LE! TRES INÉDITES
en SCS JLigcmcMits sur le lait de la paix et du mariage ? Pour moi, qui ne suis pas si subtil, j'étais dès Lyon aussi assure de Tun et de Tautre que je le suis aujourdMiui, dès la première conférence que j'eus avec M. dePimentcl. Les grands hommes sont les plus sujets à se tromper. Je voudrais bien voir le discours qu'aura fait M. votre beau -frère quand il aura porté le traité au parlement. Vous avez vu que je lui ai tenu parole.
Blanc m'a écrit sur l'assassinat qui a été commis en sa personne. Je vous prie de lui dire et à tout le monde que je ne suis pas d'humeur ni en volonté de protéger aucune violence ni mauvaise action. M. de Saint-Pierre ferait bien, s'il suit mon conseil, de tâcher à retirer son argent de sa charge. On m'a dit que le pays s'oftre de le rembourser. M. de Châteaudouble m'a parlé de quelque pensée, que M. son père vous expliquera. Je l'ai assuré que j'y contribuerai volontiers en ce qui peut dépendre de moi.
A Berni, ce i3* août 1660.
Votre dernière est du 4!^ du courant. Je l'ai reçue avec Tordre du sieur de Gourville que je vous avais demandé, dont je vous rends mille grâces. Vous trouverez ci-joint le récépissé que vous avez désiré. Je l'ai déchiré, afin qu'il n'en puisse arriver d'inconvénient si le paquet s'égarait.
Je me réjouis de l'arrivée de mon cousin ^ auprès de vous.
(i) Joachim de Lionne.
nr HUGUES DE iJONNi:. • 149
J'étais en inquiétude qu'il put être tombé malade en chemin.
Il n'appartient pas à un chacun de se mêler de faire le poète. Je n'ai jamais vu des vers plus plats que ceux du poème qu'a voulu brouillasser mon cousin Servien '. Il ne sait pas même les premières règles de Fart. Ne lui donnez pas le déplaisir de lui dire rien de ce que je vous en écris : peut-être le manderai-je moi-même en ami.
Mgr le cardinal se porte de bien en mieux. J'ai visité M. et Madame de Chevrières et Madame de Rochefort ^. Le sieur avait pris médecine et je ne le vis pas. Ce sera pour une autre fois.
A Paris, ce 17^ septembre 1660.
J'ai reçu votre lettre du S*' du courant et été ravi d'apprendre l'affermissement de la santé de mon père et sa constance dans sa première résolution de nous venir voir. Ce ne sera jamais sitôt que je le souhaite. Nous allons la semaine prochaine faire un voyage à Compiégne et à La Fère de quinze ou vingt jours. Je souhaite passionnément que le temps de votre arrivée soit celui de notre retour. Cependant cela ne doit point retarder votre venue, car je reviendrai
(i) Abel, président à la Chambre des comptes de Pignerol.
(2) Madame de Rochefort, femme de Louis de Rohan, duc de Montbazon , pair de France, grand-veneur, mort en 1667.
I 5o I.ETTRES INÉDITES
pour VOUS recevoir quand j'apprendrai votre approche, et cela se peut assurément en un seul jour en un carrosse de relais.
Ma cousine de Varces ^ m'a écrit et me conte dans la fin de sa lettre une prière d'agréer que son fils accompagne ici mon père, pour épargner, dit-elle, la dépense du chemin et manger quelque temps à sa table. Je vous jure que j'ai toute la compassion possible de l'état où elles sont (sic), mais je vous prie de détourner ce comparse, que, entre vous et moi, aux affaires que j'ai, je n'ai pas besoin d'avoir toujours devant les yeux des objets changeants et qui le sont encore davantage à cause de la parenté, quoiqu'on les aime, parce qu'on ne veut pas toujours dire qu'on désire d'être à soi. Il y a longtemps que je ne l'ai vu*, mais il me semble qu'il n'a pas la présence trop avenante, ni la conversation fort charmante, et il ne se peut, en toutes façons, que je n'en fusse embarrassé, soit qu'il vînt avec mon père, soit qu'il voulût venir seul, sous prétexte de me solliciter, ce qu'il faut empêcher également. Vous pouvez assurer ma cousine que je n'ai point besoin de sa présence pour songer à lui, et que je ferai mon possible pour lui trouver quelque trou ou pour lui faire donner quelque petite pension sur quelque bénéfice, qui lui donne moyen de couler le temps avec moins d'incommodité qu'il ne fait.
Tout ce que M. Aimé me portera de votre part, je m'emploierai avec chaleur pour le faire passer à M. le chancelier, et il faudra qu'il soit bien extraordinaire si je ne l'obtiens. Mais, comme je n'entends pas ces matières-là, il me faut mâcher les morceaux, et je réponds quasi que je les ferai avaler.
(i) Madeleine, fille de Jean-Baptiste de Franc et d'Isabeau de Lionne, maiiée à Joseph Briançon de Varces.
nr: htgues de lionne. i5i
Je pense pouvoir dire que j'aurai la charge de chancelier de la reine. Une oflre qu'on a faite de 200,000 écus, qui est une pure folie, m'a donné quelque embarras, quoique Son Eminence, après cette offre même, a continue à me presser de la prendre en pur don de lui-, car il y a longtemps que le roi lui a donné toutes les charges de la maison de la reine. Mais je n'ai pas cru devoir accepter une si ample libéralité, ni lui causer, pour mon intérêt, un si grand préjudice. Il m'en coûtera une somme assez considérable, mais j'espère que le roi me dédommagera d'ailleurs.
Du 22= septembre 1660.
Cette lettre, que j'aurais écrite dès l'ordinaire passé, étant demeurée sur ma table, parce que je couchai à Vincennes le jour qu'il partit, j'y ajoute une expédition du roi que mon père m'a demandée pour un capitaine du régiment de Sault, de ses amis.
Vous lui écrirez aussi, s'il vous plaît, si déjà vous n'êtes ensemble, qu'il avait eu un bon avis que les compagnies
de ^ seraient envoyées à Gap. Tout ce que j'ai pu ob-
tenh' a été qu'il n'y en ira qu'une des deux, ce que M. Letellier m'a promis ce matin.
Quant à la charge de chancelier de la reine, la chose a changé de face, parce que je Tai désiré de la sorte. Le roi me donne 100,000 écus comptants et je la laisse vendre ce que les fous, qui n'ont pas les entrées et les avantages que j'ai d'ailleurs, en voudront donner. J'ai considéré que cette charge ne me relèverait en rien au-dessus de ce que je suis*, qu'il fallait donner d'abord 200,000 francs ou bien près aux
(i) Lacune dans le manuscrit.
LETTRES [NEDITFiS
héritiers de M. de Bourdeaux; qu'elle ne vaut que 7,000 francs de gages ou d'appointements, et qu'elle peut se perdre par trois morts. Enfin, j'ai considéré que 100,000 écus comptants sur le prix de la charge étaient un présent assez honnête pour une seule fois et qu'il valait mieux les prendre que si j'en donnais 100,000, parce qu'elle m'eut tenu lieu
de 200,000 écuset qu'à moins de trouver des fous qui '
à la cour, à quelque prix que ce puisse être, la charge n'en vaut pas 100,000, comme en effet M. de Bourdeaux n'en a payé que 60,000 ^.
A Paris, ce iG" novembre 1660.
Je suis en peine de n'avoir point de vos nouvelles il y a longtemps, ni de ce à quoi se sera enfin déterminé mon père. Cependant j'ai cru vous devoir informer comme mon oncle l'ambassadeur ^ me presse par ses dernières lettres de ménager ou que le traitant reprenne son péage de Saint- Saphorin ^, en le remboursant raisonnablement pour le faire
(i) Lacune dans le manuscrit.
(2) Il ne faut pas confondre cette charge de chancelier de la reine, femme de Louis XIV, avec celle de secrétaire des commandements de la reinemère, que Hugues de Lionne avait cédée, en i653, à Montigny-Servien , pour acheter l'office de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint- Esprit.
(3) Ennemond Servien, ambassadeur en Savoie.
(4) Le péage de Saint-Symphorien-d'Ozon sur le Rhône appartenait en 1233 au seigneur de- Beauvoir de Marc. Il était affermé en i365 pour la somme de 770 florins et fut vendu le 3o août i638 par les commissaires du roi.
DK HUGl'MS 1)1-; MONN'i:. i53
révoquer comme les autres, ou que je lui fasse obtenir un arrêt du conseil qui ordonne au commissaire du Louvre de lui en passer contrat de vente sur la quittance qu'il a de l'épargne, comme il a été pratiqué en faveur de M. du Passage pour Saint-Georges ^ et pour d'autres, présupposant que quand MM. les commissaires de Dauphiné nommés par S. M. pour l'aliénation des doublements des péages ne se trouveraient pas révoqués facilement, comme ils le sont, par redit de révocation desdits doublements, on pourrait obtenir ledit arrêt, et ne doutant pas, comme je n'en doute pas aussi, que les commissaires du Louvre ne lui fassent grâce entière de leurs droits, la lui ayant déjà faite ci-devant en une autre rencontre, au lieu que Messieurs vos compatriotes prétendent de tirer de lui i i,5oo livres dudit doublement, quoiqu'en l'année i638 Messieurs les commissaires n'aient pris que 3,i5o livres pour l'aliénation de l'ancien, qui était aussi solide et assuré que le doublement l'est peu et qui d'ailleurs est de plus grand revenu, parce qu'il s'exige sur les sels, ce"qui n'est pas pour le doublement. Cela lui sera d'autant plus dur, à ce qu'il dit, et que je le comprends fort bien, que, perdant déjà une grosse somme qui lui était due à l'épargne, qu'il a employée pour cette acquisition, outre une somme considérable d'argent comptant, on lui en ferait payer de surcroît des droits excessifs pour aggraver sa perte, et comme je prévois qu'il me sera difficile de me défendre de le servir en cela pour l'obtention dudit arrêt, et que d'autre part j'ai toute la considération que je dois pour Messieurs les commissaires de Dauphiné, j'ai cru qu'ils voudraient bien me faire la grâce de modérer leurs droits à ma suppli-
(i.) Olivier de Saint-Georges, baron de La Roche, commandant en Poitou, mort en 1704.
l54 LETTRHS INÉDITES
cation très-humble, par votre entremise, à la même somme de 3,i5o livres, tous droits compris des intendants des Chartres, qui fut payée en i638 pour Fancien, et que par ce moyen, si mon oncle n'avait son entière satisfaction, il serait au moins soulage et mesdits sieurs les commissaires auraient les mêmes droits qu'ils avaient en iG38. Quand ces Messieurs sauront, par votre moyen, que ceux de Toulouse, oij mon oncle n'a ni parents ni amis qu'il connaisse de vue, ont beaucoup modéré leurs droits en son affaire de Lemol , possible qu'ils n'en voudront pas faire moins, étant presque tous nos parents et les autres nos amis et tous compatriotes ou ses confrères-, ce qui n'était pas d'ailleurs de plus. C'est leur propre avantage, car il proteste qu'il se laissera plutôt écorcher que de rien payer dans l'incertitude où il voit cette affaire particulière et les autres générales de cette nature. Il dit même qu'on pourrait le blâmer de folie s'il en usait autrement, et que la plupart de ces Messieurs mêmes ne lui voudraient pas conseiller, s'il leur en demandait leur avis en particulier. C'est ce qui l'oblige à se plaindre extrêmement, et ce me semble avec raison , de ce que ces Messieurs parlent de s'en faire payer sans attendre qu'il levât son contrat, quoique, en terme de justice, il ne leur soit dû aucun droit, pour légitime et modéré qu'il soit, que lorsque l'acquéreur lève le contrat. On a laissé jouir paisiblement le traitant de tous les autres doublements sans le troubler, sous prétexte de leurs droits, à ce qu'il m'assure. A la vérité, il me semble qu'il y a beaucoup de rigueur de le traiter plus mal pour celui de Saint-Saphorin, puisqu'il en jouit aussi sous le nom dudit traitant. Je vous dis succinctement toutes ces raisons, qui me semblent bien fortes, afin qu'il vous plaise de choisir les meilleures et d'en rendre capables ces Messieurs, qu'il me proteste d'avoir toujours honorés et servis en tout ce qu'il a pu, sans jamais en avoir désobligé
DF HrGUFS DE LFONNF. l55
aucun. Je sais combien vous êtes son ami ei combien il le croit : ce qui me fait juger que vous aurez plaisir de vous employer en cela pour la satisfaction commune avec votre prudence accoutumée, et de me sortir, en mon particulier, de ce fâcheux pas, en quoi vous rendrez autant d'office à Messieurs les commissaires qu'à lui^ car vous jugez bien que ni M . le chancelier ni M . le surintendant ne me refuseront pas tous les arrêts que je leur demanderai pour si peu de chose et où le roi n'a aucun intérêt. Cependant j'en serai en mon particulier extrêmement obligé auxdits sieurs commissaires et à vous ^
A Paris, ce 3^ décembre 1660.
J'ai reçu votre lettre du 21^ du mois passé, qui ne m'a rien appris que ce à quoi je m'attendais déjà, qu'il ne vous réussirait pas de faire démarrer mon père avant l'hiver. J'aurais été ravi qu'il eût pu se résoudre à venir dans l'automne, mais, dès que j'ai vu la mauvaise saison arrivée, j'aurais été très-fâché qu'il eût hasardé un si long voyage en l'âge où il est, et, ne recevant pas de vos nouvelles, j'étais déjà en grande inquiétude qu'il ne se fût mis dans ce risque, qui sont des fautes qu'on ne fait pas deux fois en sa vie, quand on est si avancé dans sa course. Je suis seulement fâché de la longue pénitence que vous aurez faite dans le
(i) Deux arrêts du Conseil, des 3i janvier i633 et 21 avril 1664, réglèrent les pencartes des péages qui se levaient sur l'Isère et sur le Rhône.
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séjour de Gap, qui n'est pas, à mon sens, fort charmant pour qui.a ses aflaires et ses divertissements ailleurs. Je voudrais bien qu'il vous eût plu de me mander, et je vous prie encore pour satisfaire ma curiosité, sans autre dessein, le détail des belles affaires qu'a faites Dupré ^ et en quoi consiste présentement le travail que mon père se donne la peine de faire.
Je n'ai point encore vu ici M. de La Berchère. Il a pris la peine de venir deux fois céans sans m'y rencontrer et je ne sais pas son logis. Je m'en informerai demain de quelquesuns de nos Dauphinois.
J'ai fait donner une pension de 2,000 francs à mon cousin de Champfagot sur l'abbaye de Saint-Sulpice *, qui avait été promise à M. de Montholon ^ avant que j'eusse aucun avis de la vacance.
J'ai déjà touché 80,000 écus de ce que le roi m'a donné pour la charge de chancelier de la reine, quoiqu'elle ne soit pas encore donnée ou vendue; les 20,000 autres sont assurés. Je vous prie de le mander à mon père et d'y ajouter de ma part qu'il n'a pas besoin de se crever le peu qui lui reste de vue à chiffrer ^.
Mon cousin de Varces est arrivé ici lorsque j'y pensais le moins. Je travaille à lui trouver quelque place où pouvoir subsister-, mais j'appréhende qu'avant que l'occasion en arrive son argent ne lui manque.
(i) Ce Dupré était régisseur des biens et des revenus de l'évêque de Gap. Sa probité laissait, paraît-il, fort à désirer.
(2) Il y avait alors quatre abbayes de Saint-Sulpice.
(3) François de Montholon, d'abord avocat au parlement de Paris, conseiller d'État en 1645, mort en 1699, à l'âge de 79 ans. 11 avait épousé Louise Lasnier.
(4) L'évêque de Gap s'occupait en effet beaucoup de mathématiques et, entre autres problèmes, de la Lunule d'Hippocrate.
Je suis cil marche d\inc maison dans Paris, lequel se concluant, je m'en donnerai pour 100,000 écus '. Je vendrai la mienne 40,000 ^.
A Paris, ce zi*" décembre 1660.
J'ai écrit en substance à mon oncle l'ambassadeur tout ce que vous m'avez mandé sur son affaire, et je vous prie de lui'cn écrire aussi confidemment toutes vos pensées, prenant garde que, comme il se laisse prévenir par les siennes, il faut montrer d'y adhérer entièrement et en ce que vous ne pourrez pas faire en témoigner autant de déplaisir que lui.
Je m'informerai de la valeur de l'abbaye de Montpeyroux ^.
(i) La dépense pour la construction de cet hôtel ne dépassa guère, chose assez rare, l'estimation première. Elle s'éleva à 3o2,ooo livres, dont 70,000 pour le terrain et 282,000 pour les travaux. C'était une somptueuse habitation avec de magnifiques jardins. Hugues de Lionne s'y installa en 1664 et sa famille le vendit au commencement du siècle dernier au premier président de Pontchartrain, qui lui donna son nom. Il fut ensuite acquis par Louis XV, pour le ministère des finances. Sous la Restauration on y plaça le ministère de l'intérieur et l'administration de la Loterie. Enfin, de 1825 à 18^8, des travaux d'édilité le firent entièrement disparaître, ainsi que le nom de la rue de Lionne.
(2) C'était probablement la maison située rue Vivienne, qui lui venait de sa femme et qui etfectivement avait été évaluée 120,000 livres dans le contrat de mariage. Si dans la dot de Paule Payen figurait réellement un hôtel estimé 260,000 livres, on ne voit pas pourquoi Hugues de Lionne aurait été dans la nécessité de vendre le sien et d'en construire un autre à grands frais sur l'emplacement de plusieurs autres habitations.
(3) L'abbaye de Montpeyroux en Auvergne, diocèse de Clermont, ordre de Cîteaux, fondée par Faucon de Jaligny, en 1 1 26.
\b>^ LE'riRi;s INKIJITES
Il est pourtant malaise de faire tomber un évêchc à un homme qui n'est pas connu, et peut-être la conscience y est intéressée. Il faudrait qu'il fît ses propositions plus en forme, car Tabbaye seule ne vaut pas Téveché.
Dès que M. Aimé me dira ce qu'il faut que je demande précisément à M. le chancelier, j'irai exprès chez lui pour l'en solliciter.
M. de Saint-Pierre, qui m'a vu souvent, ne m'a point encore parlé de son affaire. Si je crois d'y servir M. de Châteaudouble en la manière dont vous m'écrivez, je n'en perdrai pas l'occasion.
Je vous ai écrit en faveur du comte de Vie \ Je vous prie de faire l'impossible dans son affaire. Sa partie, qui est. un Musnier-Lartige, conseiller en ce parlement et d'ailleurs grand ivrogne et M. feu, a fait ici rage contre moi dans mon grand procès, et je serais ravi qu'il fût tondu, pourvu que ce soit sans injustice.
A Paris, ce 3i* décembre 1660.
J'ai été surpris et touché de ce que vous me mandez de l'arrêt de Messieurs de votre parlement de faire des remontrances pour la révocation du péage de Saint-Saphorin. Le
(i) Dominique de Vie, seigneur d'Érone, Nouville et Morard, mort en 1676. Il s'était marié deux fois : en premières noces avec Marie de Bar et en secondes avec Marie Bossan, en 1664. Son père avait été commissaire en Dauphiné pour l'exécution de l'édit de Nantes.
DE HUGUES DE LIONNE. 1 b\)
Dauphiné ne paie que la moindre partie de ce péage. Il me semble que ces Messieurs pouvaient bien avoir quelque petite considération pour moi, après m'étre conduit comme je Tai fait dans la conjoncture de la suppression de la cour des aides, à la tête de laquelle j'avais un proche parent \ et cela seulement pour les servir.. Mais je reconnais aujourd'hui, trop tard, que qui oblige un corps n'oblige personne. Je pourrais pourtant sur ce même intérêt-là leur être bon à l'avenir à quelque chose : mais il les faut laisser faire et entre eux. M. le président de Charmes, qui, comme bon parent de mon oncle ^, écrit de deçà fortement pour la révocation dudit péage de Saint-Saphorin, afin de maintenir son crédit dans la compagnie.
Le bruit s'étant divulgué de deçà que mon père revient et que j'ai dessein de lui faire permuter son évêché contre des bénéfices simples, je reçois depuis quelques jours des propositions de toutes parts, dont même il y en a de fort avantageuses et qu'il ne tient qu'à moi de conclure quand je voudrai. Mais pour cela la principale pièce me manque, qui est de savoir le revenu au vrai de l'évêché, parce que, comme vous jugez bien, c'est toujours la première question qu'on me fait. Mon père m'en avait bien autrefois envoyé un état, mais je ne veux pas prendre pied là-dessus depuis que nous avons su les friponneries de Dupré, qui n'aura pas manqué de lui cacher à lui-même la véritable valeur dudit évêché.
(i) Hugues Jannon petit-fils de Joffrey Jannon et de Barthelémianne de Lionne, procureur général à la cour des aides de Vienne, grand ami de Chorier, qu'il logearPchez lui. Informé de la prochaine suppression de cette cour, il se démit en i658 de sa charge et devint obéancier de l'église de Saint-Just de Lyon.
(2) Jacques Coste, comte de Charmes, et Humbert de Lionne étaient neveux de Claude de Portes et par conséquent cousins germains.
1()0 LETTRKS INliDITES
Je crois que dans Tapplication qu'a présentement mon père à revoir tous ses comptes, un de ses principaux objets doit être de découvrir au vrai quel est le revenu annuel dudit cvcché; car, comme je ne voudrais pas être trompé, je ne voudrais aussi tromper personne. Cependant je suis si vivement pressé de tous ceux qui me parlent pour cette permutation que, jugeant d'ailleurs qu'il ne faut pas laisser corrompre dans des longueurs la bonté de cette conjoncture et les avantages qu'on y peut trouver, je vous prie de me faire la faveur que, aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, vous dépêchiez un messager à Gap, que mon père paiera, par lequel vous lui demandiez de ma part un état au vrai du revenu de son évêché et de tout le détail, présupposant qu'il . sera bien plus fort que le dernier qui me fut envoyé par le ministère de Dupré, lequel avait intérêt de le faire de peu de valeur pour avoir plus de moyens de friponner dessus. J'attendrai cette pièce avec grande impatience, et après l'avoir eue je ne conclurai pourtant rien que sous le bon plaisir de mon père, tant pour les conditions de la permutation que pour l'élection de la personne, afin que sa conscience soit en repos, quoique ce soit plutôt au roi et à son confesseur d'en examiner les qualités qu'à mon père, qui ne peut pas connaître les sujets qui méritent ou non l'épiscopat.
Je vous prie aussi de me faire une prompte réponse sur l'information que je vous demandai, il y a quelques jours, d'un certain revenu dans le Brianconnais.
A Paris, ce l'j" février 1661.
Je ne sais, mon cher oncle, ce que vous avez pensé de mon long silence, mais je sais bien que quand je serais dix ans sans vous écrire, vous ne devriez pas croire que je fusse
\)K HIT.ULS ni: I.IONNL. iGl
autre que je Tai toujours été. Un nombre infini d'occupations, dont j'ai été surchargé depuis deux mois plus qu'à l'ordinaire, m'a fait remettre d'une semaine à l'autre à prendre la plume, et à présent je me trouve bien en peine quelle bonne e.xcuse je pourrai vous donner, et par cette raison je n'en chercherai point que dans votre seule bonté.
Je viens de recevoir tout à l'heure des lettres de mon cousin de Lesseins ^ de la cour de M. l'Électeur de Brandebourg, où il a commencé à faire merveilles pour le service du roi. Il ne faut pourtant rien publier de delà de son voyage et il suffit que vous et M. de Claveyson sachent où il est et qu'il se porte bien.
M. de Veyssilieu ^, que j'ai été ravi de voir, m'a remis les originaux de mes quittances des augmentations de gages. Nous avons déjà bu deux fois ensemble à votre santé et il m'a promis de me faire souvent cette faveur, que j'estime fort.
J'ai reçu aussi les deux exemplaires et un troisième pour M. le chancelier de V Histoire de M. Chorier ^. Je ne sais si encore aujourd'hui j'aurai le loisir de répondre à sa lettre et
(i) Humbert de Lionne seigneur de Flandènes, alors ambassadeur près de l'Electeur de Brandebourg.
(2) Pierre Rabot d'Avrillac, sieur de Veyssilieu, conseiller au parlement du 7 janvier 1647, ^^i remplacement de son frère Laurent, de'cédé le 24 novembre 1695.
(3) Nicolas Chorier, né à Vienne le r' septembre 161 2, reçu docteur en droit à l'université de Valence le 6 mai i63g. Il exerça d'abord la profession d'avocat dans sa ville natale. Après la suppression de la cour des aides, il vint en juillet lôSg-s'établir à Grenoble, où il décéda le 14 août 1692. Il avait épousé Catherine Vallier, de laquelle il eut trois enfants, auxquels il survécut.
Chorier a composé et publié un grand nombre d'ouvrages, savoir : 23 imprimés et 5 manuscrits, dont M. Rochas a donné la description complète dans la Biographie du Daupliiné, t. i, p. 244.
I()*2 r.mTRES INEDITES
lui témoigner la reconnaissance que je conserverai toute ma vie de m'avoir placé dans son livre si honorablement. Je vous prie de me mander confidemment votre sentiment, si vous estimez que je doive lui offrir quelque présent et de quel prix '.
En revoyant vos lettres, je vous avoue que j'ai oublié de parler de Tentretien de la transaction de M. de l>ressac ^ et de sa belle-sœur à Messieurs du parlement de Toulouse, qui me vinrent voir il y a quelques jours en corps, le premier président en tête. Je le ferai à la première occasion. Je vous dirai là-dessus que les parlements de Rouen et de Bretagne en avaient été de même. Je ne sais encore si M. de La Berchère et Messieurs nos compatriotes, après qu'ils auront salué le roi, me voudront traiter plus familièrement. N'en parlez à personne et laissez-leur prendre leur résolution et leurs mouvements comme ils voudront. Provence en usera comme les trois que je viens de dire. Les autres parlements n'ont point de présenté. Il n'y a que Bordeaux qui est aussi venu, mais c'était pour ses affaires.
J'ai été bien aise d'apprendre l'obligation que mon oncle l'ambassadeur a à M. le président de Pourroy. Je vous prie de lui témoigner que j'y prends beaucoup de part. Faites
(i) Chorier, qui avait déjà eu l'occasion de complimenter Hugues de Lionne à son passage à Vienne, au mois de mai i656, « sur les grandes choses qu'il avait faites à Rome, » dédia, comme on le sait, à ce grand . ministre le premier volume de V Histoire de Dauphiné , paru en 1661. Ce dernier lui écrivit pour le remercier et lui promettre ses services. L'occasion se présenta plus tard, mais nous ignorons en quoi consista la marque de gratitude de Hugues de Lionne pour l'honneur qu'il avait reçu.
(2) Charles-Jacques de Bressac, conseiller au parlement du 10 septembre i65i, en remplacement de François, son frère. Il avait épousé Marie du Lieu. Son autre frère, l'abbé Laurent, était aumônier du roi et avait fait l'oraison funèbre de Lesdiguières.
DE HUGUES l)i; El ON NE. l()'3
aussi, je vous prie, un compliment de ma part à M. le président de La Coste sur la mort de madame sa femme \ Je ne lui écris point, pour ne pas l'obliger à une réponse.
Je vous prie de voir le P. Labbé ^ sur une pensée dont il m'écrit de mettre quelque inscription à mon avantage dans l'église que les Jésuites veulent faire bâtir ^. Faites-vous expliquer tout ce qu'il a pensé là-dessus et combien il désirerait que je contribuasse. Après quoi je vous ferai savoir mon intention.
A votre commodité, je vous prie aussi de faire compliment de ma part à ces Messieurs qui ont bien voulu se souvenir de moi avantageusement dans les vers qu'ils ont mis à la tête de l'Histoire de M. Chorier ^^ Il y a, ce me semble, M. Catillon ^ et un Père Gratte ^', Jésuite, et quelques autres. Témoignez-leur en obligation de ma part et '^ correspondre par quelque service.
Je suis tout à vous.
(i) Anne Odeyer,
(2) Pierre Labbé, Jésuite, né en i5g4 à Clermont, où il professa longtemps la rhétorique. 11 devint recteur du collège de Grenoble, puis de celui de Lyon, où il décéda le i5 février 1678.
(3) C'est l'église du lycée de Grenoble.
(4) Ces vers consistent en un sonnet de François Bonniel , aumônier du roi, abbé de TrefFort.
(5) Antoine Bonniel de Cathillon, « dont la vertu et l'érudition étaient si parfaitement connues (Guy Allard), » avocat général en la chambre des comptes en 1640, a inséré dans V Histoire de Daiiphiné un madrigal en l'honneur de Chorier. Il avait accompagné à Rome le duc de Créqui en i633. Il est l'auteur d'une Vie de Claude Expilly. Grenoble, Charvys, 1660. In-4''.
(6) Claude Gratte, Jésuite, un des plus savants de son ordre, a mis en tête de la même histoire une ode latine où il fait Téloge de l'auteur.
(7) Lacune dans le manuscrit.
i()j ij:rTRi:s inédites
A Paris, ce i5'' avril 1661.
Votre lettre du 3*" du courant m'a donné deux joies les plus grandes que je fusse capable de ressentir : Tune pour la guérison de M. le président de La Coste, dont le mal me tenait dans une inquiétude indicible, et l'autre par Tavisque mon père doit enfin arriver à Grenoble le lendemain des fêtes, et que vous vous prépariez à ne le laisser pas partir seul. Il me semble que cette lettre le doit trouver chez vous, selon le calcul que je fais. Il faut le conseiller de ne Taire que de petites journées et toujours par des voies qui ne lui donnent pas plus d'incommodité que s'il se promenait pour ses plaisirs à demi-lieue de Gap. Je ne voudrais pas que notre voyage de Fontainebleau le décourageât. Je prétends lui donner, pendant notre petite absence, une compagnie qui ne le réjouira et ne le divertira pas moins que si nous étions tous ensemble, et de la lui donner même à Berni, quand il viendra aux beaux jours de l'été.
J'ai fait ce qui m'a été possible pour sauver à M. de Chissé ' la compagnie du pauvre feu chevalier, mais j'avoue que je n'ai su que répondre quand le roi m'a demandé si je voudrais lui conseiller moi-même de donner cet avantage à
(i) Claude de Chissé, seigneur de La Bâtie, de Crest et de Céry, marié en 1645 à Bonne de Montferrand. La famille de Chissé a fourni quatre évêques de Grenoble, un gouverneur de Romans, etc. Elle s'est éteinte vers 1680 par cinq frères, tous braves officiers, qui ne laissèrent qu'une sœur, Marguerite, qui épousa Claude de Chaulnes, président au bureau des finances de Dauphiné.
1)1- HUGUES I)i: I.IONNF. I()5
un homme qui avait tiré Tépéc contre lui, au mcmc temps qu'il est obligé de casser encore cent trente-six capitaines qui Font toujours bien servi.
Ce jeudi matin 1661 ^
Monsieur le procureur général me remet de jour à autre, sous prétexte qu'il cherche un fonds et qu'il le trouvera avec M. Pélisson, Monsieur donnant toujours et confirmant sa parole que c^est une chose assurée; mais comme je crains que cela ne traîne encore quelques jours, j'ai songé que si vous êtes pressé pour vos autres affaires de vous en retourner, je pourrai aussi bien vous écrire à Lyon qu'à Paris ce que j'aurai fait. Je suis même fâché de ne m'en être plus tôt avisé, car j'appréhende bien que vous ne vous soyez beaucoup ennuyé dans cette attente ^.
Il faut faire corriger, s'il vous plaît, la faute qui s'est glissée dans l'une des quittances d'augmentation de gages. J'en écris à M. de Rives. Je crois que cela se peut facilement avec un canif, sans qu'il y paraisse.
(i) Billet écrit à Humbert de Lionne, qui se trouvait alors à Paris.
(2) Joachim de Lionne a mis cette note marginale : « Monsieur de Lionne » asseure icy son oncle que M. Fouquet luy asseure un fonds de cent vingt » mille livres, qu'il faisoit donner à mon père, sur ses bons services dans » la province. »
l()6 LETTRES INEDITES
A Fontainebleau, ce 3i" juillet 1661.
J'ai été surpris de ne voir point arriver ici mon cousin avec mes enfants, qui ont vu le ballet fort commodément.
Je vous donnerai avis quand on le redansera , s'il veut venir prendre ce divertissement et vous-même aussi.
Ayant su que Gourville était sur le point d'aller à Paris faire un tour, je fus hier chez M. le surintendant, qui me reconfirma toutes les paroles qu'il m'avait données et me dit même d'envoyer prendre les billets dudit Gourville avant son départ-, ce que j'ai fait, et je verrai tantôt ledit procureur général pour les faire assigner. Il est vrai qu'il m'a dit qu'il voulait parler auparavant à M. Pélisson, qui a un certain fondsqueM ^ croit consommé.
A Saint-Germain, ce 18* août 1661.
Je participe d'ici bien avant à la juste satisfaction que vous aura causée l'arrivée en bonne santé de mon cher cousin auprès de vous et qu'il ait trouvé en bon état tous vos malades. Il me parla autant bien que vous le pouviez désirer quand
(i) Lacune dans le manuscrit.
nr niiGuns de lionne. 167
il me fit la faveur de me venir dire adieu à Suresne % et je suis assuré qu'il vous donnera toujours toute sorte de contentement de sa conduite, quand il connaîtra vos intentions, car il est du meilleur naturel du monde et le plus accommodant.
Ma cousine de Varces m'a écrit une grande lettre sur la nécessité où est son fils. J'en suis fort marri, mais je n'y saurais guère faire plus que je fais. Je lui ai procuré un emploi dans la garnison de La Fère, où il pourra avoir six cents livres par an, s'il veut y demeurer. Cependant il s'en veut aller, à ce qu'il m'a dit, en Dauphiné, et je lui fis dernièrement donner encore dix pistoles pour cela, après plusieurs autres assistances que je lui ai données. Je vous prie défaire réponse pour moi à ma cousine, c'est-à-dire des excuses de ce que je ne suis pas en état de faire davantage.
A Fontainebleau, ce 24^ août 1661.
Je prends la plume pour me condoloir avec vous de la perte que nous avons faite de M. le président de La Coste. Vous serez rentré à Grenoble dans une conjoncture bien fâcheuse, et je crains bien que vous ne vous affligiez trop de ce coup. Je vous prie que ce ne soit pas au point que votre santé en puisse être altérée. J'écris un mot sur cet
(i) Où Hugues de Lionne avait une maison de campagne.
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accident à M. de Montbivos ', que je qualifie maintenant du nom de feu son père.
Vos billets sont allés à Paris pour quelques expéditions qu'il y faut faire. Je Tai su parce que j'avais envoyé chez M. Pélisson pour les retirer. Reposez-vous sur moi que cette affaire ira bien, au moins si Dieu me donne assez de vie pour en voir le bout et que je conserve quelque crédit.
Je suis tout à vous.
A Fontainebleau, ce ly*" septembre i66r.
Je commencerai par vous protester que je vous renverrai vos lettres toutes fermées si vous continuez à m'y donner le titre que je suis bien éloigné de prétendre ni de mériter.
Vous aurez déjà su le coup de foudre tombé à Nantes sur M. le surintendant ^ et le soin qu'a eu la bonté de prendre le roi de m'envoyer quérir dans le même temps pour m'assurer que cela ne me regardait nullement ; que les fautes étaient personnelles et qu'il savait bien que je ne pouvais avoir aucune part imaginable aux sujets de
(i) A la mort du président Claude Simiane de La Coste, son fils François, conseiller, puis président au parlement, prit le nom de Montbivos. Il se maria avec Anne Pourroy, qui lui donna deux fils : l'abbé de Marcillac et le comte de Simiane, qui fut premier écuyer de Madame et maréchal de camp.
(2) Le surintendant Fouquet fut arrêté à Nantes le 5 septembre 1661. — Voyez Chéruel, Mémoire sur la vie publique et privée de Fouquet. 2 vol. in-8°. Paris, 1862.
plainte que lui avait donnés ledit sieur surintendant ; qu'il était d'ailleurs très-satisfait de mes services, et que je continuasse à les lui rendre ^; et en elTet il m'a traité depuis cela aussi bien que jamais et avec la même, voire plus grande confiance qu'auparavant. Vous pouvez juger cependant quel a été mon déplaisir de la disgrâce d'un tel ami ^. Ce qui accroît encore la douleur que j'en ai , c'est que j'appréhende qu'elle ne vous soit bien préjudiciable dans la suite; car, encore que par bonheur, deux jours auparavant, j'eusse retiré de M. Pélisson ce qui vous regarde ^, je ne vois pas bien maintenant par quelle voie m'en servir : les expéditions n'ayant pu être mises sur le registre de M. Colbert ^, et je n'ose pas même en parler, de peur de coûter cher à celui qui vous a voulu favoriser, sans que cela vous serve de rien. Je prendrai conseil et ferai le mieux qu'il me sera possible pour votre avantage et pour sauver votre intérêt. Du reste, la personne du monde qui aura à l'avenir le moins de crédit aux finances sera moi , et je ne sais même si je pourrai retirer les 4,000 francs dont j'ai donné ma promesse à Gourville; mais c'est la moindre chose que je considère. Je vous remercie de l'enregistrement de mes
(i) Les paroles de Louis XIV que cite Hugues de Lionne sont textuellement rapportées par de Brienne f Mémoires, chap. XX, p. 207), qui était présent à la scène.
(2) La catastrophe de Fouquet effecta profondément de Lionne. Il y avait entre eux, outre de grands intérêts d'affaires et d'argent, des engagements pour le mariage du fils aîné du ministre avec la fille du surintendant. Il y avait même un dédit de 200,000 livres promis par ce dernier.
(3) Il avait retiré de M. Pélisson une somme de 10,000 livres en faveur de son oncle, Humbert de Lionne,
(4) Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances , en remplacement de Fouquet, qu'il avait contribué à renverser. Né à Reims en 16 19, mort le 7 septembre 1689. Il eut deux fils : Jacques, qui fut archevêque de Reims, et Jean-Baptiste, marquis de Segnelay.
iJO LETTRES INEDITES
quittances. Je suis brouillé avec M. le chancelier et ne saurais vous envoyer la permission que désire M. Chorier. Je verrai si quelque secrétaire du roi la pourra obtenir, sans que je m'en mêle \
A Fontainebleau, ce i'^' octobre 1661.
Touchant ce que vous avez écrit à mon père sur l'histoire que vous auraient faite Madame la présidente Pourroy et Madame de Bressac, sa fille, je n^ai à vous dire autre chose, si ce n'est que je ne ferai rien que ce que mon oncle l'ambassadeur désirera de moi , et que je suis obligé de suivre le parti qu'il prendra, tel qu'il puisse être. D'ailleurs, entre vous et moi, vous savez par expérience si M. le président Pourroy et M. de Vaulxère ont accoutumé de faire grand cas de mes prières aux affaires que vous leur avez quelquefois recommandées de ma part.
J'ai reçu vos lettres des 14^ et 18^ du mois passé. Je vous prie de prendre soin de faire ôter, comme de vous-même, tout ce que mon cousin de Lesseins avait ajouté dans l'épître dédicatoire de M. Chorier, en Tendroit où il est parlé du
(i) Cette crainte excessive ne s'explique guère, car le privilège mis en tête du I"' volume de V Histoire de Dauphiné de Chorier porte la date du 3o septembre 1661, la permission du chancelier Séguier et la signature de Coupeau. L'ouvrage était achevé d'imprimer le 10 décembre suivant et, malgré les défenses, des exemplaires avaient été immédiatement distribués. Enfin Chorier, dans ses Mémoires, dit que le chancelier avait facilement accordé, par lettres patentes royales, la permission de publier le premier volume de VHistoire de Dauphiné. Ces entraves mises à l'impression et à la distribution de cet ouvrage ne sont pas mentionnées par les biographes.
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conseil et du ministère renfermés en trois personnes ', et puisqu'il y a du temps, à cause des difficultés de la permission de l'impression, je serais bien aise de la revoir auparavant pour voir comme on l'aura laissée, après la réformation que je vous marque ^.
Il sera bien, si vous n'y prévoyez point de difficulté, de faire enregistrer mes quittances à la chambre comme au bureau, car cela ne peut nuire. On donna hier au conseil un arrêt qui retranche le tiers de reffectif , en quoi je perds 4,000 livres de rente.
Je ne doute pas qu'il ne soit allé jusqu'à vous quelque chose des bruits qui ont couru à Paris sur mon sujet. Les uns voulaient que je me fusse volontairement retiré, les autres, que j'en eusse reçu l'ordre, avec Messieurs les maréchaux de Clérembault ^ et d'Albret ^; ce qui est autant faux pour eux que pour moi. Je ne reconnais point. Dieu merci, aucun changement ni diminution aux bontés et en la confiance de Sa Majesté. Je vous dirai même qu'il y a deux
(i) Les ministres de Lionne, Letellier et Fouquet.
(2) La longue et louangeuse épître placée en tête de VHistoire de Dauphiné ne contient point le passage dont se plaint Hugues de Lionne. Cette dédicacé est précédée d'armoiries, très-bien gravées, écartelées de Lionne et de Servien , et suivie d'un sonnet signé François Bonniel, à la date du 4 août 1661. On n'y lit point ce qu'avait blâmé le ministre, non plus que les vers de son cousin. Cependant quelques rares exemplaires offrent des variantes contenues en une page.
(3) Philippe de Clérembault, maréchal de France en 1654, mort à Paris en i663.
(4) César-Phœbus d'Albret , comte de Dreux , maréchal de France en 1654, gouverneur de Guyenne, mort à Paris, le 3 septembre 1676, âgé de 62 ans. C'est chez lui que la veuve Scarron , qui était sa parente, trouva une hospitalité dont elle avait fort besoin et dont au reste elle se souvint toujours avec reconnaissance. Le trisaïeul de ce maréchal, Etienne, bâtard d'Albret, était grand-oncle de Henri IV.
jours le roi vint céans en mascarade avec Madame ' et me surprit dans le lit avec ma femme, et si j'eusse été debout, on aurait résolu à envoyer quérir les violons pour danser dans la grande chambre, dont le lit est à côté*.
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A Fontainebleau, ce 9* octobre 1661.
J'ai reçu votre lettre du -zb" du mois passé et une autre encore depuis, qui vient de s'égarer entre mes mains. Je me souviens pourtant qu'en son premier article M. votre premier président a mieux deviné qu'il ne fit au sujet de la paix. Je lui suis fort obligé des pensées qu'il a eues sur le mien, et il a mieux jugé que moi-même, non pas que je ne me sentisse bien fort sur mon innocence, de quelque côté qu'on l'eût voulu attaquer, mais parce que je sais par expérience ce que peuvent quelquefois les cabales de cour. J'avoue que jusqu'ici je n'ai marché qu'en tâtant le pavé et croyant trouver un piège à chaque pas. Mais à présent je marche ferme et le roi a la bonté de me traiter d'une manière que je n'ai rien à désirer au delà, si ce n'est la continuation, à quoi je donnerai bien de mon côté tous mes soins et toute mon application par mes services. Le roi a voulu que je m'accommodasse avec M. le chancelier et lui en a dit autant. Cela s'est aussitôt achevé sans entremetteur. Je fus hier chez
(i) Madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi, morte à Saint-Cloud, le 29 juin 1676.
(2) Pour comprendre ce tableau d'intérieur conjugal et la visite du roi, il faut se rappeler que dans les résidences royales les invités étaient logés sous le même toit et plus ou moins porte à porte de S. M.
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lui et à la un nous demeurâmes meilleurs amis que jamais et dansjune plus grande liaison. J'ai travaillé ensuite trois heures durant chez lui aux affaires du roi et à la fin nouvelles protestations d'amitié et d'union.
Je ne puis encore rien vous dire de plus que ce que je vous mandai dernièrement sur votre atTaire. Assurez-vous que si la chose est humainement possible, elle se fera et je n'oublierai rien de ma part dans les temps. Ça a été un des incidents qui m'a autant déplu dans les choses qui sont arrivées.
Je vous écrivis il y a quelques jours ce que je désirais touchant l'épître dédicatoire de M. Chorier; j'attends votre réponse et suis tout à vous.
Le sens de la devise de mes armes me plaît assez, mais le mot scandit ne me plaît pas : il semble qu'il ne s'applique qu'à un écolier qui scande des vers. Je crois qu'il serait mieux : Siiperat fastigia inrtiis ou plutôt même ascendit. Quelque Jésuite dira lequel est le meilleur ^