INTRODUCTION V
la première année de leur correspondance, les deux philosophes se félicitent, à mainte reprise, d'être arrivés, chacun de son côté, à des conclusions semblables. Cette rencontre, qui n'est évidemment pas fortuite, leur paraissait confirmer la vérité de leur commune doctrine. Mais, peu à peu, les divergences d'opinion irréductibles percèrent sous l'identité apparente de la méthode et des principes. Une fois la discussion ouverte. Comte se montra aussi entier comme philosophe qu'il devait être plus tard autoritaire comme grand prêtre de l'Humanité. Mill, dit M. Bain, n'aimait pas à laisser voir les lettres qu'il avait écrites à Comte sur la question de l'inégalité des sexes, « parce qu'il y avait fait trop de concessions ». De vrai, il était allé jusqu'à l'extrême limite de ce qui était compatible avec ses convictions. Mais Comte no cède rien : il n'imagine même pas qu'il puisse céder quelque chose. Il ne prend pas en considération, comme Mill l'aurait désiré, les idées qui lui sont soumises. Comme Descartes, avec qui il a tant d'autres points de ressemblance, il semble presque incapable de se placer à un point de vue autre que le sien propre.
Cela devait être, à la longue, décourageant pour Mill. Comte l'avait pris d'abord pour un disciple. Puis, quand il s'aperçut que l'accord entre eux était impossible, il vit en Mill un dissident,