LA MODERNE HÉLOISE
LETTRES
DE DEtOi 4MANS, IIAMTANS D'UNE PETITE VILLE. AUX PIEDS DBÊ AI.I'l's, RECUEILLIES ET PUBLIÉES
PAR J. .1. ROI SSEAU.
riU-.MlKKK PARTIE.
Non la conobbfl il mondo , mentre I- ConobiU' i" ch' » pianger qui rimasi.
Le mot moderne est rayé par un simple trait , et au-dessus, Rey a écrit nouvelle. Au revers de la feuille on lit ce qui suit: "NB. Il ne "faut pas imprimer les Lettres de suite comme "elles sont dans le manuscrit, mais chaque Lettre doit recommencer une pag-e, et pour ne pas "laisser trop d'espaces blancs, il faut tâcher de "faire finir la Lettre précédente le plus près "qu'il se pourra du bas de la pag'e. — La pré- "face étant ici incorrecte et barbouillée je l'ai "recojnée plus au net à la fin de cette pr? partie, "où il restoit du papier blanc. — Tous les renvois qui sont au bas des pages sont en notes."
L'édition originale a un double titre. Le faux titre porte: "Julie ou la Nouvelle Héloïse. Tome Premier." Le vrai titre est ainsi conçu: "Lettres de deux amans, Habitans d'une petite ville au pied des Alpes. Recueillies et publiées par J. J. Rousseau. Première partie. Non hi conobbc il mon do , mentre Vebbe: ConobilV io eli a pianger qui rimasi. Petrarc. A Amsterdam chez Marc Michel Rey. MDCCLXL"— On verra parles lettres qui suivent, que pour l'arrangement du titre Rousseau s'en est rapporté à Rey et que celui-ci de son côté s'est conformé aux désirs de l'auteur.
Voici, mon cher Rey, la 2e partie de la Julie (2). Mon plancher étant prêt à tomber, j'ai été obligé de rassembler au grenier toutes mes guenilles et paperasses, et de me loger chez un paysan voisin en attendant qu'on raccommode ma chaumière. Ainsi n'ayant pas votre lettre sous la main , je n'y puis répondre, et je suppose que la réponse ne presse pas. Avec la 3e partie et peut-être plustot, je vous écrirai plus au long. Adieu, mon cher Rey, je vous embrasse de tout mon cœur.
A Montmorenci, le pr. Juin 1759.
Au mois de février dernier M. Rey m'écrivit qu'il me feroit payer trente Louis en mars ; mars s'est écoulé, et je n'ai rien receu.
En avril il m'écrivit qu'il alloit m'envoyer le plus d'argent qu'il pourroit ; avril s'est écoulé et je n'ai rien receu.
Dernièrement après avoir receu déjà deux parties de la Julie, le même M. Rey me marque qu'il écrit à je ne sais qui de me faire payer en mai quatre cents livres: mai s'est écoulé et je n'ai pas receu un sol.
M. Rey me réitère la promesse que les 2160 Ib seronl payées avant la fin de l'année. Je ne conçois pas bien
(i) Ce billet est sans date. Rey y a marqué qu'il c=t du S .Mai 1759 et qui le eachel portail la devise Vitam impenderc vero. Parmi les lettres qui suivent, il y en a dont les originaux ont encore >q cachet.
(-) Il comptai! envoyer la première partie le dernier d'Avril. V03 lettre X" 35, Je n'ai pas trouvé la lettre qui se rapporte à cet envoi.
comment ne payant rien clans le cours de l'année tout se trouvera acquitté à la fin.
Je ne suis point homme d'intrigue. Je ne veux me mettre ni voleur ni emprunteur. Je n'ai pour vivre que le produit de mon travail. Si M. Rey continue à me faire des promesses, il faudra que je meure de faim.
Un nommé Cliappuis (') associé de M. M. Bousquet a débité dans Paris que j 'a vois étrangement rançonné M. Rey; que j'en avois extorqué plus de quatre mille livres; que j'étois un Arabe, un Juif. Je conseillerais a Monsieur Rey pour éviter sa ruine de n'avoir plus d'affaire avec moi et de vouloir bien me renvoyer les deux parties de la Julie pour lesquelles il m'a déjà tant promis d'argent. Je le salue de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Moxtmorexci, le 21 Juin 1759.
En réponse à votre lettre de l'onze de ce mois, je vous dirai, Monsieur, que le 17 j'ai receu les 400 ft> montant de la lettre de change qui m'avoit été envoyée quelques jours auparavant par M. de Saint-Venant et que vous m'aviez annoncée pour le courant de mai. Je ne puis rien vous dire de plus jusqu'à ce que j'aye vu si les autres payemens se feront plus exactement selon la note que vous m'avez envoyée. Quant aux copies, n'en soyez point en peine, quoique je sois dans les
(*) Parmi les liaisons qu'il fil ;i Genève en 1754 il nomme dans le Ville Livre
des Confession* "ChappuiSj commis el successeur de Gaunecourt, qu'il voulu!
"supplanter, el qui bientôl fui supplanté lui-même." La Correspondance
publiée contient deux lettres à M. Marc Chappuis, daté< d< Motiere du 12
Mai L763.
embarras des massons, du déménagement, du l'emménagement, je vous promets que vous n'attendrez point et que je serai aussi exact que vous.
Je suis bien aise que vous songiez à vous mettre en train pour ce recueil. Que le caractère et le format ne vous arrêtent pas, car je m'en rapporterai volontiers à votre choix pourvu que le papier soit beau et le caractère net et bien lisible. Il me semble que je continuerois à préférer la forme octavo pour le repos de la vue. La seconde édition de ma lettre à M. d'Alembert est très-vilaine. J'espère que vous ne la prendrez pas pour modèle. Si vous vouliez m'envoyer un essai du format, du papier, et du caractère que vous comptez employer, je vous en dirois mon avis. Quand vous me marquerez que vous serez prêt à commencer je vous enverrai l'adresse pour les épreuves. Je ne vous ai point parlé des planches parce que c'est une entreprise considérable que probablement vous ne vous soucieriez pas de faire. Il faudroit pour tout l'ouvrage douze planches dont les sujets sont charmans et propres à être traités supérieurement par M. Boucher peintre célèbre de ce pays ('). J'ai calculé que les dessins et la gravure dans la perfection que l'entreprise exige seroient une affaire d'une centaine de Louis. Il est vrai que cela feroit un recueil admirable et sûrement trésrecherché. Les planches seules feroient le succès du livre (2) , mais encore une fois j'ai compris qu'il étoit inutile de vous faire cette proposition. Toutefois si contre mon attente elle étoit de votre goût, vous y
(>) François Boucher, qu'on a nommé le peintre des grâces. Il est mort vn 1770.
(2) Les estampes qui se trouvent dans l'édition de Rey sont de l'invention de Hubert François Danville Gravelot, mort en 177-''. qui a fait beaucoup lessins pour différents ouvrages de littérature.
seriez encore à teins, car les sujets des planches sont tous écrits , et M. Bouclier a déjà donné son consentement; il ne reste que le choix des graveurs, qui seroit bientôt fait. En vérité il ne se seroit pas fait en estampes un recueil plus agréable et plus intéressant dans ce siècle.
J'ai vu il y a quelques jours M. de la Broùe qui ne m'a point dit que son nouveau collègue fut encore arrivé. Ne doutez pas que tous ceux qui viendront me voir de votre part ne soient toujours bien receus. Bien des remerciemens et des salutations de ma part à M. Auboin, et des respects à Madame Rey que je suis charmé de savoir rétablie. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
A Montmorenci, le G Aoust 1759.
Le mois de Juillet est passé, mon cher Rey, sans (pie j'aye entendu parler de vous. Ainsi voici depuis notre dernier traité la quatrième fois que vous m'avez manqué de parole. En vérité je ne puis me résoudre à vous imputer un procédé si mal honnête. J'aime mieux l'attribuer à la situation de vos affaires qui ne vous permet pas de remplir avec moi vos engagemens, et à la mauvaise honte qui vous empêche de m'en taire l'aveu. Cela supposé, je crois devoir vous tirer de l'embarras où vous paraissez être, en vous proposa ni de résilier notre dernier accord et de nous rendre réciproquement, moi l'argent et vous la copie, que nous avons receu. Si vous voulez me renvoyer par la poste on autrement les deux premières parties de la Julie, je vous renverrai de mon côté les quatre cent francs
que vous m'avez fait tenir ou je les rendrai en recevanl ces deux parties à celui qui me les remettra. L'argent est prêt et sera compté sur-le-champ. Si peut-être vous étiez retenu par le scrupule de l'embarras où vous m'avez pu mettre, tranquillisez-vous; je n'aurai dans cette occasion que le chagrin de ne pas faire affaire avec vous ; au surplus je ne puis vous dissimuler qu'il se présente une occasion de disposer de mon ouvrage beaucoup plus avantageusement qu'avec vous. Mais j'espère que vous me connoissez assez pour croire qu'une raison d'intérêt ne me détermine pas dans la proposition que je vous fais; remplissez vos conditions et je suis prêt à remplir les miennes; je veux seulement que vous sachiez que s'il convient à vos intérêts de rompre notre marché, cela ne conviendra pas moins aux miens et que si vous continuez à ne tenir aucun compte de nos arrangemens vous me mettrez dans la nécessité d'en prendre d'autres. Faites-moi, je vous prie, une réponse prompte et décisive, ou votre silence m'en servira. Je vous embrasse, mon cher Rey, de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
J'ai receu , Monsieur , avant-hier le montant de votre seconde remise et vous recevrez ci-joint ma 3e partie. Vous pouvez compter toujours sur la même exactitude de ma part, et désormais je me contenterai pour vous accuser la réception d'un nouveau payement, de vous faire un nouvel envoi, jusqu'à conclusion de l'un et de l'autre. Adieu, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
Montmorenci , le .") 7lir.f' 1759.
Votre M. de Saint- Venant m'a écrit une singulière lettre. Il me paroit que les leçons lui coûtent moins à donner que les écus.
A Montmorenci , le 7 SbT.e 1759.
J'ai receu , Monsieur , de M. de Saint- Venant une troisième remise de quatre cents livres laquelle a été exactement payée. Je n'attends pour vous envoyer ma 4e partie que l'avis que la 3e vous est parvenue. Vous qui prononcez que j'ai tort de ne pas accuser à M. de St. Venant la réception d'un envoi que je vous accuse à vous même, ne devez pas croire avoir raison de garder envers moi le silence en pareille occasion, et il n'est pas naturel que je hasarde consécutivement tout mon ouvrage par la poste, sans savoir s'il vous parvient: je ne vois pas d'ailleurs de votre part des signes d'empressement pour imprimer ce recueil qui me fassent imaginer le moindre préjudice à ce retard.
Au reste, vous serez averti qu'il y a un autre M. Rousseau à Montmorenci, que pour me distinguer de lui, il faut ajouter après mon nom Citoyen de Genève, et ne point faire mention de St. Denis dans l'adresse, parce qu'alors les lettres s'arrêtant à ce bureau souffrent un retard. Adieu, Monsieur; j'attends de vos nouvelles à votre loisir et vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
SI
A MONTMOBENCIj le 20 8,,r.'' 1759.
Je reçois dans L'instant, Monsieur, votre lettre du lo, et voilà ma 4e partie. Les autres suivront dans leur tems avec la même exactitude.
L'inégalité des parties est en effet un inconvénient, mais il est inévitable ; on ne sauroit mesurer cette espèce de travail à l'aune. Des coupures mieux faites importent plus , même pour vous , que des volumes plus égaux. Au surplus, la différence n'est pas si grande qu'en resserrant sa composition dans les parties plus longues et l'étendant dans les plus courtes , un imprimeur intelligent ne la rende très-supportable.
Je suis bien aise que vous me marquiez que vous enfermez sous la clé les parties de ce recueil à mesure que vous les recevez. Cela me rassure sur la crainte des communications indiscrètes , et me confirme dans la résolution de ne point écouter les rapports du tiers et du quart. On dit que vous êtes maintenant occupé d'entreprises plus importantes qui vous feront négliger cellelà. Faites ce qui vous paroitra le mieux pour votre intérêt , le mien seroit plustot que ce recueil parût tard que tôt ; mais je dois vous dire qu'il est attendu ici depuis longtems avec quelque sorte d'impatience qu'une longue disette de Romans doit naturellement augmenter. Mais comme il y a maintenant sous presse plusieurs ouvrages de cette espèce, et que la vivacité françoise ne s'occupe pas longtems du même objet, il est à croire que la curiosité sera éteinte avant que vous vous soyez mis en état de la contenter. Je devois à vous et à moi cet avertissement . du reste je vous répète que je trouverai bon tout ce que vous
ferez à cet égard pourvu que vous exécutiez l'ouvrage avec soin.
Je vous salue , Monsieur , et vous embrasse de tout ii mn cœur.
J. J. Rousseau.
A Montmoeenci, le 15 Xl,r.e 1759.
Je vous ai expédié, Monsieur, l'ordinaire dernier la 5e partie de la Julie en vous accusant la réception du 4e payement; il faut maintenant répondre à votre lettre du 27 8brc.
Je n'ai rien à dire aux raisons de vôtre retard pane que personne ne connoit mieux votre intérêt que vousmême; cependant je doute que ce retard vous tourne à compte; parce que l'ouvrage ne vaut certainement pas le bruit qu'il fait, et qu'après l'avoir si longtems vainement attendu, je crains qu'on ne s'en dégoûte en le voyant paroitre.
Je suis fort en peine de la manière dont vous me ferez parvenir les épreuves; car au prix exorbitant dont on a renchéri les postes, les ports de lettres ne me deviennent déjà que trop onéreux et, si quand elles ne sont pas bien pressées, vous trouviez quelque occasion comme autrefois jusqu'à Paris, vous m'obligeriez beaucoup. Quant aux épreuves, les ports directs par la poste absorberoient et au-de-là tout l'honoraire que vous m'avez d.onné pour cet ouvrage. Il n'y faut pas penser. Cependant s'il ne vous étoit pas trop onéreux d'entrer dans cette dépense non par de l'argent mais par des exemplaires, j'essayerois d'entrer dans quelque arrangement avec Mrs. des Postes pour modérer les ports
des pacquets et rendre cette voye pratiquable. Si M. de Malesherbes avoit ses ports francs , ce que j'ignore, ne pourriez -vous sans indiscrétion lui adresser les épreuves afin qu'il vît l'ouvrage à mesure et le prier de me les faire parvenir. Il m'a toujours témoigné de la bonté et s'il consentoit à cet arrangement je lui écrirois volontiers pour l'en remercier. En attendant que quelqu'une de ces voyes puisse avoir lieu, vous pouvez m'envoyer les échantillons et même les premières épreuves sous les adresses ci-après ; mais il faut avoir pour cela les attentions suivantes.
1. Faire tous vos pacquets petits et chacun d'une feuille seulement, ou de deux tout au plus.
2. Envelopper le pacquet d'un simple fil cacheté ou de deux bandes de papier, sans que mon nom y paroisse; puis plier le tout dans une seule enveloppe à l'adresse indiquée. Le pacquet me parviendra quoique mon nom n'y soit pas ; cela est convenu d'avance.
3. Si vous joignez un billet au pacquet, faites en sorte que ce billet ne contienne rien d'où l'on puisse inférer que le pacquet n'est pas pour la personne à laquelle il est adressé. Quand vous serez obligé d'écrire quelque particularité qui me désigne, écrivez à part et directement à mon adresse.
4. Servez vous alternativement des deux adresses et n'employez pas la même deux fois de suite. Il seroit même à désirer que le cachet ne fût pas le même, ni l'écriture de la même main.
Voilà, moucher Rey, bien des soins pour un homme aussi vif que vous. Si vous n'en oubliez que le quart, je n'aurai pas trop à me plaindre.
1. A Monsieur de Chenonceaux, fermier général du Roy, à l'Hôtel des fermes. A Paris.
2. A Monsieur Lecointe secrétaire de M. le Gardes-des Sceaux de Machault. A Arnouville, par Paris.
Vous me ferez plaisir de choisir pour échantillon la préface, parce que j'ai quelque changement à y faire et que je n'en ai point de copie exacte. J*ai aussi plusieurs changemens à foire dans le texte, ils sont peu considérables , mais nécessaires et assez nombreux, marquez moi si vous aimez mieux que je vous les envoyé à part, ou que j'attende à les marquer dans les épreuves.
Je serai fort aise de vous voir à votre voyage dans ce pays, et je ne serois pas même fâché de savoir dans quel tems à peu près vous vous proposez de le faire. Ce voyage, outre vos autres affaires, peut n'être pas inutile pour vous et pour moi. Bonjour, mon cher Rey, je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
J'aî receii , mon cher Rey, votre dernier payement ei voici ma dernière partie avec la préface dans L'étal où elle doit l'ester, et les principaux changemens; ils sont tous dans la première partie: mais cela ne doit pas vous empêcher d'imprimer si vous voulez la seconde en même tems; car les changemens que j'ai a y faire sont peu de chose et ne sont pas (Luis le commencement. J'aurai soin de vous envoyer à tems ceux que je pourrai faire dans la suite; mais je n'en prévois pas beaucoup et j'espère que si les épreuves sont correctes de votre côté, il n'y aura du mien que quelques mots à changer qui n'embarrasseront guèivs.
J'attends que vous me disiez ce que vous aura répondu
M. de Malesherbes avant de prendre des arrangemens avec Mrs. des Postes ; car je voudrais bien vous épargner des fraix. En attendant suivez pour vos envois mes indications précédentes en commençant par la première adresse &c. J'attends un pacquet au premier jour.
Adieu, Monsieur, je vous embrasse. Mes respects à Madame Rey. Wt Le Vasseur me charge de vous assurer des siens.
J. J. Rousseau,
A Montm. le 18 Janvr 1760.
Ce mot n'est que pour vous prier, Monsieur, de ne rien m'envoyer du tout à l'adresse de M. de Clienonceaux. Je ne me soucie pas même trop non plus que vous vous serviez de l'autre, cependant je ne l'exclus pas de même. J'espère que vous avez receu ma 6e partie et que j'aurai bientôt de vos nouvelles. Je les attends pour proposer un arrangement avec Mrs. des Postes , au cas que M. de Malesherbes n'en ait pas pris avec vous. Adieu, Monsieur; je vous embrasse.
Montmorenci le 30 Janvr. 17G0.
A Montmorenci, le 6 Mars 1760.
J'ai receu, Monsieur, avec votre lettre du 28 Fevr. L'échantillon du caractère et format que vous ave/ choisi. Le caractère est forl bien; je pense que vous prendrez
le petit-romain pour les notes, afin qu'elles soient lisibles.
Le format me paroit trop étroit pour sa longueur ou trop long pour sa largeur. A moins qu'il n'y ait à cela des proportions fixes, ce que je ne sais pas, je crois que vous en pouviez prendre une plus élégante. Je ne sais si le papier de l'échantillon est celui que vous comptez employer; il me paroit assez vilain. Au reste, faites pour le mieux; je vous laisse le maître de tout; mais j'espère que vous voudrez bien me faire tirer quelques exemplaires en beau papier.
Le titre courant des pages ne doit point être Lettres de deux amans $'c, mais, La nouvelle Hcloïse. C'est aussi le titre qu'il faut substituer à celui de la seconde partie et des suivantes.
J'ai aussi receu précédemment votre billet dupr. Févr. où vous avez mis ces mots: Je tous ai mandé par le canal de M. de Malesherbes qu'il a accepté ma p>roposition. Cela supposoit une autre lettre venue par le canal de M. de Malesherbes. J'ai toujours attendu cette autre lettre , et ne l'ai point reçue. Ainsi si elle contenoit quelque chose qui fût nécessaire à dire, répétezle moi. J'écris aujourdhui à M. de Malesherbes pour le remercier.
Je vous conjure de faire corriger les premières épreuves avec soin afin que je ne sois pas dans la nécessité de trop barbouiller les miennes; d'autant plus qu'ayant oublié la pluspaxt des signes de correction, je ne suis pas trop sûr de me faire bien entendre. Que l'on corrige exactement les fautes de l'imprimeur, mais surtout qu'on laisse toutes les miennes. On doit croire que je sais assez de françois pour avoir rendu l'ouvrage plus correct , si je l'avois voulu.
Ne me faites point d'excuse de vos retardement
Comme il n'y a point de ma faute, je puis vous en Laisser courir les risques sans inquiétude. C'est une affaire à démêler entre vous et le public impatient et rebuté. Faites donc à votre aise et sans vous inquiéter de moi. Je vous embrasse , Monsieur, de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Voici pour la prc. partie un changement peu considérable, mais important, et que je vous prie de faire à l'instant de peur qu'il ne s'oublie.
P. 174 vers le milieu après ces mots
"Quelle est donc cette gloire insensée dont vous faites tant de bruit?"
ôtez ce qui suit jusqu'à la fin de l'alinéa, et substituez-y ces mots
u celle de servir un Prince, et d être à charge à F Etat." (').
Je dois vous avertir aussi, pendant que j'y pense, que quand le mot de Monsieur s'écrit en abrégé , il n'y faut point d'r MX mais seulement une M et un point . M. Je vous avertis de cela parce que dans ma lettre à M. d'Alembert on a constamment mis dans l'imprimé cette r qui n'étoit point dans la copie.
A Montmoiienci , le 10 Avril 17<i<>.
Voici, Monsieur, votre première épreuve corrigée; je
vous prie de vouloir faire la plus grande attention aux
(i) Le passago se lit dans la lettre LXII. Eu corrigeant l'épreuve, l'auteur doit avoir substitué le mot homme au lieu de /'rince. On lii déjà dans L'édition originale: "celle 'le servir un homme, et d'êtn à charge à V Etat."
corrections. J'aurois voulu vous éviter le port du retour de la feuille, et c'est ce que je ferai quand les épreuves seront assez correctes pour que sans les renvoyer je puisse indiquer les fautes ; mais leur nombre dans celle-ci m'a fait craindre de ne les pouvoir indiquer assez clairement.
A mesure que vous ferez tirer les feuilles, je vous prie de vouloir bien m'en envoyer une avec les épreuves des suivantes , afin que je voye s'il n'y reste point des fautes assez considérables pour exiger des cartons, ce que j'espère qui n'arrivera pas si vous voulez bien y donner vos soins.
Il n'est pas nécessaire de mettre une enveloppe, à mon adresse; il suffît d'adresser seulement les feuilles à M. de Malesherbes qui doit les voir, et qui étant prévenu veut bien prendre le soin de me les faire tenir.
Je ne puis répondre ici à la lettre que vous m'annoncez avec la seconde épreuve, parce que je ne l'ai pas encore receue. Je finis donc. Monsieur, en vous embrassant de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Voilà, Monsieur, votre 2e feuille. Jusqu'ici je su^ assez content de la correction, surtout parce qu'on > laisse les fautes que j'y veux laisser.
Votre projet de vignettes ne me rit pas trop. Les vignettes aux titres des livres rendent ces titres confus, e1 c'est ce qui arrivera infailliblement à la première partie dont le titre esi un peu chargé. D'ailleurs il l'audioit trouver des sujets relatifs au caractère de l'ouvrage H c'esl ri' qui n'est point aisé. Il faudroit (pie
les figures fussent élégantes et légères , et c'est ce que la vignette du discours sur l'inégalité (') ne me laisse espérer ni de vos dessinateurs ni de vos graveurs. En général les figures, et surtout celles qui demandent de l'expression sont très-difficiles à rendre dans des vignettes parce que l'espace est trop petit. Dans un recueil tel que le nôtre des vignettes maussades gâteroient tout, C'étoient des estampes qu'il nous falloit; tous les sujets en étoient piquans : elles auroient été charmantes ; c'eût été peut-être le plus agréable recueil d'estampes qu'on eût fait en ce siècle, et je suis très-sûr qu'elles seules eussent fait la fortune du livre. Au reste, comme excepté la pre. partie les titres des autres laisseront beaucoup de blanc, si vous y voulez mettre des vignettes envoyez m'en des épreuves , je vous en dirai mon avis. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse.
Montmorenci, le 17 Avril 1760.
Souvenez-vous, je vous prie, d'envoyer vos pacquets sous la seule enveloppe de M. de Malesherbes , sans y mettre une autre enveloppe à mon adresse.
Voici, Monsieur, votre 3e Epreuve. Je vous les renverrai toutes puisque vous l'aimez mieux ainsi.
Je ne suis pas d'avis que vous orniez de ma devise le frontispice de ce roman. Je ne vois pas trop ce qu'elle feroit là, et d'ailleurs il me paroit de mauvais goût que le titre d'un livre de cette espèce soit bigarré de latin, de françois et d'italien. Au reste je trouve la
(') Voyez la note au No. 1 I.
plaisanterie si bonne que j'aurai soin de vous en faire honneur dans le public en temps et lieu. Je vous embrasse , Monsieur , de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Montmorenci, ce 24 Avril 1760.
A Montmorenci, le 8 Mai 1760.
Il m'est impossible, Monsieur, de vous renvoyer les épreuves avec plus d'exactitude et de diligence que je l'ai fait jusqu'ici; car je les ai toujours renvoyées par le Courrier immédiatement suivant celui où je les ai reçues.
Par exemple, l'épreuve E m'est arrivée Limdi 5 au soir, et l'épreuve F le lendemain; je les mets aujourdhui jeudi à la poste de Montmorenci, afin qu'elles partent de Paris par le Courrier de demain. J'en ai usé et en userai de même pour toutes les autres. Si donc elles ne m'arrivent pas ou ne vous retournent pas en teins dû, ce n'est pas ma faute.
Je suis content des premières feuilles, et quand je le suis j'ai grand plaisir à le dire; c'est dommage qu'on ne me donne pas ce plaisir plus souvent. Il y est pourhuit resté plusieurs fautes et il y a des corrections qui ont été transposées et où l'on ne m'a pas entendu. Cela m'a l'ait prendre le parti de les numéroter quand il y en a plusieurs sur la même ligne dans les pages Verso. Malheureusement je suis souvent l'on embarrassé pour me faire entendre, ne sachant pas les signes, et déplus le papier boit extrêmement, ce qui rend les corrections très-embrouillées quelquefois, -'e vous prie instamment
qu'il n'en soit fait aucune qu'on ne soit très-sûr de m'avoir entendu. J'aime mieux qu'on laisse les fautes que de les mal corriger. Bonjour, Monsieur; je vous embrasse.
A Montmorenci , le 1 1 Mai 1760.
Vous m'envoyez des épreuves pleines de fautes horribles , sur du papier qui boit si fort qu'on n'y sauroit écrire; cela n'est-il pas désolant? Précisément cela tombe sur la feuille G qui avec la suivante est celle de tout l'ouvrage dont la correction importe le plus ('). J'ai fait ce que j'ai pu pour rendre mes corrections claires ; mais je sens qu'il faut bien de l'attention et de la bonne volonté pour les trouver telles. Je vous supplie instamment qu'on y veille avec le plus grand soin , surtout pour ces deux feuilles, où, indépendamment des fautes, je suis forcé de faire beaucoup de cliangemens. S'il y a quelque chose sur quoi vous restiez en doute , renvoyez plustot une seconde épreuve; car quoiqu'il arrive il faut que ces deux feuilles soient correctes, et il faut s'il vous plait , vous résoudre à y faire autant de cartons qu'il y restera de fautes.
Soyez très-sûr qu'il n'y aura point de retard de ma part. Ayant receu hier fort tard cette épreuve j'y ai passé la nuit pour la renvoyer ce matin afin qu'elle soit à tems à Paris pour le Courrier de demain.
Je n'ai pas songé à répondre à M. d'Alembert ; j'espère ne jamais répondre ni à lui ni à personne. Quand
(') La feuille G dans l'édition originale contient les Lettres XXXVI — XLVI1 rie la Première Partie. On verra dans la lettre qui suit que l'auteur fait valoir L'importance surtout de la feuille II ; elle contient les lettres XLVIII — LIV.
j'ai dit mon sentiment et mes raisons , j'ai fait mon devoir. Ceux qui sont d'un avis contraire font fort bien de dire aussi leurs raisons. Au surplus c'est au public à juger: Qu'il juge.
Mlle. LeVasseur vous remercie de l'honneur de votre souvenir, et moi, Monsieur, je vous saliie et vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Montmokenci, le 18 Mai 1760.
J'ai receu hier, Monsieur, votre pacquet du 10 contenant les 2. premières feuilles du 2e Tome. Je les lais repartir aujourdlmi corrigées. J'ai eu la même exactitude pour toutes les autres feuilles; l'épreuve E n'a point été retardée par ma faute, et je ne comprends rien du tout à vos reproches, sinon que d'une ligne légèrement écrite vous me coûtez des pages d'éclaircissement. Mais j'ai toujours dû m'attendre qu'après quatorze mois de retard vous feriez si bien qu'enfin le retard seroit sur mon compte. Patience. Quelque jour peut-être nous saurons les raisons de vos procédés, auxquels quant à présent je ne comprends rien du tout. Vous dites avoir fait partir le S l'épreuve II ;ivec la bonne feuille D. Ce pacquet ne m'esl point parvenu et je n'ai rien receu du tout l'ordinaire dernier. J'écris à M. de Malesherbes pour savoir s'il lui est parvenu. Dans le doute qu'il soit perdu je vous conseille pour éviter de plus grands délais de me renvoyer par duplicata celte épreuve H. et même la bonne feuille D afin qu'il n'y ait point «le déficil dans nui suite. Jusqu'à présenl j»' n'ai que 1rs •"> premières feuilles.
Dimanche un M. de ht Bastide (') que je ne commis point mais qui publie à Paris des feuilles périodiques vint me voir et m'offrir deux cents louis du manuscrit de la nouvelle Héloïse si je voulois m'en défaire. Je lui dis que ce manuscrit n'étoit plus à moi, qu'il vous appartenoit, mais quej'avois lieu de croire que vous n'y étiez pas fort attaché. Là-dessus il me demanda votre adresse et mon consentement si vous étiez d'humeur de faire affaire avec lui; je lui dis que quant à moi je ne m'y opposerois point. Il repartit là-dessus paroissant disposé à vous écrire. Voilà tout ce que j'en sais. Je vous embrasse, monsieur, de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Il n'est pas nécessaire de mettre aux pacquets une enveloppe à mon adresse ; attendu que M. de Malesherbes a la bonté d'y en faire ajouter une autre contresignée, et qu'ainsi la votre ne sert de rien.
A Montmorenci, le 22 Mai.
J'ai receu hier au soir avec votre billet du 15 cette ('■preuve et je vous la renvoyé ce matin malgré une migraine horrible qui m'empêche d'ouvrir les yeux. J'ai toujours fait la même diligence; ainsi je vous prie de ne perdre plus le tems à nie la prêcher; car il me sera toujours impossible de renvoyer les pacquets avant de les recevoir.
Votre envoi du 8 lequel contenoit l'épreuve H et la
(>) J. F. de Bastide, auteur d'un Journal le Monde comme il est, dans lequel il voulait, bon gré mal gré, insérer tous les manuscrits ,1e Rousseau. Conf. L. Xi. La correspondance publiée contient deux lettres ù 51. .le Bastide.
bonne feuille D ne m'est point parvenu et ne se trouve point. Ainsi je le regarde comme perdu, et j'ai pris le bon parti de vous prier par le Courrier précédent de me renvoyer la même chose par duplicata. Surtout gardez-vous, je vous supplie, de faire tirer cette feuille H avant que j'en aye corrigé l'épreuve; car c'est celle de tout l'ouvrage qu'il importe le plus de faire passer sous mes yeux.
Je ne vous envoyé pas les corrections pour les autres parties, parce que je n'en prévois pas de considérables, et qu'ayant négligé de coter sur ma copie les pages de la votre, vous auriez beaucoup de peine à trouver les renvois.
Je n'ai encore que quatre bonnes feuilles savoir les trois premières , et la cinquième ; j'attends d'avoir toute une partie pour la relire de suite et vous en dire mon avis. Je souhaite de tout mon cœur qu'il n'y ait pas de faute assez considérable pour exiger des cartons , car je n'aime point à vous donner de l'embarras; Bonjour, Monsieur; je vous embrasse
J. J. "Rousseau.
J'oubliois de vous dire que le papier boit si forl que n'y pouvant faire de correction lisible avec la plume je me suis avisé de les faire avec du crayon. Je crains que le crayon ne macule dans le transport, mais je n'y saurois que faire. Je ne vois point d'autre expédient.
A Montmorenci, le 25 Mai 1760.
J'ai receu hier au soir votre parquet du 1!) contenanl la bonne feuille F et réprouve K que je vous renvoyé ce matin corrigée. Il n'est |>as étonnant qu'il m'échappe
des fautes; car pour les corriger il faudroit relire plusieurs fois l'épreuve à tête reposée, et à peine ai-je le tenis de la bien lire une ; surtout celle qui m'arrive le samedi , et quand il faut encore vous écrire. Quoi qu'il en soit, j'aime mieux que vous laissiez mes fautes, que de faire des corrections qui ne soient pas sur le MS. parce qu'il vous est impossible de distinguer sûrement les fautes qui m'échappent de celles que je veux laisser.
Le paquet contenant la bonne feuille D et l'épreuve H n'est point retrouvé. Ainsi pour corriger cette épreuve j'en attends le duplicata; je dois même vous prévenir qu'il y a tant à travailler sur cette épreuve que je pourrois bien êtve forcé d'en retarder le renvoi d'un courrier ce que je tâcherai pourtant de ne pas faire.
Je voudrois bien vous envoyer d'avance les corrections, mais il m'est presque impossible de vous les indiquer exactement par la raison que je vous ai déjà marquée, et je crains les qui-pro-quo. D'ailleurs en faisant votre copie sur la mienne j'y ai changé beaucoup de choses dont je ne me souviens plus, et qui sont mieux que les changemens que je pourrois faire aujourdhui; de sorte que ce n'est que sur l'épreuve même que je peux juger de la leçon qui est à préférer. Au reste, les changemens seront beaucoup moindres dans les parties subséquentes qu'ils n'ont été dans la première. Il m'en tombe actuellement un sous la main pour la 3e feuille de la 2e partie: je vous l'envoyé à bon compte, et vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Montmorenci, le 28 Mai 1760.
.Voici , Monsieur, les épreuves L et M que j'ai receues hier au soir avec la bonne feuille G qui est bien. Mais gare H que j'attends toujours et qui j'espère m'arrivera le Courrier prochain, si vous avez eu soin de m'en expédier le double aussitôt que je vous ai donné avis de la perte du pacquet qui la contenoit.
Vous assurez que j'ai 8 épreuves. Je n'en avoispas une' hier au soir à huit heures; à neuf j'ai eu ces deux-ci ; je les renvoyé à dix ce matin; à midi je n'en aurai plus, et il en a toujours été de même quand vous avez tant fait que d'en envoyer deux dans le même pacquet: ce qui n'est encore arrivé que deux fois.
J'ai eu une explication avec M. de Malesherbes au sujet du pacquet perdu. J'ai quelque soupçon qu'il s'est égaré dans ses bureaux. Quoi qu'il en soit, il veut bien désormais faire fermer les pacquets en sa présence. Vous voyez par mes dates qu'ils m'arrivent en tems dû. et par mou exactitude, ils doivent, sauf accident, vous retourner de même. Ne vous on prenez donc ni à M. de Malesherbes ni à moi si votre impression ne va pas aussi vite que vous le souhaiteriez. Si vous vouliez finir en Octobre il falloit commencer assez tôt pour que la chose lut faisable. Selon votre propre calcul il vous faudroit quatre feuilles par scniaip.es pour achever au mois d'Octobre et à peine en pouvez-vous faire ti'ois. Quand j'ai bien voulu ne vous pas reprocher votre négligence ci votre lenteur vous avez abusé de ma patience et vus finissez par me la reprocher, de ne refuse pas d'essuyer les reproches que je mérite pourvu que vous nie disiez en quoi j'ai tort.
Je ne dois cependant pas vous cacher qu'il vous importerait plus que vous ne pensez d'achever promptement et de distribuer avant l'hiver; car outre que la réputation de ce recueil commence à chanceler et qu'on n'en voudra plus s'il tarde à paroitre , je sais qu'il doit paroitre durant l'hiver des nouveautés capables d'absorber l'attention du public. Je vous conseille de faire tous vos efforts pour les prévenir. C'est la dernière fois que je vous en parlerai. Adieu.
J'ai eu beau sécher le papier avec le plus grand soin. I] boit toujours.
MM. le 8 Juin 1760.
J'ai receu hier avec l'épreuve 0 du Tom. 2 que je vous renvoyé corrigée, les feuilles B du même Tome et J du premier.
Je me doutois bien que vous trouveriez difficilement les places des corrections que je vous avois envoyées, parcequ'ayant corrigé sur votre copie beaucoup de choses que j'ai négligé de corriger sur la mienne, je suis exposé à vous renvoyer à des lieux déjà changés. D'ailleurs comme je me souviens d'avoir été assez content des changemens que je faisois sur votre copie, il peut arriver que la leçon que je substitue, vaut moins que celle que vous avez déjà, et ce pourroit bien être le cas des pages 01 et t>2 de la présente ('preuve; si doue voyant que mon renseignement ne s'accordoil pas avec votre texte vous m'eussiez transcrit la partie du même texte à la quelle se rapportait ma nouvelle correction, j'aurois été en état de comparer les deux cor-
rections et de choisir la meilleure; mais n'en ayant rien fait, vous m'avez mis dans la nécessité de lier et rapetasser le tout comme j'ai pu. Quoiqu'il en soit, vous voyez 1" inconvénient de vous envoyer les corrections d'avance. Il faut désormais nous contenter de les faire sur les épreuves et d'en faire le moins qu'il se pourra.
Le pacquet est bien certainement perdu; et c'étoit de tout l'ouvrage celui qu'il importait le plus qui ne le fut pas. Qu'il y a de gens qui se tourmentent pour mal faire! Pour moi je suis très-déterminé a ne jamais -faire de mal à personne et au surplus à ne plus me tourmenter de rien. J'ai lieu de croire que M. do Malesherbes est aussi fâché que nous de cette perte. Il a pris le parti de faire désormais fermer les pacquets devant lui. Aussi m'arrivent ils plus exactement.
M. Duchesne m'avoit aussi envoj'é la Comédie des Philosophes, mais ne jugeant pas à propos d'accepter ce présent, je la lui ai renvoyée avec une lettre qu'il a eu l'indiscrétion de rendre publique, ce qui pourtant ne me fâche nullement ('). Quant à ce qui me regarde personnellement j'ai peu à me plaindre de cette pièce. Si l'on m'y donne quelques ridicules dont je ne me soucie guère, on y joint des louanges dont je ne nie soucie pas davantage, mais que je voudrois mériter. Je crois pourtant par beaucoup d'autres considérations que vous avez très bien fait de ne la pas imprimer ("). Il ne faut jamais qu'un honnête homme prête son ministère à des satires et Ados libelles. Comment avezvous pu vous imaginer que je voulusse répondre à
(i) Il l'a même insérée dans ses Confessions L. X.
p) L'auteur de la lettiv que j'ai citée dans la note S au No. 23, dans une autre lettre à Itcy en date 2 Juillet 1760, après avoir t'ait mention de Rous- Beau, écrit: "Je vous approuve beaucoup de n'avoir pas réimprimé les
Philosophes par considération pour Cet honnête homme."
M. Palissot ni à qui ce fut? quoi qu'on puisse dire de moi je garderai vis à vis de mes aggresseurs un éternel silence. Si ma conduite me condamne, ma plume ne me justifiera pas; si ma conduite me justifie, je suis assez justifié. Bonjour, je vous embrasse.
J. J. Rousseau.
Je vous suis obligé de votre remarque sur les libérateurs de la Suisse. Je crois pourtant qu'il sera mieux de ne rien changer à la phrase , par ce qu'un entretien entre gens de condition ne demande pas toute l'exactitude historique (') , qu'il faut que ces noms barbares passent comme un trait, et que la phrase est tellement, eadencée que l'addition d'une seule sillabe en gâteroit toute l'harmonie.
Continuez avec des points puisque vous le jugez à propos; mais recommandez au compositeur d'en faire les tramées moins longues.
On me mande que M. de Formey a fait imprimer à Berlin une grande lettre sur la providence , que j'écrivis en 175(3 à M. de Voltaire. On ajoute qu'il dit avoir trouvé cette lettre chez les libraires de Berlin, d'où l'on infère qu'elle a dû être imprimée en Hollande (2).
(') Le sujet de la lettre LXII est l'entretien Je Milord Edouard Bomstou avec les pères de Julie et de Claire. La phrase où se trouvent les noms des libérateurs delà Suisse s'y lit ainsi: "Les Furst, les Tell . /es Stouffacher étoient ih gentilhommesl Quelle est donc cette gloire insensée $■<?. voyez ci-dessus N°. 46. On voit combien l'auteur a pris ce passage à coeur.
^2) On se rappelle ce que Rousseau a écrit là-dessus dans ses Confessions. Au sujet de cette affaire j'ai trouvé dans la Correspondance de Rey une lettre d'un ami de l'Abbé Trublet, qui en date 9 Juillet 1760 écrit à Rey: •iPour
Si vous en avez quelque connoissance vous m'obligerez de me marquer ce qu'il en est. Car il m'importe de remonter à la source et de savoir par quelle voye cette lettre que je ne destinois point à l'impression a pu parvenir à M. de Formey.
J'ai receu avec votre lettre du 9 les deux bonnes feuilles L M et l'épreuve P que je vous renvoyé. Vos nouvelles vignettes me paroi ssent jolies et d'assez bon goût. Cela vaut mieux que les anciens placards. Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Montm. 15 Juin 1760.
22 Juin.
En réponse à votre lettre du 16 à laquelle étoit jointe l'épreuve A T. 3, que je vous renvoyé, je vous dirai que votre pacquet du 2 contenant ce me semble l'épreuve C du T. 2 m'est parvenu dans si mi tems, et que la dite épreuve fut remise le 5 à la poste de Montmorenci pour partir de Paris le lendemain; ainsi c'est avec raison que vous ne me faites point de reproche; car jamais envoi de votre part n'a été jusqu'ici retardé dans mes mains.
J'espère que le dit pacquet vous sera parvenu le Courrier suivant , et que, si cela n'étoit pas, vous aurez
la lettre de M. Rousseau, M. Formey l'afait réimprimer élans ses Lettres suri' (tut 'présent des sciences et des moeurs, lettres 48 et H. en y joignant quelques notes, et il dit dans une espèce d'avant-propos qu'il l'a trouvée
chez 1rs Libraires de Berlin. Cette lettre de M. Rousseau est tris curieuse. J'en ai une autre en MS. qu'il a écrite à Voltaire dans uni' nuire occasion dont les copies dénient été mutilus; mais /non e.ri /n/i/air,
,i e/é corrigé par lui même."
pris le parti de me renvoyer ce qu'il contenoit par duplicata. Si nos pacquets se perdent à la poste, où se perdent-ils, et qu'y faire? 11 faudra prendre Le parti de les réclamer, de se plaindre, et qu'avancerons-nous? rien: car qui sait où ils se sont perdus? Ce qui est très clair est qu'au moins celui-ci n'est pas resté dans les bureaux de M. de Malesherbes , puis qu'il n'a pu s'égarer qu'au retour. M. de Malesherbes m'a envoyé la lettre que vous lui avez écrite et m'a marqué qu'il avoit le soin de me faire expédier les pacquets à leur arrivée. Ainsi dussions-nous en perdre encore , il est inutile de l'en importuner davantage.
Voici je crois ce qu'il faut que nous fassions désormais l'un et l'autre; c'est jusqu'à la fin de l'impression, soit qu'il y ait des envois soit qu'il n'y en ait pas, 1°. d'écrire un mut à chaque ordinaire sans jamais y manquer. Car de cette manière quand l'un ou l'autre ne recevra rien, il en pourra conclure qu'il y a sûrement lettre ou pacquet égaré ou retardé ; 2°. de mettre nos lettres ou pacquets à la poste nous-mêmes ou de ne les y faire mettre que par des gens sûrs. Pour vous épargner quelque partie du port j'ai quelquefois envoyé vos pacquets à la poste de Paris par occasion. Je ne le ferai plus; mais tous mes pacquets seront mis à la poste de Montmorenci par moi-même ou par Mile. Le Vasseur; 3°. il faut tenir par devers soi note de ce que contient chaque pacquet qu'on envoyé, afin que s'il est égaré, on sache d'abord ce qui doit être renvoyé par duplicata. Si ces précautions ne suffisent pas, je ne sais qu'y faire autre. Je suis exact, je l'ai toujours été, je le serai tant qu'il me sera possible. Voilà tout ce que je puis vous dire. Je vous embrasse de tout mon cœur.
.1. .1. Rousseai
Ce 29 Juin 1760.
J'ai receu hier au soir avec votre lettre du 22 les feuilles C et D du T. 2. , l'épreuve ci-jointe et le modèle du titre. Je le trouve trop confus , et je crois qu'on y peut remédier en plusieurs manières ('). 1°. Il y a trop de lettres capitales; ces mots habitans dune petite ville au pied des Alpes seront mieux en caractère Romain et ceux-ci recueillies et publiées, en caractère Italique. 2°. Vous avez laissé une place immense pour la vignette : il ne faut point de vignette; l'épigraphe même entre deux petits fleurons doit en tenir lieu. 3°. Je suis d'avis que le titre se partage et qu'il y en ait deux au lieu d'un. Le premier n'aura que ces mots "Julie ou la nouvelle Héloïse. Première partie." Le second titre comprendra le reste. En un mot, il faut absolument trouver quelque expédient pour que le titre simple ou double contienne tout ce que j'y ai mis, et pourtant qu'il ne soit pas confus.
Je ne puis rien vous dire encore sur la correction. Vous savez que j'attends le reste de la première partie pour la lire de suite et toute entière, mais dans les bonnes feuilles de cet ordinaire je viens d'appercevoir une grosse étourderie qui me fait bien de la peine. Patience; le mal est sans remède. Mais pour Dieu ne vous négligez pas et soyez attentif jusqu'au bout. Je vous embrasse •!<■ toui mou cœur.
J. J. Rousseau.
Le pacquel m'esl arrivé en mauvais état. L'épreuve
(') Voyez ci '!<■ -" p
n'est pas trop maltraitée, mais les bonnes feuilles ont été fort mouillées et sont presque pourries.
Ce 6 Juillet 17 GO.
J'ai receu hier avec les deux épreuves que je vous renvoyé, les deux dernières bonnes feuilles du T. 1. et le cartouche où vous avez fait insérer ma devise.
J'ai été fort surpris que vous ayez tenu assez peu de compte de mon opposition pour aller votre train et faire graver cette vignette sans m'en parler ('). J'ignore quelles sont en cela vos raisons; vous ne pouvez ignorer qu'on n'a jamais vu deux épigraphes sur le titre d'un livre, et combien c'est un étalage pédantesque de chamarrer de latin et d'italien le titre d'un livre d'amour. Quoiqu'il en soit, non seulement je ne consens point (pie ma devise soit à la tête de ce livre dont je me déclare serdement l'éditeur ; mais de plus je m'y oppose formellement, et si votre dessein est de passer outre malgré votre promesse et mon opposition , je vous conseille d'y bien penser auparavant.
Si vous avez à mon refus l'égard que vous me devez et auquel j'ai lieu de m'attendre, voici ce que je vous conseille pour que votre vignette ne soit pas perdue. Faites effacer la devise, et puis ôtant à droite et à gauche deux petits feuillages à côté du mot impendere substituez y les deux vers italiens de l'épigraphe lesquels dans le fond disent la même chose que vous voulez dire avec la devise, et le disent mieux. Je vous renvoyé voire cartouche ainsi changé, bien entendu que
iM Voyez la lettre N°. t9.
la gravure sera plus nette et donnera le moyen de
mieux séparer les mots. La ponctuation s'est barbouillée; mais vous la retrouverez exacte sur le titre imprimé d'où vous ôterez ces deux mêmes vers quand ils auront été transportés dans la vignette.
Si vous suivez mon conseil et que vous doubliez le titre comme je vous ai marqué ci-devant, alors il n'y aura plus de confusion et le coup d'œil sera très agréable ('). Adieu je vous embrasse.
NB. il faudra me renvoyer une épreuve delà vignette ainsi changée avant de la tirer.
Ce 17 Juillet 1760
Votre titre ainsi partagé nie paroit mieux. Mais il me semble que les mots première partie devroient être dans le vrai titre efc que dans le faux titre vous pourriez mettre Tome I. Cette addition au titre pourroit vous obliger de baisser un peu l'épigraphe et peut-être de supprimer tout à l'ait la. vignette; mais ce qui nie paroitroit encore mieux seroit de mettre ces mots habitans dune petite ville au pied des Alpes en caractère courant et plus petit; ce qui vous feroit gagner assez. d'espace pour ajouter les mois Première partie sans baisser l'épigraphe, il faudroit aussi dans le faux titre que le mot OU lit seul la seconde ligne et que ces trois mots Iji nouvelle Héloïse lissent la troisième ligne. Je m'en rapporte à vous; arrangez 1'- tout pour le mieux. Voilà vos Jeux épreuves H et J Je la troisième par-
|M Voyez . i dessus p. ; i.
tic; mais je ne comprends pas pourquoi vous achevez cette 3e. partie avant la seconde. Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Comme depuis quelque tems je reçois fidellement un envoi par chaque ordinaire , et qu'étant quelquefois hors de chez moi quand je vous écris , je ne puis pas me ressouvenir exactement des feuilles que j'aireceues, lorsque je vous renvoyé vos épreuves vous devez tenir pour accusée la réception des feuilles que vous m'avez marqué les accompagner. S'il arrivoit que je ne reçusse rien par un Courrier, je vous en donnerois avis aussitôt, et vous en devez faire de môme si vous ne recevez pas chaque pacquet dans son tems; car je vous les renvoyé tous exactement par le Courrier suivant.
Voici les épreuves K et L, T. 2 que j'ai receues avec les deux bonnes feuilles marquées dans votre lettre du 17. L'épigraphe gravée dans le cartouche est fort bien. Il n'y a rien à changer à cette vignette , et vous pouvez dès à présent faire tirer le titre de la première partie selon votre dernière épreuve corrigée sur ce que je vous ai marqué dans ma précédente. A mesure que la gravure de la vignette s'usera à force de tirer, vous aurez soin de la faire retoucher afin que l'épigraphe soit toujours lisible. Je suis d'avis que cette vignette ne soit qu'au titre du premier volume et du dernier. Aux autres volumes il convient de mettre d'autres petites vignettes sans figures et sans épigraphes (1).
i'i C'osl ce que Rej ;i fait.
Vous revenez à la charge sur la devise latine. Je vous déclare une fois pour toutes que je ne veux pas qu'elle entre dans ce recueil de quelque manière que ce soit. Je vous prie de vous le tenir enfin pour dit.
J'ai relu la première partie et j'en suis content aux dernières feuilles près qui sont pleines de mutes grossières, les quelles me paroissent avoir été faites en remaniant. Je vous prie de faire désormais attention à cela. Je vous salue, Monsieur, de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Ce 24 Juillet 17 GO.
Ce 27 Juillet 17G0.
J'ai receu hier les quatre bonnes demi-feuilles H, I , K , L du Tome 3 et deux épreuves K du même tome, dont je vous en renvoyé une corrigée. Cette double épreuve de la même feuille me fait juger qu'en aura fait quelque qui-pro-quo en votre absence, et qu'au lieu d'une de ces deux épreuves on aura voulu m'envroyer celle de la dernière feuille du même tome, lequel en effet se trouvera bien petit ; mais je ne saurois qu'y l'aire. J'espère recevoir après-demain cette dernière épreuve au moyeu de laquelle tout le t. 3 se trouvera corrigé. Je vous embrasse, Monsieur, de tout mon cœur.
J". J. RorssKAV.
Ce 28 Aoust.
Je viens de recevoir votre pacquet du 21. Je ne vous renvoyé point le duplicata de l'épreuve A , T. 5 , parce qu'ayant ci-devant receu et renvoyé une épreuve semblable, je suppose que vous l'aurez receue depuis. J'ai les 3 premières parties complètes au titre près , et les 4 premières feuilles de la 4e. Ainsi je ne pense pas qu'il me manque aucun autre pacquet depuis le premier; mais il y en a souvent de retardés , et comme je m'y attends je me garde toujours une épreuve d'avance pour remplir le vuide et afin que chaque courrier vous apporte quelque chose pour ne pas laisser vos ouvriers oisifs.
Comme le peu de teins que j'ai me force toujours de corriger à la bâte, je vous prie d'y regarder après moi avec un grand soin. Je vous embrasse.
31 Aoust 1760.
Point de pacquet aujourdhui. Sur l'expérience du passé, j'espère qu'il ne sera que retardé. Voilà donc la feuille de réserve afin que vos ouvriers ne restent pas oisifs. Je vous embrasse.
Je vous ai envoyé par exprès une épreuve à la poste de Paris l'ordinaire précédent, et je vous renvoyé celuici l'épreuve K T. 4 que je viens de recevoir, et à laquelle je joins l'épreuve de la préface afin que vous ayez au besoin de quoi occuper vos tireurs. Car pour l'épreuve E T. 5 je ne puis vous la renvoyer que l'ordinaire prochain, attendu que j'ai plus à y travailler qu'il ne me reste de tems pour cela. Les bonnes feuilles sont pleines de finîtes; ce que j'attribue en partie à ce que je n'ai pas assez de tems pour bien examiner les épreuves.
Je suis bien fâché de votre rhumatisme; ne vous fatiguez point tandis qu'il dure à joindre des lettres à vos envois, à moins de nécessité absolue. Je nie plains que vous m'ayez cru capable de recevoir le remboursement des petits fraix indispensables dans cette correspondance. Mais il est vrai que s'il étoil questioD de m'envoyer directement les pacquets je n'en pourrois supporter la dépense sans m'incommoder beaucoup. Cependant, quand vous aurez quelque épreuve qui presse, vous pourrez essayer de me l'envoyer en droiture: mais n'y joignez pas de bonnes feuilles pour ne pas grossir le pacquet.
Voici une lettre pour M. de Formey que je vous prie de lui faire parvenir.
J'espère (pie vous aurez eu l'attention de me l'aire tirer quelques exemplaires en beau papier. -Je voudrais aussi que vous prissiez mieux vos mesures que précédemment pour que mes exemplaires me parvinssent avant que l'ouvrage lut en vente, et vous m'obligeriez beaucoup si vous pouviez nie les envoyer OU partie
d'iceux tout brochés; car n'étant pas à Paris, c'est un grand embarras et un retard inévitable de les faire brocher avant de les faire distribuer. Sans compter que je n'aime pas qu'ils tombent avant le tems entre les mains du relieur.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Ce 7 7br? 1760.
Vos bonnes feuilles sont pleines de fautes énormes dont plusieurs font des contresens qui me désolent, et ce qu'il y a de plus étonnant c'est que je suis sûr que plusieurs de ces fautes n'étoient point dans les épreuves. Je juge qu'on les aura faites en remaniant. Quelque ridicule qu'il soit de mettre un Errata dans un Roman, je vois avec bien du chagrin que nous ne pourrons nous en passer dans celui-ci. Comme cet Errata sera fort ample, je pense que nous pourrions le mettre à la tête du tome 3 pour le grossir toujours d'autant. Qu'en pensez-vous? (1).
J'ai receu toutes les épreuves dont vous me parlez dans votre lettre du 8 et comme je vous les ai toutes exactement renvoyées, j'espère que vous les aurez receues de même. Adieu, je vous embrasse.
J. J. Rousseau.
Ce 14 7blf 1760.
i1 11 ny a nulle part d'Errata,
lit)
A Montmorexci , le 5 8,J1? 1760.
Rien n'est venu, comme vous voyez, voilà un retard bien cruel; je ne vous l'attribue pas; je suis persuadé qu'il y a. un pacquet dans les bureaux de M. de Malesherbes; mais qu'y faire? Je me suis déjà plaint; je n'y puis plus revenir. Je vois qu'il y a une fatalité sur ce livre pour qu'il ne paroisse pas avant l'hiver; au moyen de quoi tout est perdu; ce n'est pas ma faute.
Selon votre lettre du 25 7bî-e vous deviez le 29 m'envoyer
D E du Tome 6 épreuves
F du Tome 5 bonne feuille
0 du Tome 4 bonne feuille.
Voilà donc le duplicata qu'il faut préparer pour me Tenvoyer par le Courrier prochain en cas que le pacquel soit perdu; mais j'espère qu'il ne sera que retardé. S'il me venoit ce soir, en envoyant demain matin un exprès à Paris, je serois encore à tems pour le faire mettre à la poste. Mais comme les bureaux de M. de Malesherbes sont fermés le dimanche je n'ai jamais rien receu ce jour-là, et je n'espère pas ce soir être plus heureux : mais je juge qu'il nie viendra double pacquel le courrier prochain, et je vous marquerai jeudi ce qu'il en sera. Préparez doue votre duplicata, mais ne l'envoyez pas jusqu'à ce tems-là.
S'il me vient quatre épreuves en deux pacquets, comme je ne présume pas que vos pressiers tirent plus d'une feuille par jour, je garderai un des pacquets jusqu'à Vautre ordinaire, et ainsi de courrier en courrier.
Au moyen do cet arrangement j'aurai plus de tems pour revoir les épreuves, et s'il survient encore un retard j'en remplirai le vuide, en sorte que jusqu'à la fin de l'édition vous serez sûr, quoi qu'il arrive , d'avoir un pacquet à chaque courrier. Si vous jugez à propos de m'envoyer des épreuves directement, faites le sans scrupule. Dans une occasion de cette importance il ne faut pas regarder à quelque dépense de plus.
Voilà , mon cher, tout ce que je puis faire pour suppléer autant qu'il est en moi à l'inexactitude des envois. Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Montmorenoi, le 18 Fevr. 1761.
Je reçois avec plaisir, Monsieur, la nouvelle de votre heureuse arrivée ('); quoique vous m'ayez donné en plus d'une occasion de justes sujets de plainte, je n'ai point cessé et ne cesserai point de prendre à vous le plus véritable intérêt.
Sur votre acquiescement à la réimpression de la Julie qui s'est faite en France (2) et au présent qui m'a été fait à cette occasion, je pensai qu'en vous offrant <hj partager ce présent je me ferois le mérite d'une générosité que vous n'accepteriez pas , et je pensai à vous faire la même honnêteté et même plus grande d'une autre manière en vous cédant pour mille francs un manuscrit dont j'aurai toujours deux mille francs et
(M En Décembre 1760 Rey a fait un voyage à Paris, d'où il est allé voir Rousseau à Montmorency.
{-) C'est la réimpression que M. de Jlalesherbes fit faire en France, au profit Je Rousseau. Conf. L. X.
même cent louis quand il me plaira. Vous acceptâtes le marché à condition Lien stipulée de ma part que cette affaire se consommeroit entre nous dans le plus grand secret. Cependant j'apprends qu'avant de partir vous avez dit à tout le monde que vous emportiez un manuscrit de moi. En vérité, Monsieur, en voilà trop aussi, et je n'ai que trop lieu de me croire libre de mes engagemens avec un homme qui tient si mal les siens. Je vous propose , et il convient , de rompre le marché que nous avions fait pour le manuscrit en question, et des mille francs que j'ai receus, de Robin je vous en offre cinq cens de très bon cœur. Vous ne devez même vous faire aucun scrupule de les accepter; car en vendant mon manuscrit son prix à un autre, j'y gagnerai moi-même encore au moins cinq cent francs. J'attends votre réponse pour prendre là-dessus mes derniers arrangemens.
J'ai receu l'extrait que vous m'avez envoyé et je vous en remercie; il est fort sagement et fort bien fait.
Ma préface en forme d'entretien est imprimée et publique depuis deux jours ('); je suppose que Duchesne vous l'aura envoyée; c'est pourquoi je ne l'envoyé pas par la poste à cause des fraix.
Bonjour, Monsieur, mes respects à Madame Rey. Je suis fâché que nous ne puissions pas continuer à nous accommoder ensemble; mais après six ans de patience1. on se lasse, et quant à moi je suis à bout. Je vous salue de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
(') Dans la lettre N<>. ">."> il avait déjà averti Rey, que cette préface Berah un ouvrage séparé.
LETTRES