DU COMTE DE TR.SSL
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pays-ci, vous jugez bien qu'un soldat qui n'a que sa petite ration de pain , sa paye françoise [ei qui loge dans, une maison où Ton lui met des demi-fournitures et qui n'a jamais la vision d'un autre, a bien des légèretés daos le cerveau , et je ne vois nulle étoffe pour leur faire avoir quelque douceur. J'ai pourtant supposé que vingt ou vingtcinq mille écus employés à une demi-ration de pain comme par gratification du Roi d'Espagne, l'eussent noblement tiré d'affaire ; mais, encore une fois , l'étape ne la peut fournir, et quelque volonté qu'ait Monsieur le prince de Vaudemont, à moins que le Roi catholique ne l'ordDnnât et que l'on ne fît, où vous êtes , un fonds pour cela sans qu'il parût même que je fusse en rien entré dans cette ouverture que je vous fais, je vous assure qu'il seroit d'un bon effet ptmr Sa dite Majesté catholique, qu'il seroit même à lui très-noble d'ordonner, comme de son propre mouvement, quelque chose qui pût un peu mettre nos troupes à leur aise. Et je trouve que ce qui lui coûteroit le moins, ce seroit une ration ou même demi-ration de pain , par forme de gratification. Car être auxiliaire, et n'avoir rien, ne laisse pas d'être une chose triste. Le Roi d'Espagne connoîlraun jour qu'il a l'obligation de la conservation de cet État à la bonne conduite et fidélité de M. le prince de Vaudemont ; et en second lieu aux bonnes mesures du Roi, son grand-père. Les Vénitiens continuent leur conduite nonseulement léthargique, mais susceptible des soupçons de quelque intelligence ou complaisance pour l'Empereur.
Je vous ai prié de m'envoyer un chiffre, en cas que nous en ayons besoin ; je vous le réitère et que, fidèlement et de tout mon cœur, j'ai l'honneur d'être à vous au-delà des expressions. Encore une fois à vous comme à moi-même.
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A Milan, ce 27 février 1701.
J'ai reçu, Monsieur, avec une extrême joie la lettre du 4 , que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Victoria.
Vous avez bien raison de dire que rien ne pouvoit déterminer, ni la liberté de l'Italie , ni l'union de cet Etat à la couronne d'Espagne, que le parti très-sage que l'on a pris d'y envoyer des troupes. Il est démontré, comme je crois vous l'avoir déjà mandé, que si le prince de Vaudemont avoit hésité , ou n'eût pas été d'une fidélité aussi entière qu'il l'a été , l'Empereur pouvoit aussi aisément se rendre maître du Milanais, qu'il vous a été aisé d'entrer dans le château de Thury, quand vous en avez fait l'acquisition. Ces peuples ne sont affectionnés qu'à leurs intérêts. Ils sont encore infatués de la grandeur de l'Empereur. Toutes leurs relations, depuis Charles-Quint, étoient à Vienne. Les ecclésiastiques , qui donnent un grand branle aux affaires du gouvernement, sont persuadés que leurs privilèges immenses finiront aussi bien que leurs injustices et leurs usages avec la maison d'Autriche. Un Allemand est regardé, en Italie, comme quelque chose de plus qu'un homme ordinaire , et, sans croire être infidèle , le peuple se fût aisément porté à reconnoître l'Empereur , lequel encore à présent fait pleuvoir , par ses émissaires, un tas de libelles, de prétentions, de droits et de gazettes , dont l'effet . pour peu que l'on s'égarât , deviendroit pernicieux au service du roi catholique , qui ne sauroit estre trop informé de la bonne conduite désintéressée, ferme, et allant toute au bien de son service, que tient ici son gouverneur général. Quant aux princes d'Italie, il faut un peu que je vous redresse sur Pidée que vous en avez. Pas un , hormis le duc de Parme, ne m'a paru