PREMIERE SERIE
La première série des lettres que nous publions comprend trente-quatre lettres adressées à Jean- François Ségriier , antiquaire et naturaliste, né à Nîmes le 25 novembre 1703. Gomme on le verra par cette correspondance, Séguier profitait de son séjour en Italie auprès de M. de Mafïei pour consacrer une grande partie de son temps à l'étude de l'histoire naturelle du Véronais et pour faire profiter de ses recherches son illustre compatriote. Personnellement il consigna le fruit de ses observations, au point de vue des sciences naturelles, dans ses Plantae Veronenses, 3 vol. in-8°, 1745-1754, et il a légué ses collections au musée de l'Académie de Nîmes, sa patrie.
Cette correspondance provient du fonds légué à la Bibliothèque de la ville de la Rochelle par Adolphe Bouyer, archiviste-paléographe .
A Paris, ce 25e avril 1743.
Si vous aviez eu, Monsieur, occasion de parcourir le 6e volume des Mémoires sur les Insectes qui n'a paru qu'à la fin de l'année dernière, vous y auriez vu que je n'ai pas oublié ces conversations que vous me rappelez, dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 7° du mois dernier, et que je les ai mises à profit ; vous y auriez trouvé un mémoire entier qui a pour objet ces rouleaux de feuilles pour lesquels vous aviez excité ma curiosité et que vous aviez soupçonné , avec beaucoup de vraisemblance, être faits par des chenilles qui mangeaient les feuilles de rosiers (1). Des circonstances heureuses m'ont mis à portée de suivre dans leur travail les ouvrières qui font de si jolis ouvrages ; ce sont des espèces d'abeilles solitaires. M. le comte Zinanni n'eût pas dû s'en tenir à vous parler de l'article de la préface de ce volume où il s'agit des insectes qu'on multiplie en les mettant en pièces (2), il devait ce me semble vous dire un mot de l'endroit du corps de l'ouvrage où vous êtes cité. Si vous m'eussiez soupçonné de
(1) Cf. Mémoire pour servir à V histoire des insectes, par M. de Réaumur, tome VI, 4e mémoire, p. 93.
(2) Cf. Même ouvrage, préface, page XLIX. Réaumur avait donné à ces êtres, le nom de polypes d'eau douce qui leur est resté.
vous avoir oublié, j'aurais donc un titre incontestable pour prouver l'injustice de votre soupçon. Vous m'en produisez, Monsieur, encore une meilleure de la place que vous m'avez conservée dans votre souvenir, et que je suis jaloux d'y avoir, par un présent pour lequel je vous dois de la reconnaissance. Il ne m'a pas encore été remis, et si je savais le nom de celui des gens de M. le comte de Pronsac que vous en avez chargé, je le lui eusse envoyé demander. Il y aura eu moins d'embarras pour lui à faire conduire de Turin ici, la boîte que vous avez remplie des pétrifications (1) du Véronais qu'à la faire aller de chez M. le comte de Fronsac chez moi.
Je ne demeure plus dans le centre de Paris, comme vous m'y avez vu. Pour avoir à ma disposition de beaux et spacieux jardins etunemaison assez grande pour donner du logement à mes cabinets qui ne peuvent plus être logés aussi en petit qu'ils l'étaient pendant votre séjour ici, et pour avoir d'assez grands laboratoires, j'ai pris depuis plusieurs années le parti de venir m'établir dans le faubourg Saint- Antoine, rue de la Roquette.
J'y suis logé selon mes souhaits, mais pas autant selon les souhaits de ceux qui ont à m'y venir chercher. Je ne suis donc pas surpris que celui qui s'est chargé de la boîte ne soit pas pressé de me la faire remettre. Si je ne l'ai pas bientôt, je ferai faire des perquisitions chez M. le comte de Fronsac. J'ai grande impatience de voir des échantillons des pétri-
(1) Par ce mot, Réaumur entend les fossiles.
fîcations du Véronais que vous vous êtes donné la peine de ramasser vous-même. Quand, comme vous semblez le craindre, quelques-unes et même la plupart seraient des doubles de celles que j'ai déjà, elles auraient toujours le mérite d'être de pays différents. Or vous savez mieux que personne que l'histoire générale des pétrifications demande qu'on soit instruit des différents pays où se trouvent celles qui se ressemblent.
En insistant, Monsieur, sur les remerciements que je vous dois, je ne serais pas aussi sûr de vous plaire que je le suis en vous priant de vouloir bien continuer vos présents des fossiles que votre canton fournit, jusqu'à ce que vous en jugiez la suite assez complète. Si votre canton nourrit des insectes que vous n'ayez pas vus en France, ils n'auront pas échappé à vos yeux, et je vous dirai naturellement que je serais charmé que vous puissiez me les procurer pour les joindre à la collection extrêmement considérable de ceux que je conserve soit secs, soit dans une liqueur qui n'est que de l'esprit de vin affaibli avec près de la moitié d'eau, et autant chargée de sucre qu'elle en peut dissoudre.
Il n'est que trop vrai que M. de Brémond (1) est mort depuis plus d'un an. C'est une vraie perte pour les sciences qui se devaient promettre beaucoup de ses talents et de son amour pour le travail. La traduction des Transactions philosophiques va être
(I) François de Brémond, physicien, membre de l'Académie des sciences, mort le 21 mars 1742. V. son éloge par du Mairan, mémoires de l'Académie des sciences, année 1742, p. 189.
continuée. M. l'abbé de Gua (1), de l'Académie des sciences, se charge de la partie mathématique, et M. Demours (2), connu par satraduction des Mémoires de V Académie d'Edimbourg, se charge de la partie physique.
L'ouvrage qui paraît depuis peu sur les coquilles est intitulé Conchyliologie ; il est de M. d'Argenville, des Comptes (3). Je l'ai et je n'ai pas eu le temps encore de le lire. Il y a beaucoup de planches très bien gravées et c'est par où il plaira davantage.
Au lieu de prendre la voie de Genève pour vous écrire, et qui est celle que vous m'indiquez, j'ai pensé que celle de Rome devait être préférée. Je puis y faire arriver les lettres et les paquets francs, et je puis également compter sur l'exactitude du père Mazzoleni (4) et sur sa bonne volonté pour moi. Peutêtre même est-ce la voie la plus sûre de celles que vous pourrez prendre, lorsque vous aurez quelque paquet à me faire parvenir.
On n'oublie point des hommes tels que M. le marquis de Maffei (5) quand on a eu une fois le plaisir de les voir. Je vous prie de lui marquer ma reconnais-
(1) J.-Paul de Gua fie Malves, abbé , vétéran de l'Académie des sciences depuis 1741, auteur d'un ouvrage sur les propriétés ou affections principales des lignes géométriques.
(2) Pierre Demours, médecin-oculiste français, pendant deux ans démonstrateur et garde du cabinet d'histoire naturelle du jardin du roi.
(3) Le titre exact de l'ouvrage est: Histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales, la lithologie et la conchyliologie, Paris, 1642, in-4°, par Antonin-Joseph Dezallier D'Argenville. Il était secrétaire du roi.
(4) Angelo Mazzoleni, éradit italien (1710-1768).
(5) Scipion, marquis de Maffei, littérateur et archéologue distingué (1675-1755).
sance de toutes les obligeantes assurances que vous m'avez faites de sa part, et je vous prie de lui en faire mille des plus respectueuses de la mienne, et en votre particulier de vouloir bien recevoir celles de la parfaite estime et du véritable attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 28e juillet 1743.
Je suis actuellement, Monsieur, en état de vous faire mes remerciements avec plus de connaissance de la curieuse suite des pétrifications du Véronais dont vous avez enrichi mon cabinet, au moyen des perquisitions qu'a fait faire M. Amelot, notre ministre des affaires étrangères, de la boîte qui les contenait. Elle m'a été remise, il y a déjà plusieurs semaines. Depuis que j'ai eu examiné les pièces que j'en ai tirées, j'ai vu qu'elles méritaient que je n'eusse rien négligé pour les retrouver. Ces pièces, et le catalogue de M. Spada que vous y avez joint, me prouvent que la contrée que vous habitez est une des plus riches du monde en ce genre de fossiles. Si vous exécutez le projet que vous avez formé d'en donner
(1) Toutes les lettres de Réaumur ont conservé leur cachet en cire rouge armorié d'un écu ovale portant d'or au lion, de couronne do comte, croix de Saint-Louis.
un catalogue raisonné, je prévois qu'il sera un des plus amples qui ait paru sur cette matière, et je prédirais hardiment qu'il sera tout des mieux faits. Quoiqu'assez ignorant botaniste, je verrai avec plaisir celui des plantes que vous vous proposez de faire paraître avant l'autre.
Votre bibliothèque botanique ne m'est connue que par les journaux qui en ont parlé avec éloge,
S'il nous était plus aisé de faire pervenir des paquets à Vérone , les six volumes de X Histoire des Insectes y seraient bientôt rendus. J'aurais beaucoup d'intérêt de vous mettre à portée de les lire, les observations que vous y liriez, vous donneraient occasion d'en faire de nouvelles que vous voudriez bien me communiquer. J'ai parlé dans le troisième volume d'une espèce de faux pucerons qui se tiennent sur le buis (1), et dont les excréments sont une espèce de manne ; ou au moins sont-ils sucrés comme ceux des pucerons que vous avez observés sur les feuilles du Cotinus coriaria (2) ; j'accepte avec reconnaissance le mémoire plus détaillé que vous m'offrez sur cet insecte. Je serais fort curieux aussi du nid d'insecte dont vous me parlez qui est formé en spirale. Si vous avez quelques curiosités pareilles et que vous trouviez des occasions de les faire tenir à Rome, au P. Mazolleni, prêtre de l'Oratoire neuve, vous pouvez compter
(1) Les faux pucerons dont parle Réau mur, Hist. des Insectes, Mém. X, p. 351, sont les psyïlœ bucci Latr. ou Chermes buxi Fabr., rie l'ordre des Hémiptères, famille des Aphidiens.
(2) Il s'agit sans doute du Rhus coriaria, de Linnée, Fustet des corroyeurs, espèce appartenant au genre auquel Tournefort avait donné primitivement le nom de Cotinus.
qu'elles me seront envoyées exactement et fidèlement et par des voies sûres.
Je vous prie, Monsieur, d'assurer M. le marquis Maffei de mes respects, et que je suis très flatté de la place qu'il me conserve dans son souvenir. M. de Boze et M. de Mairan (1) m'ont chargé de lui faire mille remerciements et autant à vous, Monsieur, des politesses que je leur ai faites de sa part et de la vôtre.
C'est avec une parfaite estime et un véritable attachement que j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 10 janvier 1744.
La seconde boîte, Monsieur, remplie de pétrifications du Véronais et même de Piémont, différentes de celles que vous m'avez déjà envoyées, ne m'est pas encore parvenue, et peut-être différerais-je trop longtemps à vous faire mes remerciements, si j'attendais jusqu'à ce que j'aie reçue cette boîte. Quand je la sau-
(1) Claude Gros de Boze, numismate et archéologue français (1680-1753), qui contribua beaucoup à l'organisation du cabinet des Antiques transféré en 1741 de Versailles à Paris.
Jean-Jacques Dortous de Mairan, physicien et écrivain français (1678-1771).
rai entre les mains de M. le Président Boyer (1), je n'en serai plus inquiet. Je conçois fort que le catalogue raisonné des richesses fossiles du pays que vous habitez, est un ouvrage de longue haleine, surtout vous proposant de dessiner vous-même les différentes coquilles. Vous saisirez assurément mieux les particularités délicates qui peuvent les caractériser que ne ferait un dessinateur ordinaire qui ne serait aucunement naturaliste. S'il est agréable pour vous de vous trouver dans un pays qui fournit une si abondante moisson de curiosités de ce genre, il est heureux pour ceux qui aiment toutes les parties de l'histoire naturelle que vous vous soyez fixé pour quelque temps dans ce pays dont vous allez augmenter la célébrité.
J'ai profité de la voie que vous m'avez indiquée pour vous faire parvenir les six volumes des Mémoires sur les Insectes qui ont paru au jour. Il y a plus de six semaines que je les remis dans un paquet à Durand, libraire, demeurant dans la rue Saint- Jacques ; c'est lui qui les vend et qui vend généralement tous les livres qui s'impriment à l'imprimerie royale. Il me promet de les mettre dans un ballot qu'il était prêt à faire partir pour les frères Philibert, libraires à Genève. Puisque vous m'avez marqué avoir des relations avec eux vous voudrez bien leur écrire pour les engager à vous faire tenir ce paquet par la première occasion qu'ils en auront.
(1) Jean Bouhier, érudit et jurisconsulte, membre de l'Académie française, président à mortier au Parlement de Dijon. V. lettre suivante.
Vous verrez dans le troisième volume des Mémoires sur les Insectes que, quoique j'aie parlé fort au longdès pucerons, que, quoique j'en aie fait connaître un très grand nombre d'espèces, qu'il s'en faut bien que j'aie osé entreprendre même de les indiquer toutes. Dans le même volume, j'ai traité dans un assez court mémoire des faux pucerons, entre autres de ceux du buis, qui, parla douceur de la liqueur qu'ils jettent par l'anus, ont beaucoup de rapport avec les insectes que vous avez observés sur le Cotinus coriaria (1). J'espère que le hasard vous procurera, et à moy par conséquent, le petit insecte qui se forme un nid en spirale. J'ai beaucoup de petits tuyaux tournés en spirale dont l'intérieur est de pure soie et dont l'extérieur est fait de grains de sable, attachés par des fils de soie. On les trouve aux environs d'Etampes , sous les grosses roches qui fournissent les grès de nos pavés. Je n'ai jamais trouvé que la partie antérieure de ces tuyaux d'habitée, et elle l'était par un ver qui me paraissait trop petit pour un si grand logement. On pouvait soupçonner qu'il s'en était emparé après avoir dévoré l'ouvrier qui l'avait construit. Je ne sais si ces tuyaux ne seraient pas vos nids ou ne leur seraient pas analogues.
Votre lettre que je viens de relire, me donne lieu à me faire à moi-même de justes reproches d'avoir oublié tout net de mettre dans le paquet de livres, les crayons que vous désireriez avoir. Donnez-moi, je vous prie, occasion de réparer cette faute et m'en donnez aussi de plus propres à vous faire connaître
(i) Voir les notes delà lettre précédente.
l'estime et l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Je vous prie de faire de ma part à M. le marquis de Maffei mille assurances de la grande et respectueuse estime que j'ai pour lui.
A Paris, ce 16 novembre 1744.
Lorsque je reçus, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 26 juin, la boîte dans laquelle vous m'avez envoyé de nouvelles pétrifications du Véronais, m'était déjà parvenue par les soins obligeants de M. le président Bouhier. Si j'ai tant tardé à vous faire mes remerciements de ces dernières curiosités, les vacances en sont en partie cause; jeles ai passées àmonordinaireenPoitou. D'ailleurs comme je me suis bien trouvé de vous faire parvenir mes lettres par le canal du P. Mazzoleni, j'ai différé à vous faire réponse, jusqu'à ce que j'eusse à la lui faire d'une de ses lettres. Il y avait dans la boîte des pierres nummulaires, mais je ne sais point s'il y en avait de toutes les espèces que fournit le riche pays en pétrifications que vous habitez. Je vous dois non-seulement de la reconnaissance pour vos présents effectifs, je vous en dois encore davantage pour ceuxci en plus grand nombre que vous voudriez me faire,
si vous aviez des occasions de me les faire parvenir. Les morceaux lourds de pétrifications ne sont pas aisés à envoyer de si loin. J'ai l'ouvrage de M. Bourguet (1) où il a fait mention des roches de pierres nummulaires. C'était un savant que j'aimais fort et à la perte duquel j'ai été très sensible. Quand il eût eu moins de connaissances, son amour pour le genre humain me l'eût rendu cher.
Une grande branche de l'histoire naturelle manque aux cabinets les plus riches ; on n'y trouve pas de collections d'oiseaux. On y en voit tout au plus quelques-uns des plus rares d'empaillés, et qui ne s'y soutiennent que jusqu'à ce qu'il ait plu aux mittes, aux teignes et à divers autres insectes du genre des scarabées de les mettre en pièces. J'ai pensé avec regret qu'on ne pouvait faire de ces collections si nécessaires pour perfectionner l'ornithologie. Car la seule un peu considérable qui soit venue à ma connaissance est celle de M. Frisch (2), à Berlin, à laquelle il avait donné une partie de sa vie pour faire ses préparations. On m'a mandé qu'elle n'était composée cependant que de 217 oiseaux en tout.
Depuis environ un an que j'ai commencé à faire usage de moyens extrêmement simples que j'ai imaginés, j'en ai déjà rassemblé plus de six cents, ce qui forme un spectacle dont il n'y a personne qui ne soit frappé. Us sont tous dans quelques-unes des
(1) Louis Bourguet, géologue et archéologue, morl en 1742. L'ouvrage auquel il est fait allusion est sans doute le Traité des pétrifications, 1742, in-4°.
(2) Jean Léonard Frisch, naturaliste et philologue allemand (1666-1743).
attitudes qui leur sont naturelles ; en un mot le premier coup-d'œil les fait croire vivants. Il n'en est point de ceux-ci comme des oiseaux empaillés à plusieurs parties desquels les véritables proportions manquent. Et ce qu'il y a d'heureux, c'est que la manière de les préparer demande si peu d'adresse qu'on y est habile dans un quart d'heure d'apprentissage et qu'elle exige si peu de temps qu'une seule personne en prépare des trente et quarante dans un seul jour. Tout ce petit art se réduit à disposer chaque oiseau dans l'attitude où on le veut, dans une petite machine semblable en petit au travail d'un maréchal, et après qu'il y est ajusté, de le mettre au four et de le faire sécher. Il faut après que les oiseaux sont sèches les mettre hors de risque d'être attaqués par les insectes qui en sont avides. C'est à quoy il est encore aisé de réussir ; mais tous ces procédés quoique simples, seraient trop longs à décrire dans une lettre. Comme je désire qu'ils soient connus des naturalistes pour leur satisfaction particulière et pour le progrès cle l'ornithologie, j'ai changé le dessein que j'avais de les expliquer clans le septième volume des Mémoires sur les Insectes. Ils seront la matière d'un petit ouvrage séparé que je me propose de faire imprimer au commencement de l'année prochaine (1). Une des choses qui m'avait paru le plus à désirer pour parvenir à de nombreuses collections d'oiseaux était le moyen cle les faire venir des pays les plus éloignés sans qu'ils se corrompissent en chemin. Les expériences m'ont appris qu'on le peut au moyen de
(1) V. la lettre suivante.
l'esprit de vin, et ce qui est encore à meilleur marché, du vinaigre. Les plumes ont une teinture à l'épreuve de ces liqueurs, et si on a eu attention de tenir l'oiseau empaqueté d'une toile pour les empêcher de se chiffonner ; après les avoir fait sécher, on les fait reparaître telles qu'elles étaient avant d'avoir été mouillées. Les oiseaux qui ont été pendant quinze jours ou trois semaines dans la liqueur, peuvent même être envoyés de très loin, à sec. J'ai intérêt à ce que vous sachiez tout cela, car je suis persuadé que si vous trouvez dans votre pays actuel des oiseaux que nous n'avons pas en France, qu'il ne tiendra pas à vous que vous ne mêles procuriez.
Le catalogue de la Bibliothèque de M. d'Isnard est un de ces livres qu'il vous convient d'avoir. On me l'a donné et je serai charmé de vous faire ce petit présent. Je l'adresserai, et peut-être même par la poste, au premier jour, à M. Gosse, de Genève.
J'ai l'honneur d'être avec un très parfait attachement que l'estime a fait naître, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Vous ne sauriez, Monsieur, faire assez d'assurance d'estime et de respect de ma part à M. le marquis Maffei.
Paris, ce 7e mai 1745.
Si la manière, Monsieur, dont je prépare les oiseaux a quelque chose de nouveau, ce n'est pas
précisément de ce que je les fais sécher, et même en très peu de temps au focr, c'est de ce qu'on leur donne un air de vie et quelles attitudes ou veut avec une très grande facilité. En un mot la collection que je suis parvenu à rendre assez nombreuse entres peu de temps, prouve que l'on n'avait pas assez pensé qu'il y avait des moyens faciles de s'en procurer de telles.
Je quête dans toutes les parties de l'Europe et dans les différentes parties du monde où. je fais tenir des mémoires imprimés semblables à celui dont vous trouverez ci-joint un exemplaire (1). Je suis assez heureux pour trouver dans la plupart des pays des gens de bonne volonté, mais il n'y a guère de lieux où j'en trouvasse d'aussi éclairés sur toutes les parties de l'histoire naturelle et en particulier sur l'ornithologie que vous l'êtes; qui, quand ils en voudraient prendre la peine, pussent, comme vous l'avez fait, m'envoyer un catalogue des oiseaux de leur pays. Je n'hésite point à vous marquer ceux de ce catalogue qui me manquent, et je suis certain que vous tâcherez de faire naître les occasions qui peuvent les procurer. Pour les avoir et pour les envoyer dans de l'eau-devie, il faut faire des dépenses, et je ne dois pas vous laisser ignorer que le roi me rembourse celles que je fais pour l'histoire naturelle. Ainsi si vous faisiez la façon de ne pas m'envoyer la note de vos déboursés, vous la feriez, cette façon, avec le roi de France. Mais
(1) Nous n'avons jamais rencontré cet ouvrage de taxidermie qui doit être le premier du genre, nous ne l'avons vu indiqué dans aucun .ouvrage de bibliographie. V. cependant l'introduction, p. 187.
il ne m'est pas aussi aisé de m'acquitter des peines que je vous donnerais, je ne le puis que par la reconnaissance, et, en souhaitant des occasions de vous la marquer.
Voici les noms des oiseaux de votre catalogue que je désirerais que vous pussiez me procurer :
Scops Willaybey, page 99 ; — Loxia W., p. 181 ; — Attagen Adrov., p. 73; — Scolopas W., p. 213; — Ardea alba major, p. 205 — Locustella, p. 151 ; — Hortulanus Adr., p. 197 ; — Passer solitarius, p. 140 ; — Passer torquatus, p. 196; — Orthia..., (1) p. 100 ; Spipola prima et spipola altéra Aldrovandi W., p. 153 ; — Ortigometra Aldrovandi W., p. 132 ; — Gallinula polyopus minor, p. 235 ; — Alauda arborea, p. 149.
11 se peut que quelques-uns des oiseaux des environs cle Vérone, que vous y avez vus, soient échappés à votre mémoire, et il se peut encore très bien qu'ils ne se soient pas tous présentés à vos yeux. Les Francolins ne seraient-ils point du nombre des uns ou des autres ? J'en ai jusqu'ici inutilement demandé en Italie. Je fais en sorte, comme vous l'avez pensé, d'avoir autant qu'il m'est possible, le mâle et la femelle, et par rapport aux oiseaux des petites espèces, j'en ai trois à quatre de la même, et cela pour foire paraître dans des attitudes différentes, dont les unes font voir la forme des ailes qui est cachée clans les autres. Ainsi les 600 individus dont je vous ai parlé, ne sont pas de 600 espèces différentes , mais ce
(1) Le blanc existe dans l'autographe.
nombre est augmenté depuis que je vous ai écrit, et croît journellement : il me manque cependant encore bien des espèces dont il est fait mention dans les ouvrages d'ornithologie, et j'en ai qu'on chercherait inutilement dans ces ouvrages. Avez-vous des grues ? Je n'en ai point encore.
Dans l'ouvrage que je me propose de donner bientôt au public, (1) je ne me contenterai pas d'enseigner les moyens qui m'ont paru les plus faciles et les plus sûrs, pour faire des collections durables d'oiseaux. J'y parlerai aussi de ceux qui peuvent en procurer de quadrupèdes, de poissons et d'insectes. La manière que vous avez imaginée de conserver les poissons est la même dont M. Ludewig, saxon (2), a fait un grand usage. Il revint, il y a quelques années, des côtes d'Afrique, où il avait été envoyé par le roi de Pologne, avec des portefeuilles pleins d'oiseaux desséchés. Car sa manière de les préparer est de les mettre en presse, après les avoir partagé en deux, décharnés et désossés. Cette façon est très bonne. Mais j'aime encore mieux avoir des poissons dans une liqueur transparente ; ils y sont comme dans leur élément ; mais cette façon de les conserver était trop chère parcequ'on ne savait pas empêcher l'évaporation de la liqueur. D'ailleurs on est forcé à renoncer à mettre dans des bocaux de verre les poissons dont la grandeur excède une certaine mesure.
(1) Réaumur a-t-il réellement publié ce second ouvrage de taxidermie ?
(2) Ludwig (Chrétien-Théophile), célèbre botaniste et médecin allemand, fit partie de l'expédition organisée par le roi de Pologne, sous la direction de Hebenstreit.
Vous m'avez appris, Monsieur, la manière obligeante dont M. Salvi veut en user pour m'aider à étendre nos connaissances ; c'est à vous à vous charger de lui faire nos remerciements, et à l'assurer que je suis charmé de devoir à quelqu'un pour qui j'ai autant d'estime que j'en ai pour lui.
J'ai envoyé à Genève, par la poste, mais affranchi de port, le catalogue de la bibliothèque de M. d'Isnard, dès le mois de novembre ou de décembre ; si vous ne l'avez pas reçu, c'est que les occasions de vous le faire tenir auront manqué au libraire. Je vous remercie tant de vos ouvrages que de celui de M. Spada que vous me destinez.
Il ne nous reste, au Pérou, d'académiciens, que M. Godin (1) et M. de Jussieu (2). Ce dernier se dispose à en revenir. On l'y a retenu parcequ'il y a été très utile dans une maladie épidémique. M. Bouguer est de retour dès le mois de juillet de l'année dernière, et M. de la Gondamine est arrivé au commencement de cette année, ayant courageusement pris la route de la rivière des Amazones qu'il a suivie depuis qu'elle commence à être navigable jusqu'à la mer, ce qui nous vaudra un grand et important morceau
(1) Godin, astronome, membre de l'Académie des Sciences, avait été envoyé au Pérou avec la Gondamine et Bouguer pour déterminer la figure et la mesure de la terre; il ne revint qu'en 1751.
La Condamine publia en 1751, le Journal du Voyage fait par ordre du roy à V Equateur, in-4°,avec unSupplément (1758), où se trouve la réponse faite à Bouguer avec lequel il était en forts mauvais termes depuis le voyage au Pérou.
(2) Joseph de Jussieu, médecin, naturaliste, voyageur, membre de l'Académie des Sciences ; il parcourut l'Amérique méridionale pendant trente-cinq ans.
de géographie. Les observations tant astronomiques que géométriques de MM. Bouguer et de la Condamine ne laissent rien à désirer du côté de l'exactitude. Le travail de ces Messieurs est admirable dans toutes ses parties. Il confirme l'aplatissement de la terre. Faute de place, je ne vous en dirai pas davantage.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 27e août 1745.
Je pourrais, Monsieur, me promettre une collection d'oiseaux à laquelle il en manquerait peu d'espèces de celles qui sont distribuées dans les différents cantons des différentes parties de la terre, si je pouvais y avoir des correspondants qui eussent un zèle à me les procurer, tel que celui que vous me montrez dans votre dernière lettre. Ma reconnaissance lui est proportionnée, et à la connaissance que j'ai de tous les soins et de toutes les peines que va exiger de vous l'envie que vous avez de m'obliger et de m'instruire.
Permettez-moi de vous prier de réitérer mes remerciements à M. Salvi de ce qu'il a bien voulu s'associer avec vous pour me faire des récoltes d'oiseaux. Je me fusse bien donné de garde de vous
engager à y travailler, si je n'eusse pas compté que vous me donneriez sans façon une note des dépenses qu'elles vous auraient obligé de faire. En agir autrement, c'eût été me faire repentir de ce que j'avais trop peu hésité à mettre en œuvre la bonne volonté que je vous connais pour moi.
Puisque l'eau-de-vie est si chère à Vérone, qu'elle y est au moins cinq fois plus chère qu'à Paris, vous pourrez lui substituer une liqueur qui ne sçaurait manquer d'être à beaucoup meilleur marché et dont je me suis très bien trouvé ; c'est le vinaigre. Le moins rouge doit être préféré, parce qu'il ne met pas dans la nécessité d'enlever par des lotions la teinte que celui qui est rouge peut donner aux plumes. Je crois l'alun à très bon marché dans toute l'Italie ; on assure encore la conservation de l'oiseau dans le corps et dans le col duquel on a fait passer de ce sel pulvérisé, avant que de mettre l'oiseau dans le vinaigre. Si vous ne faites partir les oiseaux que vous aurez rassemblés que dans le mois de novembre, il ne sera nullement nécessaire de les envoyer dans la liqueur ; vous les retirerez du baril , vous les essuierez, même avec un linge, et vous les arrangerez dans une boîte où leurs plumes soient étendues et où ils seront assujettis par des matières molles, n'importe de quelle espèce, qui les empêcheront de balloter. Ne soyez point alarmé du mauvais air qu'ils auront alors et de ce que leurs plumes ne paraîtront plus avec leurs couleurs naturelles, tout se rétablira dès que je les aurai fait sécher. Ce n'est pas seulement l'incertitude où je suis de la somme à laquelle pourront monter les différents petits frais que vous
serez obligé de faire, qui m'a empêché de faire une remise à Genève aux sieurs Henri et Albert Gosse, c'est surtout ce qui s'est passé par rapport au catalogue de la bibliothèque de M. d'Isnard que je leur fis tenir par la poste dans le temps que je vous l'ai marqué, et que vous n'avez pas encore reçu, qui me fait craindre de la négligence de leur part. Ils n'en auront pas à tirer sur moi, et le commerce qu'ils ont ici, leur donne souvent occasion d'avoir à y remettre de l'argent. Il me semble en gros que dix ou quinze pistoles, si vous n'avez que du vinaigre à acheter, des barils et des boîtes, peuvent aller loin. Vous pouvez écrire à MM. Henri et Albert Gosse de tirer sur moi une lettre de change de l'une ou de l'autre de ces sommes ou de quelques pistoles de plus, si vous croyez que vos déboursés doivent aller plus loin. Vous les avertirez seulement de ne la tirer pour être payable que dans le mois de novembre, parce que je pars pour le Poitou à la fin de celui-ci, d'où je ne serai de retour qu'à la Toussaint.
Si vous n'avez pas reçu le catalogue de la bibliothèque de M. d'Isnard que je vous ai envoyé, et que vous ayez perdu l'espérance de le recevoir, je vous prie de m'en donner avis, je vous en ferai chercher un autre exemplaire ; je pourrai le faire parvenir à Rome franc de port, par la poste ; en cas que vous ayez des occasions commodes de l'en faire venir à Vérone.
Je ne sais si M. Ménard, conseiller de Nîmes, a fait le voyage de Paris comme il se l'était proposé, mais je n'ai pas eu le plaisir de l'y voir. Je ne vous dois pas moins de remerciements de l'exemplaire de
votre bibliothèque botanique que je vous en devrais, si je l'avais reçu.
Les quadrupèdes et les poissons que vous proposez de me faire voir, ne me feront pas moins de plaisir que les oiseaux.
M. de la Condamine m'a chargé de vous marquer et à M. le marquis Maffei qu'il est extrêmement sensible aux obligeantes assurances qui étaient pour lui clans votre dernière lettre. Je vous prie d'en faire de mon respect à ce célèbre marquis. La Relation du voyage de la rivière des Amazones que vous auriez été curieux d'entendre lire, vous la pourrez lire vousmême. M. de la Condamine la fait imprimer actuellement (1).
J'ai l'honneur d'être, avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 30 novembre 1745.
Que de richesses, Monsieur, je vais vous devoir ! je ne saurais vous exprimer combien j'ai de reconnaissance du zèle actif qui vous fait chercher tous les moyens de m'en procurer, même au-delà de ce que je vous ai marqué souhaiter. On m'avait parlé de ce
(1) V. lettre précédente.
Rebhann (1), des Allemands, ou de ce cedrone que vous n'êtes pas sans espérance de me faire avoir, et que je ne savais à qui demander. Je n'ai point de coq de bruyère ou de tetrao de cette taille. J'en attends de moins grands de Suède qui sont tout blancs (2). Ce n'est pas dans ce seul genre d'oiseaux qu'il y a de la confusion, je crois qu'on ne parviendra à les mettre une bonne fois en ordre que quand tous ceux qu'il est possible de rassembler, se trouveront dans un même cabinet où on pourra les observer et les comparer à loisir, et je pourrais me promettre de voir dans le mien, en peu de temps, ceux de toutes les parties du monde, si je pouvais autant compter sur les promesses qui m'ont été faites par tous ceux avec qui je suis en correspondance que surles vôtres. La guerre d'ailleurs, fatale à tout le genre humain, retarde mes récoltes d'oiseaux ; j'en ai déjà eu quelques-unes d'enlevées par les corsaires.
Votre lettre du 7e de ce mois m'a été remise par les sieurs Gosse dans une des leurs par laquelle ils me marquaient qu'ils n'avaient pas d'occasion de tirer sur moi une si petite somme, et que je leur ferais plus de plaisir si je la remettais au sieur Plaignard,
(1) Rebhahn veut dire proprement coq de sarment ou coq de vigne. Le plus grand coq de bruyère qui paraît devoir être confondu avec cet oiseau, porte surtout en Allemagne le nom d'Averhahn, Birthahn, c'est-à-dire coq de Marais ou coq de bois; ce serait le Tétras averhan, Tetrao urogallus, Linn. ; le gallo-cedrone italien.
(2) Il s'agit certainement d'un Lagopède, genre de la famille des Tétras, ordre des Gallinacés, qui revêtent pendant l'hiver un plumage tout blanc ; peut-être le Lagopus saliceti , commun en Suède.
libraire à Lyon , que si je la leur faisais tenir à euxmêmes. Je leur ai écrit que M. de Boze s'était chargé de 60 livres que je lui ai données pour être comptées au sieur Plaignard, pour le compte de MM. Albert et Henri Gosse. Ainsi je crois celte affaire finie.
Si j'eusse été instruit plus tôt du sort qu'a eu le catalogue de M. d'Isnard que je fis adresser à ces Messieurs, Tannée dernière, par M. d'Onsembray (1), j'y eusse apporté un remède, au moins pareil à celui que j'y apporte aujourd'hui. Ce catalogue partira avec cette lettre sous le couvert du père Mazzoleni, et pour plus grande sûreté je compte faire mettre le tout dans le paquet de M. le cardinal Tencin (2). J'attendrai à. l'ordinaire suivant à faire partir la connoissance des temps qui est chez moi, et qui vous est destinée, pour ne pas effrayer par la grosseur du paquet. Je n'oublierai pas de renfermer des crayons dans celui où sera la connaissance des temps. C'est un livre que je nevous savais pas aussi nécessaire qu'il m'a été appris qu'il vous est, pour vos observations imprimées sur la dernière comète qui m'ont été remises par M. de Mairan , et dont je vous fais mes remerciements.
Le catalogue du cabinet de feu M. Bonnier est ample, mais il a été fait par un marchand et non par un naturaliste. Si vous en êtes curieux, je vous l'enverrai. Il ne tiendra aussi qu'à vous d'avoir les
(1) Louis-Léon Pajot. comte d'Ons-en-Bray, mécanicien, membre honoraire de l'Académie des sciences, directeur général des postes.
(2) Pierre Guéri n de Tencin, cardinal et ministre en 1742 .
ouvrages de MM. Trembley (1) et Bonnet (2); celui du premier est sur les polypes, et celui du second sur les vers qui se reproduisent comme les polypes, par boutons.
Ce ne sera que bien avant dans Tannée prochaine que je pourrai faire paraître au jour un volume dont plusieurs mémoires regarderont les oiseaux.
Je n'ai pas entendu parler de M. Ménard (3), de Nismes, son voyage a apparemment été différé.
Je suis très flatté de la place que j'occupe clans le souvenir de M. le marquis Mafféi, je vous prie de lui en faire mes remerciements en l'assurant de mes respects.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite estime, et un attachement sans bornes, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 25e février 1746.
Vous devez, Monsieur, avoir reçu, il y a du temps, le catalogue de la Bibliothèque de M. d'Isnard, et la
(1) Trembley (Abraham), naturaliste suisse, le patient observateur des polypes d'eau douce (1700-1784).
(2) Il fut adjoint en 1757 à Bonnet, naturaliste (1720-1793), directeur de 'a bibliothèque de Genève.
Les ouvrages visés par Réaumur sont : de Tremblay, Mémoires pour servir à V histoire cVun genre de polype d'eau douce, à hras en forme de cornes. Leyde, 1744, à Paris; et de Charles Bonnet, le Traité d'Insectologie, 1745.
(3) Sans doute Léon Ménard, qui devint membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
connaissance des temps pour cette année, à laquelle étaient joints quelques crayons, si le P. Mazzoleni a eu des occasions de vous faire tenir ces deux livres. 11 m'a marqué avoir reçu le premier au commencement de janvier ; l'autre a dû lui arriver environ treize jours plus tard. J'ai cru qu'il convenait mieux de les envoyer à deux fois que de faire un de ces gros paquets dont on n'aime pas à charger le courrier. MM. Gosse ont dû aussi vous avoir donné avis qu'ils avaient été payés de la petite somme que vous m'aviez marquée que je pouvais leur remettre pour m'acquitter de ce que je vous devais pour vos premiers déboursés. Ce n'est que par la reconnaissance que je puis vous payer des peines et des soins que vous continuez de vous donner pour me procurer des oiseaux et des productions de la nature de divers autres genres et toutes très intéressantes pour moi. Je ne puis que vous réitérer des remerciements semblables à ceux que j'ai eu occasion de vous faire tant de fois pour les attentions que vous avez eues en dernier lieu de bien arranger et empaqueter les oiseaux que vous m'envoyez par Milan et par Genève. MM. Gosse ne manqueront pas de me donner avis apparemment de l'arrivée du ballot, lorsqu'ils l'auront reçu, avant de faire réponse à votre lettre du premier janvier où vous m'apprenez vos projets et vos tentatives pour m'enrichir des oiseaux qui me manquent. J'ai voulu être en état de faire partir les variantes du manuscrit deSyncelle(l) quevous m'avez demandées pourle
(1) Démétrius, surnommé le Syncelle, auteur ecclésiastique (xie s.), dont quelques ouvrages existent encore en manuscrit dans les bibliothèques de Paris. V. note suivante.
Père Prato (1). Vous les trouverez sous l'enveloppe de cette lettre. C'est à dom Raverdi qu'elles sont dues ; il a été engagé à ce travail par M. de Boze.
Je n'ai eu garde de cacher à ce dernier que c'était pour vous que je désirais les avoir ; je savais qu'il me saurait gré de lui fournir une occasion de vous faire plaisir. Je lui ai aussi annoncé le présent qui doit lui arriver de votre part par le canal de M. Gosse. Il m'a chargé de joirdre ses remerciements à ceux que j'ai à vous faire pour un semblable présent. Vos ouvrages en seront toujours de précieux pour moi.
L'ouvrage de M. Frisch (2) sur les insectes, dont vous me parlez, peut contenir de fort bonnes observations dont je suis hors d'état de profiter, faute d'entendre la langue dans laquelle elles sont écrites; je ne le connais guère que par ses figures et ce n'est pas le connaître par le bon endroit. J'en ai pourtant fait traduire quelques morceaux. Il y a un autre ouvrage allemand sur les chenilles et sur les papillons dont on a tout autrement lieu d'être satisfait par rapport aux figures. On ne les vend, je crois, qu'enluminées; elles le sont très bien pour la plupart. L'auteur est peintre et observateur en même temps, il s'appelle Rosel. Son ouvrage qu'il donne par feuilles s'imprime à Nuremberg. J'en ai voulu avoir quelques pages traduites dont j'ai été content.
(1) Girolamo da l'rato, érudit italien (1710-1782), publia entre autres ouvrages: De chronicis libris abEusebio cœsariensi scriptis, cum fragrventis olim excerptis a Syncello (Vérone, 1750, in-8°).
(2) Bcschreibung von allerley Insecten in Teutschland, etc., 172U-1738. Voir plus haut page 24.
L'alun ne doit pas être une drogue chère à Vérone et il me semble qu'il vous serait plus commode de vous en servir pour conserver les oiseaux que vous voudrez m'envoyer, que de l'eau-de-vie ; il ne s'agit que de leur remplir le corps, après l'avoir vidé, de ce sel réduit en poudre et de faire passer de cette même poudre par le bec jusqu'à ce que le jabot et l'œsophage soient bien pleins. C*en est assez pour conserver l'oiseau contre la corruption. On peut pourtant le saupoudrer entre les plumes de ce même sel, pour plus grande précaution. Les chairs s'altèrent quelquefois assez pour donner un peu de mauvaise odeur, mais jamais au point où les plumes tombent. Le seul désavantage qu'a cette manière, comparée à celle où l'on emploie de l'eau-de-vie, est que les oiseaux qui sont remplis d'alun peuvent être attaqués par des vers de mouches ou de scarabées, ce qui n'est pas à craindre pour ceux qui sont au milieu d'une liqueur. Aussi les premiers exigent qu'on ait l'attention de les renfermer dans des boîtes bien closes ou dans de petits tonneaux, qu'il est encore plus aisé de clore parfaitement. On pourrait aussi renfermer chaque oiseau dans un petit sac de toile fort serrée, et le plus sûr encore serait de faire ce sac de toile cirée et de cirer les coutures.
Je voudrais bien pouvoir vous épargner une partie des soins que de pareils envois exigent. Le regret que j'ai de vous obliger à les prendre, est diminué quand je pense à la disposition que vous avez à m'obliger qui vous empêche d'en sentir toute l'incommodité. Mais ma reconnaissance en devient plus grande, et j'en vois mieux à combien de titres je vous
dois le parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Je vous prie de me rappeler de temps en temps dans le souvenir de M. le marquis Mafîei, comme quelqu'un qui est plein de respect pour lui.
A Paris, ce 18° mai 1746.
Je reçus, Monsieur, enfin, hier, ce baril qui vous a coûté tant de soins et de peine, et pour lequel je ne saurais vous faire assez de remerciements. Il y a plus d'un mois que son arrivée m'avait été annoncée par MM. Gosse, et c'est ce qui m'a fait différer jusqu'à ce jour à répondre à votre lettre du 3me février. Je sais que vous êtes impatient d'apprendre en quel état il m'est parvenu et j'avais espéré d'être plutôt en état de vous en instruire. Vous n'avez négligé aucune des précautions les plus propres à empêcher les plumes de chaque oiseau de souffrir des agitations et des secousses de la route. Non-seulement chacun d'eux en particulier était bien maintenu dans sa forme par le linge dont vous l'aviez enveloppé, mais tous ensemble se trouvaient bien assujettis par la filasse avec laquelle vous aviez achevé de remplir les vides. Je ne dois pourtant pas vous cacher, quelque
regret que j'aie à vous le dire, que tant de jolis oiseaux que vous aviez rassemblés, ne me sont pas arrivés aussi bien conditionnés que vos attentions le promettaient. Ce n'est point votre faute, c'est la mienne. Je vous ai parlé autrefois du vinaigre comme d'une liqueur propre à conserver les oiseaux, sans m'expliquer assez par les précautions avec lesquelles il en fallait faire usage, et j'ai négligé de vous faire remarquer depuis que, dans le petit mémoire imprimé, je n'indique que l'esprit-de-vin ou des eauxde-vie de différentes espèces comme des liqueurs convenables. Aussi vous avouerais-je que j'ai été inquiet depuis que vous m'avez eu appris qu'avant de faire partir le baril vous l'aviez rempli de vinaigre et du meilleur que vous aviez pu trouver. Mes expériences m'avaient prouvé que les petits oiseaux ne devaient être tenus que quelques semaines dans cette liqueur, après quoi il fallait les en tirer et les faire sécher. Tl n'y a que les gros oiseaux qui puissent y soutenir pendant plusieurs mois, encore ne faut-il pas que ce soit dans du vinaigre aussi fort que celui que vous avez pris par préférence. Le plus grand effet de l'action du vinaigre est sur les os et sur les cornes. Avec le temps, il réduit les os en bouillie et rend la corne très molle. Celle de la plupart des becs de vos petits oiseaux avait été rendue aussi flexible qu'un papier mouillé. Les os du crâne, ceux des pattes, des jambes et des cuisses ont été encore plus ramollis. Je ne sais si je puis espérer qu'ils reprendront une consistance suffisante, mais les oiseaux en resteront toujours défigurés. Il y en aura pourtant plusieurs de moyenne taille et surtout les grands qui
seront sauvés de ce désastre. Les Francolins (1) par exemple ont très peu souffert.
Ces morceaux de'parchemin sur lesquels j'aurais été charmé de lire au moins le nom de chaque oiseau, n'avaient pas conservé la plus légère trace de ce que vous aviez pris la peine d'y écrire. Dans l'esprit-devin ou l'eau-de-vie les lettres conservent tout leur noir pendant une longue suite d'années. Mais je sais par des expériences que j'en ai faites, que souvent Ton ne pense pas à ce qu'on sait le mieux. Vous n'ignorez pas assurément qu'il n'est guère de meilleur dissolvant de l'encre que le vinaigre ; qu'on s'en sert pour ôter des taches de dessus le linge. Ce qui me touche le plus, dans ce désagréable événement, c'est que j'ai peur que vous ne l'appreniez avec quelque peine. Mais je n'aurais pu vous le cacher sans exposer les récoltes que vous voulez continuer de faire pour moi, à ne pas mieux réussir. Au reste ne craignez point de faire partir à sec ou simplement humides, les petits oiseaux qui auront resté une quinzaine de jours dans l'esprit-de-vin ou clans de forte eau-de-vie. Les gros oiseaux qui ont resté un mois dans de pareille liqueur, sont de même hors de risque de se corrompre. Tout ce qui pourrait leur arriver, s'ils n'étaient pas clans des vases bien clos, serait d'être attaqués par des insectes carnassiers. 11 n'y a rien de pareil à craindre dans un baril tel que votre dernier. Quand ils restent trop longtemps en route, ils se dessèchent plus qu'on ne voudrait ; ils perdent
(1) Francolinus vulgaris, St. eph. — Perdrix Francolinus, Latr .
de leur volume, les côtes se rapprochent et la capacité du ventre diminue. On pare cet inconvénient, si, avant que de mettre l'oiseau dans l'esprit-de-vin ou lorsqu'on l'en retire, on lui remplit le ventre de bourre ou de filasse, etc. Mais vous avez reçu apparemment celle de mes lettres dans laquelle je vous ai parlé d'un moyen extrêmement simple de mettre les oiseaux en état de m'arriver très bien conditionnés et sans employer aucune liqueur. C'est après les avoir vidés, de leur remplir le ventre d'alun et d'en faire passer par le bec jusqu'à ce que l'œsophage en soit bien rempli. En ajoutant ensuite les précautions que vous avez prises ci-devant pour conserver la direction des plumes et empêcher les ballottements des oiseaux pendant la route, vous pouvez être sûr qu'ils m'arriveront dans l'état où vous souhaitez que je les reçoive. Ce qui est très certain, c'est que je n'aurai pas plus de remerciements à vous faire de ceux de vos envois dont je tirerai le meilleur parti, que j'ai à vous en faire dudernier, du mauvais succès duquel vous devez vous en prendre uniquement à moi.
Des espèces de pigeons que vous m'offrez, j'accepte les tabellariae ou courriers que je n'ai point et celle qui a la grosseur d'un petit coq et qu'on nomme à Vérone Galleto.
11 m'est venu des environs de Montpellier un grand héron blanc (1), mais qui avait été maltraité par le coup de fusil. Ainsi il ne me fera pas refuser le vôtre.
(1) C'est incontestablement le Héron Aigrette, Ardea egretta de Linn., Gmel., etc.
J'ai VArdea stellaris ou butor (1), le Lagopus ou perdrix blanche (2).
Je ne puis voir qu'avec beaucoup de reconnaissance tout ce que vous imaginez et tout ce que vous tentez pour parvenir à me procurer un cedrone.
11 n'y a que l'occasion de vous faire parvenir les portraits qui seraient agréables à M. Bozzi, grand vicaire du prince de Tarente, qui me manque. Je crains d'abuser des facilités que j'ai de faire partir des petits paquets par la voie de la poste. Si je trouve quelque occasion de vous les faire parvenir, je ne la manquerai pas. Mais c'est uniquement à votre nom que ce présent devrait être fait. N'ayant aucunement l'honneur de connaître M. Bozzi, il pourrait lui paraître singulier que je m'adressasse à lui pour l'engager à s'employer pour moi.
Savez-vous quel est le canton de l'Allemagne où le Rebhan est le moins rare. On ne m'a jamais parlé que vaguement des lieux où il se trouve.
J'ai un moineau blanc qui a été tué à la campagne parmi des moineaux de l'espèce la plus commune, auxquels il est d'ailleurs parfaitement semblable. Je n'ai point de serin noir à moins qu'on ne mette au rang des serins, un oiseau de leur taille, à bec rouge, qui vient du Brésil.
Le Loxia m'est venu de Berlin. J'ai le mâle et la
d) Ardea purpurea Linn., sans doute, appelé stellaris à cause des taches de diverses couleurs qu'il porte sur le cou.
(2) Sans doute le Lagopus mutus Rich., Tetrao lagopus, Linn., commun dans les Pyrénées.
femelle, mais qui ne sont pas trop bien conditionnés. Savez-vous ce qui les rend si sacrés aux environs de Vérone qu'on n'y ose attenter à leur vie? Je veux dire si vous savez quel est le préjugé qui les fait si fort respecter. 11 vit sans doute de grain. De quel grain les nourrit-on? A-t-il quelque ramage agréable? Lui apprend-on à parler ?
Vous savez faire naître le hasard et vous préparez pour la suite celui qui me vaudra une grue.
Votre carpione (1) du lac de Garde était réduit en bouillie. J'en ai eu grand regret. Il était, ce me semble, comme le reste, dans le vinaigre. Vous m'aviez cependant marqué l'avoir mis dans l'eau-de-vie.
Vous devez avoir reçu, il y a déjà longtemps, le manuscrit où. vous trouverez collationné fidèlement par dom Raverdi, ce que vous aviez souhaité l'être, à l'abbaye Samt-Germain pour un de vos amis.
Je compte faire partir avec cette lettre, à l'adresse du comte Mazzoleni, l'ouvrage de M. Tremblay (2) ou celui de M. Bonnet, et lui envoyer par un des ordinaires prochains celui des deux qui sera resté. Leur prix est peu de chose ; ils ne doivent pas manquer à un recueil de livres d'histoire naturelle tel que le vôtre.
Un corps de toute l'histoire naturelle qui est l'objet des livres et des mémoires que vous rassemblez est à la vérité un ouvrage dont l'immensité doit effrayer. Mais avec un grand amour et un amour persévérant
(1) Espèce de truite? C'est le nom donné dans les Alpes au Salmo Alpinus, Bl.
(2) V. plus haut, page 37 ,
pour le travail et avec un esprit aussi bon que vous l'avez, on conduit loin ce qui n'eût pas semblé exécutable. L'intérêt que je prends au progrès des différentes parties de cette science ne me permet pas de voir, sans beaucoup de satisfaction, le zèle avec lequel vous cherchez à y contribuer, et me fait prévoir avec plaisir qu'elles ne sauraient manquer de vous devoir beaucoup.
J'ai l'honneur d'être, avec une parfaite estime, une véritable reconnaissance et un très sincère attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Je vous prie d'assurer de mes respects M. le marquis Maffei.
A Paris, ce 21 juillet 1746.
Jusqu'ici, Monsieur, je n'avais reçu de vous que des lettres qui m'avaient fait beaucoup de plaisir ; mais votre dernière datée du dixième de juin, m'a véritablement affligé en m'apprenant que vous aviez été tourmenté pendant six mois par une collique néfrétique. J'espère que vous vous conduirez de la manière la plus propre à en empêcher les retours. Mais cette espérance ne suffit pas pour me tranquilliser. Vos lettres me deviennent plus nécessaires
qu'elles ne me l'ont été. J'ai besoin qu'elles m'assurent que votre santé se soutient.
Divers contre-temps se sont réunis pour empêcher de partir ces deux volumes de M. Trembley que vous trouverez joints à cette lettre. Il y a plus de cinq ou six semaines que j'avais espéré en faire charger le courrier. J'ai actuellement pour vous l'ouvrage de M. Bonnet; mais la crainte de revenir trop coup sur coup à donner des paquets à la poste, me le fera garder encore quelque temps.
J'ai fait à M. de Boze tous les remerciements que vous souhaitiez lui être fait de votre part. Je suis chargé de vous en faire de la sienne de l'attention que vous avez eue de lui indiquer deux livres qui sont au nombre des rares. Il les a. Il me fit voir qu'il en fait mention dans son catalogue qui est un chefd'œuvre d'élégance. Il est dommage qu'il n'ait voulu qu'il n'y en ait eu que vingt exemplaires de tirés (1). Ce n'est pas assez pour le faire même simplement voir aux curieux.
La lettre du Père Prato a été portée à dom Raverdi par un de mes domestiques.
Les sieurs Gosse m'ont envoyé la note du port du baril jusqu'à Genève, qui se monte à 39 livres. Je les ai fait remettre à leur père qui est ici actuellement. J'ai payé aussi le port de Genève à Paris lorsque le baril est arrivé. La voie de Marseille sera moins chère. Vous pouvez adresser ce que vous aurez à me faire parvenir à M. Pignon, inspecteur général du commerce. Je vous l'indique parce que M. d'Héri-
(1) Vingt-cinq dit Quérard, dans la France littéraire.
court, intendant général des galères, est actuellement à Paris pour plusieurs mois.
Rien n'était plus inutile, Monsieur, permettez-moi de vous le dire, que le compte que vous m'avez envoyé de la petite somme que je vous ai fait remettre. C'eût été assez de me marquer que vous l'aviez dépensée, à 7 livres près. Ce compte m'a montré à la vérité que vous aviez bien ménagé ma bourse, mais j'en étais très convaincu. Les premiers oiseaux que je recevrai de vous, auront sûrement un sort plus heureux que les autres ; les pluviers et les bécasses sont très aisés à avoir ; mon cabinet en est fourni.
L'année prochaine sera peut-être plus heureuse pour les cedrons et les grues. Je sais qu'il ne tiendra pas à vous qu'elle ne le soit.
Les feuilles sur les chenilles et les papillons dont je vous ai parié, sont d'un M. clu Rosel, peintre. Elles sont imprimées in-4°. Ainsi elles n'ont rien de commun avec l'ouvrage in-folio dont vous m'avez envoyé la note.
Ne craignez rien de l'alun que la mauvaise odeur que les oiseaux auront pendant quelque temps. Mais ils ne perdront pas une de leurs plumes, s'ils ne sont pas attaqués par des insectes carnassiers.
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite estime et le plus véritable attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
M. de Boze et moi nous vous prions de faire mille assurances à M. le marquis Maffei de notre respect pour lui.
A Paris, ce 13e novembre 1740.
Je ne suis, Monsieur, qu'arrivé de Poitou où j'ai passé les vacances à mon ordinaire ; peu de jours avant mon départ de Paris, je reçus votre Bibliothèque botanique que Madame votre mère avait eu l'attention de remettre à une personne qui s'est bien voulu charger de me l'apporter. A mon retour, j'ai trouvé chez moi le paquet de livres que vous m'avez fait parvenir par la voie de Genève, que j'ai eu à peine le temps d'ouvrir. J'ai cependant vu qu'il contenait la nouvelle édition des Coquilles fossiles des environs de Vérone, et un catalogue des productions naturelles des environs de la môme (1). Je reçois volontiers votre ouvrage comme un présent précieux ; mais pour les deux autres que vous avez achetés, je vous prie de les porter dans le compte des dépenses que vous serez obligé de faire pour me procurer des oiseaux. Je vois avec une nouvelle reconnaissance par votre lettre du premier septembre combien vous vous en occupez ; combien de mesures vous prenez pour m'enrichir de ceux qui me manquent. Ce n'est point la politesse; c'est la vérité pure qui exige que
(1) Plantœ veronenses seu stirpium quae in agro veronensi reperiuntur metiiodica synopsis. Accedit BiblioUiecœ botanicœ supplément um. Veronensis, 4745-1754. 3 vol. in-8\
Les coquilles fossiles sont-elles de Séguier ? Aucune des bibliographies de cet auteur ne mentionne cet ouvrage.
je mette sur mon compte le mauvais sort de ceux de votre premier envoi. Je vous ai ci-devant marqué que ceux qui sont assez gros pour être vuidés et dont vous remplirez le ventre et le col d'alun, ne seront pas exposés à en avoir un pareil. Mais je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il y a une matière encore plus aisée à trouver que l'alun et dont l'effet est plus prompt et plus sûr. C'est la chaux vive pulvérisée. Si donc, Monsieur, vous voulez bien vous donner la peine de remplir le ventre des oiseaux que vous aurez, de chaux vive, et d'en remplir leurs cols, en la faisant passer par le bec, vous les défendrez contre la pourriture. Il ne restera qu'à empêcher que les mouches ne puissent aller pondre sur eux, et à les mettre hors des atteintes des vers et des scarabés que je nomme disséqueurs. Le moyen d'y réussir est de les tenir clans des boîtes ou d'autres vases si bien clos que les insectes ne puissent s'y introduire. En m'apprenant que le Cedrone porte en allemand le nom d" Aver-hahn (1) vous me mettez en état de le demander en Allemagne, en cas qu'on ne pût vous tenir en Italie la promesse qu'on vous a faite. Un oiseau du Tyrol dont je serais plus curieux que du Loxia, parce que j'en ai actuellement deux de cette dernière espèce, qui me sont venus de Berlin, c'est le merle bleu et rouge. Il est représenté dans les planches de Frisch (2), ce qui m'engagea à le demander à Berlin. Mais on m'a fait réponse que
(1) V. page 35.
(2) Petrocossyphus saxatilis, Tardas saxalilis Lalli. Atlas d'Oibigny, oiseaux, page 18.
M. .Frisch n'en avait vu qu'un qui était venu du Tyrol où ils ne sont pas rares, mais qu'on n'en trouvait point dans le Brandebourg.
Je n'ai point la lettre de Zorn, de avibus Germanise. Je serais bien aise de l'avoir; mais je ne voudrais pas que vous vous privassiez pour moi de l'exemplaire que vous en avez.
Sous le nom de fausse-teigne que vous donnez à l'insecte qui s'introduit dans les coques des vers à soie pour en manger la chrysalide, je n'hésiterais pas aie prendre pour un ver disséqueur qui se trans. forme en scarabé disséqueur, tant il est reconnaissable dans votre description. Aussi ne dites-vous point qu'il se fait un tuyau pour se loger, et le tuyau fixe caractérise les fausses-teignes qui n'en ont pas un portatif comme les véritables teignes. Je suis d'autant plus fondé à le penser ainsi (que) M. Baux, médecin de votre ville de Nîmes, m'a écrit avant ces vacances pour me demander un moyen de mettre les chrysalides des papillons à l'abri des dents d'un scarabé qui les mange, et qui en avait mangé cette année un grand nombre de celles que madame sa femme avait conservées pour avoir de la graine. Il m'a envoyé plusieurs de ces scarabés ; ce sont de ceux que je viens de désigner par le nom de disséqueurs. Ils viennent de vers très voraces et carnassiers comme eux. Ce sont les vers et les scarabés dont les naturalistes ont tant à se plaindre, qui font de si grands ravages dans les collections de matières animales desséchées. C'est surtout contre eux qu'il faut défendre celles des oiseaux.
Je verrai avec plaisir le dessin du ver mangeur de
pucerons que vous avez observé, qui diffère apparemment de ceux que j'ai fait graver.
Le ver rouge que vous avez trouvé attaché à l'aile d'un papillon nocturne, n'est-il pas le même qu'on voit souvent sur les mouches à deux ailes et sur les demoiselles ? Si ce l'est, il ne doit pas marcher volontiers.
On trouve des coques en bateau blanches entre l'écorce soulevée et le bois de différents arbres.
J'ai l'honneur d'être avec un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Ne laissez pas oublier, je vous prie, à M. le marquis Maffei combien je le respecte.
A Paris, ce 28e janvier 1747.
Votre lettre, Monsieur, du 8° janvier de l'année dernière, m'annonce bien des richesses que j'ai grande impatience de voir arriver. Vous êtes donc enfin parvenu à avoir ce Cedrone (1) qui a été si longtemps l'objet de nos désirs à l'un et à l'autre. Et je puis me promettre d'en être le possesseur bientôt et celui de beaucoup d'autres jolis oiseaux dont vous
(1) V. page 35.
m'avez envoyé une longue liste. Vous m'en eussiez envoyé une bien autrement longue, si vous vous fussiez proposé de me donner celle de toutes les peines et de tous les soins qu'il vous en a coûté pour me faire d'aussi bonnes récoltes. Je les imagine bien et j'en ai la reconnaissance que je dois. Vous n'avez pas même voulu vous souvenir des dépenses auxquelles elles vous ont engagé. Je vous prie de ne pas oublier de m'envoyer la note dans votre première lettre et de me marquer en même temps la voie par laquelle je pourrai vous en faire tenir le montant.
Les nœuds que vous avez faits et qui sont relatifs à votre liste sont un moyen sûr de retrouver les noms de chaque oiseau. L'aventure de l'année dernière vous a donné de la défiance pour les étiquettes de parchemins écrites avec de l'encre ordinaire. N'en ayez point à l'avenir ; je puis vous certifier que j'ai des noms écrits sur du parchemin dont l'encre a la première noirceur, quoiqu'ils aient été tenus dans l'eau-de-vie depuis huit à dix ans.
Ne craignez rien aussi pour les oiseaux qu'on retire de l'eau-de-vie avant de les faire partir ; ils sont hors de risque de se corrompre.
J'ai cru devoir rassembler clans un imprimé plus long que celui que je vous ai envoyé ci-devant ; les différentes manières de conserver les oiseaux qu'on veut faire parvenir sains dans les pays éloignés. Chacun choisira celle qui sera le plus à son goût, ou plutôt celle à laquelle il lui sera plus commode d'avoir recours selon les circonstances où il se trouve. Si vous avez besoin d'un plus grand nombre d'exemplaires de ce petit mémoire que je ne vous en
envoyé, marquez-le moi. Je vous en ferai tenir autant que vous en pourrez distribuer. Je cherche à les répandre par tout le monde.
Je ne puis me trouver que très honoré des marques publiques de son estime que M. le marquis Maffei veut me donner. Je prie de l'assurer que j'en suis extrêmement flatté en lui renouvelant les assurances des sentiments que vous savez que j'ai pour lui.
Les grues auront beau faire, il arrivera à quelqu'une dans la suite ce qui est arrivé au cedro?ie, de tomber dans les embûches que vous leur faites dresser.
J'ai senti, Monsieur, combien il vous devait être désagréable d'être harcelé pour la restitution d'un livre qui n'est plus en votre pouvoir parce qu'il vous a été volé, et je me trouve assez heureux pour pouvoir vous mettre à l'abri d'être inquiété pour ce même livre. M. de Boze a eu plus de facilité à me le procurer qu'il ne l'avait pensé. Il m'avait même offert celui qu'il possède en cas qu'on ne parvînt pas bientôt à en trouver un autre exemplaire. On l'a rencontré et à un prix si au-dessous de celui d'un livre rare qu'il ne mérite pas qu'on en parle. La relieure n'est pas aussi fraîche que nous l'eussions souhaité, mais il n'est pas d'ailleurs mal conditionné. Je le fais partir avec cette lettre par le courrier ; je l'adresse au Père Mazolleni en le priant de vous le faire tenir par la première occasion qu'il pourra avoir.
MM. Gosse ne m'ont point encore donné avis de l'arrivée de la boîte et du baril, à Genève. Us n'y manqueront pas, quand ils les auront reçus l'un et l'autre.
Les remerciements que j'ai à vous faire ne se
bornent pas à des oiseaux ; je vous en dois pour des pétrifications, pour des fourreaux d'insectes et pour des livres. Entre ces derniers, il en est néanmoins dont vous ne devez pas hésiter à marquer le prix sur votre mémoire de dépense. Vous cherchez en tout genre à me faire les plaisirs auxquels je suis le plus sensible. Je serais très content, si je savais trouver aussi bien les occasions de vous obliger et de vous faire connaître le parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 25 mai 1747.
Ce n'est, Monsieur, que depuis peu de jours que j'ai enfin reçu l'envoi du départ duquel vous m'aviez donné avis par votre lettre du 8e décembre de l'année dernière ; autant que j'ai eu d'impatience de le voir arriver, autant en ai-je actuellement de vous faire parvenir mes remerciements et de vous apprendre que j'ai trouvé tous les oiseaux dans un état fort différent de ceux du premier envoi. Ils étaient tous très bien conditionnés, en un mot vos soins ont eu le succès qu'ils méritaient d'avoir. Le cedrone est déjà placé dans mon cabinet, et il y a un grand air. C'est Yurogallus ou tetraomajor Aldovrandi (1), le grand
(I) V. plus haut page 35.
coq de bruyère. Je n'avais de ce genre que des espèces d'une grandeur moyenne ou petite. Il était digne des peines que vous vous êtes données pour me les procurer.
Il manque pourtant une chose à cet envoi ou aux lettres qui me l'avaient annoncé. J'ai à vous reprocher un oubli et le seul peut-être dont vous soyez capable par rapport à ce qui peut me faire plaisir. C'est de ne m'avoir pas marqué à quoi se montent vos déboursés et si vous souhaitez que je les remette comme je remis les premiers à MM. Gosse. Je vous serai redevable d'assez d'autres façons, quand je ne le serais pas d'argent, Je vous prie donc de me contenter sur cet article dans voire première lettre.
Votre écriture à la péruvienne ne courait aucun risque d'être effacée pendant la route, et au moyen de la clef que vous m'en avez donnée, elle m'a fait trouver aisément le nom de chaque oiseau.
Le petit rat de campagne me paraît avoir une position singulière des deux cuisses antérieures, si la compression n'a pas contribué à la leur faire prendre. Nous lui avons inutilement cherché les cornets des oreilles. Doivent-ils lui manquer? S'il vous revient encore quelques rats de cette espèce, je vous prie de me. les envoyer.
J'avais déjà eu des loxia qui m'avaient été envoyés de Berlin, mais celui que je vous dois me dispose à croire qu'il y en à de deux espèces.
Les couleurs de celui de Berlin ne sont que des bruns assez communs, et le vôtre en a de belles et variées. Le bec du vôtre n'est pas aussi arcqué que celui des autres, Si vous pouvez m'en procurer encore
quelques-uns de cette espèce, si bien colorée, vous me ferez plaisir. Le croisement du demi-bec supérieur, avec le demi-bec inférieur n'a pas été fait pour rien, et je serais encore embarrassé pourquoi il l'a été, si M. Frisch ne m'eût appris que le loxia détache avec son bec les espèces d'écaillés de pommes de pin pour avoir les pignons qui sont dessous. Seriez-vous à portée de mettre une pomme de pin à la disposition d'un loxia, et voudriez-vous observer sa manœuvre pendant qu'il soulève une écaille. Cette manœuvre mérite d'être décrite.
Je ne sais par quel accident il est arrivé que les becs de plusieurs oiseaux sont arrivés très émoussés. Heureusement que ceux qui ont été maltraités sont de petitesespèces, communespresque partout, comme les messanges. bruants, verdiers, etc. J'aurais voulu que quelques-uns de vos moineaux et de vos ortolans n'eussent pas été dans le même cas. Il y a apparence que c'est dans la liqueur que ces becs ont souffert. Votre liqueur n'aurait-elle pas été de l'eau-de-vie forte? L'auriez-vous mêlée avec du vinaigre capable de ramollir la corne, ce que l'esprit-de-vin ne saurait faire ?
Enfin vous êtes donc parvenu à avoir une grue et même à l'avoir bien conditionnée. Il faudrait qu'elles eussent été plus habiles qu'il n'est permis aux grues de l'être, pour qu'il n'y en eût pas une qui eût donné dans les embuscades que vous leur avez fait tendre. Un de nos proverbes est : « Qui chapon mange, chapon lui vient ». Le voilà vérifié aussi pour les grues.
Depuis que j'ai reçu la bonne nouvelle du départ de
celle que vous m'avez acquise, M. l'abbé Cerrati (1) m'a appris qu'il en faisait partir une par la voie de Marseille. Elle est accompagnée d'un oiseau qui lui est assorti pour la taille, d'un Phœnecoptems (2) que m'envoie le prince de Craon (3) qui a été tué en Toscane. C'est, comme vous l'avez pensé, pour moi que ce prince fait des perquisitions d'un merle rouge-bleu. Il a un empressement pour enrichir ma collection qui va au-delà de ce que je puis désirer. 11 se prive de ce qu'il a de plus rare pour me faire présent. Je lui dois entre autres deux oiseaux du Brésil que je mets dans la classe des grives, dont le bleu est si éclatant qu'il n'est personne qui les voie sans se récrier sur leur beauté (4).
Les coques ou loges en spirale que j'ai trouvées dans votre envoi, sont les mêmes dont j'ai dit quelque chose dans mes mémoires imprimés. Mais l'histoire de l'insecte qui les construit ne m'est pas encore connue.
Les deux oiseaux à qui on donne à Vérone le nom de Francolins sont les mêmes que nous appelons c/clinotes de bois et fort différents des Francolins de Toscane (5). J'en ai deux de ceux-ci qui m'ont été envoyés par le prince de Craon et par l'abbé Cerrati.
(1) Cer.iti (Gaspard), littérateur et théologien italien (1690- 1769), oràtprien, voyagea beaucoup en France.
(2) Phœnicoplems ruber, Linn.., vulgairement appelé Flamant.
(3) Marc de Beauvaû, prince de Craon, vice-roi de Toscane sons le règne de François de Lorraine devenu empereur.
(-4) Mimus eaturninus, Turdus salornimis, Liclit. ?
(5) Telrao Iionasia, Linn., Bonasia sylvestris, Drehn., le Francolin de Toscane serait sans doute Françolinus vulgaris, Styeph.
Le grand dictionnaire de médecine qui paraît au jour est une traduction de l'anglais. On y a fait quelques additions et corrections. J'en ai entendu parler avec éloge. Mais j'en ai lu trop peu d'articles pour pouvoir en porter un jugement.
Cinquante planches in-folio, que vous avez déjà dessinées, des pétrifications du Véronais et auxquelles vous en voulez joindre d'autres pour les pétrifications des différents endroits de l'Italie m'annoncent un grand ouvrage sur cette matière qui dans les derniers a été si fort au goût des naturalistes.
C'est M. l'abbé Nollet (1) comme vous l'avez soupçonné, qui a fait paraître depuis peu un petit volume dans lequel il a mis en ordre les principaux phénomènes de l'électricité et où il tâche de les expliquer. L'ouvrage en est très bien écrit et on ne peut guère exiger d'explications plus probables et qui s'appliquent plus naturellement à tant des effets si singuliers que celles qu'il a données. L'auteur est un garçon qui a beaucoup de mérite. S'il y a dans la physique une matière propre à exciter à faire des expériences, c'est sans doute l'électricité. 11 eût été étonnant que l'Italie eût été la seule partie du monde savant où on eût négligé de répéter celles qui sont connues et de leur en ajouter de nouvelles. Il me semble que quelque
(1) Réaumur avait mis généreusement à la disposition de l'abbé Nollet son laboratoire et ses appareils pour les études que le jeune savant poursuivait sur les phénomènes électriques ; ce fut celui-ci qui en 1753, remplaça Réauniur comme pensionnaire à l'Académie des sciences. Le volume auquel il est fait allusion ici est l'Essai sur l'électricité des corps, Paris, 1747, in-12.
obscures qu'en soient encore les causes aujourd'hui, qu'elles pourront par la suite répandre un grand jour sur la physique; elles nous apprennent déjà qu'il y a un agent qui jusqu'ici avait échappé à nos sens et qui est capable de produire les plus grands effets.
Je vous remercie de l'épître de avions Germanise. L'exemplaire en feuilles sur les sigles grecques a été maltraité dans la caisse. Il a été taché en bien des endroits. M. de Boze à qui je l'ai remis ne vous en est pas moins obligé et m'a chargé de vous renouveler les assurances de sa parfaite estime. Je vous prie de renouveler aussi celle de mon respect à M. le marquis Maffei.
Je ne vous fais pas en détail la moitié des remerciements que je vous dois. Je ne vous dis rien de la Dissertation du somnambule, de l'ouvrage de physique d'un de vos amis ; je ne les ai pas encore las. Mais je n'ai eu qu'à ouvrir les yeux pour voir, et j'ai vu avec plaisir les deux cornes d'Ammon (1), les deux oolithes.
Quelqu'un qui a tant à vous remercier ne peut manquer d'être comme je suis avec beaucoup de reconnaissance et un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
(1) Nom ancien des Ammonites.
A Paris, ce 17° juillet 1747.
C'est bien le moins, Monsieur, que je me hâte de vous apprendre que la grue que j'ai tant désirée est enfin placée dans mon cabinetdepuis quelques jours. Je suis persuadé que vous avez de l'impatience de la savoir arrivée en bon état. Grâces à vos soins, elle a très bien soutenu le voyage ; elle n'a perdu que très peu de plumes et n'en eût point perdu, si une crainte assez fondée ne vous eût fait préférer la chaux éteinte à la chaux vive. La vive ne fait point d'impression sur la couleur des plumes et dessèche mieux; elle se ressaisit de l'humidité qui aurait aidé à la corruption do la peau à laquelle les plumes sont attachées. J'ai été aussi à portée de comparer l'effet de la chaux dans ces deux états différents que si j'en eusse fait l'expérience exprès. Deux jours après l'arrivée de votre grue, j'ai reçu celle que M. l'abbé Cerati m'a envoyée de Pise. 11 avait rempli tous les vuides qu'elle laissait dans le tonneau avec de la chaux vive, ce qui a très bien réussi. Aucune des plumes n'est tombée ni n'a montré des dispositions à tomber. Leurs couleurs n'ont point été altérées. Je n'ai pas trop de ces deux grues ; je soupçonne que l'une est mâle et l'autre femelle. Il y a quelques variétés dans la distribution des couleurs. Celle de l'abbé Cerati est plus grosse que la vôtre, et a à ses ailes des plumes qui, par leur bout, ont quelque ressemblance avec celles de l'autruche ce que les pareilles plumes des ailes de la vôtre n'ont pas. Je ne
saurais vous faire assez de remerciements des peines que vous avez prises pour me les procurer. Mais ne me laissez pas au moins vous être si longtemps redevable des avances que vous avez faites.
Le merle couleur de rose m'était absolument inconnu et vous devez penser que j'ai été très aise d'en pouvoir enrichir ma suite des merles. Les deux moineaux solitaires sont mieux conditionnés que ceux que j'avais. Le pic vert ne diffère en rien de ceux de ce pays dont je suis bien fourni.
Je vous suis obligé de la lettre de M. Zorn sur les oiseaux de la forêt noire, outre que je suis bien aise de l'avoir pour elle-même. Elle m'indique deux ouvrages sur les oiseaux qui me sont parfaitement inconnus. L'un, de ce M. Bruckman à qui la lettre est adressée (1), et l'autre de M. Zorn lui-même. Avezvous quelque connaissance de ces deux ouvrages. J'écrirai en Allemagne pour les avoir.
Je vous réitère les assurances de ma véritable reconnaissance et celle du parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 27 novembre 1747.
Dès que la lettre, Monsieur, que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire dans le mois de septembre, a
(I) Bruckmann (François-Ernest), médecin et naturaliste allemand (1697-1753).
passé entre les mains du Père Mazzoleni, je me promets qu'elle ne sera pas perdue pour moi. Je n'ai qu'à en regretter le retardement. Ce regret est encore augmenté parles deux exemplaires du nouvel ouvrage de M. le marquis de Maffei dont elle est accompagnée Délia formatione de Fulmini. J'ai grande impatience de le lire, et je n'en ai pas moins de lui marquer ma reconnaissance del'exemplaire dont il me fait présent, et de ce qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser une des lettres qui composent cet ouvrage. Faites-lui en, je vous prie, mes remerciements le mieux qu'il vous sera possible, et vous aurez peine à lui en faire assez à mon gré.
J'ai annoncé à M. de la Condamine l'exemplaire qui lui est destiné et la lettre qui lui est adressée ; il souhaite comme moi marquer sa reconnaissance à l'illustre auteur.
M. de Boze m'a chargé de vous faire et à M. le marquis Maffei des assurances semblables à celles que je lui ai faites de vos parts, de l'un et de l'autre. L'ouvrage dont vous m'avez envoyé le projet d'association est fort dans son goût. Aussi se mettra-t-il volontiers au nombre des souscripteurs. 11 vous prie de lui en retenir une souscription et de me marquer combien elle est en argent de France et à qui il pourra en remettre le montant.
La caisse d'oiseaux que vous m'avez préparée m'est une nouvelle preuve que vous êtes constamment occupé du soin d'enrichir ma collection. J'y ai déjà une aigle, mais j'espère que celle que vous m'avez acquise ne sera pas de la même espèce grâce à vous et à M. l'abbé Gerrati. Je suis très bien en grues. Ne
vous inquiétez pas pour m'en procurer une nouvelle qui me serait inutile. La cherté des ports des gros oiseaux détermine à ne vouloir dans leur genre que le nécessaire. Ce merle bleu pour lequel on vous a envoyé le petit pic varié est apparemment extrêmement rare. M. le prince de Craon n'a pas pu mieux réussir que vous à l'avoir. L'oiseau dont vous m'avez envoyé la description ci-devant est sûrement le merops. J'en ai une jolie et singulière espèce, outre l'ordinaire qui m'a été envoyée de Suisse. Elle a un très beau rouge sur les ailes. Je me ferai un vrai plaisir de remettre à Madame la comtesse de Vertillac tout ce que vous lui avez destiné. Je lui en aurais donné l'avant-goût, si elle était à Paris, mais elle n'est pas encore de retour de la campagne.
J'écris dans le moment à MM. Albert et Henri Gosse pour savoir s'ils trouveront bon que je remette à Montalant. leur correspondant, auquel ils m'ont toujours adressé, les 30 livres dont vous êtes en avance pour moi.
Le détail dans lequel vous avez pris la peine d'entrer sur les lettres de François-ErnestBrukmann, m'a mis en état de demander en x\llemagne celles dont je puis être curieux. Je ne suis point content de l'ordre dans lequel Linnœus a mis les oiseaux dans son Sistema naturie et dans sa Fauna suecica (1). Je n'ai vu ni la dissertation de Iludbeck de ave jelau, ni celle de Daniel Grutzmann de avions paradisiacis ; je vous remercie de me les avoir indiquées.
(I) Il s'agit sans doute des Epistolœ itinerarce publiées en trois centuries en 1742-1749-1750.
MM. de Jussieu que j'ai salués de votre part se plaignent que vous les avez un peu oubliés. Us sont fort de mes amis et me donneront volontiers des graines, mais je voudrais savoir celles que vous désireriez.
L'ornithologie n'est pas seulement une science extrêmement curieuse. Elle a des côtés très utiles par lesquels elle mérite d'être envisagée. C'est pour commencer à donner quelque idée des utilités qu'on en peut retirer que je lus, il y a quelques jours, dans notre assemblée publique, un mémoire sur la manière de faire éclore des poulets et des oiseaux de toutes espèces en telle quantité qu'on voudra et en toutes saisons par le moyen des couches de fumier. Ma basse-cour est très peuplée de poulets que j'ai fait naître dans ces couches. Les procédés que je ne suis parvenu à trouver qu'après des expériences infructueuses suivies pendant une année entière, sont pourtant aussi simples qu'on peut le désirer, à portée de tous les gens de la campagne- J'espère qu'ils mettront en état de multiplier en tous pays les oiseaux domestiques, ce qui est à désirer. C'est une voie bien plus commode que ne le sont les fours d'Egypte qui ne permettent que d'opérer que très en grand. Au moyen de couches de fumier, ou fera naître des poulets en aussi grande et aussi petite quantité qu'on voudra. J'ai ôté toutes les difficultés qu'on croirait trouver dans la manière de les élever. J'ai lieu d'espérer que cette pratique s'établira parce qu'elle est commode et utile. Une très longue lettre pourrait à peine suffire pour vous l'expliquer. Vous en serez mieux instruit par un petit ouvrage in-12 ou in-8°que
je me propose de faire imprimer en quelques mois.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 6° février 1748.
Je viens, Monsieur, d'écrire à M. le marquis Maffei une lettre dans laquelle je ne lui ai pas fait assez de remerciements à mon gré de la politesse qu'il a eue de m'adresser une de celles qu'il a fait imprimer dans son recueil et du présent de ce recueil (1). Je vous prie de vouloir bien m'aider à lui marquer mieux ma reconnaissance. Les deux exemplaires de ce recueil n'ont pas pris heureusement la voie de Genève, ils m'en sont arrivés plus tôt ; je les ai reçus par la poste. Dès que je les ai eus, je n'ai pas manqué de remettre à M. de la Condamine celui qui lui était destiné.
C'est vous même que j'ai actuellement à remercier du dernier envoi d'oiseaux que vous m'avez fait. Je me représente tous les soins et toutes les peines qu'il vous faut donner pour les rassembler, les défendre contre la corruption et les encaisser. Ma reconnais-
(1) Nous ignorons de quel recueil il est ici question. Dans l'ordre purement scientifique, nous ne trouvons vers cette époque que l'ouvrage intitulé : Délia formazione del fulmini, Vérone, 1747, in-4\
sance y est proportionnée. Rien n'a souffert de Ja longue route, ce qui est l'effet de l'attention que vous avez eue à bien arranger les différentes pièces qui remplissent la caisse. Aussitôt qu'elle a été arrivée, j'en ai retiré la petite boîte et l'exemplaire des lettres de M. Maffei qui étaient pour Madame la comtesse de Vertillac et je les lui ai fait porter.
La petite aigle que vous m'avez envoyée me manquait. Je n'en ai qu'une autre d'une des grandes espèces. J'ai oublié de vous marquer que, quoiqu'il soit à propos de faire passer de la chaux dans le col des oiseaux, qu'il ne faut pas les en trop bourrer. Ils en deviennent trop roides. Autant qu'il est possible, il convient de les placer clans la boîte dans une des attitudes naturelles.
L'oiseau vert-bleu et jaune est le geai de Strasbourg que je n'ai jamais pu avoir d'Alsace malgré ce qui a été tenté par diverses personnes pour me le procurer. Les premiers oiseaux de cette espèce que j'ai eus, me sont venus de Malte. M. le prince de Craon m'en envoya un l'année dernière tué aux environs de Florence, et enfin il m'en est venu un de Franche-Comté.
Le scops de votre envoi n'était pas encore dans ma collection ; non plus que l'oiseau blanc et noir que je crois devoir donner au genre des Hoche-queues.
L'ouvrage sur les phosphores est très curieux et bien fait. Je vous suis très obligé cle l'attention que vous avez eue à me le faire parvenir. Vous ne pouviez pas savoir que M. Beccari (1) m'avait fait présent d'un
(I) Beccari (J.-B.), physicien (1682-1766). De quamplurimis jrfiosplwris nunc primum detectis commentarii, 1744, 2 in-4°.
exemplaire de cet ouvrage dès qu'il l'eût mis au jour. Je l'ai encore dans les derniers volumes de l'Académie de Bologne que le même M. Beccari m'a envoyés.
Le dernier exemplaire des sigies grecques est arrivé bien conditionné. M. de Boze à qui je l'ai remis, m'a chargé de vous en faire bien des remerciements de sa part et à M. le marquis Maffei (1).
J'oubliais de vous dire que le Mus araneus a encore eu le malheur d'être maltraité. Il a été trop écrasé. 11 atout l'air d'une petite taupe, j'ai cru que c'en était une; — et que j'ai plusieurs hérons de cette même espèce dont vous en aviez mis un dans la caisse.
Le paquet des graines pour M. Bau (2) ne s'est point trouvé. Je ferai en sorte de vous avoir de celles que vous demandez à MM. de Jussieu ; mais je ne vous cacherais point qu'ils se plaignent que vous les avez oubliés, mais ils s'en plaignentd'une manière qui n'a rien que d'obligeant.
On m'a envoyé depuis peu d'Allemagne les lettres de Bruckmann où les matières d'histoire naturelle sont très effleurées. On me promet ]&pelùio theologia. Mais je ne sais si je pourrai avoir la dissertation de Rudbeck de Ave jelau.
Ne vous ai-je pas déjà marqué que j'avais remis au correspondant de MM. Gosse, suivantleurs ordres, les déboursés que vous avez bien voulu avancer pour moi. J'ai remis aussi au même correspondant le port jusqu'à Genève. Ces ports sont chers et ne sont pas
(1) Gracorum siyle lapîdaria collccla atque cxplicata, Vérone, 1740, in-8".
(2) Baux, docteur en médecine à Nîmes, nommé le 24 juillet 1751 correspondant de M. de Jussieu.
proportionnés au* grandeurs des boîtes. Aussi à moins que le hasard ne vous offrît quelque très grand oiseau et peu commun, j'y trouverai mieux mon compte si vous attendez à les faire partir jusqu'à ce que vous en ayez rassemblé un certain nombre.
J'ai l'honneur d'être avec bien de la reconnaissance et un parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 25e may 1748.
S'il plaisait, Monsieur, à la reine de Hongrie et au roi de Sardaigne, comme nous avons lieu d'espérer qu'il leur plaira bientôt, de mettre l'Italie dans un état semblable à celui où est à présent la Flandre, la liberté serait rendue au courrier, et alors je pourrais, comme je le pouvais autrefois, vous faire parvenir assez vite les livres d'un petit volume que vous pourriez désirer ; tel qu'est l'ouvrage de M. Barrère (1) sur l'histoire naturelle de la France équinoxiale ; j'écris en attendant à MM. Gosse de me marquer à quel libraire de Paris, je pourrais le remettre pour le leur faire tenir, car j'ai lieu de croire que Montalant qui était ci-devant leur correspondant ne l'est plus. Ce n'est pas à lui mais à la veuve Etienne, si je m'en
(1) Barrère (Pierre), naturaliste (1G90-1755). Essai sur l'histoire naturelle de la France équinoxiale, ou dénombrement des plantes, des animaux et des minéraux qui se trouvent à Vile de Cayenneet à la Guyane ; Paris, 1741, in-12.
souviens bien, qu'ils m'ont marqué de faire donner les 23 livres que M. de Boze avait à payer pour la souscription que vous m'avez adressée pour lui du nouvel ouvrage de M. le marquis Mafîei. M. de Boze, qui vous fait mille compliments, a trouvé plus commode de compter cette petite somme en entier que d'en faire en deux fois, comme vous l'aviez pensé, mais il lui semble que la souscription qu'il a, n'est pas telle qu'il la lui faudrait puisque le reçu du payement n'est pas au bas.
Vous avez appris sans doute de Madame la comtesse de Vertillac que l'envoi de pétrifications, qui était dans la dernière caisse que j'ai reçue de vous, lui a été remis dans le temps. Elle est bien fïère de posséder un poisson pétrifié qu'elle doit à M. le marquis Maffei, plus grand, mieux conservé et plus parfait en tout qu'aucun de ceux du cabinet du Jardin du Roi et du mien. Elle s'en vante partout. Ne pourriez-vous point rabattre un peu de sa fierté ! si le hasard vous en procurait un pareil ou plus beau, je suis persuadé que vous me le sacrifieriez volontiers, et que, quoiqu'elle soit de vos amies comme elle est des miennes, que vous ne seriez pas fâché que je fusse en état de me venger de ses plaisanteries.
La petite espèce d'aigle de votre dernier envoi rne manquait, mais je ne vous dois pas plus de remerciements pour ce grand oiseau que pour les petits qui l'accompagnaient que j'avais déjà. Ceux-ci sont également des preuves de votre attention non interrompue à me procurer les productions de la nature que je recherche.
Les envois pourront à l'avenir se faire à moins de
frais ; la voie de la mer sera libre. Ils ne seront plus exposés à tomber dans les mains des corsaires.
MM. de Jussieu, Monsieur, ont entendu avec plaisir la justification que je leur ai faite de votre part. Je leur pardonne d'avoir été sensible à votre oubli apparent, ils vous aiment et vous estiment ; je leur ai dit que c'était la négligence des libraires qui était cause qu'ils n'avaient pas reçu l'exemplaire de vos plantes veronenses , que vous aviez donné ordre qu'on leur envoyât. Je me charge d'avoir d'eux pour vous les graines que vous désirerez, mais ils vous en demandent une liste afin de ne pas grossir le paquet de celles qui vous seraient inutiles. D'ailleurs je ne vois pas qu'on doive songer à vous faire tenir de pareils paquets jusqu'à ce qu'on en puisse charger le courrier.
Ce ne sera pas dans un seul mémoire, ce sera dans plusieurs, qui composeront ensemble au moins un volume in-12, que je donnerai ma nouvelle manière de faire éclore et d'élever des poulets par le moyen des couches de fumier. Mon délai a eu pour objet de faire diverses expériences qui contribueront à rendre ce petit art plus parfait. J'ai peine à arrêter ici, et surtout à la cour, l'impatience de ceux qui veulent en faire usage avant que d'être assez instruits, et surtout celle de nos princes et de nos princesses. Le curé de Saint-Suplice (sic) en a déjà un établissement qui réussit bien, à sa communauté de l'Enfant-Jésus. Les personnes qui y président sont venues prendre suffisamment de leçons de mon jardinier qui est le grand maître de ce nouvel art.
Je vous prie de bien assurer M. le marquis Maffei
de mes respects et que je le prie de ne m'en aimer ni ne m'estimer pas moins, quoique je ne puisse penser comme lui sur le lieu où se forme le tonnerre. J'ai l'honneur d'être avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. De Réaumur.
A Paris, ce 4° septembre 1748.
L'envie, Monsieur, que j'ai d'avoir un ichiyolite aussi grand et aussi bien conservé que celui de Madame de Vertillac n'est pas assez déraisonnable pour me faire souhaiter que vous vous priviez pour moi du plus beau de ceux que vous aviez fait dessiner et graver, et qui vous est nécessaire pour montrer la conformité de la copie avec l'original. Je suis extrêmement flatté de votre disposition à m'obliger ; mais permettez-moi de vous dire que vous la portez trop loin et d'en arrêter les effets. Je ne deviendrais pas possesseur avec plaisir d'une pièce qu'il convient que vous ayez entre les mains. Loin de vous la demander, je vous prie instamment de la conserver. J'ai assez de remerciements à vous faire de ce que vous faites fouiller dans le mont Bolca pour faire déterrer, s'il est possible, un ichiyolite des plus parfaits. Je ne m'en tiens pourtant pas à vous remercier, je vous prie de vous charger de marquer ma reconnaissance à M. Bordoni. C'est à vous que je dois les sentiments qu'il a pour moi, et c'est à vous à travailler à m'en acquitter.
M. de Boze est parfaitement tranquille par rapport à la souscription qui lui vaudra sûrement un bon ouvrage, dès qu'elle lui en vaudra une de M. le marquis Maffei. Jl m'a chargé de vous faire de sa part les assurances les plus obligeantes. Nous vous demandons lui et moi conjointement, d'assurer M. le marquis Maffei de notre respect.
La voie de Marseille doit être à présent la moins chère pour les envois que vous avez à me faire, et soit qu'ils y soient adressés à M. d'Héricourt, intendant des galères, soit qu'ils le soient à M. Pignon, directeur du commerce, on remboursera sans hésiter les frais de port jusque-là.
La petite boîte que vous m'aviez adressée dans le mois de février par MM. Gosse m'est parvenue en assez bon état.
Les faits que vous m'avez appris du cedrone qui est notre coq de bois, m'ont fait plaisir.
MM. de Jussieu ont gardé votre mémoire et m'ont chargé de vous assurer qu'il ne tiendra pas à eux que vous n'ayez les graines de toutes les plantes dont il y est fait mention. Mais ce ne sera que dans le mois de janvier ou de février de l'année prochaine qu'ils pourront me les remettre, ce n'est que dans ce temps-là qu'ils sont en état de faire des paquets.
L'ouvrage de MM. Barrère (1) a été remis, il y a longtemps, au correspondant de MM. Gosse qui devait le faire porter au premier jour.
(I) Il s'aprit évidemment des observations sur V origine et la formation des pierres figurées, Paris, 1746, in-8".
L'ouvrage de MM. Jalabert (1) ne roule pas principalement sur les vertus médicinales de l'électricité, il ne parle que par accident, pour ainsi dire, de ce qu'elle peut opérer sur les puraliliques. La guérison de son paralitique de Genève est très authentique, très constatée, et ne peut être aucunement révoquée en doute. Son ouvrage contient une suite d'expériences dont quelques-unes sont nouvelles et toutes rapportées avec beaucoup de netteté et de précision.
Me voilà à la veille de mon 'départ pour le Poitou, aussi est-ce à la hâte que je viens de vous écrire, et que je vous renouvelle les assurances du très partait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être , Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Séguier a ajouté, de sa main, la liste suivante:
3 Beccassines qu'on croit différentes de l'espèce ordinaire ; une dans une petite boîte qui est fort petite et a le bec un peu plat vers l'extrémité ; — un mérops ; — un galbula qu'on nomme papaftco ; — deux mésanges ; — un montisf ring i lia calcaribus alaudse ; — un caryocaclacles (2) de Gesu ; — un poisson pétrifié ; — Marbodeus ; — Grisley viridarium ; différentes pétrifications. Deux petits livres sur une pétrification du Boulonais. Neuf exemplaires de l'observation de l'éclipsé. — Semences pour M. de Jussieu. Plomb de Vicenze. Coquilles de Baie.
(1) La Guérison (F un paralytique par le moyen de V Electricité (Mém. de l'Acad. des sciences de Paris, 1741).
(2) Caryocatactes.
A Paris, ce 25e may 1749.
Ce n'est que d'hier au soir, Monsieur, que j'ai eu le plaisir de recevoir la caisse dont vous m'avez annoncé le départ par votre lettre du 30 novembre de l'année dernière, elle est restée longtemps en route de Vérone à Marseille mais elle n'a pas tardé à venir de cette dernière ville ici, M. d'Héricourtl'a fait partir par la voie de la terre dès qu'elle y a été arrivée. Je crois qu'à l'avenir ce sera pourtant à M. Pignon, inspecteur général du commerce, qu'il vaudra mieux que vous adressiez ce que vous aurez à m'envoyer parce que je pense que M. d'Héricourt reviendra bientôt à Paris et que le peu de galères que nous conservons ne demandera pas qu'il retourne sitôt à Marseille. Au reste rien de ce qui était dans la caisse n'a souffert du temps que la boîte a été en route. Les soins que vous aviez pris pour bien envelopper et arranger les pièces de différents genres, les ont fait arriver toutes aussi bien conditionnées que je le pouvais désirer : votre ichthyolite surtout était digne d'être très bien conservé, je l'ai vu et je le verrai sans doute encore souvent avec beaucoup de plaisir, mais je ne puis vous cacher que ce plaisir a été modéré et continuera de l'être par le regret que j'ai que vous m'en ayez fait un sacrifice. Ce n'a pu être sans dépense que vous avez fait fouiller dans le mont Bolca, pour moi, et que vous avez rassemblé et mis en état de m'ètre envoyé tout ce que j'ai reçu. Vous avez oublié et voilà le seul oubli dont vous
puissiez être capable à mon égard, de m'envo-yer la note de vos déboursés, et de marquer si votre intention est que j'en fasse remettre le montant à l'ordinaire à MM. Gosse ; il y a déjà plus d'un mois que j'ai donné ici à leur commissionnaire une somme de 19 livres qu'ils avaient l'ait toucher à leur commissionnaire de Milan pour le port de la caisse jusqu'à Gênes.
La beauté du poisson pétrifié ne m'a pas empêché de faire cas des autres pétrifications des coquilles de Baie et des échantillons de la mine de plomb du Vicentin. Le Merops est peut-être mieux conservé qu'aucun de ceux que j'avais. Les glabulœ (1) sont notre loriot, le montlsfringilla (2) calcan'bus Alaudse manquait à mon cabinet, les deux grosses bécassines sont effectivement différentes de l'espèce commune ; celle de la petite espèce s'est très bien conservée, malgré les vers disséqueurs par lesquels vous l'aviez vu attaquée ; la chaux apparemment ne leur a pas été salutaire. Le Garyocatacles de Gènes (3), est notre pie grivelée, elle me paraît sensiblement plus petite que celles du même genre qui sont dans mon cabinet.
Les graines et les livres que vous avez destinés à MM. cle Jussieu leur seront remis aujourd'hui. M. de Mairan aura aussi la part qui le regarde.
Ce que vous avez destiné à M. d'Argenville lui sera porté demain ou après.
(1 ) Galbula, nom servant à désigner le Loriot chez les anciens. (î) Montisfringilla.V. le genre Pinson (Fringilla). (3) Le Caryocatactes vulgairement casse-noix désigné aujourd'hui par le nom de Nucifraga caryocatactes .
Après vous avoir fait mes remerciements des brochures dont vous m'avez fait présent, j'ai à vous prier d'en faire à M. Torelli (i) pour moi de l'exemplaire de sa dissertation sur la roue qu'il fait tourner sous l'eau ; vous pourriez aussi lui en faire de la part de MM. de Mairan et Clairault (2) qui auront aujourd'hui les exemplaires que vous m'avez adressés pour eux et qui sûrement me chargeront de faire remercier l'auteur.
M. l'abbé Nollet est actuellement arrivé ou près d'arriver à Turin, il parcourra l'Italie. Je voudrais bien qu'il passât par Vérone, je l'y ai invité, vous feriez avec lui bien des expériences sur l'électricité.
M. d'Agïeo (3) n'est ici que depuis environ quinze jours ; j'ai bien eu du plaisir à m'entretenir de vous avec lui.
Il est vray, Monsieur, qu'on imprime une description du cabinet du jardin du roi, et même beaucoup plus, car, parle programme quia été mis dans les journaux et que je ne trouve pas pour vous l'envoyer, on annonce une histoire naturelle générale. Je n'ai aucune part à cet ouvrage, je ne le connais même aucunement, quoique de quinze volumes qu'on promet, il y en a déjà trois d'imprimés. M. de Buffon (4) intendant du jardin du Roy, et trésorier de l'Académie, et M. d'Aubenton, garde du cabinet du
(1) Torelli (Giuseppe) 1721-1781. De rota sab aquis circu macta ; Vérone, 1747, in -8°.
(2) Clairaut (Jean-Baptiste), géomètre, 1680-1765.
(3) 11 s'agit sans doute d'Oresbio Agieo, membre de l'Académie des Arcades de Rome.
(4) Voir la préface.
roi, se sont chargés de cette grande entreprise; je ne sais comment ils l'exécuteront, parce que je n'ai rien vu ni de l'un ni de l'autre dans ce genre. Je sais qu'ils ont fait faire beaucoup d'extraits des naturalistes et des voyageurs, mais je ne sais pas qu'ils aient observé par eux-mêmes. Le cabinet du jardin du roi n'est pas riche en insectes, en mines, en oiseaux ; le fonds par rapport à ceux-ci consistait en soixante ou quatre-vingts qu'ils avaient faitpréparer à Strasbourg et qui ont été mangés en grande partie l'année dernière, par les vers, parce qu'on n'a pas su les conserver. Mais le cabinet est riche en plantes, en pierres précieuses et en coquilles.
Enfin l'ouvrage qui enseigne à faire éclore et à élever les poulets sans poules paraîtra au plus tard ^/ dans deux mois ; il consiste en deux petits volumes in-douze dont le premier est imprimé.
J'ai l'honneur d'être avec bien de lareconnaissance et un parfait attachement, Monsieur, voire très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Faites, je vous prie, Monsieur, mille assurances de respect à M. le marquis Maffei.
A Paris, ce 16° mars 1750.
Vous ne m'avez pas, Monsieur, accoutumé à me laisser plus de six mois sans me donner de vos nouvelles, surtout clans la circonstance où vous avez à
m'accuser la réception d'un paquet. Je ne saurais donc être sans inquiétude par rapport à votre santé et j'en aurais bien davantage, si je n'eusse été rassuré par Madame de Vertillac. J'espère que tout se réduira à ce que le paquet que je comptais vous devoir être parvenu avant les vacances, sera resté quelque part en chemin. Il contenait un exemplaire de mon petit ouvrage sur les manières de faire éclore et d'élever les oiseaux domestiques, et des lettres de correspondant de l'Académie royale des sciences. Je vous prie de me marquer si vous n'avez pas reçu ce paquet; comme alors il y aurait grande apparence qu'il se serait perdu en route, je vous en enverrai un semblable. Je ne crois pas que celui du sort duquel je suis incertain, vous ait été adressé par le canal de M. le comte d'Onsembray et du Père Mazzoleni, comme j'avais alors beaucoup de paquets à faire porter en même temps je me suis servi pour quelquesuns de la voie de M. de Puisieux et pour d'autres de celle de M. le cardinal de Tencin. J'espère que vous voudrez bien me tirer bientôt de l'incertitude où je suis et m'apprendre que vous vous portez bien. C'est ce qui m'intéresse le plus, ayant l'honneur d'être avec un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 3e avril 1751.
Il y a, Monsieur, environ trois semaines que j'ai reçu le livre de M. Donati (1), qui m'avait été annoncé par une lettre très polie de M. Allione (2) ; je n'ai pas manqué de lui en accuser la réception et de lui en faire mes remerciements, mais c'est surtout à vous à qui j'en dois pour les soins que vous avez pris de me le faire parvenir. Je n'ai pas eu encore le temps de le lire, mais uncoupd'ceil jeté dessus m'aconfirmé dans ridée où j'étais que c'est un livre qu'il me convenait d'avoir.
M. Allione ne m'a rien dit de la boîte où devaient être les Loxia ; apparemment qu'il ne l'a pas reçue ; s'il l'eût adressée à M. d'Argenville comme il lui a adressé le livre, elle m'eust de même été rendue.
Si vous pouvez me procurer le petit ouvrage de M. Griselini, je serais bien aise de le voir. Je le dois juger de peu de volume. Vous pourriez donc me le faire tenir sous le couvert de M. le cardinal de Tencin. Toute la difficulté serait de le faire remettre à Rome au Père Mazolenni. Je serais de même curieux
(1) Serait-ce Saggio délia storia naturale delV Adreatico mare, Venise, 1750, in-f, de "Vitaliano Donati, et publié par Carlo Rubbi?
(2) Allioni (Charles), botaniste italien (1725-1804).
de recevoir l'ouvrage du médecin de Ghioggia sur le même insecte. Tout ce qui appartient à la classe des petits animaux est de mon ressort. Vous avez rendu justice à M. l'abbé, cnais vous n'avez pu parvenir à la lui faire rendre. Je n'ai pas bonne opinion des hommes qui soupçonnent trop légèrement les autres capables de mauvaises actions. M. l'abbé Nollet est bien éloigné de vouloir rien s'approprier de ce qui ne lui appartient pas, il pousse sur cela la délicatesse au-delà de ce qu'elle doit être poussée.
Il y a longtemps que M. du Fay (1) nous a fait voir des effets d'un miroir parabolique semblables à ceux que vous avez vus ; il reste à savoir, si on pourrait, en perfectionnant ces miroirs, leur donner une grande activité.
L'édition de toutes les œuvres d'Archimède à laquelle travaille un de vos amis sera agréable à tous les mathématiciens.
M. Morgagni (2) m'a fait l'amitié de m'envoyer ses dix lettres sur Celse et sur Sammonicus. C'est un grand morceau de critique.
Votre histoire de pétrifications du Véronais qui ne saurait manquer d'être très curieuse produit d'avance des avantages à l'histoire naturelle, puisqu'elle a engagé M. Basst à travailler à celle des pétrifications du Boulonais, et l'abbé Battura à celle des pétrifications du Riminese.
(1) Charles-François de Cisternay du Fay, membre de l'Académie des sciences (1698-1739). Voir Observations sur quelques expériences de catop trique. Mémoires de l'Ae. des Se., 1726, p. 165, H. 47.
(2) Jean-Baptiste Morgagni, célèbre médecin (1682-1771).
M. de risle (1) s'est chargé de vous envoyer les observations de l'éclipsé de lune du 12 décembre.
Des occupations qui viennent à la traverse m'empêchent de continuer de mettre au jour la suite des mémoires sur les insectes ; par exemple, je suis actuellement obligé de veiller à la réimpression qui se fait au Louvre de l'art de faire éclore les oiseaux domestiques.
Je n'ai pu me dispenser de faire entrer dans cet ouvrage diverses additions. On en imprime en même temps un extrait, qui m'a été demandé de toutes parts, qui ne contient que ce qui est de pratique.
Je vous félicite d'avoir vu le Rhinocéros; nous étions assez joliment ensemble. C'est assurément un animal digne de la curiosité d'un naturaliste. Il est d'un genre qui est à lui seul.
Quand on voyage dans les montagnes avec votre goût et vos connaissances on ne saurait manquer d'y faire des récoltes, aussi suis-je persuadé que vous en avez fait de considérables clans les courses que vous avez faites pendant l'automne.
J'ai l'honneur d'être avec un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Rappelez-moi, Monsieur, dans le souvenir de M. Maffei comme un des hommes du monde qui le respecte le plus.
(1) Joseph-Nicolas de l'Islc, astronome (1688-1768).
A Paris, ce 20 juin 1751.
Je suis fâché, Monsieur, de l'aventure qui vous a fait perdre la connaissance des temps de cette année. Ces maîtres des postes sont étranges dans presque tous les pays. Il y a quelques années qu'on fit payer à la Haye à M. Trembley 50 livres pour le prix de deux petits volumes que j'avais compté qui lui arriveraient francs ; et il n'eut pas comme vous l'avez eue la liberté de ne pas accepter un paquet mis à un prix si excessif. Ce sont des choses pourtantqui n'arrivent pas deux fois dans la vie. Si vous souhaitez la con • naissance des temps, de 1751, marquez-le moi. Elle n'aura pas le sort de l'autre. Le père Mazzoleni se tiendra en garde.
Il ne m'est pas possible de suppléer par cette lettre à celle du paquet qui a été perdu, ne in étant resté aucune idée de ce que je vous y marquais. J'y répondais sans doute à divers articles de vos lettres précédentes et si vous avez encore besoin de réponse à quelques-uns de ces articles, je satisferai dans la suite aux questions que vous prendrez la peine de me répéter. Je vous ai par exemple accusé la réception du Donati, mais je ne sais si c'est dans ma lettre perdue ou dans une autre, et je vous ai marqué en même temps que je n'avais pas encore les loxia, mais ils me sont venus depuis. Ce sont toujours des nouvelles matières à remerciements.
Si la seconde édition de l'art de faire éclor.e et d'élever des oiseaux, etc., eût été moins avancée, je n'eusse pas manqué d'y faire usage du curieux passage dont vous avez eu l'attention de me faire part. Il eût été très propre à appuyer l'idée que j'ai donnée de conduire les poulets à la campagne comme on y conduit les dindons pour les nourrir à meilleur marché.
Les nouvelles guérisons de somnambule n'ajouteront guère à l'honneur que la première a fait à l'électricité. Cette maladieestmalheureusementdecellesqu'un homme sain pourrait paraître avoir s'il avait envie détromper par caprice ou par quelque autre raison.
Si M. Griselini n'a pas connu assez M. l'abbé Nollet pour lui rendre justice, elle ne lui en sera pas moins rendue par tous ceux dont il sera connu.
L'acquisition que vous avez faite du cabinet de pétrifications du curé Spada est un sujet de compliment à vous faire ; et il en faut aussi féliciter ceux qui aiment l'histoire naturelle ; ils devaient tous souhaiter qu'il passât entre vos mains. Je conçois fort l'embarras où vous serez quand il faudra le faire passer en France. Je voudrais pourtant que vous fussiez bientôt dans cet embarras ; j'en aurais une espérance prochaine de vous voir et de vous dire à vous combien est parfait l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
M. Guittard s'est surtout appliqué à ramasser les pierres communes en différents pays pour parvenir à
connaître l'étendue des bandes de la surface de la terre qui sont remplies de pierres de différentes natures. Gela ne l'empêche point de rassembler des pétrifications.
11 commence à paraître une critique de M. de Buffon aussi agréable que solide.
A Paris, ce 23° septembre 1751.
Je ne partirai pas, Monsieur, pour le Poitou où je suis prêt d'aller passer les vacances à l'ordinaire sans avoir fait réponse à votre lettre du 3° juin, mais, le vrai, que je vais le faire très à la hâte, les arrangements nécessaires à la veille d'un voyage ine laissant très peu de temps dont je puisse disposer. M. Allione m'a non-seulement fait parvenirl'ouvrage de M. Donatr que j'ai lu avec plaisir. 11 m'a aussi fait remettre les loxia dont je n'ai pas laissé de tirer parti quoiqu'ils eussent eu le temps de se dessécher plus qu'il n'en est besoin. Je vous dois aussi des remerciements pour les brochures -de MM. Vianini et Griselini dans lesquelles on ne rend pas à M. l'abbé Nollet toute la justice que vous vouliez qui lui fût rendue et qui lui est due. Il ne m'est pas nouveau de vous voir occuper à me procurer tout ce que vous prévoyez me pouvoir être agréable. Aussi ne suis-je point surpris, mais je suis très reconnaissant de ce qu'ayant trouvé à
Venise une espèce de S qui lia marina (1) singulière, vous me l'avez destinée. Voire obligeant ami M. Allione ne manquera pas de me la faire tenir dès qu'il l'aura reçu.
Je vous félicite, Monsieur, et je dois féliciter le public de l'acquisition que vous avez faite clu cabinet de pétrifications de M. Spada ; elles ne pouvaient passer entre meilleures mains que les vôtres. Personne n'est plus eu état que vous d'en faire un bon usage pour l'histoire naturelle. Je me représente bien le grand embarras où vous serez quand il s'agira de faire passer en France cette grande collection de matières lourdes et difficiles à transporter. Mais je ne vous dissimulerai point que je voudrais vous savoir dans cet embarras. Que j'aurais de plaisir à apprendre que le temps où je pourrais vous embrasser de tout mon cœur approche !
J'envoie aujourd'hui au père Mazzoleni un nouvel exemplaire de la nouvelle édition de Y Art de faire éclore et d'élever les oiseaux domestiques et un de la pratique de cet art, qui lui sont destinés. Pendant mon absence, on fera partir un pareil paquet pour vous. Je souhaite qu'il réponde à ce que vous en attendez. Les additions ne sont pas considérables, mais il y en a une importante sur la manière d'élever les poulets.
Le Rhinocéros, Monsieur, aété peint ici de grandeur naturelle par notre fameux et excellent peintre d'animaux, par M. Oudri ; on en a fait différentes gra-
(1) Squilla, crustacé, ordre des stomapodes, famille des unicuirassés et tribu des squilliens.
vures, les unes d'une grandeur très raisonnable et les autres en petit, qui sont toutes assez bonnes. Il a de plus été moulé en plâtre. C'est un animal très singulier et qui ne. semble pouvoir être mis dans aucune des classes des autres quadrupèdes. Il a la sienne à part.
M. Bernard de Jussieu qui m'a chargé de vous faire mille assurances obligeantes de sa part, m'a remis le petit écrit que vous trouverez joint à cette lettre, où il vous dit son sentiment sur la plante aquatique par rapport à. laquelle vous avez désiré le savoir.
Vous ne sauriez faire assez connaître à M. le marquis Maffei mon respect et mon admiration pour lui, et de ce qu'il vient de publier encore un excellent ouvrage théologique (1).
J'ai l'honneur d'être, avec un parfait et tendre attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Paris, ce 9e décembre 1751.
A mon arrivée de Poitou, Monsieur, j'ai trouvé la squille que vous m'avez envoyée parce qu'elle vous a paru singulière et belle ; elle m'a paru telle et je lui
(!) Riposta al anonimo impugnatorecleiristoria Teologica, Vérone, 1750, in-12.
vois tenir avec plaisir une place dans mes cabinets où je n'en vois pas de son espèce, je vous en fais bien des remerciements ; elle est arrivée très bien conditionnée, dans l'état quelle était lorsqu'elle est sortie de vos mains. Ce n'est que par votre lettre du 9 du mois dernier que j'ai appris que M. de Vandière en avait été le porteur. M. l'abbé Le Blanc avec qui vous avez raisonné des savants de Paris a été fort lié avec M. de Buffon, et c'est par cette liaison qu'il tient à l'attraction, car je ne crois pas qu'il soit entré dans les objets de ses études, de méditer les principes de physique. Il vous aura paru décisif, et croyant avoir les connaissances qui donnent droit de décider.
Jusqu'ici je n'ai pu trouver d'occasion de faire tenir à M. Allume la critique que vous êtes curieux de voir. Il est presque plus difficile de faire rendre des paquets à Turin qu'à Rome. N'ayant plus M. le cardinal de Tencin, j'ai donc recours à M. le comte d'Onsembray pour envoyer cette critique à Rome, à l'adresse du pèreMazzoleni. Je n'en ferai partir qu'un volume par le premier courrier ; les deux autres seront remis au courrier suivant, et cela afin qu'on ne se plaigne pas à la poste de la grosseur des paquets. Si, avant que de fermer ce paquet, je puis avoir une petite brochure de M. Haller contre le système de la génération de M. de Buffon, je l'y ferai entrer. L'auteur des Lettres à un Amériquain est un père de l'Oratoire dont on ne cache plus le nom, il s'appelle de Lignac (1), il a été supérieur des pères
(1) Voir la préface.
— onde l'Oratoire de Nantes et aime mieux vivre en particulier à Saumur où il est actuellement. Il vient tous les ans passer les vacances avec moi ; il est de très bonne compagnie, je ne vous dirai pas que c'est un solide raisonneur, grand méthaphysicien, amateur de l'histoire naturelle, géomètre, etc. Son ouvrage vous le dira assez.
Vous me demandez si le temps où la France avait un Mécène universel dans M. de Golbert dure encore, et j'ai regret d'avoir à vous répondre que non, quoique les sciences soient ici en honneur plus qu'elles ne l'ont jamais été, quoiqu'on fasse des dépenses pour elles, l'amour que le ministère a pour elles, ne va pas jusqu'à gratifier les savants des pays étrangers qui mériteroient des secours. Je suis donc forcé de vous dire que j e ne vois aucun j our à faire une condition plus libre et plus douce à celui pour lequel vous vous intéressez. Dans ce pays tout est de mode, même dans les sciences. Le beau problème sur les nombres que ce savant prétend avoir résolu, lui ferait sûrement honneur, mais non pas autant qu'il lui en eût fait dans les temps où la mode était de s'exercer beaucoup sur les questions de nombres par rapport auxquelles la mode est aujourd'hui d'être fort indifférent.
M. Wolf (1) ne manque pas de m'envoyer ses ouvrages ; j'ai reçu de lui le cours de morale dont vous me parlez, dans lequel il y a d'excellentes choses. Il m'a parlé aussi dans ses lettres des étranges maximes débitées en Allemagne par nos Français.
(1) Jean-Christophe, érudit et théologien (1683-1738).
Vous êtes incertain si de pareils reproches que vous avez lus dans une de ses lettres, sont fondés. Vous n'avez donc lu ni entendu parler des ouvrages de la Mettrie, chassé de France, et devenu membre de l'Académie de Berlin ; ce monstre qui a imprimé que tous les crimes étaient permis à qui les pouvaient faire sans remords, et sûr de l'impunité. Le genre humain vient d'en être délivré, ce n'est pas dans son lit qu'il y aurait dû périr, mais au moins y est-il mort comme un enragé, pleurant, sanglotant, hurlant, quand il eût reconnu qu'il s'était tué lui-même en se faisant faire deux saignées pour se guérir d'une indigestion.
Je n'ai point entendu parler du petit livre sur une espèce de sel et d'autres productions naturelles de Toscane que votre lettre du 12 juillet me marquait me devoir être remis par le recteur de la maison professe des jésuites.
Ne vous ai-je pas déjà accusé la réception des livres de Vianelli et Griselini ? je vous en réitère avec plaisir mes remerciements.
Vous voudrez bien assurer M. le marquis de Maffei de mon respect.
J'ai l'honneur d'être avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
A Paris, ce 2e may 1752.
J'ai vu, Monsieur, par votre lettre dans laquelle vous m'avez accusé la réception de lanouvelle édition de Y Art de faire éclore et d'élever les oiseaux domestiques, combien la voie de Rome est lente et difficile pour vous faire tenir des paquets. Je ferai donc en sorte dans la suite de faire rendre à Turin, à M. Allione, ceux que j'aurai à vous envoyer ; il m'est pourtant plus aisé de les faire mettre francs à la poste de Rome, que d'avoir des occasions pour Turin où je ne puis les adresser par la poste. Mais la difficulté qui se trouve de Rome à Vérone ne se trouve pas de Turin à Vérone. Il m'est permis de faire actuellement essai de cette dernière voie. M. Allione a chez M. le marquis de Saint-Germain, ambassadeur de Sardaig-ne, qui va quitter Paris, un ami nommé M. Provançale, qui m'a fait ses offres de services, je vais en profiter, je vais lui envoyer les lettres à un Amériquain qui font une critique de l'ouvrage de M. de Buffon à laquelle il est impossible de faire une bonne réponse. Je souhaite qu'elles satisfassent bientôt la curiosité que vous me marquez avoir de les lire, vous ne perdrez pas pour avoir attendu; vous recevrez à la fois les cinq petits volumes dont les deux derniers ne font que de paraître. J'aurais tort de vous faire mystère du nom de l'auteur qui ne se cache plus. Je ne vous cacherai pas même qu'il est
fort de mes amis, c'est un père de l'Oratoire nommé le père de Lignac, qui a été ci-devant supérieur du collège de Nantes, et qui vient passer avec moi les vacances à Réaumur. C'est un profond méthaphysicien.
Ce n'est qu'en relisant votre lettre, dans le moment, que je vois que j'ai eu tort d'avoir oublié de vérifier si les insectes lumineux des huîtres ont quelque chose de commun avec ceux de M. Vianelli. J'espère réparer cette omission dans la suite.
M. Klein m'a envoyé dans le temps l'ouvrage où il a arrangé les oiseaux en s'en tenant à des caractères que je ne goûte pas (1).
Puisque vous ignorez encore si la petite boîte dans laquelle vous aviez mis la squille singulière que vous aviez apportée de Venise et dont M. de Vandière s'était chargé, m'a été rendue, il est certain que la lettre dans laquelle je vous en fais mes remerciements a été perdue. Je ne sais ce que je vous écrivais de plus dans cettre lettre, mais j'y louais sûrement la beauté de cette squille, et je vous marquais qu'elle n'avait point souffert de la route.
Ce qu'on a dit dans le nouveau journal de Venise que la mort de son auteur aura rendu de courte durée, d'un serin à qui une demoiselle française avait appris à Berlin à prononcer quelques mots, n'est pas aussi incroyable qu'il vous l'a paru, au moins si on se contente d'une prononciation un peu imparfaite.
(1) Hisioriœ aviiim Prc'dromus, cum prœfatione, etc.
Lubeck, 1750, in-4\ etc. — Klein «'Jacques-Théodore) (1685- 1759), y divise les oiseaux en huit familles, d'après le nombre de leurs doisrts .
J'en ai vu un à qui tout le monde entendait dire mon petit fils, mon petit cœur, etc. ; pour moi, je l'entendais assez mal.
Dans notre dernière assemblée publique, je lus un extrait d'un très grand nombre d'expériences qui apprennent comment la digestion se fait dans les oiseaux de différentes classes, et qui semblent décider les questions qui ont partagé les physiciens sur la manière dont elle s'opère clans les autres sortes d'animaux. Les oiseaux diffèrent souvent plus entr'eux par la structure de leur estomac que par leur forme extérieure.
Mes expériences démontrent que dans les estomacs très charnus et compactes, dans ceux qu'on appelle des gésiers, la digestion est l'ouvrage de la seule trituration, qu'aucun dissolvant n'y travaille à diviser les aliments en parcelles insensibles, d'autres expériences démontrent au contraire que dans les estomacs membraneux tels que sont ceux des oiseaux de proie la digestion est uniquement opérée par un dissolvant, que la trituration n'y contribue en rien (1). Les mêmes expériences indiquent le moyen d'avoir de ce dissolvant en quantité suffisante pour faire dessus tous les essais que la chimie enseigne à faire sur les liqueurs dont on veut connaître la nature. Mais si j'entreprenais de vous détailler ces expériences, ma lettre deviendrait une dissertation.
(1) Les dissolvants existent dans le jabot et le ventricule succenturiédetousles oiseaux ; maisRéaumurobservaitjustequandil contestait la différence de puissance qui existe entre le gésier des oiseaux de proie et celui des autres oiseaux.
Je la finis par vous assurer du très parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.
Je vous prie, Monsieur, d'assurer de mon véritable respect, le très respectable M. le marquis de Maffei.
A Paris, ce 30 mai 1752.
Le plaisir, Monsieur, que vous me marquez avoir eu à lire les Lettres à un Américquain et les éloges que vous donnez à cet ouvrage ne me permettent pas de différer à vous en envoyer la suite qui consiste en deux petits volumes. J'en vais faire un petit paquet dans lequel vous trouverez la lettre que je vous écris ; il sera adressé à votre ami M. Allione, à qui un des siens nommé M. Provanzale, demeurant chez M. l'ambassadeur de Sardaigne, s'est chargé de le remettre. Le père de Lignac recevrait très bien les objections que vous avez h faire contre le système qui attribue au déluge les coquilles fossiles. Pour moi je serais très aise qu'un système plus satisfaisant que ceux qui ont paru jusqu'ici fût le fruit de vos méditations, de vos recherches et de vos collections.
Une de mes lettres a sûrement été perdue, celle ou je vous accusais la réception de la belle squille dont vous vous êtes privé pour moi et où je vous en faisais
bien des remerciements, puisque vous êtes resté incertain si elle m'est parvenue. Pour le petit livre sur le sel de la Creta, et sur quelques productions naturellesdesenvirons de Sienne, il ne m'est pas revenu et probablement ne me reviendra pas. Il est trop tard pour en demander des nouvelles au père recteur des jésuites de la maison professe ; mais je vous en ai autant d'obligation que s'il m'eût été remis fidèlement.
Je pardonne fort à M. Griselini les expressions qui vous ont blessé, pourvu qu'il nous donne de bonnes observations ; il a voulu faire honneur à son ami d'avoir vu ce qui m'avait échappé, je pourrais ainsi fournir à la gloire cle bien des savants, et je n'y fournirai jamais assez à mon gré.
Je vous remercie des différentes nouvelles de littérature que vous avez pris la peine de me communiquer.
Ne vous lassez pas d'assurer de mon respect le si respectable M. le marquis de Maffei.
J'ai l'honneur d'être avec le plus parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Réaumur.