‹ Lettres inédites de Hughes de LionneChapitre 7 sur 27 · C)(S LETTRES INÉDITES · texte numérisé non relu

C)(S LETTRES INÉDITES

pages. Si M. Robçrt ^ y veut venir, je lui garderai une place. Vous direz qu'il est un peu grand; mais la coutume en ce pays- là est de n'en avoir que de kj à 20 ans. J'écris à mon cousin de Champfligot ^' que s'il veut être de la partie il sera le bienvenu ^.

Je vous rends mille grâces de m'avoir ouvert les yeux sur le danger qu'il y a de traiter avec des esprits tels que le sieur de Saint-Nazaire. Je vois très-clairement toutes vos raisons, qui ne peuvent être plus fortes, et s'il veut conclure avec moi, il faut que ce soit à des conditions honnêtes et accoutumées entre gens d'honneur et surtout qui ne laissent aucune queue à des procès. Ma femme est majeure il y a plus de seize mois ^^ et ratifiera le traité dont nous convien-

(i) Ce jeune Robert est le page qui avait été envoyé de Grenoble pour faire partie de la maison de Hugues de Lionne pendant son ambassade à Rome.

(2) Hugues de Valernod, sieur de Champfagot et du Fay, fils de Jean de Valernod et de Louise de Lionne. Il épousa en i63o Anne Mistral, fille de Laurent, conseiller au parlement. Cette famille, originaire de Saint-Vallier, anoblie en la personne d'Alexandre, maître en la chanibre des comptes, comptait parmi ses membres, à la même époque, Marie de Valernod, qui avait été unie à Jean -Claude Tournât de Theys, seigneur d'Herculais, « l'exemple des vertueuses de son temps, la gloire de son sexe par son » esprit, l'honneur de son siècle par sa piélé et le modèle des épouses qui » veulent plaire à Dieu et s'accommoder aux volontés d'un mari ». (Guy Allard, Dict.) Elle mourut en 1654 et fut inhumée dans l'église des Pères Jésuites, Son oraison funèbre fut prononcée par le Père Morin. (Mns. de i55 pp., à la biblioth. de Saint-Pétersbourg.) Salvaing de Boissieu a aussi composé plusieurs pièces de vers en l'honneur de cette pieuse dame. {Mélanges.)

(3) A l'imitation du roi et pour lui faire honneur à l'étranger, ses ambassadeurs avaient toujours une suite aussi nombreuse que fastueuse, composée de gentilshommes , de pages , d'artistes et de serviteurs de toute sorte, avec de brillants équipages et des chevaux de prix.

(4) Ce qui fait connaître que Paule Payen, femme du ministre, était née au commencement de l'année i63i, et qua l'époque de son mariage elle n'avait que quatorze ans et demi.

DK HLGLES DE LlONNi:. 9^

drons. Je vous renvoie sa lettre. Je demeure d'accord de la somme qu'il veut donner. Si vous pouvez vous accorder ensemble des autres conditions, je vous prie d'achever, sinon de laisser tout là, attendant quelque meilleure occasion. Enfin, je vous conjure de faire comme si c'était pour vousmême.

A Paris, ce 5"= juin lôbj.

Je suis si accablé dans les préparatifs de mon équipage que je ne puis avoir la satisfaction de vous entretenir qu'un moment. Si le petit Robert vient, je crois que je ne lui ferai pas prendre la livrée de page, car j'en ai mon nombre complet, n'ayant pu me défendre d'en prendre quatre ou cinq dont je prétendais lui réserver une place -, mais en ce cas je m'en servirai pour gentilhomme.

Si Beaupère songeait à revenir près de moi, je vous prie de Ten empêcher. Ce n'est pas que je ne sois satisfait de son service et de son affection, mais je ne trouve aucune place à lui donner chez moi. 11 n'y avait que celle de valet de chambre, qu'il ne voulut pas, et quand il la voudrait à présent, cela ne se pourrait plus : j'en ai déjà quatre, dont Tun est chirurgien et l'autre tapissier.

Je vous envoie une expédition que j'ai reçue de Rome pour mon père, qui est pour sa pension qu'il s'est réservée sur Solignac, dont on m'a enfin adressé les bulles pour mon fils ^ Je vous prie de la lui envoyer.

(i) Malgré ces bulles, aucun des fils de Hugues de Lionne ne fut abbé de SoHgnac. Artus, évéque de Gap, a été titulaire de cette abbaye jusqu'à sa mort.

^.^i^LlOTHcCA

lOO LETTRES INEDITES

Mon cousin Tabbé de Lesseins avait comme résolu cf être du voyage d'Allemagne, mais il .a depuis changé d'avis, je ne sais pourquoi. J'oubliai dernièrement de vous marquer que si mon cousin, votre fils \ voulait être de la partie, il serait le très-bien venu. Je crois néanmoins que vous n'en aurez pas douté.

Si jamais vous vous êtes employé avec chaleur et adresse pour les choses que j'ai pris la liberté de.vous recommander, je vous conjure instamment de le faire pour servir M. d'Albertas ^, maître des requêtes, à qui j'ai la dernière obligation dans ma grande affaire, où il a paru hautement mon principal contre tenant contre le rapporteur, qui m'était contraire. Mon cousin de Lesseins ^ se trouve de ses juges. Son père s'est chargé de lui en parler de ma part comme il faut, et je vous supplie de le faire envers les autres avec toute l'efficace possible. Je vous prie même , dès que vous apprendrez son arrivée à Grenoble, où il doit se rendre bientôt, de le prévenir et lui aller offrir vos services. Enfin je me suis engagé de parole qu'on fera l'imaginable pour lui faire avoir raison et principalement dans son affaire. Je vous conjure de supplier M. le président de La Coste ^ de nous

(i) Joachim de Lionne.

(2) Pierre d'Albertas, seigneur de Gémenos, de Vers, de La Penne et autres lieux, prit d'abord le parti des armes et ensuite celui de la robe; il fut conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé en i65i et maître des requêtes ordinaires de son hôtel. Il avait épousé 1° Isabeau de Vaudestrade, 2° Jeanne de Rodèze. Il était fils d'Antoine-Nicolas, gentilhomme de la chambre du roi et capitaine de 200 hommes de guerre, et frère cadet de Sébastien, conseiller au parlement d'Aix.

(3) Sébastien de Lionne, conseiller au parlement de Grenoble.

(4) François de Simiane de La Coste, conseiller au parlement du 4 novembre iÔ4q, président du 28 février i655, en remplacement de Claude, son père, décédé le 29 décembre 168 3. Il avait été marié avec Anne Audeyer, fille de Jean-Claude Audeyer, président au parlement, et en secondes noces avec Anne Pourroy, dont il eut deux fils.

donner ses amis en cette occasion, qui ne me saurait jamais être plus à cœur.

A Francfort, ce 22* mars i658.

J'aurais bien souhaité que ce voyage d'Allemagne n'eût point interrompu notre commerce de lettres, n'ayant guère de joie plus sensible que quand je reçois de vos nouvelles; mais j'avoue que j'ai été si paresseux à vous en demander, que vous avez eu tout sujet de ne m'accorder cette grâce que de loin en loin. Votre dernière lettre est du jour des Rois. J'ai lu avec grand plaisir les vers dont elle était accompagnée, de M. de Saint-Firmin % sur la fauvette de M. Pélisson -, qui m'était une pièce connue dès les premiers jours de sa naissance. Ainsi je n'ai rien à désirer pour Tin-

(i; Alphonse de Simiane de La Coste, abbé de Saint-Firmin et de Saint- Chignian , fils de Claude, seigneur de Montbivos, pre'sident au parlement, et de Louise du Faure de La Rivière, mort à Paris en 1681. Chorier fait l'éloge du talent poétique de ce personnage peu estimable, à qui on attribue des vers obscènes. Néanmoins, Guy Allard ajoute ceci : « L'abbé de Saint- Firmin, dont la mort fait encore gémir tous les honnêtes gens de notre province, qui était l'amour et l'ornement de sa patrie, dont le savoir était profond et la bonté admirable. » (Bibliot., Hist. de Dauphiné.)

(2) Paul Pélisson-Fontanier, né à Béziers en 1624., mort à Versailles en 1693. Enveloppé dans la disgrâce de Fouquei, qui l'avait fait son commis et conseiller d'Etat, il fut détenu pendant quatre ans à la Bastille. Rentré en grâce, après avoir abjuré le protestantisme, il devint membre de l'Académie française, maître des requêtes, etc. C'est de lui qu'on a dit qu'il abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids.

102 LETTRES INHDFTES

tclligcnce de cette seconde. Quand notre parent voudra entreprendre de plus grandes choses, on voit bien qu'il y réussira merveilleusement bien, parce qu'il est sorti si galamment d'un sujet assez stérile.

Je ne crois pas que l'élection de l'empereur se fasse guère avant le mois de juin , dont celui qui le doit être est sans doute encore plus fâché et plus en impatience que moi^ de sorte que s'il y a quelques-uns de Messieurs nos compatriotes qui veuillent voir la cérémonie, ils ont du temps de reste pour se rendre ici.

Nous avons eu la semaine passée les entrées du comte de Pegnarenda ^ et du roi de Hongrie^, qui, sans vanité, n'ont pas effacé la nôtre et n'ont servi qu'à la relever davantage. Dans peu de jours nous verrons celle des électeurs de Saxe ^ et de Trêves ^^ et du prince Maurice de Nassau ^, ambassadeur de Brandebourg. Ainsi nous aurons toute l'assemblée complète.

Je vous envoie un second mémorial ^, que nous avons

(i) Gaspard de Bracamonte, comte de Pegnarenda, président du conseil des ordres, des Indes et d'Italie, conseiller d'État, vice-roi de Naples, ambassadeur d'Espagne à la paix de Munster, mort à Madrid en 1676.

(2) Léopold-Ignace, deuxième fils de Ferdinand III, élu roi de Hongrie le 22 juin i655 et empereur d'Allemagne en 1659, mort le 5 mai lyoS.

(3) Jean-Georges II, né le 3i mai 161 3, électeur de Saxe en i656, mort le r'" septembre 1680.

(4) Charles-Gaspard de Leyen ou de La Pierre, archidiacre de Trève^, puis coadjuteur de l'archevêque Philippe-Christophe de Seteren, inauguré le 12 mars i652, mort le i" juin 1676.

(3) Guillaume-Maurice, prince de Nassau-Siegen, ambassadeur de l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume, décédé le 2 février 1691.

(6) Hugues de Lionne envoyait régulièrement à son oncle une copie des mémoires diplomatiques qu'il avait rédigés : ce qui explique la possession par Joachim, fils de ce dernier, de registres très-nombreux.

DK HUGUES DF LIONNE. I o3

présenté au collège électoral il y a quelques jours, par lequel vous comprendrez à peu près toutes les affaires que nous pouvons avoir ici et qui sont de quelque conséquence. Cest un écrit, quoique court, qui m'a coûté quelque travail, parce que, comme il aura ses répliques, il en a fallu peser jusqu'aux moindres choses et jusqu'aux mots mêmes. Je vous prie de le communiquer à M. de Boissieu * et puis de renvoyer à mon père. Vous ne sauriez croire combien je me suis fortifié en mon latin, que je pensais avoir entièrement oublié au sortir de Fécole. L'usage fait tout en cela. Cependant cette appréhension faillit à me faire refuser cet emploi. Vous auriez plaisir à me voir soutenir deux heures durant, presque tous les jours, les conversations de nos députés allemands, et je puis vous jurer, sans beaucoup de vanité, puisque ce nest pas chose qui vaille, qu'âme qui vive, autre que moi, n'a mis un seul mot dans les deux mémoires ci-joints.

Je vous prie de faire un compliment de ma part à M. le président de Saint-André sur son mariage ^ et de lui témoigner que personne ne s'intéressera jamais plus que moi en toutes ses satisfactions. Madame de La Rivière ^ a fait

(i) Denis Salvaing de Boissieu, né à Vienne, le 21 avril 1600, lieutenant général au bailliage de Graisivaudan, premier président de la chambre des comptes de Dauphiné, mort au château de Vourey, le 10 avril i683. Il s'était marié en i632 avec Elisabeth Déagent, fille de Guichard, président de la chambre des comptes, qui résigna en faveur de son gendre en 1639. Salvaing de Boissieu est l'auteur de V Usage des fiefs. « Il était pour ainsi » dire de toutes les nations, parce qu'il savait tout. Ses écrits témoignent » de son éloquence. Rome en peut parler, y étant été en qualité d'orateur » avec feu le maréchal de Créquy. » (Guy Allard, Dict.)

(2) Nicolas Prunier de Saint-André avait épousé Marie du Faure.

(3) Louise Frère, veuve d'Antoine du Faure de La Rivière, qui était décédé le 8 novembre 1657.

r04 LETTRES INEDITES

paraître sa prudence en ce rencontre. Il est sans doute qu'elle ne pouvait mieux choisir, ni un plus galant homme.

Je vous prie aussi de baiser les mains de ma part à Madame Revol * et de lui dire que M. son fils et M. son frère, comme elle voudra, est un très-galant homme, très-sage, très-civil, et a autant d'esprit que gentilhomme que j'aie encore vu.

Exhortez mon cousin de Claveyson à surmonter toutes les difficultés qui lui peuvent faire obstacle à avoir la charge de M. du Faure ^. Il reste encore ce pas à faire, à quelque prix que ce soit, pour l'établissement de sa fortune et de sa maison.

J'ai payé ici, il y a quelque temps, 40 pistoles ^ pour l'achat d'un cheval qu'on lui a envoyé. S'il veut me les faire tenir par quelque voie, elles serviront pour payer un jour de ma dépense.

A Francfort, ce 9* avril i658.

J'ai été surpris d'apprendre que cette bagatelle d'inscription que je fis ici dernièrement soit allée jusqu'à vous et même par deux voies différentes. Elle ne méritait pas sans doute

(i) Elle était femme de Pierre de Revol, seigneur des Avenières, d'abord procureur général à la cour des aides de Vienne, puis conseiller au parlement de Metz, mort en 1704, laissant trois fils,

(2) La place de président au parlement de Grenoble, laissée vacante par la mort d'Antoine du Faure, arrivée le 8 novembre précédent.

(3) Environ 440 francs.

DE HUGUES DE LIONNE. Io5

de paraître devant des yeux si délicats que ceux que vous me marquez, et je ne Tavais jugée supportable qu'à des yeux allemands, no3'és pour Tordinaire dans le vin. Je vous puis assurer que je récrivis dans un instant, sans Tavoir méditée. Il est vrai que la matière m'était assez présente à Tesprit pour n'y pas hésiter beaucoup, à présent que je me suis fortifié dans mon latin. Mon père n'aurait pas eu occasion d'y souhaiter le mot tertium au lieu de tertio, si on vous l'avait envoyée fidèlement comme je la mis dans le livre. Ter^tium y est tout de son long % et tertio aurait été, à mon sens, un mot inexcusable, s'il n'y entrait même du solécisme. Ainsi, il sera aisé de le satisfaire, puisque je l'ai prévenu dans son sens. J'en ferai reproche au sieur Guille, afin qu'il songe mieux une autre fois à ce qu'il pourrait mander de moi. Je vous ai depuis cela adressé un écrit d'autre nature, qui m'a coûté un peu plus d'application et de travail. Je serais bien aise d'en apprendre le jugement de M. de Boissieu, à qui je vous priais de le communiquer.

Je suis fâché de vos brouilleries provinciales et aurais bien souhaité de savoir si M. de Franc s'est disposé à vous comparaître à Paris à son ajournement. J'espérais de Ty revoir, car ces Messieurs les Electeurs^ depuis leur arrivée trouvent la cour si incommode à leur bourse, qu'ils se hâtent tous plus qu'on croirait pour faire un empereur.

(i) Le mot tertium figure en effet dans toutes les copies de cette improvisation.

(2) Dans les dépêches que nous avons sous les yeux on trouve la preuve que , à la veille de l'élection de l'empereur, la France disposait des voix des électeurs Palatin, de Bavière, de Mayence, de Trêves et de Cologne, moyennant une gratification de 100,000 écus à chacun d'eux, dont 60,000 comptant et le reste après l'élection , si elle était faite à la satisfaction du roi. La même somme était promise à l'électeur de Brandebourg, qui cepen-

I06 LETTRES INEDITES

Nous avons eu quelques dciTÎelés ces jours-ci avec celui de Saxe, que les Espagnols avaient voulu porter par leurs artifices à nous faire une espèce d'afïront touchant les visites; mais la fin a été qu^il lui est retombé dessus, comme il paraîtra si le roi, à qui nous en avons donné part, trouve à propos que la relation en soit publiée.

A Mayence, ce 19' août i658.

Nos Dauphinois s'en revont, qui vous diront toutes nouvelles ^ M. le maréchal de Grammont part dans quatre jours, et je m'arrête pour huit ou dix jours de plus, afin de mettre la dernière main à une affaire importante qu'il nous

dant ne s'engageait à rien pour l'élection; 7,200 rixdales au sieur lena, intime confident de ce prince; 3oo pistoles à chacun des secrétaires d'Etat de ces électeurs; 6,000 rixdales aux comtes de Furstemberg; 40 pistoles au fils du syndic de Francfort; enfin 3oo,ooo écus au roi de Suède, avec qui Louis XIV avait donné pouvoir à ses ambassadeurs de négocier en son nom un traité d'alliance. Comme il n'y avait point alors à Francfort de banquier qui pût acquitter toutes ces somme§, on envoya une voiture chargée d'argent par la Franche-Comté et l'Alsace. Enfin , pour faire la part à tout le monde en fait de gratifications, nous ajouterons que le principal négociateur ne fut pas non plus oublié. Ainsi le roi fit don à Hugues de Lionne, le 25 novembre lôSg, de 26,000 livres de rente sur le duché de Bar, et le 4 décembre 1660 il l'autorisa à vendre ces rentes. Il lui permit en outre, le 22 août 1661, de recevoir en présent une somme de 1 5,000 livres de l'archiduc d'Inspruck , pour la satisfaction du traité de Munster, et huit chevaux de carrosse de l'archevêque de Trêves, le 18 juin

(i) Les nouvelles de l'élection de l'empereur Léopold II, fils de Ferdinand III, qui avait eu lieu le 18 août à Francfort.

reste à faire \ J'envoie ma vaisselle d'argent à la suite dudit maréchal; mon train le suivra peu dejours après, et, pour mon retour, ma femme, mes enfants et moi prenons la voie de Hollande et de la mer, qui est un secret, au moins pour ce qui regarde ma personne, que nos Dauphinois ne vous auraient pas su dire. Je fais état d'être à Amsterdam le 12*^ du mois prochain et peut-être après cela de toucher l'Angleterre ^. Ainsi il y aura peu de parties de l'Europe que je n'aie parcourues. C'est travailler pour son épitaphe ^ et rien au delà.

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du dernier mois passé et vous remercie de toutes vos nouvelles. Mon cousin a mal fait, ce me semble, de perdre l'occasion de mettre une charge de président dans sa maison. Il est vrai qu'il doit mieux savoir ses affaires que les autres.

Faites, je vous prie, mes compliments à M. d'Albertas, à qui je conserve de très-vives obligations. Voici un mot de réponse pour M. de Chaulnes ^.

(i) La fameuse ligue du Rhin, signée le i5 août, qui lui fit beaucoup d'honneur et qui rendit nécessaire la paix des Pyrénées.

Cette confédération, qui conférait à Louis XIV le protectorat de l'Allemagne occidentale, comprenait les électeurs de Mayence, de Cologne, de Trêves, de Bavière, l'évêque de Munster, le roi de Suède, les ducs de Brunswick et de Lunébourg, le landgrave de Hesse-Cassel. L'année suivante, le landgrave de Hesse-Darmstadt, le duc de Wurtemberg, l'électeur de Brandebourg, les évêques de Bâle et de Strasbourg, les comtes de Waldeck, les margraves d'Anspach accédèrent à la ligue du Rhin.

(2) Hugues de Lionne n'alla point en Angleterre, à cause de la mort de Cromwel, arrivée le i3 septembre i658.

(3) Allusion à ce passage de l'Ecriture : Titulum sepulchri laborant.

(4) Claude de Chaulnes, « dont l'esprit et le génie ont été si heureux et » qui a eu pour amis tous ceux qui l'ont connu » (Guy Allard, Dict.), premier président des trésoriers de France en Dauphiné, en remplacement d'Antoine de Chaulnes, seigneur de Veurey, son frère, marié à Marguerite

o8 LETTRES INEDITES

A Lyon, ce 18" décembre i658.

J'ai reçu votre lettre du i5'' et été ravi de voir que vous continuiez dans la pensée que je vous ai inspirée pour Tavancement de mon cousin, et que tout ce que vous avez de parents, d'alliés et d'amis vous fortifient dans ce sentiment. Pour ce qui regarde mon fait et que je vous ai offert, assurez qu'il ne manquera pas et que je vous ai plus d'obligations selon mes inclinations de vouloir l'accepter qu'à moi de le recevoir.

Je n'ai point vu M. Servien ^ depuis la réception de votre lettre, et je ne m'en suis pas pressé, parce que j'ai vu dans votre billet séparé que vous aviez d'ailleurs trouvé les 26,000 francs, et qu'aussi M. le président de La Coste m'a fait entendre que, quelque chose qu'ait dite M. de Fiançaye ^, il n'est pas si prêt de payer sa dette, outre que je crois pouvoir vous répondre qu'il fera la chose si M. de Fiançaye paie, et qu'après tout, quand tout cela manquerait, je me

de Chissé. Son fils, Paul, fat évêque de Sarlat en 1701, puis de Grenoble, où il mourut en 1725. La famille de Chaulnes était originaire de Picardie. Une branche alla s'établir à Paris et y fit une haute fortune. (Voy. Docum. biograph. sur Claude de Chaulnes, par Jules Ollivier.)

(i) Ennemond Servien, président en la chambre des comptes.

(2) Louis Bazemont , sieur de Fiançaye et de Saint - Égrève, vibailli de Vienne du 27 janvier i652, conseiller au parlement de Grenoble du 12 juin i655, marié à Eléonor-Emé de Saint-Juhen. Famille fondue en celle de Marcieu.

HE HUGUrS DE LIONNE. 1 09

mettrai plutôt en votre place en TalTaire de M. de l^onrepos * et vous fournirai les 26,000 livres, que de permettre que vous manquiez ce coup, faute de les avoir. Assurez-vous aussi que si on modérait les taxes au-dessous de 80 livres, voUs jouirez encore du bénéfice autant qu'il sera en mon pouvoir, et enfin que je n'oublierai rien de possible pour votre séance et votre avantage, en quoi j'aurai bien plus de plaisir que s'il s'agissait de me procurer à moi-même un avantage bien considérable.

Je ne sais si vous vous serez souvenu d'envo3^er à mon père un de ces petits livres, qui sont plus courus que la chose ne mérite : il est vrai que c'est plutôt pour la matière que pour la forme.

Quand vous verrez M. de Claveyson, je vous prie de lui dire de ma part que j'ai sur ma table son marquisat scellé et bridé ^ et que je ne le retiens que pour y faire mettre la signature d'un secrétaire d'Etat, après quoi je le remettrai à son frère, quand il sera de retour.

Si M. de Charmes ^ n'était pas à Grenoble, je vous prie

(i) Claude Moreau de Bonrepos, avocat consistorial à Grenoble, juge général de la baronnie de Serrières. Il épousa, le 10 janvier i6bg, Dorothée de Montchenu de Beausemblant, dont descendait au sixième degré Ludovic Saint-Max dé Bonrepos, décédé en août 1876 à Saint- Rambert (Drôme), étant trésorier-payeur général du Tarn, et laissant deux filles de Fanny Bersolle.

(2) Sébastien de Lionne, créé marquis de* Claveyson par lettres de décembre i658.

(3) Jacques Coste, comte de Charmes, conseiller au parlement du 24 janvier 1627, en remplacement de Claude de Portes, son oncle, président du i5 février i6bg (office créé), décédé le 26 mars 1676. Il acheta la seigneurie de Peyrins des commissaires du roi et fit ériger en sa faveur, en i652, le comté de Charmes. Il eut un fils, nonyné comme lui Jacques, qui fut aussi président au parlement et qui, n'ayant pas d'enfant, fit héritière sa tante, Anne - Françoise, femme d'Alexandre Béranger du Gua, maréchal de camp.

I I () LETTRES INEDITES

de faire présenter ma lettre au parlement par les moyens que vous jugerez à propos.

A Lyon, ce 25"^ ddcembre i658.

Je dois réponse à trois de vos lettres. Mon oncle ^ m'a chargé de vous mander que tout Targent qu'il aura sera de tout son cœur à votre disposition, sans parler de substitution à l'affaire de M. de Bonrepos.

Je me trouve fort embarrassé dans la prière que vous me faites de la nouvelle remise de 4,000 livres. Dans le même temps j'ai une peine indicible du côté de Paris (et ne sais même encore ce qu'en réussira) pour maintenir l'affaire aux 74,000 livres que je vous ai dites, pour ce que M. le procureur général ^, sur les avis qu'il a de Grenoble qu'il n'aura pas assez de charges pour tous les prétendants à 90,000 livres, si on les veut vendre toutes à ce prix-là, ne se veut point relâcher à les donner aux quatre conseillers de 80,000 et les droits du marc d'or ^ et croit encore leur faire une grâce singulière, puisque le roi y perd 40,000 francs bien clairs.

J'avais vu ce nouvel obstacle peu de jours après votre départ et avant qu'avoir reçu votre lettre par laquelle je vois que vous désirez ne payer que 70,000 livres. Je lui avais

(i) Ennemond Servien, alors ambassadeur en Savoie.

(2) Fouquet, procureur général au parlement de Paris et surintendant des finances. ""

(3) Le marc d'or était un impôt sur l'achat des offices d'environ six et demi pour cent du prix.

écrit fort pressammcnt pour Tobligcr à trouver bon que, quelque chose qu'il résolût touchant les quatre conseillers, je vous tinsse la parole que je vous ai donnée de sa part et de la mienne que vous auriez une charge pour 70,000 livres, et même, pour le convier encore plus, je lui mandai que vous paieriez comptant les 44,000 livres et que je vous prêterais les 3o,ooo livres restantes, que vous n'aviez pas; de sorte que je ne sais comme me retirer aujourd'hui de cette avance. Je le ferais pourtant, si je pouvais espérer d'y réussir. Mais je vois clairement que ce serait sans fruit et peut-être pour ces 4,000 livres-là nous manquerions le tout et qu'il pourrait faire délivrer les provisions à un autre, me payant après de quelque prétexte. Vous pouvez bien voir que je serais ravi que vous l'eussiez pour 5o,ooo, voir pour rien , et que je serais plus aise de vous épargner ces 4,000 livres que si j'en gagnais 10,000 moi-même. Ainsi, ce que je ne fais pas, vous me ferez la justice d'être persuadé que je le tiens absolument impossible. Mandez-moi donc, s'il vous plaît, votre dernière résolution, si vous voulez y entendre ou non aux 74,000 livres, en cas que j'écrive une réponse favorable pour cela, comme je l'espère, puisque moi aujourd'hui lui écrivant, je lui ferai valoir les services que vous rendez et que vous êtes capable de rendre dans la suite \ Quand j'aurai la réponse de Paris et la vôtre, la chose sera bien aisée à ajuster pour les provisions, qu'il est vrai que le sieur Alliez ^ n'a pas, mais qui viendront bientôt pour

(i) Il s'agissait de l'achat pour Joachim de Lionne d'une charge de conseiller au parlement de Grenoble, dont les lettres de nomination sont du 19 janvier suivant.

(2) Samuel d' Alliez, seigneur de La Tour, receveur des finances en Dauphiné, fils de Guillaume et de Jeanne Odde. Famille originaire de Toulouse.

I r2 T.KTTRKS INEDITES

Tobligation des 3o,ooo livres sans intérêts pour quatre ans. Envoyez-m'en un projet comme vous Tentendrez et je vous en manderai après mon avis.

J'oubliais de vous dire que je crois même que M. le procureur général voudra pour la conséquence que Tachât paraisse à 90,000 livres et au moins à 80,000; mais cela ne vous importe, pourvu que celui qui sera chargé de la recette vous en donne quittance entière.

Je n'ai point encore pu satisfaire l'impatience que j'ai de voir M. de Saint-Didier, ne sachant où il est logé et ayant beaucoup plus d'affaires depuis sept ou huit jours que vous

ne m'en avez vues.

J'attends aussi M. d'Aviti ', et je crois que je le ramènerai sur les deux sujets dont j'ai à lui parler.

Je vous conjure de nouveau de ne rien oublier pour bien assister le sieur d'Alliez en toutes les affaires dont il s'est chargé, quand il sera de retour. Il s'est déjà fort loué de vous à Paris par toutes les lettres qu'il a écrites.

A Lyon, ce 3o'= décembre i658.

Votre lettre du 26® n'est pas encore la réponse à la dernière que je vous ai écrite. La proposition des 70,000 livres aurait pu se faire à M. le procureur général et peut-être

(i) Claude d'Aviti, venu de Tournon, maître en la chambre des comptes de Grenoble en 1649, allié à Marie de Murinais, dont il n'eut qu'une fille, qui fut mariée à Antoine Murât de L'Estang, président au parlement. Il était fils de Pierre d'Aviti, auteur assez fécond, anobli en 1610, seigneur engagiste de la terre de Moras, et de Marguerite de L'Estang.

m: HUGUES nn monni:. ii3

avec espérance de bon succès, si les choses fussent demeurées au même état; mais, M. d' Alliez lui écrivant tous les jours que, si Ton veut tenir bon à (jo,ooo livres, il y a douze marchands qui veulent des charges et qui s'échauffent aux enchères*, non-seulement il ne servirait de rien, mais ce qui me fiiche, c'est que je suis seulement fort en peine s'il trouvera bon qu'on en demeure à 74,000 livres, pour lesquelles il me donna sa parole en partant. J'en attends sa réponse au premier jour, que je vous ferai aussitôt savoir. J'oubliais de vous dire, comme je pense vous l'avoir marqué par ma précédente, que je lui avais écrit et offert pour vous les 74,000 livres avant que recevoir votre lettre par laquelle vous désirez une plus grande diminution. Ainsi, je ne sais comment me retirer de cet engagement, pendant même qu'il croit déjà faire une diminution de 16,000 livres en votre faveur.

N'ayez point d'appréhension que je fasse un voyage que votre affaire ne soit conclue de tous points. Je ne vois nulle apparence à cela, et quand je devrais partir (ce que je ne crois pas), ce ne serait de plus de six semaines. J'aurais été bien aise de mener M. de Saint- Firmin. Je le témoignerai à M. le président. Mais, encore une fois, il n'3^ a nulle apparence que j'aille, et quand j'irais, ce ne serait qu'à la frontière.

(i) Six offices de conseillers au parlement de Grenoble furent créés par lettres du i5 février 1659 en faveur de Gaspard de Ponnat, Vachon de Belmont, François Francon, Adrien Roux, Joachim de Lionne et Pierre Guignard.

A Lyon, ce 3° janvier iGôg.

Je profite du retour de M. de Charmes pour répondre à votre lettre du 29% n'ayant pas trouvé la commodité de le faire plus tôt, et, pour toute réponse, je vous dirai que je tiens absolument nécessaire que quand le sieur d'Alliez reviendra ici (comme il fera dans quelques jours, au temps à peu près que les provisions des offices arriveront à Paris, afin d'en solliciter le sceau), vous preniez aussi la peine de vous y rendre. Nous conclurons ensemble toutes choses avec lui. J'espère que vous ne vous repentirez pas de cette petite corvée. Je sais qu'après ce que j'ai mandé à M. le procureur général, si je m'adressais à lui pour en rabattre, il ne viendrait qu'une négative. Mais je prétends faire un coup de ma tête pour vous servir, sauf à le payer après de mon argent si on le trouve mauvais. Je n'ai point trouvé d'autre voie de vous procurer l'avantage dont vous m'écrivez, et quelque chose qui m'en arrive, pourvu que vous en jouissiez, j'en serai bien aise. Mais votre présence est nécessaire en un lieu où je suis avec ledit d' Alliez, et, après le coup fait, on aura beau crier, si l'on veut : je hasarderais bien plus pour vous servir.

M. le président de Chevrières m'est venu voir ici trois jours, où je l'ai fort entretenu. J'ai tout sujet d'être satisfait de la manière dont il m'a parlé sur toutes choses. Il m'a mis le marché à la main de disposer souverainement de son intérêt en tous les différends qu'il a avec mon cousin de Claveyson , et nommément m'a demandé ce que je voulais qu'il fît sur le marquisat que j'ai obtenu pour lui. Il dit que

Clavcyson dépend de Clcricu ', comme il le prouvera pnr bons titres, et que s'il ne s'oppose pas à renregistrcmcnt des lettres de marquisat, il perd cette mouvance*, que néanmoins, si je le désirais, il la sacrifierait. Je n'ai pas cru devoir abuser de cette civilité, ni lui demander que, pour Tamour de moi, il se fît un si grand préjudice, et ai été bien fâché que Ton n'ait plutôt mis le marquisat sur Hostun ^, où il n'y eût point eu de pareil obstacle. Il m'a offert ensuite de traiter de cette mouvance et de l'échanger contre d'autres choses qu'il peut désirer de mon cousin , et de s'en remettre absolument à des arbitres, comme aussi d'échanger de certaines rentes qu'ils ont enclavées Tune dans la terre de l'autre. Il a même ajouté qu'il prendrait de sa part ou M. Roux ^, ou M. Belmont '^, et que comme autrefois mon cousin avait témoigné en semblable rencontre vouloir nommer

(i) Claveyson était au nombre des fiefs qui dépendaient de la baronnie de Clérieu. Erigé en marquisat, il était composé de quatre paroisses.

(2) Le mandement d'Hostun comptait en 1290 dix paroisses, appartenant à autant de seigneurs. Il entra dans la maison de Claveyson par le mariage, en 1440, de Jacques d'Hostun avec Béatrix de Claveyson, et dans celle de Lionne par l'alliance, en 161 5, de Hugues de Lionne avec Laurence de Claveyson. Enfin cette seigneurie fut érigée, au mois de mars 17 12, en duché en faveur de Camille d'Hostun, comte de Tallard, maréchal de France, chevalier des ordres du roi, etc. Trois ans après, Marie-Joseph, duc d'Hostun, son fils, obtint des lettres d'érection de ce duché en pairie. Cette maison s'éteignit en 1755, par la mort de Joseph-Marie d'Hostun, gouverneur de la Franche-Comté.

(3) Adrien Roux, sieur de Morges, conseiller au parlement du i5 février 1659, « qui a fait, dit Guy Allard, tant d'honneur aux belles-lettres et dont » l'éloquence a si souvent servi en des affaires importantes ». Il était fils d'Eiienne Roux, aussi conseiller, et de Catherine Déagent, sœur d'Elisabeth, femme de Salvaing de Boissieu.

(4) Joseph-Jean-François Vachon de Belmont, sieur de La Roche, nommé conseiller au parlement le i5 février lôSg, avec dispense d'âge, de parenté et d'alliance. « Il excellait à rendre la justice. »

Page 1