pas par i)rofiter de tant de fautes? Souhaitons-le.

Présentez mes amitiés respectueuses à vos dames, que l'hiver va bientôt claquemurer ainsi que vous. Ah! combien je voudrais apprendre que vous avez, pour trois ou quatre mois, un pied-àterreau Xeuhourg, où il me semble que vous trouveriez plus de distractions, ainsi que M'"^ et M"M)upont. A notre âge, les distractions sont bien nécessaires. Quant à ces dames, qui n'en sentent pas encore le besoin pour elles, je suis certain qu'elles le sentent pour vous. Aussi m'en rapporté-je à leur tendresse pour faire ce qu'il y aura de plus convenable.

Adieu, mon cher Dupont, avec les respects de M"" Judith, recevez les témoignages de ma constante amitié.

Bérangeu.

P.-S. — Bérard et Béjot me chargent de toutes leurs amitiés,

(i) Aimable avougloinont du bon 13érangcr !

29 décembre (8"

Mon chkk Dupont,

M'"^ Mallard. que j'ai rencontrée hier aux Champs- Elysées, m'a appris que vous renonciez à venir passer quelques temps à Paris, comme nous l'avions espéré. Elle m'a donné de vos nouvelles et ce que j'ai craint est arrivé ; les événements politiques ont ébranlé votre santé. En efïet, vous avez trop de patriotisme pour n'en avoir pas souftert. Mais outre qu'on devait prévoir un pareil dénouement à tant de sottises faites de part et d'autre, vous devez voir trop loin pour ne pas convenir que nous avions encore besoin de cette leçon. Les sept millions de voix en sont la preuve. Nous finirons, je l'espère, par voir clair et par comprendre qu'aucune Constitution plus ou moins républicaine, plus ou moins libérale, n'aura de durée que lorsqu'on sera parvenu à organiser la démocratie, ce à quoi on pense fort peu et ce qui, je le sais, est une œuvre terriblement difficile, surtcut en France, où l'on a peu de tendances à la

ogO CORRESPO\D\NCE DE DERANGER

discipline et OÙ Ton a tant d'amour du nouveau.

Il n'en est pas de même des gouvernements qui nous pleuvent ; ils veulent tout refaire de l'ancien et c'est ce qui les perd.

Ne désespérons donc pas de notre pauvre France : ceux qui ont le pouvoir se chargeront de nous remettre sur la bonne voie.

En dépit donc des événements, mon cher ami, je vous envoie tous mes vœux pour l'année qui va commencer. Faites en part^ je vous prie, à vos dames, qui, je me le figurais, devaient vous accompagner à Paris, ce qui eut encore ajouté au plaisir de vous posséder ici. Je n'aurais pas eu besoin de vous charger de les embrasser pour moi, ce que vous voudrez bien faire, en les assurant de mon amitié respectueuse.

Je ne vous ennuyerai pas de tous les on-dil qui circulent. J'en eu beaucoup de connaissances très effarouchées : on commence à se rassurer. Toutefois, il reste beaucoup de monde en prison. On est venu ce matin me parler pour Arsène Meunier.

11 était, prétend-on, président d'un club électoral ; mais c'était avant le coup d'Etat.

Je crains de ne pouvoir lui être utile parce que je n'ai aucun rapport avec les gens de l'I-^lysée. Je verrai, si indirectement, il me serait possible de le tirer de peine. Si, en effet, Cartier (1 a fait beaucoup dans cette grande alïaire, il eut bien dû res-

(i) Carlier (1799-1858) avait été commissaire de police à Paris en 1829. C'est lui que le préfet de police Gisquet

CORRESPO^JDANCE DE DÉRANGER SqI

1er à la préfecture de police. Avec lui, j'aurais eu le moyen de rendre quelques services. Cela vous étonne peut-être que j'en parle ainsi ; mais je vous assure que de tous ces gens-là, c'est à lui à qui seul je m'adresserais avec confiance, la politique à part. Et encore, sous [certains^ rapports, a-t il en fait de police, la manche fort large.

Adieu, mon cher Dupont, ne vous découragez pas et soignez-vous bien.

Tout à vous et aux vôtres.

Déranger.

P. -S. — J'allais oublier devons transmettre les vœux et les respects de Judith.

Charles se plait-il toujours à Maubeuge?

chargea, de 1 83 1 à 1 833, des fonctions de chef de la police municipale.

Avant quitté radniiiiistrationjusqu'en i848, il y rentra à celle époque, rappelé par le prince-président à la fonction dethef de police municipale, qu'il occupa quelque peu avant d'élre nommé préfet de police. La plupart des mesures énergiques prises par le prince Louis-Napoléon furent exécutées par les soins de Carlier qui, pourtant, se démit de ses fonctions avant le coup d'Etat.

Sous l'Empire, il fut nommé conseiller d'Etat.

lo mars i852.

Mon cher Dupont,

Il y a l)icMî longlLMiips que je ne vous ai écrit ; mais que dire sur celle phase nouvelle de notre liistoireV Nos sentiments et nos principes ont dû nous porter à j)enser de même sur les événements et les hommes, sans avoir bien de nous recorder.

Dans ces derniers jours, j'avais compris l'abstention, quoique habituellement je la condamne, comme la meilleure protestation à faire. Et je ne sais quels grands politiques sont venus jeter une liste de candidats républicains qui ont enlevé '.)(). (!()() voix à cette protestation, qui. sans cette faute, eut [)orté à 200.000 le nombre de ceux qui se sont abstenus ; et on a de plus fourni au pouvoir le droit de dire : «Ils ont refusé de voter aussi bien pour vous que poumons », ce qu'on eut dû prévoir.

Combien j'ai été heureux, lorsque deux jours avant l'élection, j'ai vu dans les journaux que vous refusiez cette candidature. J'ai reconnu \à votre haute raison que les ans n'ont pu altérer ainsi que

CORRESPONDANCE DE BÉRANGER 3g3

nous le disions, hier, avec un de vos anciens admirateurs.

Tout cela n'a pu guérir votre mal de reins. Comment gouvernez-vous cette pauvre partie de vous-même? J'ai eu souvent de vos nouvelles^ mais assez vaguement. M™'' Mallard a la bonté de me communiquer celles qu'elle reçoit. C'est une bien excellente femme, pleine de courage. La pharmacie produisant peu, elle tente de donner des leçons pour ne pas surcharger son mari des frais d'éducation pour ses filles. Et elle fait tout cela avec une simplicité, une gaieté même qui, à nos yeux, ajoute au mérile d'une si honorable conduite.

Quant à moi, mon cher ami, je me suis porté assez bien, à un rhume de cerveau près, qui m'a forcé de recourir aux purgalions. Je vais tout à fait bien maintenant.

J'ai été très fatigué tous ces derniers trois mois, pour courir au secours de beaucoup de gens emprisonnés et menacés de déportation. Mes succès n'ont pas été grands. Je crains même d'avoir nui à ceux que je voulais servir. Qui n'est pas bien en cour est très peu puissant dans les ministères. Mes lettres et mes démarches ont abouti à fort peu de chose. Enfin, j'ai fait ce que j'ai pu. sauf de répondre aux avances qu'on a paru me faire en haut lieu. Le pauvre Meunier voulait cà toute force que j'allasse de ma personne ou par leltrcs demander sa liberté à l'Elysée. J'attends la décision qui sera prise à son sujet. Il est de la cinquième

Sg^ CORRESPONDANCE DE DÉRANGER

série des détenus d'Ivry. C'est celle qui est le moins menacée. Au plus mal, je l'espère, serait-il obligé de quitter le territoire pour un certain temps. Si peu que ce soit, ce sera toujours une injustice.

Adieu, mon cher Dupont ; ne me répondez pas,

si cela vous fatigue trop. Mais chargez-vous de

toutes mes amitiés pour vos deux garde-malades

que j'embrasse de tout mon cœur ainsi que vous.

Du fond de l'âme votre ami,

Béranger.

P. -S. — Judith me charge de vous offrir ses hommages.

Lamartine m'a beaucoup j)arlé de vous. Il est revenu bien portant, rajeuni presque. Il ne cesse de travailler : c'est un corps de fer (1).

Il était aussi i)our l'aljstenlion absolue.

(i ) Le Coup d'I'^lat avait rendu aux belles lettres le di'pulé Lamartine. 11 était ruiné. Les iS'onveUes Confidences venaient de parailrc ainsi que le Tailleur de pierres de Sainl-Puinl. (ira:ieUa allait partir à l'impression. L'Ilisloire de la Re^lauration et Vllisloire de In Turijnie étaient en chantier.

3() juillet i8,i2.

Mon cher Dupont,

M™^ Mallaid, s'étant chargée de notre correspondance, vous aura appris les causes du retard mis à notre petit voyage, malgré tout le plaisir que je me promettais de vous allez voir.

Ce n'est qu'à la fin d'août ou aux premiers jours de septembre, que nous arriverons, car j'espère bien que d'ici là, M"^^ Mallard aura trouvé une bonne à qui elle pourra confier ses enfants pendant son absence. Quant à moi, le temps s'est assez rafraîchi pour qu'on ne me défende plus de me mettre en campagne. J'ai eu grand peur d'avoir encore cette année cette vilaine fièvre des moissonneurs qui, il y a cinq ou six ans, m'a rendue si malade.

Je viens de passer deux ou trois jours hors de Paris, ce qui ne m'était pas encore arrivé depuis les grandes chaleurs, et je m'en trouve bien.

Et vous, cher ami, comment vous trouvez-vous?

396 CORRESPONDANCE DE RÉRANGER

Le lit a bien dû vous incommoder, pendant les jours caniculaires que nous avons subi.

J'ai vu dans les journaux que vous étiez mis à la porte de toutes vos lonctions publiques. Cela ne vous aura pas rendu plus malade. Pourtant j'ai regretté la mairie, car c'était une distraction pour vous et même un moyen de l'aire quelque bien, ce que vous avez toujours aimé. Mais c'était un bonheur qu'il vous eût fallu acheter trop cher.

M'"^ Lemaire ma chargé de vous dire combien elle regrettait que les lonctions d'inspectrice des salles d'asile rempéchent de vous aller rendre visite. Elle est à Paris, dans ce moment, mais elle va partir j)our l'inspection du département de l'Aisne : que n'est-ce celui de l'Eure 1

Je n'ai pas de nouvelles à vous donner autres que celles des journaux : Je ne vois presque plus personne. Lamartine est parti pour Màcon. Je crains que ses affaires ne soient pas en meilleur état. Il travaille à se tuer. Son (Avilisaieur (1) n'a malheureusement pas eu le succès qu'il enespérait. Quoique j'aille m'appauvrissant chaque jour, je ne changerais certes pas ma fortune contre la sienne : c'est vous dire assez sa situation.

11 y a de plus malheureux. J'apprenais dernièrement le sort d'une quinzaine de déportés en Algérie ; en vérité, cela fait horreur.

Manuel a été quelque temps à Paris : toujours bon garçon, malgré sa parenté ministérielle. Ce

\i) Le CivUlsalcur {i8b-2-i8bi] reciK-il de Iiio;.;rapliics destinées à renseignemeat populaire.

CORKESPONDANXE DE BÉRA>T.ER 3g~

qu'il Y a de triste à penser, c'est que de mauvais calculs ont réduit à presque rien la fortune avec laquelle il devait se retirer de son emploi et que l'on peut craindre qu'il n'en fasse encore de plus mauvais pour se relever. Tous mes amis se ruineront donc, en dépit de tout ce qu'on pourra leur dire !

Adieu, mon cher Dupont ; faites toutes nos amitiés à vos bonnes et aimables gardes-malades, et croyez-moi tout à vous de cœur.

Déranger.

[8 décembre iSôa.

Je sais, mon cher Dupont, que les leltrcs vous importunent un peu, parce que vous vous imposez de répondre à toutes; aussi me gardè-je bien d'augmenter inutilement le nombre de vos correspondances. Jai d'ailleurs assez souvent de vos nouvelles. Mais voici une nouvelle année qui approche et je ne veux pas renoncer au plaisir d'être un des premiers à vous la souhaiter aussi l)onne que l'époque actuelle peut le permettre. Puissent vos douleurs de reins vous laisser un peu de repos, et la tendresse de ceux qui vous entourent vous encourager à en supporter la durée, car malgré vos 8() ans, votre puissante constitution vous promet encore bien des années. C'est le cas de vous raconter la surprise que j'ai éprouvée à mon dernier voyage. Tout ce que j'avais entendu dire de vos soulfrances m'avait tellement impressionné que lorsque je vous aperçus au Neubourg. sur le pas de la porte de votre neveu, mon cœur bondit de joie, de lire sur votre visage les signes

GORRESPOISDANCE DE BÉRANGER SqQ

d'une force et d'une vitalité auxquels j'étais si loin de m'attendre.

Je dis sur le champ à M"'' Mallaid : a Dupont vivra plus longtemps que moi. » Et je le crois encore, mon cher ami. Arrangez-vous donc de ma prophétie et recevez tous mes vœux de nouvelle année^, accompagnés de plusieurs autres, comme disaient nos pères.

Le pauvre Audry (1 ) ne l'a pas fait si longue. Peut-être s'il eut eu vos maux de reins, ne serait-il pas parti si tôt. Je ne sais pas, au reste, ce qui a déterminé sa fin. M. Laprée vous en aura sans doute parlé. Il avait eu de beaux et honorables moments dans sa vie. Il ne pouvait pourtant porter ses regards en arrière avec la satisfaction que vous devez éprouver quand vous repassez votre longue et honorable carrière, et que vous pensez à la mémoire que vous laisserez après vous. Sa ruine et le malheur de tous les siens ont été l'ouvrage de son aveugle entêtement, en dehors de tous les événements politiques, quoiqu'on ait voulu dire. Il a eu même un bonheur unique ; son parti n'a pas été ingrat. C'est à ma connaissance le seul exemple d'un acte de reconnaissance de ce genre.

En vous envoyant mes vœux pour 53, je vous

(ij Audry de Puyravault venait de mourir. Doyen d'âge de l'Assemblée Constituante de 18/48, il n'avait pas été réélu à la Législative. Il eut le mérite, après 1821, de faire la plus vive opposition à la monarchie légitimiste et d'être, autant dire le seul, pendant des années, à oser affirmer, du haut de la tribune : « Je suis républicain. 0

prie de faire part de ceux que je forme pour \Iine Dupont et pour M"^ Pauline qui se sont montrées si aimables pour moi pendant le temps que j'ai passé chez vous, malgré tout le dérangement que je leur ai sans doute causé, bien que la bonté de leur accueil ne m'ait pas permis de m'en apercevoir.

Dites à M"° Pauline que j'ai assisté comme témoin au mariage de son ami Trélat, qui m'a paru au comble du bonheur, ce que me confirment les lettres que je reçois du mari et de la femme, lettres datées de Xaplcs. A peine Vite missa est était prononcé, que le nouveau couple, béni par le curé de la Madeleine, est parti en poste pour l'Italie, d'oij l'on ne sait quand il reviendra.

Adieu, mon cher Dupont, embrassez pour moi ces dames et croyez-moi, pour la vie, tout à vous de cœur.

Béranger.

P.-S. — Judith me charge de ses vœux et de ses respects.

lo août i853.

Mon cher Dupont,

On m'a si souvent dit que rien ne vous fatii^uait plus que d'écrire, que malgré le désir que j'avais de me rappeler à voire bon souvenir, je m'abstenais de m'adresser à vous pour avoir directement de vos nouvelles.

On m'assure aujourd'hui que vous avez un secrétaire dévoué et très apte à remplir de pareilles fonctions. Je me hasarde donc à m'informer à vous-même de votre état de santé. Toutes les personnes qui ont été vous voir depuis près d'un an se sont empressées de mapporter de vos nouvelles, sachant bien qu'on ne pouvait me faire de plus grand plaisir. Martin de Strasbourg, entre autres, est celui qui m'en a donné les meilleures. Il m'a paru surpris, malgré vos maudits reins, de tout ce qu'il a trouvé de force en vous et de la parfaite conservation de votre ferme intelligence. Ceci ne pouvait me surprendre, moi, qui depuis si longtemps, suis habitué à la droiture de votre haute

a02 CORRESPONDANCE DE BERANGER

raison el à votre durable jeunesse de cœur. Je consentirais bien à aller jusqu'à votre âge, si j'étais sûr d y conserver les avantages qui vous sont accordés. Malheureusement, je vieillis beaucoup ; si les jambes sont encore assez bien, il n'en est pas de même de l'esprit et de la mémoire. Je décline furieusement selon moi. Qu'y faire? Se résigner. Croiriez-vous que depuis près de deux ans. je n'ai pas fait de chansons, moi, qui espérais mourir en chantant? J'en ai du regret. Le i)ublic s'en consolera facilement, mais j'y perds ma plus douce distraction. 11 est vrai qu'on m'en donne un grand nombre d'autres : je n'ai jamais eu plus d'aftaires, grâce aux proscriptions, aux emprisonnements et surtout grâce à l'idée qu'on se fait de ma fortune. Tout le monde s'obstine à croire quelle s'accroît à chaque édition que fait mon libraire; vous savez qu'il n'en est rien. Ajoutez que ceux qui me doivent ne me payent pas et jugez s'il m'est facile de répondre à toutes les demandes qu'on m'adresse, quelque bonheur ([ue j'y trouverais. Je m'en tire le mieux que je puis.

Ce dont j'aurais besoin, c'est de repos. Oh 1 que je voudrais être au fond d'une paisible retraite! Mais il est écrit là-haut que je ne mènerai jamais une vie à mon goût. Résignons-nous donc encore l)our cela. Pour comble de peine, les migraines, ces désolations de mon existence jusqu'à r)5 ans, me reviennent, avec des variantes (jui les rendent plus désagréables.

coimnspoNnwcE de béka>'Gi:r 4o3

Beau retour de jeunesse! heureusement que tout cela n'altère pas trop mon humeur et que je sais rire encore et faire rire les autres.

Il y a longtemps que je n'ai vu M'"'' Mallard, son mari m'a dit qu'elle se portait bien. J'avais promis de l'aller voir à Sèvres, mais je ne sors plus de Paris. Toutefois, si je le puis, j'irai causer de vous avec elle.

Lamartine est en Bourgogne un peu mieux portant, se tuant à faire volume sur volume et ne parvenant pas à sortir de ses embarras financiers.

;\jme i^cmairc continue ses inspections, mais, à son grand regret^, dans des départements trop éloignés du vôtre.

Judith me charge de ses respects pour vous. Maintenant, ayez la bonté de me rappeler au souvenir de l'excellente M"" Dupont et recommandezmoi, je vous prie, à votre aimable et spirituel secrétaire.

Adieu, cher ami, ne m'oubliez pas plus que je ne vous oublie.

A vous de cœur,

Béranger.

P.-S. — Bérard et Béjot, ainsi que Manuel, m'ont chargé aussi de toutes leurs amitiés 1).

(i) A celte lettre, Dupont de l'Iuire répondit de sa sa main :

L\0'\ CORRESPONDANCE DE BERVNGER

Rougepcriers, uj août i85a.

u Merci mille fois, mon cher Béraniïer, de votre bonne et all'ectueuse lettre du lo de ce mois. Déjà je l'ai lue plusieurs fois, sans pouvoir encore y répondre, parce que, quoiqu'on disent ceux de vos amis qui vous parlent de moi, je soulïre toujours beaucoup de mes vieilles douleurs et j'éprouve une difficulté d'écrire toujours croissante, même avec le secours d'un secrétaire. Assurément j'aime toujours tendrement mes amis et particulièrement vous, mon cher I3éranger, et j'ai pourtant à peine la force de vous dire que mon cœur est encore le même ; et voilà la véritable cause qui m'empêche de vous écrire aussi souvent que je le voudrais.

(( J'ai du moins de vos nouvelles par des amis qui sont heureux comme moi de vous savoir en bonne santé et sont loin de croire que vous vieillisse/, comme vous le dites, soit par l'esprit, soit par la mémoire. Permet tez-moi, cher ami, d'être de l'avis de ceux qui disent que vos jambes ont encore une grande force locomotrice et qu'il en est de même chez vous de l'esprit et de la mémoire, dont en ell'et rien n'annonce l'allaiblissement.

(( Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de plusieurs de nos amis et particulièrement de Lamartine, de Bérard et de Béjot, et aussi de M'"" Cauchois-Lemaire, Alallard et M"" Judith, au bon souvenir desquelles je vous prie de me rappeler.

« Ma femme et ma hlle, très sensibles à ce que vous me dites d'amical et de gracieux pour elles, me chargent expressément de vous parler aussi de leurs tendres sentiments pour vous.

i( Adieu, mon cher Bcranger, conservez-moi toute votre amitié cl croyez toujours à celle que je vous ai vouée.

(( Tout à vous de cœur

Lettre sans date, portant mention que Dupont de l'Eure y repondit le 8 décembre i853.

Cher et excellent ami,

Nous avons été quelques heures très effrayés par les nouvelles quon nous avait données de votre santé.

Aussi, ai-je couru hier, chez le docteur Rostan (1). Grâce au ciel, il nous a promptement rassurés. Et quand il s'agit de vous, vous savez quil n'est pas homme à juger légèrement des symptômes qu'il explore.

Je l'ai trouvé vous traçant une ordonnance dont la lecture eût suffi pour me rassurer.

Je me suis empressé de communiquer la bonne nouvelle à tous nos amis et je viens me féliciter avec vous, comme je l'ai fait avec eux, des signes de durée que le docteur a remarqués dans votre forte constitution, en dépit de vos maudites dou-

( \) Rostan (Lcon-Louisl, né à Saint-Ma\imin l'Var), le i6 mars 1791, moit à Paris, le 4 octobre 1866.

'jo6 CORRESPONDANCE DE BÉRANGER

leurs. Oh ! notre cher doyen survivra à hien des hommes et à bien des choses.

Notre pauvre Arago na pas si bien fait (1 s Nous en parlions tout à l'heure avec l'excellent Goudchaux, quon a tourmenté ici, mais qu'enfin, je l'espère, on laissera tranquille. Quant à la sous-

(i) A la snite de la mort d'Ara2:o, (2 octobre i853), Dupont de l'E' rc reçut la lettre suivante, siirnée dEmniaiiucl, lils du défun :

(( Bien cher et vénéré Monsieur Dupont,

« Depuis le 2 octobre, date fatale pour moi, depuis lo jour où j'ai tenu mon père mourant entre mes bras, je n'ai pas eu la force de prendre une plume et d'écrire. J'écris, et c'est à vous que je m'adresse d'abord, à vous cjue mon père aimait tant, (pi'il aurait tant voulu revoir encore une fois avant de tout quitter ; et, du fond du cœur, pour les miens et pour moi, je vous remercie de la lettre que vient de nous porter notre ami >\"aircr(lin. Si quelque cliose au monde pouvait atténuer la dmilcui- qui me brise, ce serait à coup sûr le témoignage précieux de votre bonne alfection. Merci encore, merci, et permettez-moi de vous embrasser comme je vous aime

« A vous de cœur et d'âme.

« ExiMAM ICI, Arago.

A l'OIiscrvatùiic, 8 ocloJjrc iSâ.'^.

l'ioureiis, secrétaire per|)étviel do l'Académie des Sciences, prononra les paroles suivantes aux funérailles d'.Arago : « Intelligence étonnante, née pour embrasser l'ensemble des sciences et pour l'agrandir, et dans laquelle semblaient se réaliser, en quelque sorte, la noble mission de l'Académie des Sciences et sa devise même, de découvrir, d'inventer el de perfectionner : Invenit et perfecil. »

criptioii pour les proscrits, on n'en souffrira pas la reprise. Celle du tombeau d'Arago ne me semble pas aller vite. A ce sujet, croiriez-vous que la famille n'a pas voulu qu'on mit dans le comité le nom de Lamartine ? C'est pousser la rivalité un peu loin. Si le mien s'y trouve et sans raison, selon moi, c'est qu'il m'a fallu céder à une députation, qui a insisté pour l'avoir. Il me semble y faire une figure ridicule, au milieu de tous ces noms politiques ou de savants. Celui de Lamartine y eût été à sa place.

M""" Lemaire, qui revient du Nord et Manuel, qui est ici pour affaires, me chargent de toutes leurs amitiés. Faites bien les miennes, je vous prie, mon cher Dupont, à vos bonnes gardes que nous bénissons pour leurs bons soins.

J'ai vu M™^ Mallard, il y a huit jours; elle était bien portante.

Ma santé est assez bonne aussi et peut-être serait-elle meilleure, si je n'étais toujours accablé d'aff"aires.

Mes vieilles jambes commencent à ne plus suffire aux courses dont on me charge.

Adieu, cher et excellent ami, croyez que je ne passe pas de jour sans penser à vous. De tout cœur et pour la vie, votre dévoué,

Béranger.

P. -S. — M"*^ Judith vous présente ses hommages.

28 décembre iS53.

Mon cher et' excellent ami,

Je n'aUcndrai pas la Saint-Sylvestre pour vous envoyer mes vœux de nouvelle année. J'en crois Rostan. J'aurai encore bien des fois à vous renouveler de pareils souhaits; c'est ce que j'annonce à tous nos amis. J'en ai réjoui Lamartine, de retour à Paris, qui ma cliargé de l'expression de toute son amitié; Brelonneau qui arrive, me demande aussi des nouvelles de votre santé. Quant à Lamartine qui vient assez souvent dîner ici, il se tient au courant de tout ce qui vous regarde. Paris ne rend pas aussi oublieux qu'on semble le croire. Je n'ai pas besoin de vous dire que Hérard nous parle bien souvent de vous. Il est un peu plus allant que vous, mais il ne semble pas que sa tète soit aussi solide que sesjambes, bien qu'il trél)uclie assez pour efTrayer ses amis. Manuel, pour le moment à Paris, m'a chargé de ses respects pour vous. 11 marche bien mal aussi ; depuis la rupture de ses deux tendons d'Achille, il lui faut recourir sans cesse aux voilures.

Vous le voyez, moucher ami, il n'est besoin du nombre de vos années pour être obligé de garder le gîte.

J'ai en le besoin dernièrement d'aller voir notre archevêque qui voulait me venir trouver à mon quatrième étage, pour répondre à une demande que je lui avais faite en faveur d'un pauvre enfant de polonais. 11 s'est informé aussi de voire santé avec un vif intérêt. J'aurais voulu qu'il s'en tint là. Malheureusement, il m'a parlé de certaines chansons dont le clergé s'ofhisque 'non des gaillardes : on me les pardonne). Il eut voulu obtenir de moi que je fisse une édition avec la suppression de mes couplets hérétiques. J'ai tâché de lui prouver que cela ne se pouvait et j'ai été amené à lui faire une profession de foi qui a dû lui prouver que, malgré ma résistance, j'avais une foi au moins aussi solide que la sienne, quoique fort différente. Nous ne nous en sommes pas moins quittés bons amis. Gardez cela pour vous.

M""" Lemaire est revenue enchantée des politesses et des complaisances de Charles. Elle fait son nouveau métier admirablement. Elle voudrait être envoyée dans lEure ; elle prétend qu'elle me forcerait à y faire aussi une tournée. Ce serait un miracle, mais elle s'en croit capable: nous verrons bien.

On nous avait parlé d'un voyage de vous à Paris, mais M"'^ Mallard, que je n'avais vu depuis longtemps est venue hier m'enlever cet espoir. Je conçois que nos grands froids vous aient détourné de ce projet qui eut si charmé nos amis.

aïO CORRESPONDANCE DE BKUANGEU

En atteiidaiit le retour du printemps, recevez le témoignage de toute ma vieille amitié ; faites l'hommage de mes vœux à vos deux gardes fidèles et tendres et, croyez-moi, mon cher Dupont, pour la vie, votre tout dévoué de cœur.

Bérangeu.

P.-S. — J'allais oublier de vous offrir les vœux et les respects de Judith (jui m'a recommandé de la rappeler à votre souvenir (1).

(i) A celle lellrc, Dupont de l'Eure répondit :

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