DU COMTE DE TE8SÉ
dans les conjonctures où il s'est trouvé. Rien n^échappera à la justesse ni à la connaissance de l'esprit de Votre Majesté ; mais je croirois manquer à mes obligations , si je ne lui rendois compte de ce que je vois, et qu'enfin Elle connaîtra un jour, que notre gouverneur général , par les bons partis qu'il a pris , a commencé de conserver à votre couronne ce magnifique Etat , et que les secours et la prévoyance du Roi. votre grand- père . vont achever d'y mettre la tranquillité . aussi bien que dans tout le reste de toute l'Italie.
Les nouvelles que nous avons d'Allemagne continuent de marquer la peine que font à S. M. L les mesures que nous allons essayer de prendre pour votre service. V. M. m'ordonne , après cette première marque de mon respect de l'informer de ce qui se passera concernant son service • je le ferai avec fidélité. Il est certain que rien n'est plus important au bien de vos Etats que de connoître, à l'avènement des couronnes que vous allez si dignement porter vos véritables et désintéressés serviteurs. Les maîtres ne manquent jamais de sujets qui veulent plaire ; mais toute leur grandeur leur laisse encore le besoin de quelques-uns qui ne leur cachent point la vérité.
Je m'estime bien heureux que le Roi, mon maistre. ait voulu me choisir parmi tant d'autres pour recevoir ses ordres et donner ici les vôtres. J'espère même que c^nte occasion renouvellera . dans Votre Majesté, les idées et quelque souvenir de mon respect et de ma personne „ et qu'alors que le bien de votre service et vos ordres me feront ramener en France les troupes que j'amène dans cet Etat pour la tranquillité d'Italie. Votre Majesté voudra bien me mettre au nombre de ceux qui ont eu les prémices de l'admiration pour les prémices de votre esprit et <îe votre conduite toujours royale, toujours juste et toujours élevée dans votre plus grande jeunesse. Je fais des vœux sincères
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M'TTr.KS IiXr.DITF.S
pour votre conservation, et j'ai l'honneur d'être, avec un profond respect au-dessus des expressions humaines, Sire , de Votre Majesté , le très-humble et très-obéissant serviteur,
Tessé.
Du même au duc d^Hareourt.
A Milan, ce 15 février 1701.
Je continue. Monsieur, le commerce que vous m'avez permis , et j'aurai volontiers l'honneur de vous rendre compte de ce qui se passe ici tous les ordinaires.
Nos troupes arrivent tous les jours et, dacs le 4 du mois prochain , vous pourrez assurer le roi que nous aurons ici vingt-quatre mille hommes de pied de la plus belle infanterie qui soit en France, avec douze escadrons, parfaitement beaux, et quarante-huit qui sont en France, en Dauphiné , prêts à marcher au preniier ordre que je leur donnerai. Mais vous, Monsieur, qui avez été plat et élevé fantassin , vous devriez bien faire entendre au roi , qu'à force d'économie et de considération pour son pays, je ne sais pas comment nous empêcherons nos troupes de trouver qu'elles seroient mieux en France au service de son grand-père qu'au sien. Monsieur le prince de Vaudemont s'estripe de toutes manières, se ruine, prend surlui ce qu'il peut ; mais vous savez ce que c'est qu'un Etat gouverné par des conseils sans fin et sans nombre. Il est de tous les temps établi que les troupes auxiliaires reçoivent le pain gratis de celui chez qui l'on les envoie. Le Roi, notre maître , n'a pas voulu que ses troupes fussent en rien à charge au Roi , son petit-fils , et , en vérité, cet Etat ne pourroit pas fournir à cette dépense. Mais comme ce n'est pas l'usage que les soldats aient des hôtes eu ce