‹ Lettres inédites de Hughes de LionneChapitre 8 sur 27 · I I 6 LETTRES INÉDITES · texte numérisé non relu

I I 6 LETTRES INÉDITES

M. Connart, qu'il en ', et se rapportait entièrement à

ce que ces Messieurs ordonneraient. Je crois que l'ouverture est raisonnable et n'est pas à mépriser*, et si mon cousin y est dispose, je vous conjure de prier ces Messieurs bien vivement de ma part de vouloir se donner la peine de faire accommodement, dont je leur serai sensiblement obligé. Cela ne'contreviendra point, ce me semble, à l'union que mon cousin a faite, particulièrement la première question de la mouvance.

A Paris, ce 3i<' janvier 1659.

Je reçus hier vos deux lettres des 20^ et 22*^ du courant. Vous avez bien fait de retenir la lettre de M. de Chevrières, puisque mon cousin l'a désiré de la sorte. Je ne le trouve pourtant pas fort fin de choisir plutôt le parti de tenir dans un coffre ses lettres de marquisat, sans oser les montrer-, mais chacun se fait fouetter à sa guise. Du reste, moquezvous de tous ses soupçons : il suffit dans ces occasions-là de la satisfaction de sa conscience. Ne vous mettez point en peine de ma réponse à M. de Chevrières : je ne lui en dois aucune, ayant répondu par mon cousin de Valernod à la lettre qu'il m'écrivit de Saint-Vallier. Celle-ci n'était que pour l'intérêt de M. de Claveyson, et si elle lui eût été rendue, c'était à lui à me faire réponse.

(i) Lacune dans le manuscrit.

M. Denis m'a adressé toute scellée, la date en blanc, la dispense d'àgc et de parenté pour mon cousin *. Je la ferai signer à M. Letellier ^ et vous l'adresserai par l'ordinaire prochain. Dès que M. le chancelier sera ici ^on lattend aujourd'hui ou demain', on enverra les provisions des offices. Je suis bien aise que M. d' Alliez n'ait point fait difficulté à tout ce que je lui mandais sur votre sujet et que j'ai déjà fait approuvera M. le procureurgénéral, et quoique vous me mandiez, qu'à quelque prix qu'aient leurs offices Messieurs les quatre conseillers, vous ne prendrez plus aucune diminution. Si, dans la suite de l'affaire, je puis vous procurer quelque nouvel avantage, je vous assure que je n'en perdrai pas l'occasion.

J'ai vu ce matin .M. Desorres, à qui j"ai fait part de toutes les civilités que j'étais obligé .par plusieurs raisons et principalement par votre recommandation. Je ne lui ai point parlé du voyage d'Augsbourg, quoique ce soit bien mon intention de le prendre , si je le fais. Mais je vois que cela pourra changer, dont je ne suis pas fâché.

Si M. de Claveyson m'écrit aux termes qu'il vous a dits, et comme trouvant étrange qu'il ne m'ait pas pu faire déclarer en sa faveur contre un homme qui a des différends avec lui, je répondrai que si le plus grand ennemi que j'aie au monde en avait avec mon père et que, voulant les accommoder à Tamiable, mon père voulut plutôt plaider, je donnerais raison à mon ennemi et laisserais plaider mon père sans l'assister.

(i) Joachim de Lionne était neveu de Sébastien de Lionne, conseiller aïi même parlement, et n'avait pas les vingt-sept ans d"âge voulus par les règlements.

(2) Michel Letellier, né le 19 avril i6o3, décédé le 28 octobre i685, secrétaire d'Etat sous Louis XIII, chancelier de France en 1677. Il s'était marié, le 22 mai 1622. avec Anne Souvré , marquise de Courtenvaux.

Il8 LETTRES INÉDITES

Je n'ai pas pu encore entretenir ma cousine d'Aviti * , quoiqu'elle me soit venue voir. Je suis accablé d'affaires.

On a résolu, quand M. le chancelier sera arrivé, de faire

réformer toutes les ^. Je me souviendrai, si j'ai quelque

crédit, de M. le conseiller de La Baume ^, pour le faire rétablir en celle du domaine et le faire aussi employer en quelque autre.

Comme il se traite une grande affaire pour moi, où j'aurai bon besoin de toutes mes pièces, et que d'ailleurs mon fonds diminuera d'autant de ce que je serai présentement obligé de payer pour vous à M. de Gourville '^, vous m'obligeriez bien si , suivant l'offre qu'il me semble que vous m'en fîtes vous-même, vous payiez au sieur d' Alliez les 44,000 livres comptant que vous aviez préparées en cas que vous n'eussiez pu avoir la charge qu'à 74,000 livres, et que vous rabattiez en même temps ces 4,000 francs sur l'obligation que vous me devez faire, laquelle, en ce cas, ne serait plus que de 26,000 livres. Je mande au sieur d' Alliez d'en user de la sorte, si vous le pouvez faire sans incommodité.

(i) Madame d'Aviti, née Marie de Murinais.

(2) Lacune dans le manuscrit.

.(3) Louis de La Baume-Pluvinel, prévôt de l'église de Crest, abbé de Valcroissant, prieur de Saint-Vallier, doyen de Die, conseiller clerc au parlement de Grenoble par lettres du 4 août i633, décédé le 27 septembre

(4) Jean Hérauld de Gourville, « enrichi à l'excès par Fouquet, » mort en juin 1703, à 79 ans, dans l'hôtel de Condé. On le croyait marié avec une des trois sœurs de La Rochefoucauld, après avoir été le valet de chambre et l'ami du grand veneur. Il tenait de cette famille la possession viagère du château de Saint-Maur. Il a laissé des Mémoires sur les grands personnages et les événements, depuis 1642 jusqu''en 1698, publiés en 1724. 2 vol. in-i2.

A Paris, ce 7' février iGSg.

Monseigneur ',

Dieu s'est jusqu'ici contenté de nous donner des craintes pour la santé de M. le surintendant ^, qui n'est pas en bon

(i) Cette lettre est adressée par Hugues de Lionne à son père, évêque de Gap, pour lui offrir le riche évêché de Bayeux, laissé vacant par la mort de François Servien , beau-frère de l'un et oncle de l'autre.

(2) D'une famille originaire de La Sône, petite localité sur la rive droite de l'Isère, Abel Servien, marquis de Sablé et de Châteauneuf, comte de La Roche-des- Aubiers , baron de Meudon , né en 1 583 d'Antoine Servien, procureur des trois États de Dauphiné, et de Diane Çally. Ce fut un grand personnage : homme d'Etat et de lettres, financier et diplomate. Il fit l'illustration de sa famille et contribua beaucoup à celle de la maison de Lionne. Il débuta par la charge de procureur général au parlement de Grenoble le 3i août 16 16, fut conseiller d'État en 16 18, intendant de l'armée d'Italie, premier président du parlement de Bordeaux en i63o, charge qu'il laissa pour celle de conseiller d'Etat. Ne pouvant s'entendre avec le cardinal de Richelieu, il se retira et le roi le gratifia d'une somme de 100,000 écus. Rappelé par Mazarin, il fut ambassadeur en Italie, en Allemagne, en Hollande, enfin surintendant des finances en i653 et sénéchal d'Anjou. Il avait été reçu membre de l'Académie française le i^'" mars 1634, garde des sceaux de l'ordre du Saint-Esprit le 4 mai 1648 et chancelier du même ordre le 23 août 1654. Il mourut dans son château de Meudon le 17 février 1659. Il avait épousé, le 9 janvier 1641, Augustine Leroux, veuve de Jacques Hurault, comte d'Ozain et deVibray, dont il eut trois enfants : 1° Louis, marquis de Sablé et de Bois-Dauphin, sénéchal d'Anjou, mort sans alliance le 29 juin 17 10, à l'âge de 66 ans; 2° Augustin, qui fut ecclésiastique et décéda le 6 octobre 17 16, et 3" Marie- Antoinette, qui fut mariée à Maximilien de Béthune, duc de Sully, et mourut le 26 janvier 1702, âgée de bj ans, dans une pauvreté relative, quoiqu'elle eût eu 800,000 livres et fût devenue l'héritière de sa famille.

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état; mais, d'un autre côte, il nous a affligés par le mal même, ayant appelé à soi le bon M. de Hayeux ', qu'une fièvre continue, succédant à des douleurs piquantes de la pierre, qui lui est tombée dans la vessie, a emporté en dix jours. Il est mort comme un saint, avec une patience incroyable, et a été infiniment regretté par tout son diocèse. Il avait 2 5,000 écus de rente, que le roi a eu la bonté, à la prière de Mgr le cardinal, de partager entre M. le surintendant et moi, sans que personne autre ait eu aucune part à cette dépouille, et la chose, qui sera demain déclarée, se paiera de cette manière : le second fils de M. le surinten-

Après une longue sortie contre les premiers ministres, Saint-Simon, à propos de la paix de Munster, trace les portraits suivants du comte d'Avaux (Claude de Mesmes) et d'Abel Servien : « Ce furent les ordres secrets de » Mazarin à Servien, son esclave, collègue indigne du grand d'Avaux, qui » mirent bien dgs fois la négociation au point de la rupture, qui rendirent » la sienne avec d'Avaux si scandaleuse et publique, qui mirent tous les » ministres employés à la paix par toutes les puissances du côté de d'Avaux, « qui produisirent ces lettres si insultantes de Servien à d'Avaux et les » réponses de d'Avaux, si pleines de sens, de modération et de gravité. » {Mémoires j t. xx, p. 290, i'^ édit.)

Il ne faudrait pas prendre ici à la lettre les exagérations de langage et d'appréciation que montre Saint - Simon en exaltant l'un et en abaissant outre mesure l'autre personnage. Le premier ne fut pas plus un grand homme que le second ne fut un homme indigne; et il est absurde de traiter d'esclave un ambassadeur qui exécute les ordres de son ministre. En outre, la paix de Munster fut assez glorieuse et avantageuse à la France pour n'en pas faire un reproche à ceux qui l'ont négociée et signée. Enfin, Saint- Simon lui-même, pendant son ambassade à Madrid, en 1721, communiqua plus d'une fois à la cour d'Espagne et même s'efforça de faire réussir auprès de Philippe V des demandes du cardinal Dubois, qu'il désapprouvait complètement. On ne peut nier toutefois que Servien, à qui on reprochait d'être borgne , ne fût un compagnon assez entier et parfois incommode.

(i) François Servien, frère d'Abel, né en i588, doyen de Saint-Martin de Tours, évêque de Carcassonne en 1645, de Bayeux en janvier i655, décédé le 2 février lôôg.

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dant ^ aura toutes les abbayes et 12,000 livres de pension surréveché, et vous serez demain cvcque de Bayeux, qui est afl'ermé 5o,ooo livres et peut être facilement (parce que je le sais de science certaine) porte dans un an à 60,000 livres ^. Quelque grand que soit l'avantage, il ne m'empêche pas de plaindre infiniment la perte que nous avons tous faite. La seule consolation que je puis recevoir, c'est que cet accident est une conjoncture favorable pour vous revoir à nous, comme je Fai toujours passionnément souhaité, au cas que vous ayez la même envie, car je ne veux vous forcer à rien contre votre inclination et peut-être l'intérêt de votre santé, qui m'est bien plus précieuse que toute autre considération. Aussi bien m'offre-t-on déjà de grands avantages pour des permutations d'abbayes. Néanmoins, comme je ne sais pas si elles seraient agréées par Sa Majesté , toute personne qui désire l'épiscopat, pour suivre la maxime de saint Paul, n'étant pas toujours bien propre à en faire un évêque. C'est pourquoi je croirais important qu'il vous plût à toutes fins disposer vos affaires à vous en venir au printemps, en sorte que, s'il est nécessaire, rien ne vous arrêtât de delà. Bayeux est un pays si gras et où il fait si bon vivre qu'un pigeon n'y vaut qu'un sol. Je dis cela parce que, en tous cas, le superflu du revenu d'une année paiera la dépense des bulles, s'il en faut expédier. Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage.

Il vous est glorieux d'être devenu successeur de M. le

(i) Augustin, dont il vient d'être fait mention. Il obtint en effet l'abbaye de Saint-Jouin-les-Marnes et le prieuré de Sainte-Catherine du Val-des- Ecoliers de Paris. C'était un homme très-dérangé et d'une conduite fort scandaleuse. Il fut enfermé à Vincennes en 17 14, à la suite d'un éclat qu'il fit à l'Opéra,

(2) Cet évêché rapportait 80,000 livres en 17 16.

cardinal d'Ossat *, qui ctait, comme vous savez , cveque de Bayeux , qu'il ne vit pourtant jamais.

A Paris, ce iS*" mars 1659.

J'ai reçu vos lettres des 5® et 1 2® et ai été bien aise d'apprendre que vous eussiez déjà reçu la dispense rescellée en bonne forme et encore plus de la particularité que vous m'avez marquée qu'il y a déjà marchands à 85, 000 livres des charges qui restent à débiter. Mon cousin pourra se consoler de voir passer devant lui les enfants des quatre pères conseillers, puisqu'il est le plus jeune du parlement et qu'il ne laissera pas d'en avoir trois après lui dans moins d'un mois : le fils de M. Guignard^, que je remercierai de sa civilité, si je le vois, et ceux qui auront les charges de MM. de Charmes et de Pointières ^.

(i) Arnaud d'Ossat, né le 20 juillet i53j k Larroque (Hautes-Pyrénées), évêque de Rennes en iSgô, cardinal en 1699, évêque de Bayeux en 1601, mort à Rome, le i3 mars 1604. Habile diplomate, célèbre pour avoir réconcilié Henri IV avec le pape et fait annuler le mariage de ce roi et de Marguerite de Valois.

(2) Pierre -Emmanuel Guignard, vicomte de Saint-Priest, fils de Philippe- Marie et de Françoise de Mandat, conseiller au parlement de Grenoble du i5 février 1659, mort le 5 décembre 1702, laissant d'Angélique-Jeanne Rabot Denis-Emmanuel, qui fut conseiller, puis président au même parlement et décéda le 25 mai 1722.

(3) François de Virieu, seigneur de Pointières, conseiller au parlement du i3 juillet 1641, en remplacement de Jacques de Virieu, son père.

J^ai reçu une lettre de remercîment de M. Mistral * et une autre de M. de Saint-Pierre ^, qui me demande protection. Je n'ai pas le temps de faire des réponses réglées à tout le monde. Je vous prie de leur en faire mes excuses.

Je crois que mon cousin de Claveyson fera fort bien de convenir d'arbitres, aussi bien que M. de Charmes. Que veut dire que M. de Chevrières ne m'a point écrit sur la mort de M. de Servien ^, ni de M. de Bayeux ?

L'affaire de la charge de M. de Brienne n'a pu réussir, parce que le fils n'a jamais pu être disposé par le père à consentir cette vente. Je serai bientôt déclaré ministre d'Etat et vous prie de n'en rien dire que cela ne soit exécuté.

Hors de la considération de mon fils aîné, qui aurait eu une charge assurée et la plus considérable du royaume, ce parti-là m'accommode beaucoup plus que l'autre, d'autant que, sans dépenser un seul sol, je m'assure les mêmes 20,000 livres d'appointements que les secrétaires d'Etat ont de gages. Je prends le pas devant eux, serai couvert au conseil devant le roi et non pas eux, et je vois que M. de ViUeroy ^ même crut monter et qu'on lui faisait un grand avantage quand on lui permit de remettre sa charge et qu'on

(i) Jean-Baptiste Mistral, seigneur de Gonas, avocat en la cour, conseiller au parlement du 9 janvier i65i, en remplacement de Laurent, son père, décédé le 23 octobre 1687.

(2) Balthazar de Marcel, sieur de Saint-Pierre, capitaine de cavalerie, mort en 1680.

(3) Abel Servien, surintendant des finances, mort le 17 février précédent.

(4) Nicolas de Neuville de Villeroy, né le 14 octobre 1598 et mort à Lyon le 28 novembre i685, maréchal de France en 1646, gouverneur du jeune Louis XIV, puis de la province du Lyonnais, chef du conseil des finances en 1661, duc et pair en i663, marié le 11 juillet 1617 à Madeleine de Blanchefort-Gréqui .

le fit ministre. Il est vrai que pendant nos mouvements on en a fort multiplie le nombre ^ mais il y a la dilTcrence aussi de ceux qui le sont par honneur ou des autres qui avec la qualité ont réellement les aflaires en main*, et certes cette grande somme de 14 ou i,5oo,ooo francs pour une charge qui se perd par mort et dont on peut encore être chassé par disgrâce, m^épouvantait un peu, et je donnais mon acquiescement plutôt à la persécution de mes amis qu^à mon propre désir.

Je suis sur le point de faire une acquisition du doublement du péage de Baix-sur-Baix \ qui est le meilleur de tous et dont l'ancien vaut 16,000 livres de rente. Comme je n'en paierai pas grand argent par la bonté de M. le procureur général, je pourrai me consoler quand ces établissements ne subsisteraient pas longtemps, et ce sera même un titre d'en demander un bon dédommagement. Mais en même temps, comme je vous conte toutes mes affaires, je vous dirai que je viens de voir un mémoire des dettes de Madame Payen ^, avec laquelle je me suis accommodé, et de ses effets, et je trouve qu'elle a tant barbouillé de sa tête, croyant toujours de gagner, que depuis la mort de son mari elle a jeté 1 00,000 écus dans la rivière et qu'il s'en faut 20,000 francs pour le moins qu'elle n'ait un sol vaillant , après ses dettes payées ^. De sorte que sa nourriture pour le reste de sa vie tombera sur mes coffres : à quoi je ne laisserai pas de contribuer avec plaisir, quoiqu'elle ait fort mal vécu avec moi durant tout le temps de ses équipées.

(i) Baix-sur-Baix, canton de Chomérac (Ardèche), péage vendu plusieurs fois, la dernière en i638. La pancarte datait de i56i.

(2) Madame Payen, belle-mère de Hugues de Lionne.

(3) La mère et la fille moururent dans l'indigence. Les 100,000 écus de la première ne laissèrent pas plus de traces que les 5oo,ooo livres de dot de la seconde.

DE HUGUES DE LIONNE. 12n

A Paris, ce 9° mars iGSg.

Il y a longtemps que vous n'avez point eu de mes nouvelles, parce qu'il y a longtemps que j'ai des occupations indispensables par-dessus la tête. Je ne veux pas pourtant tarder davantage à me réjouir avec vous de Tavancement que )e vois en la grande affaire de la paix sur le fondement du mariage du roi avec Tinfante, pouvant vous dire qu'elle est, Dieu merci , en tel état qu'il y a tout sujet d'en espérer bientôt un bon succès. Hier fut signée une suspension d'armes générale pour deux mois entre les couronnes et leurs alliés. J'espère que cette trêve n'expirera pas que tout le reste ne soit conclu à commune satisfaction , et je vous avoue qu'y ayant eu la part que tout le monde sait, à l'exclusion de tout autre, quand la chose sera achevée et exécutée de tous points, je ne me soucierai plus de mourir après cette gloire acquise et avoir eu ce mérite devant Dieu et devant les hommes.

Mon père m'avait écrit qu'il se préparait pour venir au mois de mai. Je ne l'ai pas pris au mot et ne lui ai même pas répondu là-dessus, parce que je prévoyais dès lors qu'il me faudrait décamper encore environ ce temps-là pour gagner l'Espagne. Ainsi, il suffira que sans se presser il nous tienne parole, mais infailliblement, dans l'automne prochain.

Je me prépare cependant à recevoir l'honneur que Leurs Majestés veulent me faire dans huit ou dix jours de venir à Berni pour y passer depuis midi jusqu'à quatre heures du matin du jour suivant. Mgr le duc d'Orléans, Mademoiselle, Mgr le cardinal et presque toute la cour seront de la partie.

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Don Antonio Pimcntcl ' n'y sera pas otiblic et m'oblige à faire ce cadeau encore plus grand. Il y aura bals, ballets, comédies, jeux et escarpolettes, feux d'artifice, tables ouvertes et toute sorte d'autres divertissements ^. C'est une aubaine passive qui me vient de 25 à 3o,ooo francs-, mais qui ne pourraient être jetés plus à propos ni en une plus belle conjoncture. Il me fâche seulement que notre reine future n'y soit pas, et je vois bien que, comme c'est son chemin en arrivant, il faudra recomrnencer à se ruiner.

A Paris, ce i8* juin i65g.

Le lendemain même de la mort de M. Servien, m'ayant été remboursé quelques parties qui m'étaient dues, je fis un prêt au roi de 5o,ooo écus, qu'on m'assigna sur le traité de M. de GourviUe en Dauphiné, c'est-à-dire sur toutes les affaires généralement que les compagnies souveraines y ont passées pour la suppression de la cour des aides de Vienne ^,

(i) Don Antonio-Alonso Pimentel de Herrera, comte de Buenaventa, grand d'Espagne, chevalier du Saint-Esprit, sommelier du corps du roi. C'est lui qui apporta à Lyon, où se trouvait la cour, en mai i656 une lettre du roi d'Espagne Philippe IV, qui proposait la paix et le mariage de sa fille avec le roi de France.

(2) Il existe un manuscrit dont le titre est: Récit de ce qui se fera à Berni à V arrivée du Roi, de la Reine, de Monsieur et de toute la Cour.

(3) La cour des aides créée par Humbert, dauphin, fut transportée à Vienne par un édit de juin i638. Elle fut supprimée par un autre édit d'octobre i658 et réunie au parlement de Grenoble.

à condition que je serais remboursé de tous les premiers deniers qui en proviendraient, de quelque côte qu'ils vinssent.

Je fais présentement envoyer ordre au sieur de La Tour d' Alliez par ledit sieur de Gourville que, en exemption de ce qui m'a été promis, il vous mette incessamment entre les mains tous les deniers qui viendront de quelque côté que ce soit jusqu'à la somme de i6i,25o livres, qui est le principal qui m'est du et les intérêts à [5 pour loo pour six mois % et je vous prie me faire la faveur de les recevoir et de songer par avance aux moyens plus sûrs de me les faire toucher à Paris, sans perte. Si vous pouviez vous ajuster pour cela avec le commis de M. Amat, j'en serais plus aise que de tout autre, et en ce cas il ne. faudrait lui expliquer autre chose, si ce n^est que vous aurez bientôt de l'argent à me faire tenir, et savoir s'il voudrait le recevoir et en donner des lettres de change sur ledit sieur Amat.

Le premier argent qui viendra sera vraisemblablement 40,000 francs, que doivent encore de leur traité les greffiers du parlement et pour lequel ils ont donné deux promesses , dont l'une écherra bientôt et l'autre deux ou trois mois après.

Mon oncle le président Servien ^ fait aussi un traité pour l'acquisition d'un péage, par lequel il doit donner comptant 10 ou 12,000 écus quand cela sera achevé. Je vous prie de recevoir la somme, sans que personne sache qu'elle vient à moi.

(i) On comprend qu'un gouvernement obligé d'emprunter à un taux aussi onéreux (3o pour 100 par an) ne pouvait guère faire face à ses engagements et que la faillite, totale ou partielle, n'était que trop souvent une sorte d'expédient financier.

(2) Ennemond Servien, président en la chambre des comptes.

Comme le doublement des péages se lève sans dilficulté, il fliudrait aussi, par le moyen du sieur de La Tour, faire compter les commis de six mois en six mois, et leur faire vider les mains de ce qu'ils auront reçu, d'où il reviendra une bonne somme à la fin de chaque semestre, qui pourra d'autant avancer mon remboursement. Le reste se pourra prendre sur TafTaire des fra n es- fiefs , qui ne peuvent manquer et dont on tirera 40 ou 5o,ooo ccus par accommodement avec la province. Mais comme cela peut être un peu long (si ce n'est que l'on en fasse un sous-traité), parce qu'il faudra faire une imposition sur la province et on attendra la levée. Je vous prie, autant que vous pourrez, de procurer qu'il se trouve quelque sous-traitant de cette affaire, auquel de mon côté je ménagerai des conditions avantageuses, afin de sortir plus tôt de ma dette.

Je ne vous parlerai point de l'affaire de l'aliénation des tailles, parce qu'on m'a fait craindre que ceux qui voudront de cette denrée feront peut-être difficulté de donner leur argent jusqu'à ce que la révision des feux soit faite, ce qui irait à plusieurs jours. Mais si la chose passait et que l'on reçût quelques sommes de cette nature, je vous prie de vous en nantir, car par ce moyen je serais bien plus tôt remboursé, puisqu'il y en a, selon l'estimation du parlement même, pour 14 ou i,5co,ooo francs. S'il y a aussi quelque chose à faire sur le revenu du domaine, je vous prie d'y avoir l'œil ouvert et généralement de ne permettre pas que ledit sieur d' Alliez touche un sol qu'aussitôt il ne vous le remette, suivant l'ordre qu'il en aura, et cela le plus secrètement entre vous deux qu'il sera possible : sur quoi vous pourriez concerter que le monde crût qu'il met l'argent en dépôt chez vous pour être plus en sûreté. Je vous demande pardon de tant d'importunités que je vous donnerai pour ce remboursement, mais vous avez assez de bonté pour tout

excuser. Je vous prie de m'ccrire le plus souvent que vous pourrez tout ce qui se passera. Quoique je sois du côté de Rayonne, je n'en recevrai les lettres que six jours plus tard. Nous partirons le 2 5 ou le 26.

Depuis ma lettre écrite, j'ai tout ajusté avec M. Amat, et vous trouverez ci-joint Tordre qu'il donne à son commis de recevoir ce que vous lui donnerez et d'en tirer lettre de change sur lui. Qu'il fasse mettre payable à M. de Rives \ avec qui vous vous entendrez, s'il vous plaît.

A Paris, ce 24= juin 1659.

Il y a huit jours que la lettre ci-jointe était écrite et qu'elle est demeurée dans ma poche, parce que je voulais vous envoyer les ordres de M. de Gourville au sieur d' Alliez, et ses heures ne s'étant pas accommodées avec les miennes, nous nous sommes souvent cherchés sans nous rencontrer. Il m'a donné heure pour ce soir, mais je ne sais s'il viendra à temps. En tous cas, j'envoie toujours cette dépêche, et M. de Rives vous adressera vendredi lesdits ordres.

Cependant je vous dirai que j'ai aujourd'hui remercié Leurs Majestés de ce qu'elles m'ont fait l'honneur, avant mon départ, de me faire ministre d'Etat et de me donner 20,000 livres de rente en bénéfices pour mon fils Tabbé.

(i) Luc de Rives, intendant des finances, frère de la belle-mère et oncle de la femme de Hugues de Lionne.

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Vous en pourrez faire part à M. de Gap, de qui la reine m^a dit aujourd'hui mille biens, quand elle a su qu'il n'avait pas voulu accepter Fcvcché de Bayeux.

J'ai recommandé à M. de Chevrières la parole qu'il m'avait une fois donnée de ne point s'opposer à l'enregistrement des lettres du marquisat deClaveyson, en lui donnant pour mon cousin de Claveyson une déclaration que cela ne préjudiciera point à son droit \ Il me promit d'écrire le même jour à Madame sa femme * en conformité. Il a fait la chose de fort bonne grâce et m'a même offert d'en passer par ou je désirais de tous ses autres différends avec mon cousin : ce que je n'ai pas voulu accepter. Il ne tiendra maintenant qu'à mon cousin de finir la première affaire, qui est la mienne.

Je vous donne le bonsoir.

• A Candillac, le i6- juillet i65g.

J'ai reçu ici votre lettre du 29^ du mois passé et j'avais déjà appris à mon cousin de Claveyson , même huit jours auparavant, le bon succès du registrement de ses lettres, malgré les oppositions qu'on y a voulu faire, hors de temps. Je vous prie de remercier de ma part votre très-digne premier pré-

(i) Ce droit, c'est-à-dire l'hommage, longtemps tombé en désuétude, fut réclamé avec succès par M. de Saint - Vallier à la veuve de Charles- Hugues de Lionne, en ijb3.

(2) Marie de Sayve.

DE HUGUES DE LIONNE. l3l

sident * et M. Pause ^, mon cousin me marquant que ce sont les deux qui ont le plus contribué à sa satisfaction.

Je crois qu'il vous faut voir la lettre que je lui écris sur le sujet de M. de Chevrières. Il me voudrait faire aller un peu plus vite que je ne veux marcher. Je ne ferai rien par emportement, mais tout par raison. J'ai même écrit ce matin à M. de Chevrières [CQ que je vous prie de ne dire pas^ que si le gain de son procès contre M. de Saint-Antoine ^ pouvait tirer à conséquence pour asservir des fonds de mes cousins, je ne pourrais pas m'empêcher de solliciter ouvertement contre lui. Nous verrons ce qu'il répondra. J'ai pris cette occasion de me déclarer à lui en répondant à ses compliments sur le ministériat. J'attends avec impatience votre réponse à mes dernières lettres.

A Saint-Jean-de-Lus , ce i3*= août 1659.

Je ne puis vous dire que quatre mots, car je pars dans cet instant pour aller à la première conférence de nos principaux ministres, qui se fait aujourd'hui^. Mon cousin vous dira

(i) Salvaing de Boissieu, premier président de la chambre des comptes.

(2) Benoît Pause, maître en la même chambre en i635, frère de Humbert Pause, trésorier général de France en i658.

(3) Jean Rasse, élu abbé de Saint- Antoine en i635, mort en 1673.

(4) La rédaction du traité de paix avec l'Espagne fut longue et laborieuse. Elle exigea vingt-quatre conférences et contenait cent vingt-quatre articles, dont le vingt- troisième stipulait que Sa Majesté Très-Chrétienne épouserait rinfante Marie-Thérèse, fille aînée de Sa Majesté Catholique.

l32 LETTRES INEDITES

que son courrier a été prévenu par un autre de M. de Saint- Agnin ', lequel, s'étant adressé à M. Rcte, avait obtenu Tabbaye pour une de ses sœurs douze heures avant que j'en eusse Tavis. Vous verrez bien par là, si j'avais été averti à temps, s'il m'aurait été fort difficile de faire ma cousine abbesse. Comme vous me mandez, les filles de la famille ne sont pas plus heureuses en pareilles rencontres que les garçons. J'en suis très-fâché.

Je n'ai pas le loisir de répondre à M. et à M.™® d'Aviti. Je le ferai par l'ordinaire, aussi bien qu'à M. le premier président et M. de La Coste sur mon ministériat. Je suis furieusement pressé.

A Saint- Jean-de-Luz, le 14* août 1659.

Depuis ma lettre écrite, je m'avisai de mener dans mon carrosse le courrier de mon cousin à la première conférence qui s'est faite entre nos deux principaux ministres, afin qu'il pût , à son retour, s'il a assez d'esprit pour cela , satisfaire votre curiosité en vous rendant compte de ce qu'il a vu.

Ensuite de ce qui fut résolu hier, je pars aujourd'hui pour aller établir mon séjour à Fontarabie, avec Messieurs les Espagnols, et y traiter et négocier ce qui reste pour l'accomplissement de ce grand ouvrage. On me donne pour cela un

(i) Scipion de Polloud, seigneur de Saint-Agnin, grand prévôt des maréchaux de France en Dauphiné, bailli de robe courte. Il épousa Françoise de Foissins, dont il eut un fils, qui lui succéda dans sa charge. Il contribua par ses libéralités à la reconstruction du prieuré de Sainte-Colombe, qui avait été ruiné par les huguenots.

nr: hugues de lionne. 133

autre personnage que M. de Piniantel, qui est Don Pedro Golona % secrétaire d'État d'Espagne, qui est un vieillard de 75 ans. J'en suis bien fâché, car j'avais contracté une grande amitié et habitude avec l'autre.

Le principal sujet de ce second billet est pour avertir mon père, par votre moyen, que, l'avis étant venu ici de la mort de M. l'abbé de Montbazon ^, qui avait Fabbaye de Vendôme ^, Son Eminence ^ a écrit au roi pour la faire donner à mon fils. On m'assure que c'est une des plus belles pièces de France et qui, outre quantité de collations, a une prérogative particulière d'être abbé-cardinal en France. Il est vêtu de rouge*, on le traite d' Eminence. La ville de Vendôme est à moitié à lui. Elle vaut 18,000 livres de rente. Voilà tout ce qu'on m'en a dit ^ mais je n'en ai pas encore assez de connaissance pour assurer positivement autre chose, si ce n'est que c'est une des plus belles pièces de France.

A Hendaye, ce 1" septembre lôSg.

Monsieur l'archevêque de Lyon ^ vient dé m'envoyer une lettre pour mon père, qui me donne occasion de vous faire

(i) Pierre Colonne, duc de Palliano, qui fut vice-roi de Valence et un des plénipotentiaires pour la paix des Pyrénées, en lôSg.

(2) Le P. Anselme, non plus que Moreri , n'indique point d'abbé de Montbazon à cette date. Cependant on voit ici qu'il avait l'abbaye de Vendôme et qu'il mourut en lôSg.

(3) La Sainte-Trinité de Vendôme, au diocèse de Blois, était de l'ordre de Saint-Benoît et avait été fondée en io32 par le comte d'Anjou. Elle fut unie à la corporation de Saint-Maur, en 1621.

(4) Son Eminence le cardinal Mazarin.

(5) Camille de Neuville de Villeroy, né à Rome, le 22 août 1606, abbé

l34 LETTRES INÉDITES

ce mot pour vous Tadresser. Vous pourrez lui mander que j'ai joint mes prières aux siennes envers M. le maréchal de Villeroy pour la conservation du capitaine qu'il a recommandé à mon dit sieur l'archevêque, et que les deux frères m'ont promis de faire leur possible pour l'avantage de cet officier, me priant même d'en parler avec eux à Mgr le cardinal, quand il sera temps.

Je vous écrivis dernièrement que le roi m'avait donné l'abbaye cardinale de Vendôme, mais mon malheur fit bientôt ressusciter l'abbé. Depuis cela, on m'a dépêché un courrier de Turin pour me donner avis de la mort de l'abbé de La Monta, qui avait une fort belle abbaye en Bretagne, que le roi m'a encore donnée, pourvu que je ne cause pas une nouvelle résurrection. Elle est située dans Rennes, et l'abbé est seigneur de la moitié de la ville et de tous les faubourgs \ Il est conseiller-né au parlement de Bretagne, a séance dans les États. L'abbaye a de très-belles collations et vaut 14,000 livres de rente. Il m'en faudra encore 6,000 pour faire les 20,000 qui m'ont été accordées pour la récompense de Bayeux.

Mes affaires avancent fort ici et fort heureusement, et je crois dans la fin de ce mois nous pourrons être de retour à Bordeaux, avec la paix en main et le mariage, et Don Luis

de Saint- Vandrille, de Foigny, de l'Ile-Barbe, d'Ainay, de Saint-Pierre de Lagny^ lieutenant général au gouvernement du Lyonnais, archevêque de Lyon, décédé le 3 juin i6g3.

(i) L'abbaye de Saint-Mélaine, dans un faubourg de Rennes, de l'ordre de Saint-Benoît, fondée vers 840 par Salomon, roi de Bretagne. Le dauphin François, allant faire son entrée dans son duché de Bretagne, descendit dans cette abbaye le 12 avril i532; il y dîna et coucha. L'ancienne église, qui offre des fragments d'architecture romane, sert aujourd'hui de paroisse, sous le titre de Notre-Dame. Elle vient d'être restaurée.

DE HUGUES DE LIONNE. l35

à Madrid pour cp.ouscr Tinfantc ' au nom du roi. Je soutiens ici un grand poste qui m'attire bien de Fennui , car il n"y a que moi seul qui traite, sous les ordres de Son Éminence, avec Messieurs les Espagnols ^.

A Handaye, ce 29" septembre i6bg.

J'ai reçu votre lettre du y*' courant et même été étonné qu'elle ne me parle point du retour du courrier de mon cousin de Claveyson , à qui j'avais pris soin de faire voir une de nos conférences pour vous en rendre compte. Il me semble qu'il y avait, quand vous m'avez écrit, plus de vingt jours qu'il était parti d'ici. Peut-être a-t-il pris la voiture de quelque tortue.

Vous m'avez bien réjoui de m'apprendre que vous fussiez sur le point d'en faire faire à Paris une autre de différente nature (j'entends de voiture). Elle sera bien considérable si vous pouvez joindre aux 33, 000 livres de M. l'ambassadeur les 20,000 livres des secrétaires et les 10,000 qui ont com-

(i) Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, mariée à Louis XIV, le 21 septembre 1660, morte le 3o juillet i683.

(2) Le maréchal duc de Grammont, mis d'abord, comme on l'a vu, à la tête de l'ambassade envoyée en lôbj à Francfort, à l'occasion de l'élection de l'empereur, avait été, étant ambassadeur à Madrid, chargé de la demande officielle de l'infante Marie-Thérèse; mais dans ces deux circonstances importantes Hugues de Lionne avait été seul chargé des négociations diplomatiques et seul avait conclu avec les ministres étrangers.

l36 LETTRES INÉDITES

mcncc à venir de l'aliénation des tailles. J'ai trouve M. d'Alliez si honnête homme et si porté d'ailleurs à me favoriser que je ne fais nul doute qu'il ne tienne, au pied de la lettre, à son ordre de me donner incessamment tout ce qu'il recevra jusqu'à la somme de 171,000 et tant de livres. Je lui en aurai beaucoup d'obligation.

L'abbaye de Vendôme prit le même train que celle des Hayes \ Il faudrait faire un mariage de ces deux ressuscites qui les possèdent. M. l'abbé de La Monta s^est nanti d^un autre sacrement, qui fut Textrême-onction , et m'a laissé par sa mort, comme je pense vous l'avoir mandé, une abbaye dans Rennes, que M. de Rives me marque que j'affermerai i5,ooo francs. L'abbé d'ailleurs est conseillerné au parlement de Bretagne, a séance aux Etats de la province et a de belles collations qui dépendent de lui.

Quand j'ai reçu votre lettre, le gouvernement d'Embrun était déjà destiné au successeur qu'aura M. de Bonne ^. Ainsi je n'ai rien eu à faire pour M. de Beauvilliers ^, dont j'ai beaucoup de déplaisir, pour la considération de M. de Saint-Didier et la vôtre, vu la forte et pressante recommandation que vous m'en faisiez.

(i) L'abbaye des Hayes, de l'ordre de Cîteaux, dans la vallée de Graisivaudan, fondée en 1160 par Marguerite de Bourgogne, femme du dauphin Guigues VIII. Elle avait été promise à une de ses cousines.

(2) François de Bonne d'Agoult, comte de Sault, duc de Lesdiguières, marié en premières noces, le lo février 161 9, à Catherine de Bonne, fille du connétable et de Marie Vignon.

(3) François-Honorat de Beauvilliers, duc de Saint- Aignan, pair de France, premier gentilhomme de la chambre du roi, chevaUer de l'ordre du Saint-Esprit, membre de l'Académie française, gouverneur de Touraine, marié à Antoinette Servien, mort le 16 juin 1687, à l'âge de 80 ans, après s'être démis He ses charges en faveur de son fils, Paul de Beauvilliers.

Dr: HUGUES DE IJONNi:. i37

Vous pouvez satisfaire la curiosité et le désir de M. votre beau -frère ' en Fassurant de ma part que le traité de paix sera envoyé à tous les parlements de France pour y être enregistré. On n y en aura point vu depuis rétablissement de la monarchie où la couronne ait tant gagné ^. Nous avons encore à travailler pour plus de quinze jours ; mais la chose est assurée et ne peut manquer, et si vous faites là-dessus quelque gageure, je paierai pour vous. Il n'y a personne dans le royaume que Mgr le cardinal et moi qui osassent ou sussent vous en tant dire ^.

Je suis tout à vous.

A Hendaye, ce 6" novembre iCSg.

J'ai toute Taffliction dont un cœur peut être capable de rhorrible accident arrivé dans votre famille et suis extrêmement en peine qu'il n'altère votre santé, dont elle a plus besoin que jamais ^. Voilà ce qui arrive souvent quand on ' se commet avec des méchants garnements, et M. le prési-

(i) Paul Rabot, seigneur de Buffières et de Veyssilieu, avocat général au parlement du 26 janvier 1645, en remplacement de Félicien Boffin, conseiller d'Etat en 1662, décédé le 18 janvier 1664. Il était beau-frère de Humbert de Lionne, qui avait épousé Virginie Rabot. Il eut 5 enfants d'Anne Reynaud d'Avançon.

(2) Par la paix conclue dans Tîle des Faisans, la France acquit le Roussillon, la meilleure partie de l'Artois et les droits de l'Espagne sur l'Alsace.

(3) Histoire de la paix conclue sur la frontière de France et d'Espagne entre les deux couronnes, Van i6bo,. Cologne, 1664.

(4' Il s'agit de l'assassinat d'Oronce Le Bout de Saint-Didier, mari de Virginie Rabot.

dent de Chevrières, qui pour de petits intérêts de néant met quelquefois les gens au désespoir, en devrait bien faire son profit. Je vous prie de faire mes compliments à ma chère cousine et de lui témoigner que j'ai grande part à sa douleur. Je n'ai pas le loisir de vous en dire davantage à Tun et à l'autre. Vous croyez bien que si je puis quelque chose pour la punition des assassins, je ne m'y épargnerai pas.

La paix sera peut-être signée demain et l'aurait été infailliblement sans un incident que M. de Lorraine * nous a fait, lequel pourtant ne saurait au plus retarder cette signature de quatre ou cinq jours, et possible ne la retardera pas d'un moment. Le second infant d'Espagne est mort et l'autre depuis a été fort malade et est aujourd'hui hors de tout danger ^. J'ai à une portée de mousquet du lieu où je suis établi le roi d'Angleterre ^ et M. de Lorraine^ mais je n'ai vu que ce dernier.

La paix sera signée demain sans faute ''^

A Aix, ce 17^ février 1660.

Mon indisposition, ayant duré plus longtemps que je n'aurais cru, ni voulu, m'a empêché de suivre le roi à Toulon

(j,) Nicolas-François de Lorraine, cardinal en 1627. Il remit le chapeau, fut duc de Lorraine et épousa en 1634 sa cousine Claude de Lorraine,

(2) Philippe- Prosper et Ferdinand - Thomas , infants d'Espagne, morts jeunes.

(3) Charles II, roi d'Angleterre.

(4) Mazarin et don Luis de Haro, comte duc d'Olivarès^ résolurent les questions relatives à la paix. Hugues de Lionne et don Pedro Coloma réglèrent les conditions du mariage royal, qui devait en être le complément. Ce contrat et la grande paix des Pyrénées furent signés le 7 novembre.

DE HUGUES Di: I.FONNK. I -M)

et m'a mcme rendu paresseux à répondre à plusieurs lettres ' que j'ai reçues de toutes sortes d'endroits , en quoi les vôtres se sont aussi trouvées comprises, tant je nie confie à votre bonté. Les dernières étaient du 1 1'' et du 19'' du mois passé et du 2'' du courant.

Je vous prie de dire à M. Roux que je lui renverrai ses lettres fermées s'il continue à me traiter de Monseigneur ^ Je reçus sa dernière fort à propos. M. Letellier étant dans ma chambre, il me promit de bien soutenir M. son fils en casque M. le marquis de Pienne ^ voulût attenter quelque nouveauté contre lui, ce qu'il me dit ne pouvoir même être fait en justice ^. J'ai su que le marquis de Pienne a passé à Toulon. Je lui en parlerai fortement quand je le verrai et ne doute pas que, M. Letellier et moi lui témoignant tous deux y prendre intérêt, il ne quitte sa pensée, en cas qu'il l'eût eue.

Je me souviendrai de ce que vous me marquez touchant l'adresse du traité de paix, présupposant qu'elle ne pourra être faite que la cour ne soit de retour ici, car il y a beaucoup à écrire.

J'ai écrit à mon père, comme vous l'aviez jugé à propos. Ce rhume et ses autres indispositions, qui arrivent plus fréquemment, joint à l'âge de 78 ans, me mettent en quelque considération sur les instances que je lui ai faites de venir à

(i) Les ministres d'Étal usurpèrent le titre de Monseigneur. Louvois est le premier qui se le fit donner; il fut ensuite accordé aux évêques, aux maréchaux, aux intendants, aux membres des parlements.

(2) Antoine de Brouilly, marquis de Pienne, chevalier des ordres du roi en 1661, mort gouverneur de Pignerol en 1676. Il eut de Françoise Godeau des Marais deux filles, qui épousèrent Tune le duc d'Aumont et l'autre le marquis de Châtillon.

(3) Joachim de Lionne a mis en marge cette note : « M. Letellier pro- » met de servir M. Roux envers M, de Pienne pour sa compagnie de » chevau-légers dans le régiment de Pienne. »

I40 I.RTTRRS INEDITES

Paris au printemps, appréhendant que je ne lui hâte ses jours en lui faisant changer de climat, peut-être même contre son gré, par complaisance. C'est pourquoi je vous prie , en cas que vous connussiez qu'il ne fît pas cette retraite entièrement de sa bonne volonté et avec autant de plaisir que j'en aurai moi-même de le voir, d'être le premier de l'en dissuader et de vous charger de m'y faire donner les mains sans répugnance-, car pour rien au monde je ne voudrais avoir ce scrupule que pour ma satisfaction j'eusse abrégé une vie qui m'est si chère.

Je suis fort obligé à M. de Châteaudouble ^ de la manière obligeante dont il a écrit de ma femme et de mes enfants. Ce qui m'a surpris c'est de voir sa lettre datée du 5^ de janvier, qui avait passé par Grenoble, et que j'en aie reçu ici une copie le même jour que j'en recevais une du même lieu de M. Lenet^, datée seulement du 7% c'est-à-dire deux jours après. Ma femme doit en être partie du 19^ et vient par Barcelonne. Ledit sieur Lenet me mande qu'on pourrait peut-être l'arrêter quelques jours de plus, parce qu'un présent que la reine d'Espagne'^ lui veut faire n'était pas encore prêt. Il marque que c'est une boîte du portrait plus belle que celle que le roi m'a donnée.

Je n'estime pas qu'il y ait quoi que ce soit à craindre entre

(i) Pierre de La Baume, sieur de Châteaudouble, conseiller au parlement du 3o décembre 1629, en remplacement de Pierre de La Baume, son père, qui fut maître des requêtes de la reine Marie de Médicis,

(2) Pierre Lenet, fils et petit-fils de présidents au parlement de Dijon. Il fut conseiller de ce corps en 1687, puis procureur général et intendant de Paris, et devint confident et ami intime du grand Condé. Il mourut en 1671. On a de lui des Mémoires sur les troubles de la minorité de Louis XIV. 2 vol. in-i2. Paris, 1729.

(3) Marie-Anne d'Autriche, fille de Pempereur Ferdinand III, mariée en 1G49 à Philippe IV, roi d'Espagne.

1)L HUGUES l)i: LIONNE. 14I

ci et Pâques pour la diminution des espèces d\n\ Ce que vous me marquez de la somme qui doit être payée alors à ma cousine m'a fait songer que si elle était en peine de la placer sûrement, ou je la prendrai et y ferai obliger ma femme, pourvu que Pintérét n'en soit qu'au denier vingt, ou bien vous la pourriez prendre vous-même, en rabattant tous les intérêts qui pourraient m'étre dus depuis ledit temps de Pâques jusqu'à la fin des quatre années que vous me devrez 26,000 francs, et ainsi réduisant la somme à 22 ou 23,000 francs, selon le compte que vous en ferez plus exactement. Je vous rendrais dès lors votre obligation, et, en ce cas, il n'}^ aurait qu'à faire tenir à M. de Rives, par la voie du commis de M. Amat, ladite somme, après les intérêts rabattus pour trente ou trente-deux mois, comme je pense qu'il resterait à courir depuis Pâques jusqu'à la fin des quatre années. Je ne sais si je m'explique bien, mais ce que je vous en marque n'est qu^en cas que ma cousine soit en peine de loger son argent, car pour moi rien ne m'est plus indifférent que les choses demeurent en l'état qu'elles sont ou que vous preniez l'un des deux partis que je vous offre*, c'est pourquoi prenez toutes vos mesures sur cette absolue indifférence de ma part.

Je vous adresse deux lettres que j'ai reçues de ma cousine d'Aviti, qui vous surprendront sans doute autant que je l'ai été. 11 faut, s'il vous plaît , que vous mettiez un peu la main à raccommoder cette affaire , qui ne peut pas demeurer en cet état-là. J'estime qu'il faut commencer à parler au mari avec douceur, n'employer d'abord que des .... Me ma part* que je le tiens homme d'honneur et de parole, et qu'il me voudrait moins manquer qu'à homme qui vive , parce que

Ci) Lacune dans le manuscrit.

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