‹ Lettres inédites de John Stuart Mill à Auguste ComteChapitre 9 sur 88 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Comte, écrit-il à ce moment à M- d'Eichthal, a été injuste en générai envers tous ceux qui avaient cessé de lui plaire (i). » Mil! s'efforce de ne pas rimiter en cela. Il est visible cependant que ses sentiments ont bien changé depuis le jour où il allait spontanément offrir à Comte Thommage de son admiration et son adhésion presque entière. A lui aussi, Comte « avait cessé de plaire ».

Il n'en est que plus utile, sans doute, de placer sous les yeux du public les lettres échangées par les deux philosophes, au moment où leur sympathie mutuelle était la plus vive. Elles montreront les efforts qu'ils ont faits pour se mettre pleinement d'accord, et elles feront voir en même temps pourquoi ils n'y ont pas réussi.

L'action de Mill sur l'esprit de Comte semble avoir été à peu près nulle. Sans doute. Comte se sentit confirmé dans sa propre doctrine touchant le principe de l'induction et l'origine des notions mathématiques, quand il en retrouva une semblable dans la Logique de Mill. Mais là où les

(i) Correspondance de J. S. Mill avec G. d'Eichthal; Paris, Alcan, 1898, p. 201.

J. s. Mill et Aug. Comte. ft

Xn LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL

idi^es de Mill s'écartent des siennes propres, il parait y pri^ler peu d'attention.

Comte était alors dans la pleine maturité de son génie. Il avait quarante-trois ans lorsque ses relations commencèrent avec Mill, plus jeune de huit ans. La publication du Cours de Philosophie posilioe touchait à sa fin. Comte se préparait à la H réorganisation sociale ", hut suprême de ses efforts. Sa philosophie, dans sa pensée, n'en était que le préambule indispensable. Celte philosophie, il la tient pour démontrée et « irrévocablement acquise. •> Gomme il l'écrivait à son ami Valat (i). « l'âge de la discussion est maintenant passé pour lui ». Mill vient trop tard pour modifier une doctrine qui est arrêtée ne variclur.

Comte sans doute reste encore accessible îi certaines influences. Mais celles-ci sont d'ordre esthétique et sentimental. L'art prend une place de plus en plus importante dans sa représentation de l'humanité future. Il voit M'"*^ de Vaux, et sa conception de l'univers en est tout illuminée. Plus que jamais, une philosophie exclusivement intellectualiste lui paraît froide et inexacte; plus que jamais, il revendique les droits du sentiment, de l'amour et de la foi. Mais cela n'entraîne nullement la substitution d'une doctrine nouvelle à la première. Il n'ya qu'une philosophie de Comte, {i)LeUrei d'A. ComleàM. Valal,i>. 806(17 septembre 1842).

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