‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 179 sur 263 · AU COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU · texte numérisé non relu

AU COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU

MINISTRE DKS CULTES (2).

Parii. 2 avril 1813.

^c désire que vous envoyiez à l'adjudant du palais Lagorse le HidleUn des lois qui publie le Concordat comme loi de l'État, celui

(l) AFiv898.

'!^ AFiv 899. » Comte d'Haussonvillb, t. V, p. 536

qui contient le décret sur le serment des prêtres romains, et celui qui contiendra les mesures ordonnées pour l'exécution du Concordat. Il faudra que successivement il laisse tomber ces Bulletins entre les mains des cardinaux, pour qu'ils les voient.

J*ai ordonné qu*on n'admit plus personne à la messe du Pape, si ce n'est les cardinaux.

J'ai donné Tordre que le cardinal di Pietro fût enlevé secrètement la nuit et transporté à 40 lieues, dans une petite ville où il restera en surveillance.

En&n les ordres sont donnés pour qu'on ne laisse plus venir personne à Fontainebleau. Notre principe étant que les grâces de l'Église ne peuvent parvenir aux fidèles que par le canal de l'évéque, tous ceux qui se présenteront seront renvoyés à leur évêque. Présentezmoi un projet de circulaire aux évêques, et alors on enverrait auprès du Pape un agent, par lequel la correspondance des évoques serait transmise.

J'ai fait signifier aux cardinaux qu'ils aient à ne se mêler de rien, et, puisqu'ils ne veulent pas arranger les affaires de l'Église, que du moins ils ne troublent pas celles de l'Etat.

MINISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE (1). o

Paris. 2 tTril 1813.

Voici la conduite qu'on doit tenir à Fontainebleau : Vous devez d'abord y placer un commissaire de police intelligent, auquel vous donnerez tous les moyens nécessaires de surveillance et qui sera connu de l'officier de gendarmerie et du maire de la ville. Vous donnerez ordre qu'aucun étranger ne soit admis à Fontainebleau, Sœurs de la Charité ou fidèles quelconques, en partant du principe que les fidèles ne doivent s'adresser au Pape que par le canal de leur évêque; qu'ils doivent donc aller trouver leur évêque.

Vous donnerez ordre à l'adjudant du palais Lagorse de ne laisser entrer aucune femme ni aucun homme à la messe du Pape, ni même aucun ecclésiastique que ce soit, si ce n'est les cardinaux et les quatre évêques que j'ai charges de suivre les affaires des cultes, s'ils s'y présentaient. II doit faire connaître dans sa conversation qu'il

T. II. t5

ne LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON I-. — 1813.

est de principe chez nous que le Pape ne peut faire passer les grâces de r Église aux fidèles que par le canal des évéques.

Vous chargerez cet adjudant du palais de se rendre chez les cardinaux, Tun après Tautre, pour leur faire connaître que, depuis deux mois qu^ils sont assemblés, n*ayant rien fait et ne voulant pas s*oo cuper du bien de TÉglise, mais paraissant au contraire chercher à profiter de leur réunion pour troubler les affaires, je ne les laisse à Fontainebleau que sous la condition qu*ils ne se mêleront de rien, n'écriront aucune lettre, qu'ils resteront enfin en stagnation, faisant leur cour au Saint-Père et méditant sur la mauvaise direction qu'ils ont donnée aux affaires de TEglise; que la moindre transgression i cet égard, la moindre lettre écrite en Italie, non seulement les rendrait suspects à TEmpereur, mais compromettrait leur liberté. Vous exigerez que cet adjudant vous rende compte par écrit et dans autant de lettres séparées de la visite et de Tinsinuation qu'il aura faites à chaque cardinal.

Vous donnerez ordre que, dans la nuit, le cardinal di Pietro soit enlevé secrètement, que tous ses papiers soient saisis, et qu'il soit conduit dans une petite ville de Bourgogne, éloignée de tout passage, où il restera en surveillance. L'adjudant du palais fera connaître le lendemain matin au Pape, par les cardinaux Consalvi et Pacca, que le cardinal di Pietro a été éloigné par suite de ses menées pour la transmission des brefs, comme étant d'ailleurs une des principales causes de ce que rien n'est encore arrangé avec le Pape, et enfin parce que cet homme est un ennemi de TÉtat. Il fera la même signification à l'évêque d'Édesse et au médecin. Il fera dire aux Sœurs de la Charité de se tenir tranquilles chez elles.

Vous ferez connaître à cet adjudant qu'il doit s'interdire de parler en rien de la lettre qu'il aurait remise ou non, et qu'il ne doit entrer dans aucune discussion. Le seul raisonnement dans lequel il doive se renfermer est celui-ci : puisqu'on ne veut rien faire pour la religion, il faut que du moins on ne fasse rien contre l'État.

Je charge le ministre des cultes de lui adresser les Bulletins des lois où sont insérés les trois décrets sur le Concordat et sur son exécution. Il laissera tomber ces pièces dans les mains des cardinaux.

Paris, 2 avril 1813.

Dans la position des choses, je ne vois plus de nécessité à ce que le gouverneur de Fontainebleau reste à Fontainebleau ; il suffira de Tadjudant du palais Lagorse. Faites connaître à ce dernier que mon intention est qu*il n'entre dans mon palais que les cardinaux ou les évéques, et que, à Texception des cardinaux, on n'admette plus personne à la messe du Pape ; qu'on n'y admette plus surtout aucune dévole.

Page 1