II. Il
la conduite que Sa Majesté catholique tiendra avec les François lorsqu'Elle sera à la tête de ses troupes. Quant au conseil, le marquis de Mansera ne pouvant sortir de Madrid à cause de son grand âge , le cabinet du roi restera composé de l'archevêque de Spville et de l'ambassadeur de France. Cela ne plaira. pas par plusieurs raisons, et ce seroit bien pis si l'archevêque de Séville, qui est assez infirme, tombant malade, M. l'abbé d'Estrées se trouvoit premier et unique ministre. J'ai vu Madrid dans une inquiétude qui me donnoit de l'appréhension , lorsque M. le cardiual d'Estrées vouloit entrer seul dans le Despacho, Jugez , s'il vous plaît , de ce qui arriveroit si son neveu , qui n'a ni sa réputation ni son expérience, devoit remplir cette place. Il faut donc qu'on songe en France à choisir quelque sujet qui puisse remplacer M. de Mansera, ou prendre le parti d'y faire entrer le marquis de Villafranca et le duc de Médina-Sidonia , qui suivront le roi à cause de leurs charges. Le premier est peu capable d'être ministre; mais étant conseiller d'État, on ne pourroit laisser en dehors un homme de cette représentation ; si l'on y fait entrer le second, qui n>st pas plus habile , il ne sera peut-être pas si fidèle ministre sur les frontières de Portugal quil peut l'avoir été en Italie. Je vous envoie une lettre originale , Monsieur, qui vous fera voir que ma défiance n'est pas fondée seulement sur l'exemple de son père et de sa saoté. C'est tout ce que j'aurai l'honneur de vous dire sur cet article , ne voulant pas me hasarder à vous nommer les sujets qui m'y paroîtroient les plus propres. J'ajouterai néanmoins que je serois d'avis que le roi, outre ceux qui entreront encore dans le Despacho, nommât quelques autres conseillers d'État pour le suivre , afin de ne pas être obligé de renvoyer au Conseil d'État, à Madrid, de certaines affaires qui peuvent demander une prompte résolution. De cette manière, le roi d'Espagne pourroit
faire entrer dans le Despacho qui il lui plaîroit, l'exemple de ceux qui n'y entreroient pas pouvant fermer la bouche à M. de Villafranca et au duc de Médina-Sidonia, si l'on ne jugeoit pas à propos de leur faire cet honneur. Pour ce qui regarde la conduite du roi d'Espagne à Tégard des officiers françois qui auront l'honneur de servir sous lui, je ne puis assez vous recommander de représenter au roi combier .1 est nécessaire que Sa Majesté envoie ici un homme de confiance et de mérite, qui ait soin d'empêcher que Sa Majesté catholique ne suive trop le penchant qu'Elle a d'adresser toujours la parole aux François qui l'entourent, et réprime même la trop grande supériorité que ceux-ci voudroient prendre sur les Espagnols. J'ai tâché un n;illion de fois de faire comprendre à Sa Majesté qu'Elle doit gagner les grands, surtout par des marques de bonté qui ne consistent que dans quelques paroles obligeantes , et j*ai même pris la liberté de lui dire assez souvent des choses là-dessus qui auroient pu me rendre désagréable. Mais, si j'ai gagné quelque c'nose sur son esprit dans de certaines occasions, il y en a eu une infinité d'autres où j'ai perdu mes peines, M. l'abbé d'Estrées, dont les manières hautaines déplaisent à tout le monde, et qui veut présider dans toutes les juntes qu'il tient avec le président de Castille , le marquis de Mansera et l'archevêquç de Séville , quoiqu'il dût n'y assister que comme témoip, est si éloigné de savoir donner de bons conseils à ce jeune prince, que j'appréhende fort au contraire qu'il ne lui fasse perdre l'amour de ses troupes, si on le laissesous sa direction. Comme il me revient, presque tous les jours, qu'on ne voit plus aucune personne de distinction au lever du roi à cause de la trop grande liberté qu'on a laissée à toute sorte de François d'y entrer , je lui ai dit très-souvent que c'étoit à lui à y remédier, et que cela le regardoit uniquement ; je lui ai même fait remarquer qu'une des choses qui vous
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avoient fait aimer davantage en ce pays-ci éloit l'attention que vous avez toujours eue à maintenir les deux nations chacune dans ce qui lui convient raisonnablement. Cependant il a toujours refusé de prendre ce soin , préférant au bien du service l'utilité qu'il retire des faussetés que la plupart des François écrivent en France pour mériter sa protection. Le mal qui en peut naître, surtout si la première noblesse fuit le roi, me paroît d'une si grande conséquence que vous devez, Monsieur, faire tout votre possible pour empêcher qu'il n'arrive.
Je ne puis finir cette lettre , quoique déjà trop longue, sans vous parler de M. de Louville. Je croirois contribuer au mal qu'il peut faire si. le connoissant comme je fais, je ne vous découvrois pas, pour que vous en informiez le roi, si vous le jugez à propos, qu'il est assurément le plus grand scélérat qui soit au monde. Je sais certainement que c'est lui qui a causé par ses impostures toutes les brouilleries qui durent encore ici ; et si vous avez la bonté d'en parler à M. le cardinal d'Eslrées, je suis persuadée qu'il ne pourra s'empêcher de vous l'avouer. Il est étonnant que deux hommes de vertu comme M. le duc de Beauvilliers et M. le marquis de Torcy soient trompés par un si infâme débauché. Ils se sont toujours imaginés que son zèle pour le service du roi d'Espagne lui attiroit la haine des Espagnols. Rien n'est plus opposé à la vérité. L*intérêt seul et l'envie de gouverner Sa Majesté pour faire une grande fortune étoit la seule' vue qu'il avoit , et il auroit perdu cette monarchie si l'on ne Tavoit rappelé. Sa bouche, toujours remplie des ordures les plus sales , vomissoit continuellement , en présence des moindres François qui sont ici, mille infamies contre moi; et Madame de Maintenon n'étoit pas mieux traitée, imaginant que c'étoit elle qui me protégeoit. Il ne mérite ni la fortune qu'il a, ni que le roi le regarde. Je dirois la même chose en mourant, parce que
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je croirois faire un grand bien en le donnant à connoîlre pour ce qu'il est.
On est toujours ici dans l'attente de ce que produira la présence de M. le cardinal d'Estrées , et la parole qu'il a donnée à ses amis de me faire rappeler honteusement dès qu'il seroit à la Cour. Hier, je n'eus pas l'honneur de suivre la reine à la promenade , parce que j'étois un peu incommodée. Dès qu'on ne me vit point, le bruit se répaDdit par tout Madrid qu'un courrier extraordinaire , qui arriva il y a deux jours, m'avoit apporté un ordre de me retirer , et ce matin une infinité de monde est venue au palais pour en savoir la vérité. Il est bien glorieux pour moi qu'on dise publiquement que plusieurs conseillers d'État éloient déjà résolus de faire une représentation au roi catholiciue sur cette nouveauté, si elle s'étoit trojuvée vraie ; mais il est bien désagréable, d'ailleurs, qu'on me croie si perdue à la Cour de France, par le soin qu'on prend ici de le publier.
Je ne puis vous demander pardon de cette longue lettre, Monsieur, sans l'allonger encore davantage ; ainsi j'ajouterai seulement que je ne saurois mieux vous marquer la confiance que j'ai en vos bontés que par la liberté que j'ai prise de vous l'écrire.
A Madrid, le 1". janvier i70A.
Il y a quelques jours que M. de Puiségur est arrivé. Orry lui a rendu compte, dans plusieurs sessions , de tout ce qui s'est fait depuis la retraite de Messieurs les cardinaux; il a été surpris agréablement, à ce qu'il m'a dit , de trouver les choses si difi"érentes de ce qu'on les suppose en France. Il m'a assuré qu'il écriroit au roi, qu'on ne peut pas voir un plus beau travail que celui d'Orry. Il a reconnu, par des preuves convaincantes, que non-seulement nenn'aété caché à Monsieur l'ambassadeur, mais qu'on n'a pas fait un pas que de concert avec lui. ayant assisté à toutes
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les juntes, grandes ou petites, qui se sont tenues sur ces affaires. J'apprends néanmoins que ce ministre continue de se plaindre en France, qu'on ne lui communique aucune chose, et sais qu'il tient le même langage avec ceux qu'il voit de ses amis. Je ne m'étonnerois pas qu'il dît qu'il n'y entend rien. Mais il faut être bien méchant pour aimer mieux avancer de pareilles faussetés que de s'attribuer quelque part dans un ouvrage qui pouvoit lui faire un grand honneur. Dans le temps qu'on décrie M. Orry à Versailles et qu'on l'accuse de faire le ministre, moi , qui suis sur les lieux, je pense bien autrement ; car je crois qu'il a sauvé l'Espagne et que tous les projets auroient échoué, si nous n'avions pas pris sur nous de les faire exécuter indépendamment des Conseils. Lorsque MM. les cardinaux quittèrent le ministère, on étoit quasi assuré que l'archiduc arriveroit deux mcis après. On ne nous laissoit espérer aucunes troupes de France , et le désordre étoit si grand qu'on devoit craindre que les peuples, abandonnés de leur propre roi , ne reçussent l'archiduc pour ne pas s'exposer à une ruine entière. A de si grands maux , il falloit des remèdes prorapts et violents ; grâce à Dieu, tout a réussi sans qu'il y ait presque d'autres plaintes que celles de M. l'abbé d'Estrées , ou de quelques gens qui ne sont pas bien aises que le roi d'Espagne ait quarante mille hommes bien payés. J'aurois à vous écrire une autre lettre , aussi longue que celle-ci, Monsieur, si je voulois vous marquer tous les ressorts qu'il nous a fallu faire jouer pour parvenir au point où uous nous trouvons. Je vous dirai donc seulement qu'il ne s'est rien fait qu'avec des précautions infinies, et que je ne suis pas assez mal habile pour laisser prendre à M. Orry un vol qui ne lui convient pas et qui seroit même trèspréjudiciable au service des deux rois, si je n'avois vu bien clairement que c'étoit le seul moyen d'empêcher que Leurs Majestés ne fussent réduites à s'enfuir en France. Tant
qu'on a renvoyé au Conseil d'État les remontrances des gouverneurs, les plaintes des troupes dont on reionoit la paye, et les requêtes des peuples qui demandoient d'être secourus, ces Messieurs se sont contentés d'exagérer les malheurs qui menaçoient Leurs Majestés jusqu'à dire qu'il étoit à craindre que le roi de Portugal ne donnât un autre roi à l'Espagne, sans jamais néanmoins proposer le moindre remède ; et le Conseil de guerre feroit pis encore , ou par ignorance ou par mauvaise intention , puisqu'aucun des ordres du roi ne s'exécutoit. Voilà , Monsieur , ce que les ministres doivent croire en France , et non pas s'amuser à faire des procès à des gens qui se sacrifient par un zèle peut-être indiscret pour eux , mais utile pour leur maître, sur les lettres de quelques menteurs qu'on devroit punir très-sévèrement. Permettez-moi de vous avertir que le Père Martin, pensionnaire de M. le cardinal d'Estrées , en est un qui mériteroit un châtiment exemplaire, et souvenezvous , s'il vous plaît, que j'ai eu l'honneur de vous assurer que je n'avance jamais rien que je n'aie des preuves par devers moi.
M. de Puiségur m'a dit qu'il déplaît fort au roi qu'il y ait ici si peu d'union entre les François. Quand je ne serois pas la plus zélée et la plus soumise de ses sujettes, j'en serois au désespoir , puisque cela me fait perdre tout le mérite de mes fatigues. Mais, loin qu'on puisse ro'en attribuer la faute , je puis dire que tous les honnêtes gens loueront ma modération et ma constance à souffrir ce qu'on invente tous les jours pour me rendre méprisable. Si j'avois eu affaire avec des ours ou des tigres , je les aurois apprivoisés par ma patience ; malheureusement je ne sais pas exorciser les démons, et l'on ne peut appeler autrement des gens qui sacrifient tout à leurs passions, à qui les impostures ne coûtent rien, et qui croient ne pouvoir s'élever s'ils n'écrasent tous les autres. Je ne finirois point ce
volume, Monsieur, si je permettois à mon cœur de dire tout ce qu'il ressent dans une si triste situation.
Je vous supplie très-humblement de faire usage de ce que j'ai l'honneur de vous écrire avec votre prudence ordinaire, pour ne me point commettre avec M. le marquis de Torcy.
8 janvier 170Â.
Vous jugerez aisément, Monsieur, qu'il m'auroit été impossible de me donner Thonneur de vous écrire cette effroyable lettre de ma main. Je vous demande encore une fois pardon de vous ennuyer par des choses qui vous regardent si peu , et dans lesquelles vous ne pouvez entrer que par votre bon cœur.
Les lettres qui suivent ont été écrites , en l'année 1701, au duc d'Harcourt, ambassadeur on Espagne, par Henri de Lorraine, prince de Vaudemont, gouverneur du Milanais pour le roi Philippe V; le comte de Tessé, commandant d'un corps d'armée sous les ordres du gouverneur, et le cardinal de Janson- Forbin, ambassadeur de France auprès du St. -Siège.
La longue et désastreuse guerre à laquelle donna naissance l'avènement du petit-fils de Louis XIV au trône d'Espagne, commençait pour la France sous dheureux auspices. L'autorité de Philippe V avait été reconnue sans difficulté dans les possessions espagnoles d'Italie. Le prince de Lorraine-Vaudemont, qui avait gouverné Milan pour Charles 11, ayant été conservé dans sa dignité par le nouveau roi, et se voyant d»ailleurs l'objet des prévenances de la Cour de
DE LA PRINCESSE DES l RSINS.
France, avait fait proclamer à Milan la souveraineté du prince de Bourbon sans rencontrer aucune répugnance dans la population.
Le vice-roi de Naples, duc de Medina-Celi, avait fait publier le testament de Charles H, et les peuples s'étaient conformés avec empressement aux dernières volontés de ce monarque. Le duc de Veraguaz, viceroi de Sicile, avait aussi fait reconnaître l'autorité de Philippe V dans cette île , et la Sardaigne avait cédé au mouvement général (1).
Le mariage de Louise-Gabrielle , fille de Victor- Amédée. duc de Savoie, avec Philippe V, aurait pu faire de ce prince un fidèle allié de la France et de l'Espagne. Mais , au milieu du grand conflit qui allait mettre aux prises toutes les puissances de l'Europe , ce prince n'ayant en vue que son intérêt personnel et le désir d'agrandir sa maison , trahit successivement tous les partis et fut un des plus grands obstacles que rencontra le projet d'assurer l'indépendance de l'Iialie.
Le cabinet français aurait désiré établir , entre les divers États de Tltalie, une alliance dans le but d'exclure du pays les troupes allemandes ; et il était tout prêt à s'engager, en cas d'exécution de ce traité, à ne pas laisser non plus de soldats français sur le sol de la péninsule. Le duc de Savoie aurait pu , pour prix des services qu'il rendrait, voir s'ajouter le Milanais k ses États héréditaires. Ainsi se serait formée, dans l'Iialie, cette confédération dont la politique française a toujours poursuivi la réalisation et qui devait être, tout
(1) Pour lous ces faits, >oir Botta, Sloria Ullalia, lib. 3li.
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récemment encore , la conséquence du traité de Viliafranca. Le pape Innocent XII , pour mettre un terme aux invasions des étrangers dans la péninsule , avait fait les plus grands efforts pour unir entre eux les princes d'Italie ; mais sa mort avait fait évanouir ses patriotiques desseins. Le 23 novembre 1700, Giau Francesco degli Albani fut appelé au Saint-Siège, sous le nom de Clément XL
Il ne trouva, pour l'accomplissement des projets de son prédécesseur, aucun appui parmi les souverains de l'Italie. Le duc de Savoie ne pouvait inspirer aucune confiance. Venise paraissait incapable de prendre une résolution; la Toscane voulait rester neutre; iMantoue, Parme et Modène avaient trop peu d'importance ; Naples et Milan se rattachaient à l'Espagne. Le Souverain-Pontife, dans ce conflit universel , ne sachant h quelle puissance il pourrait s'unir de préférence, s'efforça de prendre en main le rôle de médiateur, ce qui le mit souvent dans le plus grand embarras, ainsi que le prouvent les lettres qui suivent.
Les ambassadeurs de France et d'Espagne , par exemple, le pressaient de donner à Philippe V l'investiture du royaume des Deux-Siciles. Le représentant de l'empereur lui adressait la même demande en faveur de l'archiduc. Des deux côtés on lui offrit, selon l'usage , le tribut de la haquenée. Clément XI voulait attendre que le sort des armes eût prononcé entre les deux prétendants. L'ambassadeur d'Espagne fit introduire secrètement par un agent, dans le palais du Pontife, une haquenée derrière une charrette et l'y laissa avec le tribut de 7,000 ducats que le roi de Naples devait payer à la Cour de Rome. Le cardinal de Janson
DU PRINCE DE VAUDEMOiNT.
ajoute à ce détail une particularité intéressante au sujet du procès -verbal constatant cette offrande, et de la double protestation du gouvernement pontifical et de l'ambassadeur d'Espagne.
Pendant ce temps, les hostilités commençaient dans l'Italie supérieure : les troupes impériales se dirigeaient vers les frontières des territoires appartenant à l'Espagne. Les correspondants du duc d'Harcourt, en lui rendant compte des opérations militaires, lui font connaître les sentiments des populations et les dispositions des princes engagés dans la lutte. Leurs lettres sont extrêmement curieuses. Les choses sont bien changées aujourd'hui, sans doute^ principalement en ce qui concerne le Piémont, qui ne songeait guère alors à constituer, h son profit, l'unité de l'Italie. Mais alors, comme de nos jours (nos lettres en offrent la preuve), c'était dans la persistante ambition de la maison d'Autriche, et dans l'influence que lui donnait dans ce pays sa longue domination , que se trouvait le plus puissant obstacle à la constitution de la nationalité italienne.
Lettres de Henri de Lorraine, prince de Vaudeniont.
Milan, ce 19 janvier 1701.
Monsieur,
Sans commencer par vous faire de mauvais complirnens, lesquels pouroient plutôt m'esloigner de l'honneur de votre correspondance que de me la procurer, j'ose, Monsieur, sur la parole de M le comte de Tessé , vous la demander avec beaucoup d'empressement; c'est un honneur et un plaisir que je vous supplie de m' accorder et que je crois même qui ne sera pas tout-à-fait inutile aux intérèîs et au
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service des Roys. nos maistres . qui ne sont plus qu'un. En attendant, Monsieur, que vous m'accordiez la grâce que je vous demande, je me remets de tout ce que je pourois vous dire de l'état des choses de par deçà à ce que M. le comte de Tessé me dit quil vous en escrit. Je suis comblé des honneurs, des bontés et de la confiance dont Sa Majesté très -chrétien ne m'honore. Vous en êtes trop informé. Monsieur, et les marques en sont si publiques que je ne crois pas devoir vous eu faire le détail. Je préfère seulement m'en faire honneur auprès de vous , de m'attirer par là, plus facilement, celuy de vos bonnes grâces, vous suppliant d'être bien persuadé qu'on ne peut vous honorer plus parfaitement que ne fait , Monsieur, voire très-humble et très- obéissant serviteur.
Ch. Henry db Vaudbmont.
Milan, ce i'\ mars 1701.
Monsieur ,
J 'envoyé au Roy, mon maistre, par le capitaine de mes gardes , le traitté qui vient d'estre conclu avec M. le Duc de Mantoue , pour qu'il luy plaise de l'approuver, de le ratifier et de me le renvoyer aussitôt. L'importance de pouvoir mettre des trouppes denos maistres dans Mantoue, dans la conioncture présente, vous est trop connue, Mousieur, pour vous en redire les conséquences. Nous sommes bien heureux d'avoir porté ce Prince à ce point là , et celuy d'en pouvoir mettre dans Casai et nous servir de Montferrat n'est pas d'une moindre considération. M. le cardinal d'Estrées, qui a conclu ce grand œuvre, l'a envoyé à S. M. T. C. Comme, sans doute, vous le sçavez déjà où vous êtes, rien n'importe tant que de le ratifier au plus tôt , et de lier M. de Mantoue ; car c'est l'homme du monde le plus difficile à tenir et le plus changeant ; il veut le secret de son traitté, parce qu'il est homme timide et qu'il ^eut se ménager avec l'Empereur ; mais étant
ÙV PUINCE DH VAIDEMONT.
difficile que de pareilles négociations le soyent , autant qu'il conviendroit surtout à Venise, où tout se remarque, je crains toujours que. si une fois les Allemands la pénètrent, quelque reproche ou menace de leur part à ce bon duc de Mantoue ne nous le gaste et ne luy retourne la tête. C'est pourquoi le plus tôt que l'on pourra me renvoyer le traitté ratifié, avec les moyens nécessaires pour satisfaire aux choses qui y sont stipulées , ce sera un grand bien. Il faut, s'il vous plaist , Monsieur, que vous ayez la bonté d'y tenir la main, et que l'on me donne ce qu'il faut pour accomplir tout ce qui est promis de ma part, pour parvenir à l'exécution dudit traitté, sans i{yioy peut-être nous n'y eussions pas réussi. Je demande aussy, par cette même occasion , des sommes promptes et considérables pour assister aux frais que cet Etat-icy supporte par la charge du logement des trouppes qui sont icj de la dernière utilité et importance.
M. le comte de Tessé , duquel je ne puis assez dire de bien au Roy, mon maistre , pour tout celuy qu'il fait icy pour ses interests, pour la bonne règle des trouppes et pour le soulagement de cet Etat, vous escrit et vous rend compte de touttes nos dispositions ; il vous mande aussy où nous en sommes sur le chapitre de M. de Savoye , que vous sçaurez , d'ailleurs , et vous aurez vu , pair le compte que j'ay rendu par un courrier extraordinaire que j'envoyai il y a quatre jours à Madrid . des grâces, honneurs et égards dont S. M. T. C. me comble en mon particulier, et surtout par rapport à M. de Savoye. J'en suis pénétré et désolé de n'oser espérer d'y répondre que par bien du zèle, et par une respectueuse et vive reconnaissance.
J'ay chargé le capitaine de mes gardes de vous rendre compte . Monsieur , de tout ce qu'il doit dire de ma part de plus particulier et secret au Cardinal , de recevoir vos
ordres sur tout et de vous supplier de vouloir faire exécuter ce que je demande , qui n'est uniquement que pour le bien du service , sans aucune autre passion ny interest, chose que grâces au Seigneur je n'ay jamais connue ny qui ne n-'a jamais fait agir. Le capitaine de mes gardes est un garçon auquel je me fie absolument , qui est sage , et auquel , Monsieur , vous pouvez avoir toute confiance.
J'aj une grâce à vous demander par-dessus toute autre, sans compliraens , mais dans toute la foy et sincérité , c'est de vouloir bien me conduire et me redresser sur tout ce que vous croirez que je dois faire et que je ne fais pas, pour plaire et servir nos deux Roys ; accordez raoy cette grâce, je vous en supplie, Monsieur, l'honneur de vostre amitié et de vostre confiance, et faite- moy la justice d'être persuadé qu'il n'y a rien au moude que je ne fasse pour la mériter, et pour vous marquer que j'ai l'honneur d'être , Monsieur , votre très-humble et très -obéissant serviteur,
Ch, Henrv de Lorrainb.
Milan, ce 18 mars 1701.
J'ay cru devoir vous dire, Monsieur, par ce billet, à part , en toute confiance et pour que vous en fassiez l'usage que vous trouverez convenir , que j'ai ici deux hommes, officiers généraux, l'un très-inutile, l'autre trèsembarrassant; le premier est le maistre de camp général qui est, comme vous savez , la seconde personne dans le gouvernement et qui doit tout commander sous moi. Il se nomme don Francesco de Cordova , homme sans tête et de nulle capacité, ne pouvant et ne voulant rien faire et murmurant toujours sur tout ce qui se fait, chose, comme vous savez, pernicieuse pour le service ; son incapacité est connue en Espagne; je crois qu'eu lui faisant donner