LUI
A Fontainebleau, ce 22* octobre 1661.
J'ai reçu votre lettre du 9% avec l'épître dédicatoire. Il faut en ôter absolument les périodes que M. Chorier a barrées à côté, qui commencent : Mais quelle disgrâce, et toute la suite où il était parlé du conseil de trois personnes et un autre endroit où il est parlé de trois instruments. Oter ce
(i) Le mot scandit a été maintenu dans la devise qui accompagne les armes particulières du ministre.
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mot de ti^oîs, et tout le reste pourra demeurer ^ Mais la question est pour le privilège, car je ne crois pas que M. le chancelier "" Taccorde qu'il n'ait fait lire Thistoire par des personnes intelligentes et aflidccs, à cause qu'il pourrait y avoir des choses sur la donation du Dauphiné à nos rois et les privilèges de la provin'ce, qui ont été la plupart détruits, que le roi pourrait avoir intérêt à ne les laisser pas publier ^, et je ne voudrais pas m'exposer à presser M. le chancelier de donner cette permission sans faire voir ce livre et qu'après il s'y rencontrât des choses de cette nature. Puisqu'il est imprimé, il me semble qu'il en pourrait envoyer un
(i) Hugues de Lionne jugeait que dans cette épître dédicatoire il n'était pas très-prudent de faire figurer avec éloge, à côté de son nom, celui d'un ministre dont la récente disgrâce avait eu tant d'éclat et de laquelle il s'estimait heureux de n'avoir point essuyé le contre-coup. Quant à Chorier, loin de la cour et tout à son désir de plaire, il n'appréciait pas les inconvénients que pouvait avoir sa citation inopportune.
(2) Pierre Séguier, duc de Villemer, comte de Gien, pair de France, né à Paris le 24 mai i588. D'abord conseiller, puis président au parlement, garde des sceaux en i633, chancelier en i635 jusqu'à sa mort, arrivée le 28 janvier 1672. Il ne laissa que deux filles, Marie et Charlotte, de son mariage avec Madeleine Fabri de Champauzé.
(3) Malgré la toute-puissance et les titres acquis parla force triomphante, Louis XIV ne méconnaissait pas les droits que l'histoire conserve en faveur des souverains dépossédés et des peuples opprimés. Il redoutait cette double revendication au sujet du Dauphiné , parce que depuis la mort de Charlemagne cette province avait toujours relevé des empereurs d'Allemagne ou formé un état séparé sous les Bosonides et les Dauphins, à ce point que le premier Dauphin français demanda l'investiture et reçut le titre de vicairegénéral de l'Empire, et qu'enfin les libertés delphinales, stipulées dans l'acte de cession de ce pays à la France, souvent jurées, avaient été anéanties. Ces souvenirs, plus importuns que menaçants, déplaisaient à la royauté. Il y avait aussi certains griefs qui n'étaient pas fondés. Ainsi, par exemple, la clause de l'acte du 23 avril i343, si souvent citée, que le Dauphiné ne pourrait être uni ni ajouté au royaume fors tant comme l'empire y serait uny, n'est pas reproduite dans le traité définitif du transfert de notre province, signé, juré et proclamé à Romans, le 3o mars 1349.
DE HUGUES DE LIONNE. l-jb
exemplaire, qu'on ferait examiner en peu de temps par M. Priezac.
Je tacherai de faire en sorte de n'accorder aucune lettre pour Toulouse, ni pour M. de Bressac, ni pour ses parties, et me servirai auprès de mon oncle, s'il me presse, de ce que vous me mandez du peu de reconnaissance de M. de Bressac. M. de Lorme ^ est aussi éloigné que jamais d'avoir un emploi dans les finances.
A Fontainebleau, ce 29* novembre i66i.
J'ai reçu votre lettre du 16*^ courant, qui ne m'oblige à y faire autre réponse qu'un remerciement de vos nouvelles.
Mes amis de Toulouse m'écrivent pour savoir de moi lequel des deux partis je désire qu'ils servent dans le procès de M. de Bressac. J'ai répondu que j'étais neutre et n'en recommandais aucun l'un plus que l'autre. Je vous prie de le faire savoir à M. le président Pourroy et à sa famille.
M. Letellier s'est enquis de moi ce matin quelles qualités a M. Francon ^, qu'ils ont choisi pour la chambre de justice.
(i) Delorme (Thomas), né à La Côte-Saint-André vers 1642, avocat au parlement de Grenoble, décédé dans cette ville en 1724, auteur de poésies publiées à Lyon en i665, sous le titre de Muse nouvelle. In-12 de Sog pp. Il a fait un madrigal précédé de cette mention : Pour Monsieur Chorier, sur la continuation de son Histoire de Dauphiné, t. 11.
(2) François Francon. conseiller au parlement du i5 février i65n. Il fut appelé à Paris comme oflicier de la chambre de justice tirée des parlements.