M. DARU A M. BIGOT DE PREAMEIVEU
Flessingue, 28 septembre 1811.
Sa Majesté me donne Tordre d'écrire à Votre Excellence qu'elle reçoit le bref du Pape, mais sans traduction ; elle m'a chargé de la lui faire. Elle ne peut pas résoudre une affaire de cette importance sans avoir entendu son conseil. C'est donc une affaire qui durera encore quelque temps. Cependant nous voilà au 1*' octobre. Il est urgent de laisser retourner chez eux un si grand nombre de prélats, avancés en âge, et qui ne peuvent que difBcilement supporter la mauvaise saison.
Sa Majesté, en conséquence, m'a chargé expressément de vous mander que vous ayez à réunir chez vous les membres du concile, pour leur faire connaître que le Pape parait avoir adopté les cinq articles du décret, et que, parla, les difficultés paraissent aplanies; que Sa Majesté, considérant la saison avancée et l'âge des prélats, les autorise à retourner dans leurs diocèses.
Par ce moyen, le concile se trouvera [dissous. L'intention de l'Empereur est que Votre Excellence se fasse remettre les cachets, armes, papiers, registres, et que chaque évêque retourne dans son diocèse. Votre Excellence voudra bien leur faire remettre l'argent qui leur sera nécessaire. Elle aura la bonté d'en prévenir M. le ministre des cultes du royaume d'Italie, à qui cette lettre doit être commune. M. le comte Bovara devra rester à Paris et y attendre le retour de Sa Majesté.
L'Empereur juge convenable que Votre Excellence ne dise pas d'abord qu'elle a reçu le bref, mais qu'elle se borne à annoncer que les députés envoyés à Savone lui ont donné de telles assurances des dispositions du Pape, qu'il n'est pas possible de conserver aucun doute sur l'issue de cette affaire. Cette marche aura l'avantage de se débarrasser du concile et de laisser l'Empereur maître d'agir selon les circonstances.
(1) Lettre dictée par TEmpercur ; publiée'par M. d*Hausso.n ville, L'Eglise romaine et le premier empire, t. V, p. 418.
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Quant aux députés, il faudra leur répondre que, aussitôt que vous avez reçu leur lettre, vous en avez rendu compte à Sa Majesté, qui vous a sur-le-champ ordonné de congédier les membres du concile, pour ne pas retenir inutilement à Paris tant de prélats dans l'arrièresaison.
L'intention de l'Empereur est que, trois jours après, vous mandiez à ces députés qu'aussitôt que vous avez reçu le bref, vous l'avez transmis à l'Empereur; que déjà vous aviez licencié le concile; que vous attendiez la décision de Sa Majesté, mais qu'elle a pu entrevoir que, comme il y a plus de six mois que les évéques ont été nommés, il serait nécessaire qu'ils reçussent leur institution, parce qu'il revenait à l'Empereur que le Pape voulait faire dépendre cette institution de l'arrivée des cardinaux auprès de sa personne, laquelle arrivée ne peut avoir lieu qu'en conséquence des arrangements qui seront pris ultérieurement entre Sa Majesté et le Pape.
Trois jours après que vous aurez licencié le concile et que déjà plusieurs de ses membres seront partis, l'intention de Sa Majesté est que vous remettiez à S. A. E. Mgr le cardinal Fesch les deux lettres ci-jointes : l'une est du Pape, l'autre des députés. Vous pourrez lui dire que l'Empereur en a pris connaissance et y a remarqué avec étonnement que le Pape fait dépendre l'institution du retour des cardinaux ; qu'en conséquence Mgr le cardinal doit écrire au Pape pour le déterminer à donner l'institution aux évéques, attendu qu'ils sont nommés depuis six mois.
Votre Excellence voudra bien, de son côté, écrire aux évéques députés à Savone qu'aussitôt qu'ils auront fait expédier l'institution, qui doit être donnée sans délai, ils aient à revenir à Paris surle-champ; et, au cas que le Pape se refusât à donner cette institution sans délai. Votre Excellence leur ordonnera de partir de Savone et d'être à Paris pour l'époque du retour de l'Empereur, c'est-àdire avant le 20 octobre, parce que, le concile s'étant séparé, la députation se trouve par cela même finie.
Vous ne leur dissimulerez pas qu'il pourrait y avoir bien des objections contre la publication du bref en France, et qu'il est, par conséquent, nécessaire qu'ils soient arrivés, lorsqu'on discutera cette affaire ; que l'idée où l'on est que la cour pontificale n'agit pas avec une pleine franchise rend indispensable la prompte institution des évéques nommés, afin de dissiper les doutes qui se sont élevés à cet égard.
Sa Majesté recommande à Votre Excellence d'avoir soin qu'on ne
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mette rien dans les journaux sur cette affaire. Elle désire aussi que TOUS parliez à S. E. M. le comte Aldini, et que vous l'invitiez à écrire en Italie, afin que les papiers publics de ce royaume gardent la même circonspection.
Anvers. 30 septembre 1811.
Il ne doit y avoir aucun changement dans la manière d'agir de ceux qui sont à Savone auprès du Pape. Aucun étranger ne doit venir à Savone, et aucune correspondance ne doit avoir lieu entre Savone et les autres parties de TEmpire; sans quoi, ce serait à recommencer dans quinze jours, ce qui serait une secousse.
Anvers, 30 septembre 1811.
Vous ne devez pas vous mêler de ce qui regarde la reine de Naples. Laissez-la faire ce qu'elle veut. Moins vous causerez avec elle, mieux cela vaudra; les conversations avec elle seraient mauvaises, puisque vous ne savez pas mon but. Montrez-lui donc les égards convenables, et restez tranquille. En général, toutes les conversations diplomatiques sont très nuisibles. Vous en avez eu avec Campochiaro; à quoi cela a-t-il abouti? Il eût mieux valu n'en avoir pas du tout, ou du moins de très légères. Que cela vous serve de règle. Moins vous causerez avec les ministres étrangers, moins vous aurez d'ambassadeurs à votre table, mieux cela vaudra.
Je crois vous avoir mandé que vous avez mal fait d'écrire en Suisse pour le comte de Gottorp.Vous ne savez pas mes intentions; je ne vous les ai pas dites ; vous vous êtes donc exposé à donner à mon ministre des instructions opposées à celles du ministre des relations extérieures. Du moment que le comte de Gottorp était hors de
(1) AFiv S94.
(î) Ibid.
France, cela ne vous regardait pas. Vous pouviez prévenir le ministre des relations extérieures; mais vous ne deviez rien prendre sur vous. Lorsqu'un ministre se mêle de ce qui ne le regarde pas, il bouleverse l'administration . Il n'est pas dans la règle que vous donniez une seule instruction à mes ministres à l'étranger.
Je suis instruit que Mme de Chevreuse a traversé Paris. Je ne puis pas concevoir comment on a contrevenu ainsi à mes ordres, qui portent que cette dame restera éloignée à 40 lieues de Paris, et comment vous avez souffert un pareil manquement. Je désire que cela n'arrive plus. Je vous ai fait connaître que mon système à l'égard des exilés est de ne plus s'occuper d'eux et de ne pas leur donner d'importance en se mêlant sans cesse de leurs affaires.
Quant aux licences, je suis très persuadé que vous êtes dupé par des intrigants. C'est à quoi tendent mes ministres, lorsqu'ils ont affaire à cette espèce d'agents qui déshonorent l'administration. Il faut renoncer à tout cela, puisque, de la manière dont cela se fait, il y a plus d'inconvénients que d'avantages.
J'ai reçu le rapport que vous m'avez envoyé du commissaire de police de Boulogne sur Dunkerque. Ce commissaire de police est un homme si bavard et si présomptueux que je n'en ai pas vu de pareil. Il a été plus d'une heure chez moi, me donnant des leçons de finances, de change, d'administration générale, et voyant tout de travers. Un agent de cette espèce est loin des Villiers et des véritables agents de police. Du bavardage et de la présomption sont les qualités les plus opposées à celles d'un bon commissaire de police. Je lui crois d'ailleurs du zèle; mais il fait mal son affaire. Les smogglers ne sont pas surveillés à Dunkerque ; ils se répandent dans la ville. C'est ce commissaire qui en a la police; mais je ne sais quel bavardage il m'a fait pour me faire entendre que mes ordres à cet égard ne devaient point être exécutés. Ce commissaire est si borné que, pendant que j'étais en rade à Boulogne, il laissait sortir les smogglers de Wimercux. Lui ayant fait des observations làdessus, il m'a dit des choses fort bêtes. Donnez ordre qu'aucun smoggler deWimereux ne parte, sans qu'on en ait prévenu le contreamiral Bastc. Le commissaire de police à Boulogne a beaucoup d'autorité ; il faut là un homme qui réunisse une grande prudence à une grande dextérité, qualités tout opposées à celles du commissaire actuel.
Le commissaire de police de Flessingue est, je crois, un parent de Uéal. Il est fort jeune, et tout le monde s'accorde sur l'inutilité dont il est par son peu de savoir et d'activité.
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Remontez la police de Paris. Elle est très mal faite, et, dans le public, on s'aperçoit que l'activité de Dubois manque. Les Glles de joie inondent les carrefours, et de nouvelles maisons de prostitution ont été ouvertes. Réprimez Taudace de ces misérables, et faites en sorte que le mal, au lieu d'augmenter, diminue. Ne dissimulez pas à Pasquier que le bruit public à Paris est que la police est moins bien montée que sous son prédécesseur. Il est inutile de lui dire que c'est mon opinion; ce serait décourager ce magistrat, pour lequel j'ai de l'estime; mais il faut cependant que vous le préveniez pour qu'il donne de l'énergie à ses mesures.