‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 242 sur 493 · AU PRINCE MURAT, GRAND-DUC DE BERG · texte numérisé non relu

AU PRINCE MURAT, GRAND-DUC DE BERG

LIEUTENANT DR 1,'eMPEREUB EN ESPAGNE (1).

Bayonne. 30 avril 1808. 4 trois heures après-midi.

Le roi Charles est arrivé à Irun ; je l'attends dans deux heures ici. Berthier a été à sa rencontre jusqu'à la frontière. Le prince de la Paix est ici et commence à se remettre.

Vous avez vu, par la note que vous a envoyée le sieur Champagny, que je ne reconnais plus Cevallos ni aucun agent de Ferdinand. J'ai arrêté un courrier qui leur était expédié de Madrid, qui rend le même compte que vous de l'état de l'opinion publique. J'en ai arrêté un qu'ils expédiaient de Bayonne; il y avait une lettre du prince des Asturies à l'infant don Antonio, qui vous prouvera la bêtise et l'hypocrisie de cet homme ; car l'Impératrice a été reçue ici avec enthousiasme.

Il n'y a aucun ménagement à garder. Je vous ai écrit de prendre le commandement des troupes. Envoyez près de CarafTa et de Solano, pour leur faire connaître que ce doit être comme cela ; vous pouvez leur faire envoyer la note de Champagny. Envoyez la reine d'Etrurie, envoyez les infants ; ils ne peuvent plus rester à Madrid ; mais qu'ils partent jour et nuit. Vous direz à don Antonio qu'il y a un ordre de Charles IV pour qu'il vienne sans délai. Il n'y a pas de presse à faire venir les Espagnols : tous ceux qui sont ici sont mauvais. Il est nécessaire que, dans ces deux jours-ci, je débrouille ces affaires.

Mon chargé d'affaires doit rester à Madrid. Il rendra compte à M. de Laforest, qui aura rang de ministre, sans avoir cependant

(1) AFiv 876.

aucune communication avec les autorites que par le canal de mon chargé d'affaires.

Je crois vous l'avoir déjà dit : cassez la junte, et qu'elle cesse de gouverner, si elle obéit au roi Ferdinand. Dites-leur que le moindre courrier et compte rendu serait un crime. Surtout que don Antonio et le reste de la famille partent.

Du moment que j'aurai vu le roi, je vous écrirai. Je suppose que vous êtes maître de la Gazette de Madrid, et que vous y faites mettre tous les jours des articles.

Je pense qu'il serait utile de désarmer les gardes du corps et de les mettre à pied. Le roi Charles a fort maltraite ceux qui étaient à Vitoria. Us s'étaient emparés de son palais; il les a chassés avec beaucoup d'énergie.

Envoyez un ofûcier au général Junot pour l'instruire de ce qui se passe, et pour qu'il concourre de tous ses moyens à contenir les troupes de Galice et celles de Solano, si elles faisaient un mouvement sur Madrid.

P. S. de la main de Napoléon :

A 7 heures du soir.

Je viens de voir le roi et la reine, qui sont très contents d'être ici. Le roi a fort mal reçu ses enfants. Tous les Espagnols, même l'Infantado, etc., lui ont baisé la main; mais le vieux roi parait fort irrité contre eux.

Page 1