‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 140 sur 280 · AU COMTE BIGOT DE PREAMENEU · texte numérisé non relu

AU COMTE BIGOT DE PREAMENEU

Rotterdim. 26 octobre 1811.

J'ai reçu votre lettre du 21 octobre avec le projet de décret qui y est joint. Je pense que ce décret ne serait pas propre à rétablir la paix, et qu'il serait plus convenable de publier les deux décrets du concile comme lois de l'Etat, et de rejeter la publication du bref, pour que les passages improuvés soient retranchés. Il faut, par un décret, partir de l'approbation des décrets du concile et les proclamer comme lois de l'Etat. En même temps, un avis du conseil d'Etat dirait que le bref ne peut être publié, comme contenant des passages contraires à nos libertés, et qu'il ne le sera qu'autant qu'on effacera tels mots. On renverra le bref au Pape, avec une lettre de vous à un cardinal ou même à Bestolazzi, et il faudra bien que le Pape en passe par là. Alors, ce bref revenant pur et simple, on le publiera purement et simplement. Cela donnera la sanction à tout et lèvera toutes les difBcultés. Mais il serait maladroit de publier un bref avec des réserves ; ce serait perpétuer la discorde et les divisions. Le fait est que l'Eglise est dans une crise. Que le Pape attende six mois, un an; il faut qu'elle en sorte. Vous devez envisager la matière dans cet esprit.

(1) AFiv 89V.

(2) AFiv 894. — Comte d'Haussonvillk, t. V, p. 436.

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Avant que le Pape soit instruit de cette difBculté et des empêchements que le conseil met à la publication du bref, on aura soin de lui faire instituer tous les évéchés vacants. Dès ce moment, le décret du concile sera publié comme loi de TEtat, et les évéques seront institués. Le Pape ne pourra obtenir Tarrangement de ses affaires, ni passer outre, ni se mêler des affaires spirituelles, qu'il n'ait approuvé le décret du concile, et sa position sera d'autant plus empirée qu'il aura institué les évêques, qu'il verra les décrets publiés et faisant loi, et que cela éloigne nécessairement ses affaires de bien des années. Vous voyez que, dans ces matières, il faut marcher doucement.

Je vous recommande sur cela le plus grand secret et de ne rien dire au cardinal Fesch, ni aux évêques de la députation. 11 sera même bon que l'explosion vienne du conseil d'État et soit unanime. 11 sera bon qu'il y ait un mémoire bien fait, distribué au conseil d'État, qui dise qu'admettre ces prétentions du Pape, c'est anéantir le droit commun, etc., etc.

Wesel, !«' novembre 1811.

Le trésor de la couronne a avancé plusieurs centaines de mille francs que le sieur Pierlot devait à l'impératrice Joséphine et à la reine Hortense. Je désire que vous me fassiez connaître quand le trésor de la couronne pourra être remboursé par la liquidation du sieur Pierlot.

Il est convenable que vous envoyiez chercher secrètement l'intendant de l'impératrice Joséphine, et que vous lui fassiez connaître qu'il ne lui sera rien payé que la preuve ne soit donnée qu'il n'y a point de dettes; et, comme je n'entends pas raillerie làdessus, il faut que les biens personnel de l'intendant me servent de garantie. Vous notifierez donc à cet intendant que, à dater du I*** janvier prochain, aucun payement ne se fera chez vous ni au trésor de la couronne, que lorsqu'il se sera engagé et aura répondu sur ses biens qu'il n'existe point de dettes.

Je suis informé que les dépenses de cette maison sont fort désor-

(1) AFiv 895. — Mémoires éTun ministre du Trésor public, t. III, p. 353.

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données. Voyez donc cet intendant, et mettez-vous au fait de ce qui «e passe sous le rapport de l'argent ; car il est ridicule que, au lieu d'une économie de 2 millions que Timpératrice devrait faire, il y ait encore des dettes à payer. Il vous sera facile de tirer le mot de tout cela de Tintendant, et de lui faire comprendre qu'il serait fortement compromis.

Ayez vous-même une occasion de voir Timpératrice Joséphine, et laissez-lui entendre que j'espère que sa maison sera administrée avec plus d'économie, et que ce serait me déplaire souverainement, s'il était rien dû. L'impératrice Louise n'a que 100,000 écus; elle solde ses dépenses tous les huit jours; elle se prive de robes et s'impose des privations pour n'avoir jamais de dettes.

Mon intention est donc que, à compter du I*' janvier, il ne soit plus rien payé pour la maison de l'impératrice Joséphine que sur un certiCcat de l'intendant constatant qu'il n'y a point de dettes. Ayez connaissance du budget de 18 II et de celui qui sera Gxé pour 1812. Ce budget ne devrait pas se monter à plus d'un million. S'il y a trop de chevaux^ il faut en réformer une partie. L'impératrice Joséphine, qui a des enfants et des petits-enfants, devrait économiser pour leur être de quelque utilité, au lieu de faire des dettes.

Je désire que vous ne payiez plus rien à la reine Hortense, soit pour l'apanage, soit pour les coupes de bois, que vous ne m'en ayez fait la demande. Causez également avec son intendant, pour qu'il y ait de l'ordre dans cette maison^ et que, non seulement on ne fasse point de dettes, mais que les dépenses soient bien ordonnées.

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