‹ Lettres inédites de John Stuart Mill à Auguste ComteChapitre 18 sur 88 · XXVI LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL · texte numérisé non relu

XXVI LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL

bonnepart, des philosophes français du XVIII* siècle, et en particulier d'Helvétius. Celui-ci prétendait qu'au point de vue moral et intellectuel tous les hommes naissent semblables et égaux. Si, une fois adultes, ils présentent des caractères très distincts et des aptitudes très variées, ces différences proviennent exclusivement de l'éducation qu'ils ont reçue et des circonstances où ils ont été placés. Donc, pour rendre tous les hommes heureux et vertueux, il suffirait de les mettre dans des conditions propres à faire naître en eux le contentement et la vertu, c'est-à-dire de les convaincre que leur propre bonheur est inséparable du bonheur de tous. Cela dépend, évidemment, du législateur, et, plus encore, de l'éducateur. Les hommes sont ce que leur éducation les fait.

Gall, à la fin du siècle, se proposa, entre autres objets de ses travaux, 'de réfuter ce paradoxe non moins faux que dangereux. Comment a-t-on pu soutenir que tous les hommes naissent avec des aptitudes, des prédispositions et des caractères semblables ? La simple observation des enfants prouve assez le contraire. Quelles différences de toutes sortes n'aperçoit-on pas souvent, dès le plus jeune âge, entre des enfants nés des mêmes parents, et qui reçoivent la même éducation ! Jusque chez les animaux la nature produit des différences individuelles marquées. Il naît des enfants coura-

Page 1