‹ Lettres inédites de John Stuart Mill à Auguste ComteChapitre 19 sur 88 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

geux et d'autres lâches, il naît des esprits vifs et des esprits lourds. Loin que Téducation occasionne les différences entre les individus, elle tend plutôt à les effacer, sans jamais y parvenir. Il faut donc rétablir « Tinnéité » dans ses droits. Gallallailjusqu'àlierle développement des facultés innées à celui des organes cérébraux. A la même époque, Cabanis exposait les rapports intimes et incessants du physique et du moral, et donnait aussi à penser qu'aux différences psychologiques doivent correspondre des différences organiques. Comte prend ce point pour accordé. Il adopte, non pas le détail de la physiologie phrénologique de Gall, qui lui paraît mal établi, mais le principe commun de sa psychologie et de celle de Cabanis. Il oppose leur méthode « positive » à la méthode « métaphysique » des psychologues du xviii® siècle. Mill, au contraire, s'en tient ici à l'enseignement de ses premiers maîtres. Il pense, et il écrit à Comte que la « réaction contre Helvétius » a été fort exagérée, et qu'elle a dépassé le but. Sans doute, il admet que Jes instincts chez l'animal, et même chez l'homme, peuvent être regardés comme innés, et qu'ils dépendent de conditions organiques. Il ne va pas jusqu'à reprendre le principe posé par Condillac : « Tout ce qui varie a été acquis », qui exprime déjà l'idée mère du transformisme, et qui conduit à chercher la genèse

j. s. mil et Aag. Comte. c

XXVia LETTHES INÉDITES DE J. S. MILL

même des instincts. Encore fait-il remarquer que les instincts " peuvent être modifiés dans une mesure indéfinie, et même entièrement vaincus, au moins dans l'espèce humaine, soit par d'autres forces mentales, soit surtout par l'éducation « (i). Prenant ensuite l'offensive, il montre que le recours à l'innéité est le coup de désespoir du philosophe et la mort de l'analyse. C'est le refuge natureioù s'abritent les défenseurs des « anciennes idées " et des préjugés traditionnels ; c'est l'argument suprême en faveur des opinions qui ne peuvent affronter la discussion.

Mill en prend pour exemple la question de l'inégalité des sc\es, qui lui tient tant à cœur. C'est ici que la liaison des deux problèmes dans son esprit va apparaître. Quelle est la raison décisive de ceux qui regardentla femme comme inférieure à l'homme, et qui veulent, en conséquence, la maintenir dans un étal de tutelle ou même d'esclavage plus ou moins déguisé ? Ils disent que le volume d u cerveau est moindre chez elle que chez l'homme, qu'elle est physiologiquement plus faible, etc. Or, dit Mill, en fait, l'infériorité des femmes au point de vue anatomiquc et physiologique n'est pas prouvée. Mais, en droit, le fùt-elle, le philosophe ne devrait pas se borner à la constater, à la prendre

(0 J. S. Mill, System of Logic, liv. IV, cliap. iv, vol. II, p. 43..

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