LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL
tère à des différences naturelles innées (i). » Sur ce point-là, Mill est irréductible. Qu'il s'agisse d'individus ou de peuples, la méthode d'analyse psychologique doit être conservée. L'abandonner serait livrer d'un seul coup à la réaction toute la morale et toute la politique.
Contraint de choisir entre ses plus intimes convictions philosophiques et politiques d'un côté, et le système de philosophie positive de l'autre, Mill ne pouvait pas hésiter. Il refusa de faire ce sacrifice au système de Comte. Ce fut le résultat le plus net de la correspondance qui s'était établie entre eux. Dès la fin de i844i Mill avait pu le comprendre. Mais il persistait pourtant h regarder la doctrine positive comme la vraie philosophie du XIX® siècle, et la seule qui pût achever la défaite des « anciennes idées ». Il tenta donc un effort pour faire à lui seul le travail qu'il avait espéré mener à bonne fin de concert avec Comte. Il essaya de modifier, dans la doctrine positive^^, ce qui lui paraissait mal fondé, et d'en garder
(i) J. S. Mill, Pvinciples of Politicnl Economy,Q* édition, 1, p. 398-9.