IV LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL
abandonner, sans raisons décisives, certaines opinions qui lui sont chères. Mais ce qui frappe d'abord, c'est la force de l'attrait auquel il a cédé en écrivant à Comte.
Comte se montra fort sensible à cette démarche d'un philosophe étran/^er dont il connut bientôt la valeur. Bien qu'il trouvât toute naturelle l'admiration qu'on lui exprimait, il ne pouvait manquer d'en être touché. 11 fit donc le meilleur accueil aux avances de Mill. Il lui confia bientôt jusqu'aux événements de sa vie domestique, et il ne tint pas à lui qu'une amitié véritable ne s'établît entre eux. Mais, plein de son système, et tout heureux de se sentir compris et suivi, il crut tout de suite l'adhésion de Mill plus complète qu'elle ne l'était en réalité. Mill avait toujours fait des réserves; mais, par modestie, il avait évité d'en souligner lui-même l'importance. Mill se disait acquis à la méthode positive : Comte en conclut aussitôt qu'il acceptait du même coup toute la philosophie positive, dans ses principes et dans ses conséquences. Comte était prêt à lui donner des éclaircissements, s'il en désirait : il ne comprit pas qu'il fallait davantage, que Mill avait contre certains points de sa doctrine des objections graves, et que, faute par lui d'y satisfaire, leur accord ne pourrait être durable.
Le malentendu resta d'abord latent. Pendant