DU COMTE DE TESSÉ
et six ou huit bataillons, parce quil faut en laisser dans les places et que les régiments allemands seront vraisemblablement ou envoyés en Catalogne ou mis dans les places totalement éloignées de la frontière. Ils sont bien commandés et par d'honnêtes gens, qui serviront à merveille. Mais, si nous avons affaire aux Allemands , il y a bien de l'apparence que les soldats se dissiperoient pour rejoindre leur nation. De la manière dont je vois que Ton nous écrit , je crois que le Roi catholique prendra le parti de les faire aller en Catalogne. Nous comptons de mener trente pièces d'artillerie du Roi catholique avec tout cequ'il faut pour les servir. Mais, comme c'est l'usage de mener tout cet attirail avec des bœufs, qui ne sont guère propres à la diligence du service, j'ai demandé au Roi dix petites pièces, à nous et à nos usages, avec un petit équipage de cent cinquante et deux chevaux pour les servir. Je n'ai point encore réponse si je l'obtiendrai ; mais je l'espère.
Quant à vos vivres, je fais magasiner et moudre à Crémone. Nous avons à vue de pays nos provisions arrangées pour la campagne.
Et à l'égard de nos projets , ils ne peuvent être autres que d'aller au-devant des. Allemands et les empêcher de déboucher en Italie. Or, pour cela, il faut que les Vénitiens ou nous donnent passage ou nous le laissent prendre , ou que nous le prenions par force. Voilà où nous en sommes, et sur quoi j'attends à tous moments les ordres du Roi , notre maistre. Car ce pays seroit perdu et la guerre pour long- temps en Italie, si les impériaux parvenoient à y passer.
Le roi nous a dépéché un courrier pour nous informer des propositions que lui fait faire instamment Monsieur le duc de Savoie ; et je vois quelque apparence que ce traité se fera. Je fais joindre à cette lettre copie d'un article de
la lettre que le Roi , notre maistre , écrit au prince de Vaudemont , lequel , dans le moment, lui en a redépêuhé un pour le supplier et le presser de finir avec le duc de Savoie , et l'assurer qu'il lui obéira avec plaisir et sans difficulté , trop heureux de marquer par sa soumission au roi, son maistre, le zèle qu'il a pour son service' , et que sur cela rien ne lui sera ni trop chaud ni trop froid.
J'en étois là , quand un courrier du cardinal d'Estrées nous a apporté le traité très-désiré et très-important entre les rois et le duc de Mantoue. Le prince de Vauderaont avoit envoyé auprès de lui le questeur comte Cassado , qui a agi avec beaucoup d'esprit et d'h;ïbileté, de prudence et d'industrie. C'est un bon sujet, dont le nom doit être connu de Sa Majesté catholique , et dont il peut se servir très-utilement dans ses affaires, soit de négociation, soit de finances. Ce traité est si important, que. quand même il y auroit quelques articles onéreux, il est de conséquence , dans les conjonctures présentes , de n'y pas re^ garder de si près. Les troupes des Rois dans Mantoue est un coup capital et pour le présent, et pour l'avenir. Le vieux duc a fait cela à merveille . et mérite louange , service et protection.
Par nos nouvelles, les Impériaux avancent; mais si une fois nous pouvons déclarer le traité de Mantoue et celui de M. le duc de Savoie, il y aura pour eux à décompter , et cela peut obliger les Vénitiens à parler.
Je vous demande pardon de tout ce volume, dont je vous prie pourtant de rendre compte au Roi, que je ne ferois que fatiguer de redites.
Si notre traité de Mantoue est ratifié et que le Savoyard se déclare pour nous, malgré tous les manèges, ce î=era deux affaires importantes. Aimez-moi toujours un peu , Monsieur le Duc, et comptez que je suis votre vieux serviteur et ami, qui vous honore fort. Je serai régulier à vous mander exactement toutes choses. Thssé.
MiTTKKS INÉDITES
A Milan, 1". mars 1701.
Depuis la lettre que j*ai eu Thonneurde vous écrire par un courrier de M. de Vaudemont, il envoie don Baltazar, capitaine de ses gardes, très-honnête homme et très-bon officier, pour rendre compte au Roi, son maître , du traité important dont il vous rendra compte et dont nous attendons la ratification , persuadés que la Cour de France y souscrira et, dans les conjonctures présentes, rien ne nous paroîtplus important. Mais, pour l'exécution de ce qui est contenu dans le traité, il faut des fonds et de l'argent. Ton ne peut guère l'employer mieux.
Je ne vous répète rien de ce que j'ai eu l'honneur de vous mander dans ma précédente ; mais je prends la liberté de vous le confirmer dans celle-ci : De l'argent et de l'autorité au gouverneur; éloignement de toutes représentations delà part des députés que chaque ville entretient à Madrid : ce sont autant d'ennemis de l'autorité royale ; et il faut , ou se faire république , ou être roi. 11 y a ici, dans les conjonctures présentes , deux personnes qu'il est du service du Roi de distinguer: l'un , le chancelier, qui est un bon et véritable Espagnol dans tous les principes désirables, et qui mérite toute récompense ; l'autre, c'est le questeur Carsado, auquel on a l'obligation du succès du traité que don Baltazar porte; et, supposé que cette conjoncture pût servir audit Baltazar pour obtenir ce qui lui peut convenir, en cas qu'il se fasse dans ce pays-ci quelque changement , vous feriez un extrême plaisir à M. le prince de Vaudemout d'y contribuer. Quant à ce qui regarde ce prince, je ne vous en dis rien , mais l'on ne peut rien ajouter à la manière dont il sert utilement et ruineusement le Roi, sou maître, et l'on ne sauroit trop l'autoriser. Quand il se passera quelque chose qui mérite la cu-
DU DUC D'HAUCOURT.
riosité du Roi, j'aurai l'honneur de profiter de la [liberté qu'il m'a donnée de lui écrire. Faites-moi l'honneur de m^aimer et de me croire passionnément. Monsieur, votre tres-humble et très-obéissant serviteur.
Vale et me ama.
TfiSSH.
Lettre du due dUareourt au cardinal de Janson-
Forbin. *
Burgos, 1". février 1701.
Le peu de temps que j'ai eu jusqu'à présent m'a empêché de rendre compte à V. Em. de ce qui se passe ici. Il est pourtant bon qu'elle en soit informée, étant présentement occupée à engager les princes d'Italie dans une ligue contre l'Empereur ; et outre que cela est de mon devoir, je suis, en même temps , mon inclination qui me porte à tout le respect et la vénération qui sont dus à V. Em.
S. M. C. a donné ses ordres pour que l'on recrutât toutes les troupes de Catalogne et que l'on remontât la cavalerie, afin d'être eu état au printemps de s'en servir partout où il sera nécessaire. On fait en même temps de nouvelles levées en Galice, lesquelles doivent être embarquées incessamment pour la Flandre; et l'on fera, dans les Pays-Bas, les recrues nécessaires pour les corps wallons et flamands. On se dispose aussi à envoyer un bon secours d'armes et de munitions aux Indes pour prévenir tout ce qui peut y arriver de la part des ennemis. Nous allons nous appliquer à chercher des fonds pour pouvoir soutenir la guerre, si nous l'avons.
Le Roi catholique, sur une infinité de plaintes qu'il a reçues de la conduite violente de l'inquisiteur général, lui
LlîTJRI s INÉDITES
a ordonné de sortir de Madrid dans 24 heures et d'aller résider dans son évêché de Ségovie. Il a répondu qu'il y obéiroit incessamment. Le P. Torres, confesseur du feu Roi , est aussi sorti par ordre du Roi pour aller visiter la province.
La Reine est partie, le 2 de ce mois, de Madrid pour se retirer à Tolède, où elle attendra une saison plus favorable pour se retirer à Valence ou à Grenade. Toutes les dispositions de ce pays -ci sont si favorables au nouveau Roi , que je me flatte qu'il sera secouru dans la guerre qui nous menace par tous ses sujets. Il ne reste presque pas de vestige du parti de l'Empereur. Le comte d'Arac est sorti du royaume après avoir fait de nouvelles protestations. On presse fort aussi le comte d'Auesberg, qui devoit lui succéder, de sortir. Il n'a point encore pris le caractère d'ambassadeur et s'obstine cependant à demeurer
Un gentilhomme anglois est venu , de la part du roi d'Angleterre, apporter une de ses lettres, à la junte, dans laquelle il ne fait aucune mention du roi catholique. L'envoyé de Hollande a dit seulement qu'il rcconnoUroit le roi d'Espagne à condition qu'on confirmât tous les traités passés et qu'on en fît de nouveaux, et que pour leur sûreté, on laissât leurs troupes dans les places des Pays- Bas. A quoi on lui a répondu que Sa Majesté catholique vouloit préalablement que les dites troupes sortissent. La flottille est arrivée le 27 à Cadix , et Sa Majesté catholique a laissé le déchargement libre, pour donner des marques de la bonne foi avec laquelle Elle en veut user , non seulement avec ses sujets , mais aussi avec les différents peuples qui y ont intérêt ; et j'espère que cela produira un présent considérable de commerce.
Il seroit fort à désirer, dans cette conjoncture, que M. le duc de Mantoue reçût dans sa ville capitale des troupes du