‹ Lettres inédites de J.C.L. de SismondiChapitre 5 sur 11 · G. DE BONSTETTEN · texte numérisé non relu

G. DE BONSTETTEN

« Coppet, oe 4 avril 1810.

« Vous voilà, madame, comme le pécheur de l'Évangile forcé d'entrer en Paradis. Si j'avais le bonheur d'être à Paris, je trouverais cela le mieux du monde, et j'en profiterais pour vous y faire ma cour comme je l'ai faite la moitié de ma vie. Nous avions quelque espérance de vous voir à Genève, et je m'en réjouissais beaucoup; je ne sais quelle route vous avez prise pour ne pas y arriver, comme la géographie semblait vous le commander

« Daignez me dire ce que vous faites, comme vous vous trouvez dans votre nouveau domicile. Si vous y restiez, mon désir d'y aller serait très-grand, et je ne sais comment j'y résisterais. En attendant que j'y aille, je vous supplie d'y recevoir mon jeune représentant, mon fils aîné, qui y est, et que j'ai chargé de vous présenter mes respects, s'il y reste assez de temps encore pour cela, .l'ai passé l'hiver avec son frère à Montpellier; des jeunes gens l'ont engagé à se rendre à Paris, où il serait heureux d'avoir l'honneur de vous voir, si vous daignez le lui permettre. Je suis dans un pays où l'on vous envie vos péchés, si tant est que vous en ayez fait, et encore plus votre purgatoire. Et moi aussi je voudrais savoir par quels moyens tomber dans la nécessité d'y vivre près devons, madame. Restez-vous à Paris? v serez-vonscet été?

:.j2 lettres de m. de donstetten

« J'ai ou do vos nouvelles par Sismondi, qui esl ici à faire ses adieux à la padrona di casa, que nous voyons partir avec bien des regrets. Je n'ai pas d'idée ce que la conversation deviendra lorsqu'elle ne sera plus ici. Il me semble que nous allons être tous ou muets ou crétins. Indépendamment de son esprit et de son cœur, il y a chez elle des rasseniblements de monde si rares et si variés, qu'il en résulte la société la plus piquante, et des réunions qui par leur seul contraste sont d'intéressantes comédies. Dans quelques mois, vous verrez son ouvrage sur rAUemagne, où les Allemands sont peints d'une vérité frappante. Elle ignore elle-même sa perfection, qui consiste à peindre les tableaux de société, soit en grand, soit en petit, d'une manière unique. Elle-même place sa gloire dans ce qu'elle dit de la philosophie, et elle se trompe. La philosophie allemande ne peut plaire que sous le voile; c'est une laide et impérieuse coquette qu'il faut bien se garder de mettre en déshabillé.

« Adieu, madame la comtesse. Croyez-moi, avec des sentiments invariables d'estime et d'attachement, « Votre très-humble serviteur,

« De liONSTETTEN. »

0 <;enève, 6 novembre 1810.

a Je suis triste, madame, et il me semble que votre amitié me fait du bien dans le moment affreux où je mo trouve. Mon lils cadet vient de mourir d'une maladie trèssmgulière : une espèce de loupe ou de grosseur énorme s'est développée dans son corps, a traversé le bas-ventre pour se fixer à l'épine du dos, où elle était adhérente ù

l'os vertébral. C'était un excellent jeune homme, d'une charmante figure, plein de santé et tout dévoué à son père. J'ai retrouvé à Genève non une seconde patrie (car celle que j'ai quittée ne m'a jamais rendu heureux), mais une patrie véritable et des consolations au delà de ce que j'aurais jamais osé espérer des hommes. J'aime, à celte occasion, à me rappeler au souvenir de tous mes amis et de vous en particulier, madame. Je voudrais savoir de vous si vous êtes heureuse à Paris, comme je l'espère, et comment vous vous y trouvez. Je vous y souhaite tout le bien qu'une personne de votre connaissance y regrette. Si vous pouviez faire l'échange de vos cœurs, comme vous y seriez heureuse, et elle aussi là où elle est ! En attendant ce miracle, je voudrais être auprès de vous; et si j'étais assez riche pour vivre à Paris, j'irais me loger dans votre rue, pour vous voir tous les jours. J'avais proposé d'y vivre avec moi à mon ami Muller, mort minisire du roi de Westplialie ; s'il avait accepté mes offres, je suis sûr qu'il vivrait encore. Plus on avance en âge, plus le bonheur devient nécessaire ; c'est lui qui, dans la dernière époque de la vie, fait vivre ou mourir. On a traduit en français les lettres de Muller à moi ; c'est une des lectures les plus intéressantes qu'on puisse faire. Je connais des persoiuies qui ont acheté vingt exemplaires, pour les distribuer à des jeunes gens, parce qu'aucun livre n'est mieux fait pour inspirer le goût des lettres et l'amour de la gloire et de la distinction née du génie. 11 est malheureusement imprimé à Zurich, et n'a paru qu'au m'ornent de la défense d'importer en France des livres imprimés hors de l'empire.

« Vous savez le sort de l'ouvrage de madame de Staël ; je ne sais pourquoi on a été si sévèie pour ce livre. 11 y avait beaucoup de choses sur la philosophie de Kant, qui, au lieu de la faire goûter en France, en auraient plutôt dégoûté, contre l'intention de l'auteur. On a aussi fait main basse sur Chateaubriand ; dommage que la tempête ne soit pas tombée sur les Martyrs^ qui sont bien l'ouvrage le plus ennuyeux et le plus mal fait qui existe, et que j'aurais voulu défendre comme tel.

« Adieu, madame ; daignez me dire un mot d'amitié et de souvenir, et soyez persuadée qu'il n'y a rien de plus inaltérable que les sentiments que vous inspirez.

« Comment votre santé se trouve-t-elle du soleil toujours enrhumé de Paris?

(( De Bonstetten. b

n Genève, ce 21 décembre 1810.

« J'ai été bien surpris de recevoir une lettre de vous datée du fruit défendu* ; c'est déjà beaucoup d'en jouir cet hiver. Vous avez des sœurs à Paris, et on s'y fait un soleil lorsqu'on a de l'argent ; voilà bien des dédommagements, mais qui, je le crains, ne vous dédommageront pas ; car en fait de bonheur il n'y a que le mot qui aille à tout le monde; la chose même est ce qu'il y a de plus individuel et de moins compréhensible aux autres.

« Depuis la perte de mon fils, tout mon souci va à augmenter ma famille en mariant celui qui me reste. Mais il n'y a rien de si bête que ces jeunes gens de ce

' Le fruit défendit, ici, c'est Florence où madame d'Alljnny avaii obtenu l'autorisatinn de retourner (novemlire 1S10),

A MADAME D'ALRANY. 3"i5

temps-ci, qui, n'ayant aucune liaison de femme, n'ont de l'amoui- pour personne, et ne savent comment s'y prendre lorsqu'ils voudraient en avoir. Je vois qu'il faut que je m'en mêle, et que, si on ne lui prépare pas les voies, luimême, dans l'embarras du choix et l'embarras de s'y prendre, laissera écouler les années et les occasions. 11 y a quelquefois des hasards heureux : vous pouvez vous trouver à portée de quelque parti convenable de par le monde, et, quelque petite que soit cette chance, j'ai pensé que, si elle était à votre portée, vous ne me la refuseriez pas. Si les chances d'ici réussissent, tant mieux; si elles manquent, votre amitié, madame, e^t une des premières choses qui soit présente à mon esprit, et. comme j'aime beaucoup à lui parler, j'ai aussitôt pris la plume pour vous dire ma pensée. Mon fils aura une bonne fortune pour ce pays, et quoique la fortune ne soit pas la première convenance, lorsque les autres ne sont pas senties et lorsque les fennnos sont, pour les honnnes d'aujourd'hui, devenues des numéros, j'aime autant en avoir un qui put convenir au nom que je porte, en donnant à mon lils une fortune, mais réunie aux qualités personnelles. On doit plus que jamais avoir peur de la pauvreté, car une fois à bas, qu'est-ce qui relèvera dans ces temps de misère et de dépérissement?

« Tout le monde est enchanté des lettres de Muller ; j'en avais donné un exemplaire pour vous à des voyageuis, mais ils n'allaient pas jusqu'à Venise, et me l'ont rendu. Quand la saison du passage sera revenue, je vous en enverrai. — Mais quand paitez-vous pour Paris? Si madame de Staël était encore ici au pi'intemps, vous devriez

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passer par Genèvo et voir le Siiriploii, qui est une chose admirable. L'Histoire miiverselle de Muller, qui vient de paraître, est un ouvrage digne des anciens ; je le place à la tète des livres historiques modernes. Adieu, madame, croyez à mon inviolable attachement.

*( De BOiNSTETTEN, B

a Genève, ce 4 février 1811.

(( Votre lettre, madame, m'a vivement touché. A peine la mienne était partie, que je me repentis de vous avoir fait part de mes soucis. Je m'étais senti comme entraîné par le plaisir de causer avec vous, et je ne savais plus comment vous prendriez mes confidences paternelles. Je ne puis vous dire combien l'intérêt que vous y paraissez mettre me touche comme preuve d'amitié.

« Mon fils est parfaitement vertueux, il ne connaît que ce qui est bien ; il est heureux auprès de moi : son premier plaisir est de lire avec moi ; il copie ma vie moitié sédentaire et moitié mondaine. Mais le ton de Genève, si parfait pour tout ce qui tient aux sentiments d'estime et d'amitié, est si austère en amour, que ce sentiment ne saurait naître, de manière que je me vois obligé de m'en mêler.

« Vous avez bien raison de vous étonner que je n'aie pas pensé aux deux demoiselles. Mais feu ma fennne d'un côté, et monsieur Brun de l'autre, ont prévenu tout rapprochement entre mes enfants, ce qui m'a bien souvent désolé. J'aurais tout espéré du cadet, que je viens de perdre ; mais celui-ci, élevé en partie à Copenhague, a été tellement

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plaisanté sur une prétendue union, qu'il en est résulté une espèce d'aversion sous ce rapport. Je n'ai point les préventions contre la non-noblesse que vous me supposez. Mon premier point, c'est le personnel et la convenance; puis à un bon nom il faut de la fortune : mon fils aura environ vingt mille livres de rente, et j'en voudrais au moins la moitié. J'ai bien perdu la moitié de ma fortune, et le temps me paraît venir où les pertes vont se multiplier. Une fois tombé dans la pauvreté, où sont les moyens de se relever? La religion chez une femme sensée ne serait pas un obstacle, pourvu qu'on ne fut pas sous l'influence des piélistes. Voilà, madame, ma confession paternelle faite. Vous êtes placée dans le monde à avoir peut-être un billet de cette lotei ie sous la main, et comme vous n'en faites aucun lisage, j'aimerais le tenir de vous. Vous pouvez d'ailleurs être assurée que le billet que je donnerai sera digne de vous.

(( Vous avez sans doute vu M. de Ramdohr; il avait un exemplaire des lettres de Muller. Au reste, Paschoud vous en envoie un.

« Je vois peu notre amie, ses dîners et soupers sont à des heures qui m'incommodent, car son cadian est à l'envers de celui de Genève. Il y a de plus dans sa société une réunion de goûts pour les yeux et de goûts pour l'esprit qui forment de singuliers disparates. Si elle avait pu suivre .sa carrière naturelle, c'eût été une belle vie que la sienne, mais j'ai bien peur que l'équilibre de ses goûts ne se rompe, et que la partie {pii était faite pour rester dans les ombres ne vienne à paraître sur le premier plan.

'( Vous avez bien raison ; elle eût été perdue si la Pro-

videman'^ avait pourvu en lui défendanl ce qu'elle aime. J"ai de bonnes nouvelles de niaduuie Biun : elle est trèsfètée à Copenhague, Ida y est idolâtrée. Elles sont arrivées dans les brumes du noi-d attristé, resplendissantes des rayons du midi. Le chant d'Ida, les récits de ces dames et mille idées nouvelles les font rechercher de la cour et de la ville ; la reine aime madame Brun, et lui a toujours témoigné beaucoup d'amitié. Je suis ravi do voir cette estimable famille réunie dans sa patrie. Il me semble que nous vivons tous à l'approche de nouveaux malheurs, et qu'on ne saurait assez se rapprocher de ce qu'on aime. Rien au monde ne peut m'èlre plus doux que de me rapprocher de plus en plus de votre amitié, et de vous dire que je vous suis tendrement attaché.

« De Bonstetten. »

« P. S. Si vous l'ordonnez, je vous ferai parvenir un exemplaire des œuvres de MuUer à Paris chez Paschoud. Vous y verrez VHistoire universelle et beaucoup de lettres; c'est d'ailleurs un bienfait pour son frère, qui, avec peu de fortune, s'est chargé des affaii-es de son h'ére, au risque de se ruiner.

« Genève, ce 21 mars 1811.

« Je VOUS verrai donc cet été ou ce printemps. J'en ai une grande joie. Veuillez, je vous supplie, me dire quand ce sera, afin que je sois à vous attendre à Genève ou ailleurs. Je crois que vous trouverez notre amie et que vous irez chez elle. Je la crois à peu près échec et mat

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sur sa case : le mal qu'on lui a fait est vraiment diabolique, le tiait porte sur le fond de son être; quand tous les grands ressorts de l'âme sont faussés, on la livre à tous les principes de médiocrité, à tout ce qui corrompt et avilit. C'est un genre de supplice tout nouveau. Je la plains et je m'attache à elle par les peines même qu'elle ne sent pas, et qui n'en sont pas moins malfaisantes; elle est si bonne, si admirable de cœur et d'esprit, qu'on ne saurait jamais l'estimer assez. Elle vient de jouer la comédie et de rire, pour ne pas pleurer.

« Mon fils est actuellement embarqué pour une périlleuse entreprise (entre nous, car il faut un grand secret) : il est attaché au char du premier parti du pays, en mérite, en beauté, en noblesse et en argent. Toutes les dispositions sont favorables, et il est distingué plus qu'aucun autre ; mais enfin cela n'est pas encore conclu. Si cela vient à manquer, je ne sais ce que je ferai de lui. Comment se consoler là où il n'y a pas de compensation possible et imaginable? je le suis comme un second Phaéton avec des yeux paternels : cela m'agite, et l'espérance même me fait mal; je n'en dors pas et puis j'en souffre, et cependant tout va mieux que je n'aurais jamais osé croire. Quand j'aurai l'immense j)laisir de vous revoir, vous partagerez ma douleur ou ma joie, ou, si rien n'était fait, vous calmeriez mes inquiétudes. Je suis si touché de vos preuves d'amitié, que je me fais un plaisir infini de vous le dire et de faire coimaissance avec uni' personne que j'ai plus aimée que connue. J'étais mieux de santé que je ne le suis actuellement. Je vous proposerai de faire avec vous un tour de Suisse. Ma patrie m'est aussi inconnue

qu'à vous-mr'me; depuis la Révolution, tout y est si changé, que la Suisse est plus étrangère à ses propres citoyens, qu'aux personnes qui ne l'ont jamais vue et qui n'ont aucune idée de comparaison à lui opposer.

« J'ai vu en Italie des vues pittoresques de la Toscane avec un texte, je crois, italien; oserais-je vous prier, madame, de faire demander ce que cet ouvrage coûte? je voudrais l'acheter, s'il n'est pas trop cher et s'il est bon. Connaissez -vous Appien, De la guerre civile, traduit parDaunou?Cet Appien est peu connu, et cependant d'un grand intérêt historique. Ce sont comme des mémoires sur les plus grands noms de Rome : sur Sylla, César, Octave, Antoine, Gléopâtre, Pompée, etc, «>

« Je voudrais que vous connussiez Genève. Je crois que cette ville vous plairait comme à moi. Il n'y en a point où la culture de l'âme ait été plus avant, il n'y a pas au monde d'hommes meilleurs à vivre que les Genevois, lorsqu'on a conquis leur amitié. 11 n'y a pas de séjour en Europe où l'on rencontre tous les jours une bonne conversation comme dans cette ville, où l'amitié, les goûts simples et les plaisirs de l'esprit soient mieux sentis, et tout cela placé dans les plus beaux sites du monde.

« Je vis dans la maison de Simonde' ; son amitié fait une grande partie de mon bonheur. Je crois qu'il va tout à fait se fixer ici, en s'y mariant avec une jolie personne où toutes les convenances se trouvent réunies. Je vous dis aujourd'hui tous les secrets. Adieu< madame ; rien ne fait

* .Simonde do Sisinondi.

A MADAME n'ALRANY. 541

du bien comme les paroles d'amitié, et celles que l'on dit pour le moins autant que celles qu'on entend.

« Connaissez-vous les Contes de Boufflers? je les trouve

charmants.

« De Bonstetten, »

• Genève, ce 4 octobre 1812.

« Des personnes à qui je ne peux rien refuser me demandent une lettre de recommandation pour M. et madame d'Uttenhoven , qui vont à Florence. Ce sont des personnes d'un bon nom en Hollande; madame d'Uttenhoven me paraît aimable, elle s'est fait aimer à Genève. J'ai pensé qu'en vous les adressant, madame, ce serait une occasion de vous demander de vos nouvelles et de savoir où vous vivez et sous quel soleil vous êtes. J'espère que vous êtes à Florence, puisque c'est là que vous vous plaisez. Micali, qui a passé quelques jours à Genève, m'a donné de vos nouvelles; je ne savais plus où vous étiez.

J'ai passé mon hiver à finies et à Marseille pour ma santé. A mon retour à Genève, je n'ai plus trouvé M. Simonde et n'ai pu voir que deux fois madame de Staël. Son lîls m'a dit hier qu'elle s'était embarquée à Cronstadt pour la Suéde, mais ii n'avait pas de ses nouvelles de Stockholm, où l'on dit qu'elle va. C'est une grande perte pour moi que celle de sa maison et de sa personne; le très-spirituel devient plus rare tous les jours. — Genève est cependant assez brillante; nous avons eu Talma et une affluence d'étrangers comme dans le bon temps. Maintenant, nous avons l'impératrice Joséphine établie

dans sa campagne, près de la ville, ce qui donne quelque mouvement.

« J'ai très-bien marié mon fils, qui est dans une position brillante, avec une femme qu'il aime éperdument. J'ai le bonheur de vivre dans une ville éclairée, au milieu d'une société de personnes aimables et d'un caractère sûr, où l'on me comble d'amitiés. Il ne me manque que de vous voir quelquefois.

« Que ne pouvez-vous faire quelque péché qui vous fasse venir à Genève! Adieu, madame, je vous aime, je pense souvent à vous, rien ne me serait plus agréable que de savoir que vous ne m'oubliez pas.

(( Votre très-humble serviteur,

« de BONSTETTEN. )i ■< Rome 10 mars 1817.

Madame, me voilà, je ne sais comment, de rechef à Rome, mais prêt à quitter cette ville des souvenirs. Pour cette fois-ci je serai mon maître, et je passerai à Florence, où j'espère enfin avoir le très-grand plaisir de vous revoir. Je ne passe jamais à la place des Apôtres, sans fixer ce balcon et la maison où je vous ai vue. Il me semble que j'ai ma vie entière à vous dire. J'ai fait un peu connaissance avec l'ami que vous avez perdu. J'ai vu représenter une de ses pièces ; vous m'en parlerez ; et j'aurai un plaisir infini à entendre parler d'un homme supérieur dont vous avez fait le bonheur. Si par malheur vous étiez à la campagne ou ailleurs qu'à Florence, daignez me l'écrire poste restante. J'espère faire quelque séjour à Florence, je ne me consolerais pas de ne pas vous y trouver; et si

VOUS n'êtes pas très-loin, je vous demanderai la permission de vous aller trouver où vous êtes.

« Si le plaisir rajeunissait la personne comme il rajeunit le cœur, vous me trouveriez tel que j'étais jadis, tant j'en aurais à vous revoir.

« Daignez me croire, avec un attachement inviolable, madame,

« Votre très-humble serviteur,

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