DL CARDINAL DK JANSON-FORBIN
roi d'Espagne pour sa défense , et que les Vénitiens en reçussent de même à Vérone. Il attend avec impatience de vos nouvelles sur les négociations dont vous êtes chargé , et sur les préparatifs de la république de Venise pour défendre ses passages. Voilà le compte que je dois rendre à à V. Era. de toutes cho^^es et le continuerai régulièrement, dès que je serai arrivé à Madrid, étant avec tout le respect et la vénération possibles de V. Em. le très-humble, etc.
L'envoyé de Portugal a fait part à la Junte qu'il avoit reçu les ordres du Roi, son maître, pour complimenter le roi d'Espagne, à son arrivée, en attendant qu'il vînt un ambassadeur extraordinaire pour lui faire le même compliment.
Lettre du cardinal de laiiHon-Forbin au duo
d'Harcourt.
A Rome, le 7 mars 1701.
M. le cardinal Paulucci , secrétaire d'Etat du Pape, qui est tout-à-fait de nos amis , à qui nous avons tilché de procurer de l'emploi etqui a été pourvu , par ie Pape, d'une abbaye, dans le Crémonois, qui peut valoir deus oii trois mille écus , et qu'il ne peut posséder sans l'agrément du Roi catholique, me fait de fortes instances et à monsieur l'ambassadeur d'Espagne, pour lui obtenir cette permission qui a été accordée au feu cardinal MeUini , qui la possédoit, quoique romain. Le cardinal de Sainte-Croix, qui a été nommé à Vienne, a obtenu une pareille grâce, quoiqu'il soit romain, et plusieurs autres cardinaux ont été favorisés des mêmes concessions. Il est vrai que les Papes ontdonné des bulles par lesquelles ils se lient de ne pouvoir donnerdesbénéfices,dansrEtatdeMilan,qu'àdesMilanais;
LIiTTRKS rNÉDIÏES
mais souvent les rois d'Espagne ont dérogé à ce privilège. M. le duc d'Uzéda m'a promis d'écrire en faveur de M. le cardinal Paulucci. J'ose, Monsieur , vous faire la même instance, jugeant qu'il est du service du roi catholique de favoriser le premier ministre du Pape, lequel est bien intentionné. Il seroit fâcheux de le dégoûter, et on le tient parla doublement lié. et par l'obligation qu'il aura au roi d'Espagne et partîette abbaye qu'il possédera dans ses États. Vous m'obligerez de me faire savoir ce qu^il en doit espérer, étant important de l'entretenir dans les bonnes dispositions où il est.
SaSainteté a tenu une congrégation sur l'ordre donné à l'inquisiteur , parce qu'il prétend qu'étant établi par son autorité, il ne peut être démis ni suspendu que par lui. Cependant , on attendra les raisons qui ont porté Sa Majesté et qu'on fait espérer d'envoyer lorsqu'Elle arrivera à Madrid.
Vous voulez bien aussi que je vous recommande les intérêts de M. le duc de Giovanezzo, à la recommandation de M. le cardinal Judici. Il est extrêmement de mes amis, et i' sert ici avec grand zèle et capacité le Roi , son maître.
On s'est donné ici beaucoup de mouvement pour porter le Pape à prendre, pour général de ses troupes. M.Nigrelli ou M. de M. MarsiUy , qui sont sujets de l'Etat ecclésiastique ; mais j'ai fait en sorte que Sa Sainteté en a rejeté la proposition, parce qu'ils sont actuellement au service de l'Empereur.
Je suis toujours avec un profond respect. Monsieur, entièrement à vous.
Le cardinal db Janson-Forbin.
r)V CARDINAL l)I- JANSON-FORRrN
rople dune lettre de M. le cardinal de Forbin-i«n»on
au Roi.
Le 21 juin 4 701.
Le roi d'Espagne a donné l'évêché de Tortose , qui vaut quatre mille pistoles, à M. Molinès , doyen de la Rote: mais, comme M. le cardinal Porto-Carrero lui a .^crit que Sa Majesté catholique avoit voulu reconnoître par là son zèle et ses longs services, il croyoit être obligé de lui dire qu'il lui feroit rependant plaisir de vouloir rester en cette Cour, oii il pouvoit être d'une si jrrande utilité, par la connoissance qu'il en avoit et la considération qu'on avoit pour lui ; et qu'on le récompen seroit d'ailleurs Ce prélat m'ayant communiqué cette lettre , je l'ai trouvé disposé à suivre le cardinal Porto-Carrero. et il souhaiteroit que Sa Majesté catholique lui donnât en pension le tiers du revenu de cet évêché qu'il est en droit de retenir pour lui donner moyen de subsister ici avec plus d'éclal. et d'abondance. Je suis persuadé que le roi d'Espagne ne peut rien faire de mieux pour ses intérêts et pour son service, car il ne se peut rien ajouter au zèle et à l'habileté de ce prélat pour ce qui regarde cette Cour.
Le Même au due d*llareourtf.
A Rome, le 28 juin 1701.
Il s'est passé tant de choses, Monsieur, sur le fait de la confirmation de l'investiture que le Roi catholique demande au Pape pour le royaume de Naples, et sur le sujet de la redevance qui lui a été oflferte de la haquenée et de sept mille ducats d'or ; et M. le duc d'Uzéda, en envoy.aU une relation si exacte au Roi catholique, avec tous les actes et papiers qui peuvent regarder cette affaire, vous voulez
LETTRES INLDITES
if
bien que je m'en remette à ce qu'il en dit , vous assurant que, de mon côté, je n'ai rien oublié pour porter le Pape a accorder ce qu'on lui demande avec tant de justice. Mais il diffère toujours, et il ne se déterminera pas tant qu'il aura la crainte des Allemands qui sont en Italie. Je vous envoie la copie de la lettre que j'écris au Roi sur le sujet de M. Molinès, auditeur de Rote espagnole, qui sert ici le Roi son maître avec beaucoup de zèle et d'habileté ; aussi, pour recompenser ses services, le Roi catholique lui a donné l'evéché de Tortose. Mais il seroit à souhaiter, pour le bien de son service, que Ton laissât ici où il est le doyen de la Rote. Jl connoît à merveille cette Cour, où il est fort considéré.
Le Roi m'a écrit que le nonce du Pape lui auroit porté plainte que Monsieur le duc d'Uzéda lui]avoU parlé avec force et menace sur le sujet de l'investiture. Je puis vous assurer qu'on ne peut pas se contenir avec plus de modération et de sagesse qu'a fait jcet ambassadeur. Il est vrai qu 11 a représenté avec force et raison la justice de la dei"ande du Roi.son maître , sans manquer au respect dû à Ja^personne de Sa Majesté. Il lui a seulement fait ronnoitre qu'il la prioit de faire réflexion sur les suites fâcheuses qui pourroient arriver de la mésintelligence entre la Cour de Madrid et le Saint-Siège. Mais lorsque dans cette Cour ils ne veulent point faire quelque chose, c'est ieur prétexte de dire qu'on leur parle avec trop de hau. teur , et ils cherchent à décréditer les ministres qui ne se iaissent pas surprendre et qui connoissent leurs détours. Je puis vous assurer que S. M. C. ne peut trouver personne qui ait plus de zèle et d'habileté que M. le duc d Uzeda. On ne sauroit s'imaginer où va la fureur de cette Cour, de voir l'union de ces deux puissantes monarchies qui les obligera, dans la suite , de changer la conduite qu Ils ont eue jusqu'à présent . de profiter de leur division