‹ Lettres inédites de Hughes de LionneChapitre 9 sur 27 · I-l- LETTRES INÉDITES · texte numérisé non relu

I-l- LETTRES INÉDITES

je sais qu^il m'aime et qu'il se souviendra bien qu'à Lyon il me donna sa parole de rendre les 200 pistoles qu'il a à ma cousine, lorsqu'elle serait de retour; que je sais aussi qu'il lui a souvent promis 200 écus par an pour lui donner moyen de s'entretenir; que c'est bien le moins qu'il puisse faire pour sa condition, et que quand il ne l'aurait pas promis, il le devrait faire, la chose étant très-juste; que s'il veut acquitter ces deux paroles-là, ou au moins présentement celle de la restitution des 200 pistoles, je m'en tiendrai son obligé. Si tout cela ne sert de rien , il faudra , s'il vous plaît, changer de langage et lui dire franchement et hautement que je ne souflrirai pas que, par caprice et avance, il maltraite ma parente injustement, et que quand il n'y aura point d'autre remède, je la lui ferai ôter, quand je devrais l'envoyer quérir exprès pour la conduire à Paris et s'entretenir de mon argent , non entendu qu'en les faisant séparer je le ferai condamner à tous les frais et à ses aliments et entretènement raisonnables, qui monteront sans doute un peu plus haut que ce qu'on lui demande; que, s'il est sage, il doit éviter cet affront dans le monde, puisqu'il n'aura pas les rieurs de son côté, et qu'à la fin il n'aura pas sa femme et en paiera pourtant les pots cassés. Faites savoir en même temps à ma cousine toutes les prières que je vous fais et ce que vous aurez avancé, lui faisant rendre ma lettre et les vôtres, en sorte que son mari ne le pénètre pas.

I)i: HUGUUS DE LlONNi:. 143

Au mois d'avril 1660 ^

Monsieur mon très-cher oncle,

J'ai vu à mon retour de la cour par les trois lignes que vous avez ajoutées à la lettre de M. de Chevrières les bontés que vous continuez d'avoir pour moi en toutes rencontres. Je puis vous assurer que vous ne les pouvez jamais employer en un sujet qui soit plus reconnaissant que je le suis.

J'attends d'apprendre Tordre qu'il vous aura plu mettre à l'affaire du sieur Vidaud, à quoi je ne prévois aucune nouvelle difficulté dans l'état que vous m'avez marqué toutes choses.

J'ose vous supplier de voir de ma part mon cousin de Portes ^, auquel je n'écris point de crainte de l'importuner en l'obligeant à me faire réponse. C'est pour mes gages de l'année courante, qu'il vous plaira donner ordre que je puisse toucher. Mon intention est d'en faire payer par delà 55o livres à ma tante de M urinais ^ et que Ton me fît tenir ici le reste. Mais, pour éviter les longueurs de l'année passée,

(i) Joachim de Lionne fait remarquer avec raison que cette lettre n'est pas de 1660, mais de la paix de Quérasque , lorsque Hugues de Lionne accompagna l'ambassadeur, son oncle. Les trois traite's de Quérasque furent signés les 21 mars, 6 avril et 3o mai i63i par Abel Servien, avec le maréchal de Toyras et Emery.

(2) Hugues de Lionne avait Bonne de Portes pour grand'mère maternelle.

(3) Éléonor Servien, mariée à Balihazar de Murinais, gentilhomme ordinaire du roi, procureur général des trois ordres de Dauphiné. Leur fils fut aussi procureur des états en 1648 et épousa Barbe d'Avrilli.

I |.j LEITRES INEDITES

je VOUS prie de me mander si, au cas que je prenne ici chez M. Limagnc ' i,'25o livres et lui baille lettre de change sur mon cousin, il ne me fera pas la grâce de l'acquitter au paiement de la fin de décembre. J'attendrai avec impatience votre réponse sur cela, que je vous conjure de me procurer bonne par votre adresse accoutumée.

Je n'ai point de nouvelles qu'on ait pensé à Lyon à faire acquitter i,ooo livres de mon oncle l'abbé ^. Je vous supplie d'y tenir la main et de m'en envoyer la dernière réponse, afin que je voie ce que j'aurai à faire. C'est une honte qu'on ait si peu de soin de sa parole.

Je vous avais prié de retirer 180 livres que me doit M. de La Bâtie ^. Je vous le réitère encore et vous prie de les remettre après à M. de Chevrières sur et tant moins des 100 écus qu'il paya ici pour moi pendant que j'étais à Angers. Je ne crois pas qu'il y ait difficulté à recouvrer cette somme : il y a assez longtemps que je l'ai prêtée.

Je ne veux pas finir sans vous dire, entre vous et moi en confidence, que non-seulement je serai avantageusement traité pendant la négociation de la paix, mais que j'ai parole des puissances d'un établissement certain à mon retour.

Je suis de tout mon cœur. Monsieur et très-cher oncle.

Votre très-humble et très-obéissant et très-obligé serviteur et^neveu,

De Lionne.

Je vous prie de donner sûre adresse à la lettre ci-jointe pour Gap.

(i) M. Limagne, banquier à Paris.

(2) François Servien, frère d'Isabeau, mère de Hugues de Lionne, qui était alors abbé de Saint-Martin de Tours et qui mourut, comme il a été dit précédemment, évêque de Bayeux, le 2 février lôSg.

(3) Jean Vidaud, comte de La Bâtie, seigneur de La Tour, procureur gé-

m; HiGiLs m; i.ionnl. 14D

A Montpellier, ce (f avril 1660.

Il me semble qu'il y a un siècle entier que je n'ai eu le bien de vous écrire : vous avez assez de bonté de m'en excuser. J'ai eu ici, en y arrivant, une petite attaque d'indisposition, qui m'avait fait plus de peur que mon mal d'Aix, car j'avais toutes les dispositions à une grande maladie; mais une saignée et des remèdes réitérés m'en ont garanti.

M. Letellier me promet tous les jours que quand les exemplaires du traité de paix seront prêts, il me remettra à moi-même celui du parlement de Dauphiné. Ainsi vous pouvez, par avance, tirer d'inquiétude M. votre beau-frère ^ , car je l'adresserai à vous-même pour le lui remettre.

Je ne crois pas trouver assez de loisirs pour travailler aux remarques que je lui avais promises; mais je songe qu'il n'a pas besoin de cela pour se faire honneur, et la simple lecture du traité fournira assez beau champ à son éloquence pour le bien faire valoir et lui aussi.

Vous pouvez faire savoir à M. le premier président ^ que M. Letellier lui a rendu aujourd'hui, en ma présence, le meilleur office que pouvait un véritable ami auprès de Mgr

néral au parlement de Grenoble, après l'avoir e'té du parlement des Dombes^ marié à Gabrielle Sève de Flécherer, dont il eut sept enfants, w Le mérite, » qui chez lui est sans cesse un bon solliciteur, ne serait pas méprisé s'il » était cru aussi souvent que la vérité et linnocence parlent dans sa bouche. » ^GuY Allard, Dict.J

(i) M. de Buffières, avocat général du parlement.

(2) M. Denis Legoux, premier président du parlement.

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