XL VIII
(Reçu le samedi 8 juin 1844.) (Répondu le lundi 22 juillet 1844.)
India House, le 0 juin 1844.
Mon cher Monsieur Comte,
Vous devez recevoir bientôt, si vous ne l'avez pas encore reçu, un exemplaire d'un petit volume de moi que je vous ai fait adresser par Téditeur, quoique je ne puisse pas espérer qu'il vous intéresse beaucoup, ni que vous fassiez en sa faveur une nouvelle exception à votre règle d'hygiène cérébrale, à laquelle vous avez dérogé d'une manière si honorable pour moi, en faveur d'un ouvrage plus important. Je ne le vous ai envoyé que pour mémoire, et parce que je ne voudrais pasqu'il parût quelque chose en mon nom, sans que vous en eussiez connaissance.
Je n'y mets pas au reste beaucoup d'importance. C'est un recueil de discussions d'économie politique, écrites il y a quatorze ou quinze ans, et restées depuis lors en manuscrit, à l'exception d'une seule qui, se rapportant principalement à la méthode, comportait un intérêt plus général, et qui a paru dans une revue en 1836. Puisque je les avais écrites, et qu'on m'a proposé de les publier, j'ai cru qu'elles valaient la peine de les imprimer, mais non celle de les refaire, sauf des corrections verbales, et quelques suppressions motivées par le progrès postérieur de mes conceptions logiques,
J. s. Nin et Aug. Comte. 21
Sn MILL Â COMTE 6 juin 1844.
progrès essentiellement dû à votre grand ouvrage.
Je me félicite de l'approbation que vous voulez bien donner à mon projet de faire sur l'économie industrielle des sociétés un traité un peu plus systématique. Je ne me sentais pas auparavant suffisamment assuré de votre adhésion à ce projet, qui pouvait vous paraître essentiellement anti-scientifique, et qui le serait en effet, si je n'avais le plus grand soin de bien établir le caractère purement provisoire de toute doctrine sur les phénomènes industriels, qui fasse abstraction du mouvement général de l'humanité. Je crois que ce dessein, s'il pouvait être convenablement exécuté, aurait l'avantage de préparer l'éducation positive de beaucoup d'esprits, qui s'occupent plus ou moins sérieusement des questions sociales ; et il me semble aussi qu'en prenant pour modèle général le grand et le beau travail d'Adam Smith, j'aurais des occasions importantes de répandre directement quelques-uns des principes de la nouvelle philosophie, comme Adam Smith a fait pour la plupart de ceux de la métaphysique négative dans ses applications sociales, sans éveiller les défiances ombrageuses en déployant aucun drapeau. Je crois d'ailleurs qu'un tel ouvrage aaujourd'hui des chances favorables pour s'emparer de son terrain spécial, en écartant les traités existants, tous essentiellement surannés, même par rapport à l'état actuel de Topinion publique, qui, si elle ne trouve pas bientôt quelque chose d'un peu mieux, se détournerait certainement de cet ordre d'études, sans que ce dégoût puisse encore profiter à autre chose qu'à Tempirisme systématique, qui nie toute doctrine générale en matière sociologique.
Je vous remercie vivement de vos remarques phîloso* phiques sur la discussion pendante en France sur la
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liberté d'enseignement. Sans avoir suivi les différentes phases de cette discussion, j'avais saisi ce qu*il y a d'anormal et de contradictoire dans les positions respectives des théologiens et des métaphysiciens à l'égard de cette lutte, où leurs rôles sont, comme vous l'avez si bien dit, essentiellement renversés ; ce qui du reste a lieu aujourd'hui dans presque toutes les grandes discussions politiques, non seulement en France, mais même ici, où les situations, malgré des différences superficielles, sont les mêmes au fond. Le parti des anciennes idées a cessé, ici comme ailleurs, de gouverner. Quel que soit le parti dominant, il n'y a des différences réelles de doctrine que chez ceux qui suivent; les chefs se conduisent toujours dans des intentions de juste milieu. Ils n'ont que les prémisses convenues de leur parti politique, en renonçant à toutes les conséquences. C'est seulement depuis quelques ans, et surtout depuis le dernier avènement du parti tory, que cette situation commence à être généralement comprise; et c'est surtout aujourd'hui qu'elle se dessine très fortement, par les attaques systématiques qu'une partie des lorys, dirigée par quelques jeunes gens assez remarquables, a entreprises au nom des anciens principes, contre la politique actuelle du parti conservateur. C'est là encore une phase indispensable de notre mouvement social et intellectuel. Les doctrines négatives étant tombées en discrédit, avant d'avoir accompli leur œuvre, il est indispensable que les anciennes doctrines sociales reprennent un peu de leur influence antérieure, afin qu'elles aussi puissent de nouveau démontrer expérimentalement leur impuissance actuelle. C'est ce qu'elles ne tarderont pas à faire. En attendant, tout cela sert à ranimer les spéculations
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sociales. Dans les temps modernes, la pensée n^est jamais, au fond, ennemie de la pensée. Tous les penseurs sont tellement en danger d'être opprimés par les médiocrités de leur propre parti, que leur sympathie mutuelle est à peu près assurée, sauf des rivalités personnelles directes.
Je regrette beaucoup, quoique je n'en sois nullement surpris, que vous ayez éprouvé un certain dérangement physique auquel il est très difticile dëchapper, quand on travaille, comn^e vous, à peu près sans intermission. La cessation totale de travail cérébral soutenu, pendant quelques mois, que vous me recommandez avec un intérêt si amical, vous serait probablement encore plus avantageuse qu'à moi. Je ne manquerais pas de profiter de votre conseil, si une pareille relâche me devenait réellement importante, et dans ce cas-là je n'aurais aucune difiiculté à obtenir un congé de la longueur suffisante. Il n'y a lieu aujourd'hui à aucune démarche pareille, puisque je me porte mieux que je ne me suis porté depuis deux ans, et je me sens aussi propre qu'à l'ordinaire à toute espèce de travail intellectuel. J'espère m'y livrer beaucoup cette année.
Ne vous mettez pas en peine à l'égard de la traduction de mon livre; il en sera comme il pourra. Si, comme je Tespère, le professeur de Marrast ne la fait pas, il sera toujours libre au jeune Bernard de Tentreprendre, pourvu toutefois qu'il y ait un éditeur qui veuille s'en charger, ce qui peut-être ne se trouvera pas, par des raisons que vous sentirez très facilement, car les doctrines de mon livre sont tout aussi opposées à colles de toutes les écoles régnantes en France que celles du vôtre; et si, de mon côté, je n'ai attaqué personne, au moins je vous ai loué, en m'abstenant de
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louer aucun chef de coterie. Si, par ces raisons, le livre n'est pas traduit, nous l'avons bien mérité.
Tout à vous,
J. S. MiLL.
COMTE A MILL
Paris, le landi 22 juillet 1844.
Mon cher Monsieur Mill,
M"*" Austin vous aura, sans 'doute, déjà annoncé sommairement la crise personnelle, aussi grave qu'inattendue, qui a retardé, un peu au delà de Tintervalle ordinaire, ma réponse à votre dernière lettre, et dont je dois aujourd'hui vous expliquer la solution^ à la fois triste et satisfaisante, qui ne m'est réellement connue que depuis avant-hier.
Il faut d'abord, pour n'y plus revenir, écarter l'espoir que je vous avais exprimé d'un prochain changement favorable dans ma situation polytechnique.
Les mutations survenues par la mort du dernier directeur des études ont pris définitivement un autre cours, en sorte que, sans aucun motif qui me soit personnel, la chaire qui m'était due ne vaquera pas. Cela devait donc me faire attacher plus d'importance à consolider ma situation actuelle d'examinateur d'admission, que l'avènement d'un ami reconnu à la direction des
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études me semblait devoir naturellement fortifier. Mais aussi la même disposition a probablement ranimé Tespoir, que je croyais abandonné, de la part de mes ennemis, de m'abattre entièrement, suivant la haineuse déclaration de leur misérable chef, en tentant de nouveau de m'ôter ce poste ; ce qu'ils n'eussent sans doute point essayé, s'ils m'eussent vu prêt à en obtenir un autre, qui m'eût placé légalement au milieu de leur conseil.
Quelques jours après vous avoir rassuré sur ces inquiétudes par ma lettre du l®*^ mai, le nouveau directeur des études est venu amicalement m'informer que la crise de l'an dernier se renouvelait avec plus de chances hostiles.
La désastreuse unanimité que j'avais obtenue alors n'était résultée que d'une perfide concession de mes ennemis, qui s'étaient ainsi habilement ménagé un moyen de reprendre plus dangereusement Tattaque lors de l'élection suivante, en paraissant renoncer à toutes les anîmosités purement personnelles, au dessus desquelles ils me voyaient placé, pour couvrir leurs passions d'un prétexte systématique, en annonçant l'intention de changer désormais chaque année l'examinateur, sans aucun sujet de mécontentement, et uniquement à titre d'essai d'un nouveau mode. Ce prétendu principe était sans douteaussi absurde que possible à l'égard d'un office qui exige tant de maturité et de continuité, et qui serait ainsi livré méthodiquement à un fonctionnaire toujours novice, faisant son apprentissage aux dépens du public et des familles, et systématiquement écarté à l'instant où il commencerait à devenir réellement propre à ces fonctions. Mais, malgré sa grossière absurdité, cette idée a servi de doctrine de ralliement
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(et VOUS savez qu'il en faut toujours une quelconque) aux passions actives de quelques ennemis, déclarés ou secrets, et aux lâchetés passives d'un plus grand nombre d'indififérents ou d'amis tièdes, dans un milieu où chacun se trouve dépouillé à la fois de responsabilité et d'indépendance personnelles par réchange de votes qui s'établit, surtout ici, au sein des coteries régnantes. Quoi qu'il en soit, j'ai été fort surpris de cet avis, n'ayant pu avoir, malgré mes expériences antérieures, assez mauvaise opinion d'eux pour les croire capables de renouveler, sans aucun nouveau motif ou prétexte, les infâmes tentatives de Tan dernier : j'aurais dû pourtant penser que leur véritable chef (celui que le malheureux amiral d*Urville avait si bien qualifié publiquement de sultan de l'Observatoire) n'avait jamais su rien pardonner, malgré les gasconnades de générosité qui lui étaient autrefois échappées.
Je n'ai pas cru néanmoins devoir aucunement renouveler les démarches que mes amis et moi avions faites Tan dernier, et je persiste à penser que je devais, en effet, m'en abstenir, et laisser un libre cours à la périlleuse expérience que j'avais instituée, comme je vous le disais dernièrement. B'un autre côté, mes amis avaient été tenus naturellement, comme moi, dans une fausse sécurité antérieure, de manière à n'entreprendre, de leur côté, et à mon insu, aucun effort spécial. A la vérité je vous ai parlé d'une démarche que j'ai faite, dès le mois de janvier, auprès du ministre de la guerre (M. le maréchal Soult), dans le département duquel se trouve l'Ecole polytechnique, pour obtenir officiellement l'institution à vie de mon office d'examinateur, afin de prévenir tout retour des scènes de 1843. Mais le
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maréchal, quoique très bien disposé pour moi, comme il Ta montré ensuite, ne crut pas alors le danger assez sérieux pour se décider à faire rendre une nouvelle ordonnance modificatrice : il était d'autant plus excusable que moi-même je ne pensais pas que ma réélection fût réellement compromise, et je ne voulais ainsi que retirer, pour mon avenir, une juste compensation des inquiétudes de Tan dernier.
Dans cette situation respective, vous ne serez pas maintenant étonné d'apprendre que le 27 mai, lors de la réélection, mes ennemis ont obtenu contre moi une majorité de 9 voix contre 5, malgré le zèle énergique et soutenu que les trois véritables chefs de notre école (le général commandant en chef, le commandant en second et le directeur des études) ont unanimement développé pour moi. Toutes les passions que ma préface a caractérisées ont concouru à la consommation de cette iniquité ; les neuf voix hostiles contenaient un organe s|)écial du parti métaphysique, et même les rancunes théologiques s'y trouvaient formellement représentées par un affilié des jésuites. Mais les haines dominantes étaient certainement, abstraction faite des inimitiés personnelles, celles des géomètres dont la philosophie nouvelle menace dangereusement l'irrationnelle suprématie scientifique : ils craignent peu, en France, les attaques des métaphysiciens, qu'ils peuvent toujours taxer justement d'un sot dédain absolu et d'une entière incompétence pour toutes les études positives ; mais une philosophie directement émanée de la science ellemême, qui fait à chacun sa part légitime, qui, en montrant le danger de la domination prolongée des géomètres, leur assigne un incontestable oflice initial, ils ne me pardonneront jamais de l'avoir formulée et
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systématisée. Voilà la vraie source fondamentale de leur infatigable inimitié, contre laquelle je ne puis compter que sur des appuis extérieurs.
Si le temps des bûchers et des empoisonnemî^-nts, ou seulement celui des guillotines, pouvait revenir, ils oseraient tout contre moi ; car ce sont toujours les mêmes haines, mais heureusement contenues par un meilleur milieu. Les crimes des gens comme il faut ont subi désormais la même transformation radicale que ceux de la canaille, qui, de plus en plus, vole au lieu de tuer : d'après cette heureuse influence irrésistible de notre civilisation, on ne peut plus opprimer essentiellement que la bourse. C*est ce qu'ont tenté envers moi ces genslà, selon la haineuse formule de leur chef réel, qui a déclaré ne vouloir prendre de repos qu'après qu'il m'aurait mis sur le pavé.
Mais heureusement son omnipotence ne va pas si loin ; et, quelque faible que soit, dans notre anarchique milieu, l'intervention protectrice du gouvernement, j'y ai trouvé enfin un noble appui réel, quoiqu'il n'ait pas suffi à empêcher tout dommage. .
Quelques jours après ma non-réélection, le ministre de la guerre s'est empressé de m'accorder, le 1*"^ juin, l'audience spéciale que je lui avais demandée.
M"'*' Austin vous a peut-être dit déjà combien j'y avais été pleinement satisfait, et je puis dire touché, de l'accueil du maréchal, qui m'a déclaré son intention de me couvrir contre une telle iniquité autant que le permettrait la règle existante, qui le lie en eiïel beaucoup, pour livrer le pouvoir aux pédants ligués contre moi.
Cette ordonnance a été arrachée au gouvernement sous la banale impulsion révolutionnaire de 1830, où Ton croyait aveuglément avoir beaucoup avancé, par
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cela seul qu'on transférait aux coteries scientifiques une portion quelconque des pouvoirs ministériels.
Dans cette situation, le ministre a épuiséen ma faveur toutes les ressources de la vicieuse légalité actuelle, qu'il n'avait pas ainsi le temps de changer assez tôt pour me préserver de tout dommage.
Ne pouvant m'empêcher de perdre mon traitement cette année, il a néanmoins refusé de nommer à ma place, en sorte que le titre me reste, ainsi que mes droits ultérieurs ; il a seulement chargé des examens de cette année l'un des deux suppléants accoutumés, qui doivent pourvoir aux divers empêchements momentanés des titulaires ; en sorte que ma situation se trouve pécuniairement tout à fait la même que si, une maladie m'ayant empêché de fonctionner cette année, mon traitement avait dû passer à mon suppléant chargé de la corvée.
Mais, en annonçant cette double décision, rendue seulement le 15 juillet, le ministre a nettement rassuré mon avenir, en blâmant avec énergie la conduite du conseil envers moi, car il dépend entièrement de lui de changer ou de modifier la règle actuelle pour l'an prochain ; le temps seul lui a manqué, et non la volonté, pour le faire utilement cette année.
Notre général m'a communiqué la lettre ofticielleque le ministre a écrite à ce sujet; cette pièce mémorable est pleine d'éloges sur ma conduite comme fonctionnaire, et s'écarte beaucoup du froid laconisme usité au style ministériel.
Le ministre y déclare formellement qu'il s'est assuré que M. Comte mérite toute la confiance du gouveîmemenl; l'acte tenté contre moi y est qualifié de déni de justice auquel le ministre ne doit pas s'associer; Texclusion dont
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je suis l'objet y est présentée comme inconciliable avec le zèle et la loyauté que M. Comte a montrés pendant
sept ans (V exercice de ses fonctions; il la signale aussi comme contradictoire aux propres éloges du Conseil luimême à ce sujet.
Vous voyez qu'on ne peut être plus explicite et plus rassurant. Ma cause est désormais étroitement liée à celle de la juste autorité du ministre qui sent bien, comme je le lui ai dit familièrement, que le pire des gouvernements cest la péduntocratie, suivant Theureuse expression dont vous m'avez gratifié, et que j'ai, en cette circonstance, très utilement introduite dans un milieu où elle doit s'implanter naturellement.
Le maréchal sent très bien que l'opposition radicale de mes principes philosophiques à ces utopies pédahtocraliques qui prévalent chez nos savants constitue le motif le plus essentiel de la haine infatigable qu'ils m'ont vouée, et dont il est de l'intérêt du gouvernement, comme de son devoir, de me protéger. Au reste, j'ai lieu de présumer, sans toutefois avoir aucun renseignement certain, que M. Guizot est personnellement intervenu, dans cette 'affaire, pour me recommander spécialement à son collègue, quoique notre improbation de la pédantocralie doive, au fond, lui être antipathique ; car nous sommes, je crois, vous et moi, les deux seuls penseurs aujourd'hui avec lesquels les hommes d'Etat puissent raisonnablement s'entendre sur un tel sujet.
Quoi qu'il en soit, la principale part à cette conviction arrêtée du maréchal, que je ne connaissais nullement, et dont j'ai maintenant acquis toute l'estime personnelle, est certainement due à la loyale et énergique insistance de mes chefs, ci-dessus désignés, et de tout
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les autres généraux sous lesquels j'ai servi à TEcole depuis douze ans.
Les manifestations les plus honorables, tant des hommes graves et impartiaux que d'une nombreuse et ardente jeunesse, tant extérieure qu'intérieure à notre Ecole, se sont d'ailleurs déjà prononcées contre cette inique spoliation.
Telle est donc, au vrai, ma position actuelle; l'avenir est certain, et je gagnerai probablement à cette crise d'obtenir, comme garantie, l'institution à vie de mon office, que notre général va prochainement demander spontanément, au nom du service public.
En tous cas, si la place restait sujette à réélection, le ministre reprendrait ce droit, comme je l'ai demandé, en retirant au Conseil la présentation dont il vient d'abuser si indignement; or, je n'aurais réellement aucune inquiétude sérieuse si Tannualité dérivait du ministre, quel qu'il fût, étant bien certain, par ma nature et mes habitudes, de ne me trouver jamais en conflit avec lui.
Alin que les modifications à la règle puissent être, cette fois, accomplies en temps opportun, on vient de décider que désormais la nomination de l'examinateur se ferait dès le début de l'année classique, c'est-à-dire en novembre, au lieu de s'accomplir en mai, presque au moment de fonctionner : ainsi mon avenir se trouvera probablement consolidé avant la lin de 1844.
J'y dois d'autant plus compter que mon affaire, par sa nature nettement caractéristique, a ouvert les yeux, à d'autres égards, sur le régime pédantocratique qui domine si désastreusement TEcole. Notre général, qu'on qualifie ironiquement de gouverneur, n'y gouverne réellement que les punitions disciplinaires des
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élèves ; sur tout autre sujet, l'autorité a simplement trois ou quatre voix dans un conseil de quinze membres, où dominent les onze professeurs ; le recours au ministre est presque illusoire en chaque cas.
En un mot, notre École n'est point réellement gouvernée ; l'autorité le sent et veut y remédier à divers égards ; en sorte que mon accident aura servi à introduire d'heureuses améliorations dans cette importante économie.
J'ai donc, à tous égards, pleine sécurité pour Tan prochain, et cette crise sera certainement la dernière. La manifestation officielle et quasi-publique du ministre en ma faveur est d'ailleurs de nature à prévenir spontanément les suites indirectes de mon désastre actuel chez ceux qui, me croyant perdu, seraient tentés de me manquer d'égards, et que la même platitude doit ainsi disposer, au contraire, à me ménager.
D'après une telle appréciation, vous voyez que cet accident passager se réduit strictement à un simple sinistre pécuriiaire déterminé, comme auraient pu m'en occasionner un vol, un incendie, une maladie, etc. Malheureusement, vous savez que mon défaut total de fortune personnelle et d'accumulation antérieure doit donner à ce sinistre une extrême gravité actuelle, quelle qu'en puisse être la source. Il n'y a pas lieu, pour un an, à changer mon existence personnelle, ni surtout à diminuer la juste aisance qu'attend de moi une femme valétudinaire, qui, malgré ses torts envers moi, ne doit nullement souffrir de tout ceci : je ne dois donc pas réduire ma dépense qui, à tous égards, est raisonnable. D'un autre côté, je ne dois pas non plus chercher de nouveaux moyens de recette, qui ne commenceraient à devenir efficaces que lorsqu'ils auront
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cessé d'être nécessaires. Par ce fatal dilemme, je me trouve forcé de chercher, contre un mal passager et exceptionnel, une ressource de même nature, en invoquant loyalement la généreuse intervention de mes amis ou de mes patrons. A la vérité, j'ai déjà reçu, de diverses parts, les oifres les plus cordiales, mais que je ne puis accepter parce qu'elles viennent de gens guère plus riches que moi. C'est donc en Angleterre que je me vois ainsi conduit à invoquer ce genre d'appui. Outre que ma vie solitaire me tient trop à l'écart de ceux qui, chez nous, pourraient ici efficacement intervenir, s'ils y étaient prédisposés, vous savez que ce genre de patronage a toujours peu existé en France, et aujourd'hui moins que jamais, pi«iCe que le grand patron, ici, c'est le gouvernement, dont la tutélaire intervention m'est en effet très précieuse, mais sans pouvoir se spécialiser assez pour me garantir d'un dommage momentané.
J'évalue à six mille francs le sinistre survenu : à partir du l^^août, ma recette mensuelle va se trouver réduite, jusqu^au h^ août suivant, où ma réintégration aura son effet financier. Avec cette somme ma vie actuelle n'éprouvera aucune altération réelle ; je n'ai pas besoin d'ailleurs de recevoir immédiatement les six mille francs, mais seulement la moitié ; pourvu que le reste me vienne avant janvier, l'effet sera vraiment le même. Au reste, je suis certain que, en me chargeant un peu de quelques occupations exceptionnelles, pendant quelques années, je pourrai rendre aisément celte somme sans troubler essentiellement mes propres travaux, pourvu que ma conscience ne me presse point sur l'époque de ce remboursement. Or, il est, ce me semble, convenable pour cela que le secours me provienne de
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personnes assez riches pour que je ne me fasse pas un scrupule naturel de les laisser attendre ma propre convenance graduelle. Voilà pourquoi, mon cher Monsieur Mill, sans repousser aucunement le précieux secours que m'offrit Tan dernier votre généreuse sympathie, je voudrais bien, comme je le disais alors, que, maintenant qu'il s'agit de la réalisation, elle provint d'une source plus abondante que celle d'un confrère philosophique, vivant comme moi de son seul travail ; quoique vous soyez plus rétribué, je sais aussi que vous avez plus de charges, et je me sentirais plus tourmenté du besoin de vous rembourser promptement. Que ce soit donc, s'il est i>ossible, à titre de ressource extrême, si nous ne pouvuus trouver un mode plus normal : vous m'avez si noblement protégé de votre plume, que je voudrais bien vous voir dispensé d'y employer aussi votre bourse, ne fût ce même que vos économies.
Le secours immédiat que je vous demande avec franchise consiste donc d'abord en conseils surtout, et peut-être en démarches : ce n'est qu'à défaut de leur double insuffisance que je consentirais à accepter votre intervention financière, et je ne crains pas que vous attribuiez à aucune morgue puérile ou déplacée une disposition aussi naturelle, dont le vrai motif est évident. Il n'est d'ailleurs pas inutile peut-être d'essayer aujourd'hui si la philosophie positive a acquis assez de crédit en Angleterre pour y pouvoir réaliser promptement un emprunt de six mille francs ; car, je suis bien décidé à n'avoir cette obligation qu'à de véritables adhérents, dont l'estime et la sympathie me soient déjà acquises ; quoique, certes, la reconnaissance ne m'ait jamais pesé, je crois devoir tenir à ce qu'un tel secours ne me vienne que de ceux qui sentent l'importance
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philosophique de ne point me laisser écraser ou annuler. Or vous seul, ce me semble, pouvez savoir si, autour de vous, cette affaire peut ainsi s'accomplir auprès des personnes vraiment riches qui ont apprécié mes travaux.
Les relations récentes que j*ai eues avec M. Grote m'ont fait penser à lui, car je sais que sa fortune est considérable, du moins pour Paris; il m'a semblé d'un caractère assez noble pour que je n'aie jamais à me repentir de lui avoir laissé prendre sur moi ce genre de supériorité, dont j'ai toujours su reconnaître la vraie valeur et les droits légitimes. Mais, comme vous le connaissez beaucoup plus complètement, je ne veux rien tenter de ce côté sans votre avis, d'après lequel je n'aurais, s'il y a lieu, aucune répugnance à lui écrire directement sur un tel sujet. En un mot, je m'en rapporte pleinement de tout cela à votre précieuse sympathie, que je sais aussi sage qu'affectueuse ; si vous décidiez, après un mûr examen du cas, que je ne dois ici recourir qu'à vous, je vous promets de me soumettre paisiblement, quelle que soit ma légitime répugnance actuelle, parce que je serais alors convaincu que, abstraction faite de toute générosité exaltée., votre raison aurait froidement regardé ce mode comme vraiment préférable. Mon premier dessein avait été d'écrire à M. Grote en même temps qu'à vous, mais j'ai cru finalement devoir vous laisser seul arbitre de l'ensemble de ma conduite sur une affaire aussi délicate.
Quand cet accident s'est réalisé, j'étais fort occupé à poursuivre la rédaction de mon cours d'astronomie, que je n'ai pu reprendre qu'à partir du 1"' juillet, mais que je menais grand train afin d'avoir, en cas d'examens à faire, achevé à temps, c'est-à-dire pour le 25, ce qui m'a
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obligé d'écrire chaque jour un chapitre formant environ une feuille d'impression ; lorsque la mauvaise nouvelle m'est parvenue avant-hier, j'ai achevé le chapitre commencé, et fourni la tâche ordinaire, quoique la terminaison ne soit plus aussi urgente. Je vais donc finir ce volume pendant cette semaine, ayant ainsi passé en revue spéciale, dans le cours de moins d'un mois, toutes les notions essentielles de l'astronomie, ce qui peut-être n'était jamais survenu : j'espère vous envoyer l'ouvrage avant la iin d'août. Mais il me restera maintenant, jusqu'au retour des corvées scolastiques en novembre, trois grands mois consécutifs de plein loisir, il est vrai chèrement acheté, et je ne sais encore l'emploi précis que je ferai d'une liberté que je n'ai pas eue depuis près de quinze ans.
Toutefois, mon premier soin va être de goûter quelque temps de ce repos complet qui m'a manqué toujours depuis huit ans. En second lieu, je consacrerai certainement une autre partie notable de ce trimestre imprévu à commencer directement l'élaboration de mon grand traité de philosophie politique, dont j'espère bien écrire alors la moitié du premier volume, qui serait ainsi achevé pendant l'hiver prochain.
Ma santé est maintenant assez ferme, pour que, après ce repos préalable, je puisse franchement céder à cet intense accès de travail avec ma verve accoutumée.
Sans modifier aucunement mes convictions arrêtées sur ou contre l'économie politique, j'ai lu non seulement avec un intérêt sympathique, mais aussi avec un vrai plaisir mental, vos judicieux essais économiques, et surtout le dernier, qui annonçait bien ce que votre précieux ouvrage a depuis mieux réalisé. Dans les intervalles naturels de l'intense occupation que je viens
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d'indiquer, cette lecture a beaucoup contribué à me distraire doucement des soucis personnels. J'ai aussi tenté d'employer ensuite au même office l'ouvrage de M. Austin sur la jurisprudence, que nos relations me faisaient réellement un devoir de connaître, et j'y ai trouvé, avec un grand fonds de rectitude et de loyauté, plusieurs discussions et appréciations remarquables, quoique toujours mêlées à un sentiment insuffisant des vraies conditions scientifiques.
Je persiste à regarder votre projet de traité sur Téconomie industrielle comme une très heureuse et fort opportune tentative d'attirer à la nouvelle philosophie une classe d'esprits estimables qui, tendant avec énergie vers la formation de la vraie science sociale, n'ont besoin, à cet égard, que d'être mieux dirigés ; en attendant, ils préservent le public, à leur manière, du pur empiristne sociologique, qui serait bien plus dangereux. Ainsi présentée, ou du moins conçue, avec la destination purement préliminaire et l'office provisoire que lui assigne l'ensemble de l'appréciation historique, l'économie politique perd ses principaux dangers actuels, et peut devenir fort utile ; car les sympathies qu'elle excite encore, sans être communément fort éclairées, ont certainement un caractère progressif.
Je me rappellerai toujours que le vieux Say, quoique son intelligence fût assurément peu étendue, me témoignait, il y a vingt ans, sa vive sympathie pour mes premiers travaux en philosophie politique, fermement convaincu, disait-il, que nous marchions dans la même voie, tendant tous deux à fonder la science sociale. Cette disposition est certainement l'indice d'une pareille inclination chez beaucoup d'esprits actuels qui, d ailleurs.
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doivent être, ce me semble, plus nombreux, plus influents et même plus recommandables chez vous qu'ici.
En retourde vos judicieuses remarques sur la nature pareillement équivoque et contradictoire de Tinfluence dirigeante en Angleterre et en France, malgré la diversité des formes, j'espère pouvoir vous donner, dans ma prochaine lettre, quelques renseignements, qui sont encore trop imparfaits, sur une tentative très singulière que commencent à faire nos Jésuites, pour organiser, à leur manière, dans les principaux points du territoire français, une sorte de propagation populaire de Tinstruction scientifique, suscitée peut-être par Texemple persévérant de mon cours d'astronomie, dont je n'attendais guère une telle réaction. Je me borne aujourd'hui à vous annoncer qu'il se fait déjà régulièrement (tous les dimanches soir, je crois), dans l'église Saint-Gervais, des leçons de chimie, assistées d'expériences analogues à celles de certains jongleurs ambulants !
Je ne pense plus à tourmenter Marrast sur votre traduction; je pense bien, comme vous, et par les mêmes motifs, qu'elle ne se fera pas prochainement, du moins ainsi, quoique je le regrette beaucoup à tous égards. Quant au jeune Bernard, il a, sans doute, le droit et le désir de l'entreprendre spontanément; mais je ne suis malheureusement pas en mesure de lui trouver un éditeur, tandis que c'était facile à Marrast.
Tout à vous,
A^* Comte.
340 HILL A COMTE 12 août 1814.
MILL A COMTE
(Reçu le mercredi 14 août 1844.) (Répondu le lendemain.)
India House, le 12 août 1844.
Il fallait, mon cher Monsieur Comte, que la première de vos lettres qui ne me fût pas venue promptement fût précisément celle dont la prompte arrivée importail le plus. J'arrive aujourd'hui d'un congé court, et dont la destination était depuis longtemps rigoureusement fixée, et je viens seulement de lire cette lettre, et d'apprendre tout ce qu'elle contient. Vous me connaissez, j'espère, assez pour croire que je m'associe on ne peut pas plus à votre indignation, et que je me réjouis cordialement que les indignes menées de ceux que vous avez, avec votre franchise philosophique, si justement dénoncés, vous aient moins nui qu'il n'y avait d'abord lieu de craindre. Quoique le retard de ma réponse vous ait probablement décidé à vous adresser directement à M. Grote, je n'ai pas perdu un moment à lui faire part de votre lettre : il est à la campagne, et je n'ai pas pu encore avoir de réponse. Je connais assez son caractère, et je suis assez sûr de Testime profonde qu'il a pour vous, pour que je n'eusse pas hésité, même si vous n'y aviez pas pensé, à demander ses conseils dans un pareil cas, en lui offrant l'occasion de participer par lui-même, et de provoquer la participation de ses amis riches, à une œuvre qui ne peut manquer de faire
14 aoùi 1844. MILL Â COMTE 341
honneur à ceux qui y prennent part. Comme vous le
désirez, par des raisons dont je reconnais la justesse, je
réserverai mes propres ressources pour le cas où leur
emploi serait indispensable, ce dont je pourrai mieux
juger en quelques jours d1ci. Je vous écris, mon cher
ami, au milieu des embarras de toutes sortes dont on
est entouré quand on arrive. Je vous écrirai au long le
plus tôt possible.
Tout à vous,
MILL A COMTE
(Reçu le vendredi 16 août 1844.) (Répondu en lépondant à la 27^.)
India House, le 14 août 1844.
Mon cher ami,
M. Grole prend sur lui la moitié de la somme nécessaire. Demain j'espère pouvoir vous dire définitivement d'où viendra lautre moitié. En tout cas, les six mille francs sont assurés.
Votre dévoué,
J. S. MiLL.
342 COMTE Â MILL 15 août 1844.
LU
COMTE A MILL
Paris, le jeudi 15 août 18i4.
Mon cher ami.
Je ne crois pas devoir attendre la réponse spéciale que vous m'annoncez comme prochaine, pour vous témoigner sommairement combien je suis touché de votre affectueux billet préliminaire et de votre cordial empressement à répondre à ma lettre du 22 juillet aussitôt que vous en avez eu réellement connaissance. Ne vous sachant pas absent de Londres, votre silence antérieur me semblait inexplicable, et je commençais à craindre que ma lettre n'eût malheureusement éprouvé quelqu'un de ces accidents de poste qui, quoique devenus heureusement fort exceptionnels, surtout entre Paris et Londres, restent, néanmoins strictement possibles. Mais ce délai ne m'avait nullement décidé à écrire à M. Grote avant de connaître, sur cette démarche, votre avis, que je jugeais indispensable ; je ne la ferai qu'après que vous m'y aurez expressément invité, quoique je présume déjà que vous n'y voyez probablement aucun inconvénient.
Je suis charmé que vous ayez aussi complètement approuvé, en ce qui vous concerne personnellement, les vrais motifs de ma réserve. Quoique votre fraternelle sympathie doive naturellement, en un tel cas, me sembler plus vive et plus ferme qu'aucune autre, vous avez dignement compris que nous devons d'abord laisser
15 août 1844. COMTE A MILL 343
intervenir nos patrons temporels^ et que le bon ordre philosophique exige de ne recourir à notre propre assistance mutuelle qu'à défaut de cette protection normale. Tout me semble ainsi disposé maintenant de la manière la plus favorable pour me garantir du désastre momentané que vient d'éprouver ma situation matérielle. J'attends donc avec sollicitude, mais sans impatience, la réalisation prochaine de cette noble intervention.
Votre affectueux billet a déjà dissipé essentiellement l'inquiétude qui m'empêchait de me livrer franchement à la préparation directe de la grande élaboration que je vais entreprendre. Je suis, depuis la fin de juillet, entièrement libre de mon volume astronomique que je compte vous adresser à la fin d'août, quoique l'impression n'en marche pas aussi rapidement que la rédaction. Je compte encore goûter un mois de plein repos, où je médite mon prochain travail au milieu d'une douce flânerie, désormais débarrassé de mes plus graves inquiétudes. Mon intention est de consacrer ensuite la seconde moitié de mon loisir exceptionnel à écrire, comme je vous l'ai annoncé, le premier demi-volume de ma philosophie politique.
Tout à vous,
A*° Comte.
M. Whewell m'a récemment envoyé, par l'intermédiaire de M. Austin, son petit écrit sur le grand dualisme philosophique. Quoiqu41 en ait obscurci et exagéré, ou plutôt méconnu, la notion fondamentale, je suis cependant fort aise qu*il ail directement attiré sur ce point l'attention de vos penseurs; au reste, le critique auquel il répond me semble avoir bien plus judicieusement caractérisé cette appréciation délicate.
344 MILL A COMTE 20 août 1844.
Toutefois, ce petit écrit du D*^ Whewell renferme quelques éclaircissements secondaires qui me paraissent vraiment utiles. Afin de lui rendre sa politesse, je vous prie de vouloir bien, si vous en trouvez Toccasion, lui envoyer en mon nom un exemplaire de mon Discours sur l'Esprit positif; vous y pourriez mettre même, sans signature, à son exemple, la suscription usitée :
A Monsieur le docteur Whewell, de la part de l'auteur.
S'il ne vous reste plus d'exemplaires disponibles à cet effet, je vous en adresserai un en vous envoyant prochainement mon traité astronomique.
Comme je sais que M'"® Austin est en route pour revenir ici, je présume que vous ne l'aurez même aucunement vue à Londres.