AU COMTE DE CHAMPAGNY
Valladolid, 7jantier 1809.
J'ai reçu votre lettre ainsi que celle de M. de Caulaincourt. Vous pouvez répondre que les deux vaisseaux russes qui sont à Toulon seront soldés, payés et entretenus de tout; il n'y aura aucune espèce de difficulté là-dessus.
Relativement à la grande-duchesse, mon intention est que M. de Caulaincourt fasse ce qui convient à l'empereur. Mon ambassadeur ne doit et ne peut céder le pas au prince héréditaire d'Oldenbourg ; mais il doit le céder sans difficulté au mari de la sœur de l'empereur de Russie toutes les fois qu'il est reconnu comme tel. M. de Caulaincourt peut même déclarer que, si le prince et la princesse venaient à Paris, ils seraient traités comme à Pétersbourg, c'est-àdire qu'ils seraient assis aux cercles de la cour, etc. Cependant, pour être en règle, il faudrait que l'empereur accordât à son beau-frère le titre d'Altesse Impériale. L'empereur d'Autriche l'a fait pour le prince Albert de Saxe ; je l'ai fait pour le grand-duc de Berg. Tout devient simple, le jour où l'empereur fera connaître par une lettre à son maître des cérémonies qu'il a donné cette preuve d'amitié à sa sœur, et dès lors, en quelque cour de l'Europe que son beau-frère vienne à se rendre, il serait traité comme Altesse Impériale sans difficulté.
Pour l'article qui concerne la Suède, il faut laisser la Russie
faire ce qu'elle veut. Répondez que peu m'importe ce qu'elle prendra à la Suède ; que je suis prêt à faire la paix, que je suis prêt à continuer la guerre, que j'approuve tout ce que fera la Russie.
Quant à l'Autriche, il faut que M. de Caulaincourt prenne le ton convenable ; qu'il dise bien que je ne crains pas l'Autriche, même avec la guerre d'Espagne. M. de Caulaincourt doit presser l'empereur de prendre des mesures pour qu'on en finisse à Vienne. 11 doit lui faire connaître que je suis avec 150,000 hommes en Italie, non compris mon armée de Naples, avec 150,000 hommes en Allemagne, non compris les forces de la Confédération, avec 400,000 hommes enfin prêts à entrer en Autriche; que je lève encore 80,000 hommes, et cela sans ôter un seul bataillon à mes armées d'Espagne. M. de Caulaincourt doit confier à l'empereur que ma garde rétrograde, qu'elle sera dans peu à Paris pour être prête à se porter sur l'Autriche, si cet état de choses ne finit pas.
Immédiatement après la réception de cette lettre, vous expédierez donc un courrier à Saint-Pétersbourg. Ajoutez que le duc de Dalmatie est à Lugo, que déjà 2,000 prisonniers ont été faits sur F arrière-garde anglaise, et qu'une partie de son artillerie et de ses équipages est en notre pouvoir.