‹ Lettres inédites de mmmes des Ursins et de Maintenon, de mm. le duc de Vaudemont, le maréchal de Tessé et le cardinal de Janson [microform]Chapitre 7 sur 12 · DU COMTE DE TESSÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE TESSÉ

aller droit ni rondement pour les intérêts des rois, ni même pour les leurs particuliers Ils vivent au jour la journée , et n'ont pas encore envisagé que la guerre doit retomber sur eux , pour peu qu'elle soit longue. Ils voudroient, comme l'on dit, conserver la chèvre et les chous et ne jamais désobliger l'Empereur. Pas un n'a répondu aux propositions de ligue qu'on leur a faites , pour leur propre défense et sûreté. Ils ont tous attention à ce que Venise fera, et jusqu'à présent, cette république si sage ne m'a paru que folle ou léthargique. Ils craignent pour leurs Etats limitrophes de l'Empire. Ils ne veulent jusqu'à présent paroître ni vouloir s'opposer à l'entrée de l'Empereur, ni consentir que nous nous y opposions. Les défilés et les passagers sont dans leurs États. Il y a à parier dix contre un , que si l'Empereur enfourne son armée dans le Tyrol , il faut qu'il soit ou assuré d'eux , ou de leur neutralité ; et, quoique dans cette situation ce fût eux qui missent certainement la nappe , il ne nous paroît pas, jusques à présent , qu'ils aient d'autre dessein que celui de ne rien faire , ou d'agir faussement ou noblement.

Quant à M, le duc de Savoie, c'est un étrange pèlerin. Dès que vous m'aurez envoyé le chiffre que je vous ai demandé , je vous mettrai au fait sur sa conduite. Ce ne sera jamais un allié , ni un ami commode , ni déterminé. J'augure un peu mieux , depuis quelques jours , du parti qu'il pourra prendre de mauvaise grâce et à écorche-cul ; mais, quand une fois on est entré au bal , toujours va qui danse ; et danser bien ou danser mal, c'est toujours danser. J'espère donc qu'il danserai mais nous, nous sommes à merveille informés de ses menées et de sa conduite avec l'Empereur ; et , dans quelque situation Çu'il soit , il y aura toujours avec lui des sûretés et des précautions et des raités ; et les signatures ne doivent pas suffire. Je sais

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que vous nous avez assistés d'abord de trente raille écus et en second lieu de cinquante mille. Pressez , autant que vous le pourrez, ie vice-roi de Naples de ne pas manquer à nous envoyer tout ce qu'il pourra, et de ne point se servir des mauvais prétextes que TEmpereur a un parti dans le royaume de Naples, Il nous a paru que cela n'est fond que sur quelques officiers, sujets du Roi d'Espagne et au service de l'Empereur, qui ont passé dans ledit royaume de Naples , comme pour se mettre à leur devoir, et qui ont promis à Sa Majesté impériale d'y faire , pour son service, plus qu'ils ne pourront faire. Vous avez parfaitement bien fait de retenir vos cavaliers à pied que vous nous vouliez envoyer; ils nous eussent embarrassés et nous avons assez de cavalerie. Envoyez-nous , comme vous le dites fort bien, des fonds et autorisez ici le gouverneur de manière qu'il ne soit pas toujours sujet aux agents : chaque ville et chaque tribunal ont à Madrid de l'argent, de l'autorité, de la confiance à ce qui se passe ici, et quelques lettres de cachet en blanc pour envoyer en Sardaigne ou à Madrid , rendre compte de leurs actions , quelques esprits infidèles ou mal disposés. Moyennant cela et ne point trop croire les moines et les prêtres, tout ira bien ; et l'autorité du jeune maître se rétablira facilement. Je vous mandai l'ordinaire passé que les troupes du Roi, notre maistre, seroient mal ici malgré les soins et la bonne volonté de M. de Vaudemont. Effectivement, le peuple est très -mal affectionné. Je vous avois même proposé qu'il étoit bon pour la gloire du Roi , auprès duquel vous êtes, de contribuer au maintien et à la satisfaction des troupes du Roi, son grand-père; mais le Roi, notre maistre, y a pourvu et tout ce que je vous ai mandé sur cela dans ma précédente est inutile ; cela étoit à propos il y a huit jours et ne l'est plus aujourd'hui. Les troupes seront bien et contentes, assurez-en votre aimable Roi, et que son

Di: COMTE DE TESSÉ.

service et ses intérêts me seront aussi chers, en toute espèce, que ceux du Roi, notre maislre. Par toutes les lettres qui nous viennent d'Espagne . les peuples paroissent enchantés du Roi; et s'il peut tant que de mettre quelque ordre à ses finances et de retrancher peu à peu l'infini superflu de ceux qui les manient, et d'écouter ou l'aire semblant d'écouter tout, et pourtant régler par lui ou par un petit nombre de ceux qu'il veut bien admettre à ses décisions ; l'étofi'e y est, il n'y a que la manière de la couper ; mais ce n'est pas l'ouvrage d'un jour.

Je n'ai point l'honneur de profiter, pour aujourd'hui, de l'honneur que vous m'assurez que Sa Majesté veut bien me donner de lui écrire. Voici, en général, ce que je puis vous dire de nos dispositions pour la campagne prochaine.

Le Roi, notre maistre, fait passer ici quarante bataillon» de très-bonne et belle )nfanterie, et , dans le huit ouïe dix de mars prochain, vous pourrez compter que j'aurai ici le pied de vingt-quatre mille hommes d'infanterie. Je n'ai encore que six escadrons de cavalerie et six de dragons; mais le reste, pour aller jusqu'à soixante que le Roi, notre maistre, nous destine, sont en Dauphiné , Provence, Languedoc, Bresse ou Franche-Comté , prêts à passer ici ; et n'ont pas encore passé , pour épargner ce pays, à l'occasion duquel je dois vous dire que j'ai des ordres d'y faire vivre les troupes avec une discipline plus austère qu'en France; et je dois au même temps rendre cette justice aux troupes, qu'elles ont pris en entrant dans le Milanais l'esprit nécessaire ; et que dès le premier jour les troupes françoises et espagnoles ont vécu bras-dessus bras-dessous. Quant aux peuples, ce n'est pas la même chose , ils sont malintentionnés.

Le peu de troupes que le Roi catholique a dans ce pays sont belles et bien tenues. M. de Vaudemont compte de joindre à nos troupes vingt-six ou vingt-sept escadrons

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